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ETUDES JUIVES 









VERSAILLES 

CERF ET FILS, IMPRIMEURS 
HUE DUFLESSIS, 59 




V^P^f* REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBL I CATIOxN TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME SEPTIÈME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER , x lL 

83 bls , RUE LAFAYETTE \. — ~7 Ac-> 



1883 



Z* 



1>S> 
IOI 

t.1 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTÉ 

AU XIV e SIÈCLE 



LES JUIFS AVANT LA PESTE DE 1349. 



Parmi les questions historiques ou philosophiques qui revien- 
nent périodiquement et ont le privilège d'émouvoir et de pas- 
sionner les peuples, la question des Juifs est peut-être une des 
plus intéressantes et des moins connues. 

Nous comprenons peu de chose aux mouvements antisémitiques 
de Russie, d'Allemagne et d'Afrique. Tout en plaignant volontiers 
les victimes, nous croyons à des haines de race et à des guerres 
de religion, tandis qu'en y regardant de près, on trouve presque 
toujours une question de finance au fond de ce grand débat. 

Toute proportion gardée, les choses se passaient au moyen âge 
à peu près comme elles se passent aujourd'hui, et quand on étudie 
l'histoire dans les pièces originales, on n'est pas éloigné de croire 
que la question économique dominait la question religieuse. L'his- 
toire des Juifs de Franche-Comté au xiv e siècle nous en donnera 
la preuve. 

Il est peu question des Juifs dans le comté de Bourgogne avant 
le xm e siècle. Ce pays de bois et de montagnes fut toujours assez 
peu commerçant et essentiellement agricole. Besançon, sa ville li 
plus considérable, ne dépassa jamais dix mille âmes pendant tout 
le moyen âge. 

Les chroniques du xi 6 et du xn° siècle nous montrent les mar- 
chands étrangers venant par caravanes aux foires établies par 

T. VII, n° 13. 1 



2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'archevêque Hugues le Grand, de Salins (1031-10G6). Ces foires 
fameuses étaient le rendez-vous des commerçants du Nord et du 
Midi. Les guerres intestines qui ensanglantèrent le comté, de 1200 
à 1*230, leur portèrent un coup fatal. 

La prospérité commerciale de Lltalie et l'activité des républi- 
ques transalpines amenèrent de bonne heure les marchands et 
changeurs dans nos contrées. L'association des villes lombardes 
contre notre empereur Frédéric Barberousse avait eu un tel reten- 
tissement dans notre province, que là, plus qu'ailleurs, on donna 
le nom générique de Lombards à ces étrangers, bien qu'ils fussent 
Piémontais, Vénitiens ou Toscans. 

Plusieurs de nos historiens ont cru que les Lombards étaient 
Juifs ; c'est une erreur, mais comme on les soumet aux mêmes 
exigences fiscales, et qu'on les désigne collectivement sous le nom 
de c< Juifs et Lombards », il n'est pas étonnant que quelques-uns 
s'y soient mépris. 

D'autres ont disserté sur le lieu d'origine de ces commerçants, 
appelés aussi dans nos chartes Caorsins et Corsins. Les uns ont 
soutenu qu'ils venaient de Cahors, d'autres ont pensé qu'ils 
venaient d'une petite ville lombarde dont le nom se rapproche de 
Cahors. Ces suppositions nous semblent prouver peu de chose, 
nous croyons qu'on peut conclure seulement que, règle générale, 
les Juifs nous sont d'abord venus des régions méridionales, et 
c'est en vain qu'on chercherait dans nos archives des éléments de 
leur histoire civile avant le xin e siècle. 

C'est à partir du moment où Philippe-Auguste les bannit de 
France et à l'époque des guerres de Méranie, que les Juifs com- 
mencent à s'installer en Franche -Comté. 

Les deux branches de nos maisons comtales, en se faisant une 
guerre acharnée, avaient usé toutes leurs ressources, et pour avoir 
de l'argent, il fallait recourir aux Juifs ou aux changeurs. 

En 1230, un seigneur de Champlitte, qui tenait au duché de 
Bourgogne, à raison de son fief principal, Guillaume I er de Vergy, 
assiste à l'Assemblée de Melun, dans laquelle saint Louis rendit 
des ordonnances contre les Juifs. Le sire de Champlitte s'engagea 
à faire observer ces ordonnances dans ses terres l . 

En 1245, le premier concile général tenu à Lyon s'émut de cer- 
tains rapports qui lui furent faits sur les craintes que la propa- 
gande judaïque inspirait en quelques contrées. Le diocèse de 
Besançon se trouvait dans le nombre des régions signalées. L'ar- 
chevêque de Besançon, présent au concile, reçut notification d'un 

1 Duchcsne, Histoire de Vergy, Preuves. 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTE AU XIV e SIÈCLE 3 

décret porté par l'assemblée l'invitant à veiller sur cette propa- 
gande et à faire porter un signe distinctif aux Juifs disséminés 
dans son vaste diocèse. Cette bulle, donnée à Lyon par le pape 
Innocent IV, porte la date du 23 octobre 1245 '. Il est à remar- 
quer que ce signe distinctif n'est pas d'invention chrétienne. Les 
Juifs venant d'Espagne, où les maliométans leur donnaient à 
choisir entre le Coran et la mort, étaient habitués déjà à porter 
ce signe distinctif. Un calife almohade les avait astreints, vers 
l'an 1150, à porter un turban et des habits de couleur jaune. 

Les chrétiens furent moins sévères, ils se contentèrent, en géné- 
ral, d'une marque portée à la ceinture et au bonnet. D'anciens 
statuts indiquent le signwn flavi coloris pour notre diocèse. Il y 
eut cependant une exception pour la ville de Besançon, qui leur 
imposa le blanc et le rouge comme signe distinctif, selon la 
remarque de nos historiens. 

Vingt ans après, le pape Clément IV adressait une bulle à Jean 
de Chalon l'Antique, sire de Salins et maître à peu près incon- 
testé du comté de Bourgogne, pour exciter son zèle contre les fau- 
teurs de l'hérésie vaudoise et certains adeptes du judaïsme assez 
nombreux dans ses terres. 

On nommait ces adeptes chrétiens judaïsants, parce qu'ils sui- 
vaient plusieurs pratiques du judaïsme et voulaient sanctifier le 
samedi en souvenir du sabbat mosaïque. Quelques-uns avaient 
renoncé au baptême. C'est surtout dans le Jura et les montagnes 
du Doubs que l'on rencontre ces judaïsants au xm e siècle ; comme 
le domaine du sire de Salins s'étend surtout dans ces régions, 
c'est à lui que le Souverain-Pontife s'adresse pour l'exhorter à 
réprimer ce désordre -. 

A deux ou trois reprises, nos statuts diocésains antérieurs au 
xv s siècle défendent aux fidèles de choisir des domestiques ou des 
servantes d'origine juive, parce que ces serviteurs pervertiraient 
les enfants, en les élevant dans la haine de la religion chrétienne. 
Cette prohibition et le port de la marque distinctive sont les seules 
traces de mesures, coercitives que nous trouvions contre eux dans 
la discipline de notre diocèse. 

On décida même plus tard qu'il ne fallait nullement inquiéter 
ni regarder comme judaïsants ceux qui cessaient le travail dans 
l'après-dîné du samedi, afin de se préparer mieux au dimanche 3 . 



1 Cartulaire de l'archevêché, Archives du Doubs et du chapitre. 

2 La bulle de Clément IV a été publiée en 1628 dans le Spéculum Inquisitionis 
Bisantinœ, de Jean Desloix, imprimé à Dôle. Elle est datée de Viterbe, 16 des 
calendes de septembre 1267. 

3 Statuts de Claude de la Baume, imprimés à Lyon en 1571. In-4°. 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous ne voyons nulle part que la bulle adressée à Jean de Cha- 
lon ait provoqué des mesures sévères contre les Juifs de Franche- 
Comté, au xm e siècle, et nous les trouvons dans de bons termes 
avec les petits -fils de ce prince généreux. 

Remarquons que les Juifs étaient peu nombreux, quelques 
familles seulement par bourgades, il n'en fallait pas davantage ; 
aussi passent-ils à peu près inaperçus avant l'année 1270. Les 
chartes d'affranchissement les plus anciennes de nos régions, 
telles que celles d'Auxonne, Salins, Conflans, Faucogney, ne font 
point mention d'eux (1229-1270). 

De 1260 à 1290, ils prennent de l'importance, et les seigneurs, 
qui en tirent un bon revenu, les exceptent et leur accordent même 
des privilèges en vue de leur commerce; c'est alors qu'ils placent 
les Juifs et les Lombards sur la même ligne, comme on peut s'en 
convaincre en lisant les chartes de l'époque. Le comte Othon IV, 
qui aimait beaucoup la vaisselle d'or et les choses rares, fit de 
grandes affaires et contracta de nombreuses dettes avec eux. Ses 
frères, Renaud, Hugues, Jean, et son neveu Henri comptèrent 
parmi les meilleurs clients des marchands juifs et lombards, 
comme nous le verrons tout à l'heure. Dans les actes publics et 
les affranchissements de commune, ces princes commencent à 
faire mention des commerçants établis depuis peu dans leurs sei- 
gneuries l . 

Jean I er de Vergy, sire de Champlitte et d'Autrey, les reçoit avec 
empressement, les prend sous sa protection et leur accorde des 
sauf-conduits. Il les affranchit des droits de péage, vente, éminage, 

1 La Chronique d'Arbois rapportée dans les manuscrits Chifflet dit : Fœneratores 
destruxerunt comitem Othonem, et vocantur Lumbardi. Voici l'indication de quel- 
ques relations du comte indiquées dans nos archives. 

En 1284, Othon IV donne quittance de dix livres estevenant à Aquin, Juif de 
Bracon (Salins) « à valoir sur le censé » que paient les Juifs des deux parties de la 
ville relevant du domaine. 

En 1285, Jehannin de Fontenoy, sergent d'Othon IV, déclare avoir reçu de Fantin, 
Juif de Jussey • vingt livres tournois » pour payer au nom de son maître « es no- 
tenex (nautonniers) qui ont chargié à Gray la farine buretalée (blutée), l'avoine et les 
vins pour mener en la terre d'Arragon. » 

En 1286, Pierre de Bouclans, chevalier, donne quittance de XLV livres tournois 
payées au comte par Beniet, Juif de Dôle. Eudes de Fouvent, châtelain de Bracon, 
donne quittance de X livres à Jean, gendre de Clarmore qui les devait pour le banvin 
de Dôle acheté du Juif Beniet et les avait employées à payer la dépense du comte 
passant à Dôle. (B. 70, Chambre des comptes) 

Le comte Othon IV était déjà si obéré en 1289 que son frère Jehan de Bourgogne 
(père d'Henri) avait dû le cautionner pour quatre cents livres empruntées à Laurencin 
Barthélémy et Saterbien • Lombais d'Asti. » (B. 66, Chambre des comptes) 

Du temps d'Othon IV le compte de la terre de Gray inscrit le revenu tiré du corsin 
de Gray pour la somme énorme de VI CXX livres. (Chambre des Comptes, cité dans 
V Histoire de Gray par MM. Gatin et Besson) 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTE AU XIV e SIECLE 5 

chevauchée, corvée et autres ; il les dispense du service militaire, 
ordonnant qu'ils ne pourront être appelés en champ de bataille. 
Cette charte, donnée en mars 1290, est approuvée et scellée par 
Othon IV de Bourgogne *. 

La même année, Renaud de Bourgogne, frère du comte palatin, 
affranchissant son bourg de Montaigu 8 , réserve expressément ses 
droits sur les Juifs et Gorsins en ces termes : » Notre Juifs, notre 
» Corsins nos demeurent et remaignent. » 

Les Chalon, qui avaient toujours besoin d'argent et semblaient 
se faire un point d'honneur de ne pas payer leurs dettes, n'eurent 
garde d'oublier les Juifs, et le chef de cette branche fameuse des 
Ghalon-Arlay, Jean I er , avait établi une colonie de Juifs au village 
de Lombard 3 , peu éloigné de son principal château. Il existe, près 
de cette localité, un ancien cimetière où l'on trouve des squelettes 
tournés la face contre terre, la tradition veut que ce soit l'ancien 
cimetière des Juifs établis dans ce lieu par le puissant baron. 
Malgré ce voisinage, il y eut aussi des Juifs à Arlay, mais ils n'y 
demeurèrent pas longtemps, de même qu'à Chase ; quand ils furent 
partis, les dettes restèrent 4 . 

Le mouvement était général à cette époque dans Test de la 
France, et le duc Ferry III, notre voisin de Lorraine, faisait venir 
d'Allemagne des familles juives dans ses États, pour les mettre au 
niveau de l'Alsace, où le commerce était florissant. 

Nous trouvons entre lui et les princes bourguignons cette diffé- 
rence qu'il établit les Juifs dans la ville abbatiale de Saint-Dié. 
En Comté, les Juifs parurent surtout dans les terres du domaine, 
tandis qu'on n'en vit point à Luxeuil, Faverney, Lure et Saint- 
Claude, qui étaient villes de domaine ecclésiastique. La tradition 
veut même que l'abbé de Luxeuil ait fixé les foires et marchés de 
sa principauté au samedi, pour éloigner les observateurs du 
sabbat. 

Le motif principal de la protection accordée aux Juifs et Lom- 
bards n'était pas seulement le désir d'encourager le commerce et 
de faciliter les transactions. Les sommes perçues à l'occasion des 
ventes sur les foires et marchés, les droits de péage prélevés sur 
chaque bête de somme et sur chaque balle de marchandise for- 
maient le plus clair des revenus seigneuriaux. On en abusait telle- 



1 Aux Preuves de YEistoire de Vergy, par A. Duchesne, page 212. 

2 Jura, au-dessus de Lons-le-Saunier. 

3 Lombard-lez-Arlay, canton de Sellières (Jura). 

4 Jean de Chalon-Arlay s'était engagé à payer aux Bisontins 100,000 florins et 
même 140,000. Ses héritiers les devaient encore en 1424, et ils figurent jusqu'à cette 
époque dans les comptes de la ville impériale. 



6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ment que le transit des Lombards fut sur le point de cesser. Le 
comte Othon, aux abois, fit, avec le capitaine et recteur de leur 
université », un traité fort détaillé dans lequel les droits et devoirs 
des parties sont nettement spécifiés. 

Les marchands allant aux foires de Champagne continuèrent à 
suivre la route ordinaire. Les princes Othon et Hugues promet- 
tent de les garder et protéger contre toute attaque et embûche, ils 
feront réparer la loge ou entrepôt de Salins pour y déposer les 
marchandises. En cas de décès des marchands ou de leurs servi- 
teurs, ils feront garder leurs effets et exécuter leurs dernières 
volontés. 

En retour, ils exigent des droits de péage pour passer à Pontar- 
lier, Chalamont, Salins, Augerans, Gevri et la Loye. En joignant 
à ces divers bureaux celui de Jougne, établi en 1288 du consente- 
ment de l'empereur Rodolphe par Jean de Chalon-Arlay I, on 
trouve que la route était bien gardée et que le poivre signalé dans 
les balles devait revenir assez cher. 

Et cependant ce traité constituait une amélioration, car, s'il 
imposait des charges aux marchands, il traçait du moins la limite 
du droit des seigneurs. Il fut signé à Paris dans la première quin- 
zaine de février 1294. 

Vingt ans après, Hugues de Bourgogne eut des remords, et nous 
lisons dans son testament cette phrase qui ne laisse aucun doute sur 
ses regrets, puisqu'il ordonne une restitution. 

« Item, veut que li péages d' Augerans soit quité à toujours mais 
» es marchands ; et pour deux cents livrées de terre qu'il avoit 
» données à Estagle sur les péage, il veut qu'il ait deux mille livres 
» d'estevenants et qu'on rende aux marchands ce qu'on aura levé 
» sur eux contre leur volonté, avant qu'ils eussent traité à celte 
» occasion, parce qu'avant le susdit traitté on avoit levé de grandes 
» sommes sur eux contre leur volonté 2 . » 

Les différentes servitudes dont les Juifs et les Lombards du 
Comté nous apparaissent exempts étaient suppléées par une taxe 
spéciale qui remplaçait toutes les autres. Elle paraît assez faible 
dans les commencements. Thiébaud de Neuchâtel, dit le Grand- 
Sire, voulant amener des Juifs dans son nouveau bourg de l'Isle 
sur le Doubs, ne leur imposa qu'un cens de trente deniers 
par an 3 . 

1 Capitaneus et rector unwersitatis Ulercatorum Italiœ. Trésor des Chartes, A. 163. 
* Testament d'Hugues de Bourgogne daté du mois de juin 1312, Trésor des Chartes, 
B. 953. 

3 Richard, Recherches sur Neuchatel-Bourgogne, p. 83. 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTÉ AU XIV e SIÈCLE 7 

D'ordinaire, quand ils forment une communauté, on leur fait 
payer une somme convenue d'avance. A Poligny, au temps 
d'Othon IV, la taxe des Lombards, payable au 15 août, est de cent 
vingt livres pour la communauté. 

Quelques familles éparses figurent dans les comptes de Tan 1310. 

« Censé de plusieurs menus Juifs (Poligny). 

» De la censé deniet qui a ha la femme Acquiet. . . LIX sols. 

» De Acquiet fils Croissent le Juif XX sols. 

» De Alenaise la Juive C sols. 

» De Vivent gendre l'Official, juif de Lons (le Sau- 
nier) XX sols. 

Quelques noms sont effacés, et le total se monte à XV livres l . 

Certains seigneurs, ayant peu ou point de Juifs dans leurs terres, 
se rattrapaient sur les passants ; les sires de Faucogney faisaient 
payer double taxe, à Château-Lambert, aux Juifs qui franchis- 
saient le pertuis du Tillot pour aller ou venir de Comté en 
Lorraine 2 . 

Il est à remarquer que la prospérité des Juifs dans nos contrées 
date précisément de l'époque où les déchirements politiques ren- 
dirent nos ancêtres plus malheureux. 

Quand on voit d'un côté les dépenses énormes que suscitaient 
des guerres sans cesse renouvelées, et qu'on voit de l'autre la vais- 
selle d'or et les pierres précieuses rassemblées par les princes et 
seigneurs principaux de ce temps, on comprend combien ils eurent 
besoin des secours des argentiers juifs, et cela explique peut-être 
pourquoi ceux-ci jouissaient en Franche-Comté d'une tranquillité 
qu'ils n'avaient plus en France. 

Un mémoire du xv c siècle conservé dans les manuscrits Ghifflet 3 
nous apprend que « Otte (Othon IV) fut très mauvais mesnagier, 
n et se trouva chargé de grandes debtes, en telle façon que pour 
» mettre reigle, estât et conduite en ses affaires, il fit des traités 
» avec Philippe le Bel. » 

Ce traité honteux, qui livrait le pays à l'ennemi séculaire et 
déshéritait même les enfants mâles à venir du comte palatin, fut 
signé à Vincennes le 2 mars 1295. Les barons, indignés, se soule- 
vèrent pour défendre l'indépendance du pays, qui, au fond, était la 
leur. Il en résulta une guerre d'autant plus terrible que ce fut une 



1 Chambre des Comptes, B. 379. 

2 Dénombrement de la terre de Faucogney, terre de Chastel Humbert. 

3 Rédigé par d'Offay, conseiller de Marie de Bourgogne, vers 1480. 



8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

véritable guerre civile, car Hugues de Bourgogne, prenant parti 
pour son frère Othon ' , fut lieutenant général du roi de France, 
tandis que ses deux autres frères, Renaud et Jean, combattaient 
pour l'indépendance nationale. 

L'argent du roi d'Angleterre, qui fournit d'abord 30,000 livres 
aux confédérés et leur en promit autant pour chaque année sui- 
vante, ne leur suffit point pour lutter contre les trésors et les 
armes de la France. Cette guerre, qui traîna plusieurs années 
(1296-1301), devint une source de bénéfices pour les Juifs et chan- 
geurs qui fournirent des fonds aux Chalon-Arlay, Montbéliard et 
autres barons confédérés. A dater de cette époque, on trouve leurs 
comptes ouverts à Vesoul, Besançon, Gray, Salins, sans compter 
les maisons de banque et de change établies près de nos châteaux- 
forts, et qui étaient, ce semble, les succursales d'Elias, Juif de 
Yesoul, et de ses associés. 

Elias ou Hélion fit des affaires considérables avec les seigneurs 
des deux bailliages pendant les vingt premières années duxiv 6 siècle, 
et, quand ses comptes furent confisqués après la mort de Philippe- 
le-Bel, il se trouva que les plus grands seigneurs lui étaient atta- 
chés par des liens plus forts que ceux de la reconnaissance. Ceux 
qui avaient pris le plus de part à la guerre étaient aussi les plus 
obérés; bon nombre moururent, comme le sire d'Arlay, en léguant 
leurs dettes à leurs héritiers. Un des plus ardents, Jean de Bour- 
gogne, enterré à Faverney en 1306, laissait à son fils Henri le soin 
de payer les siennes. Cet Henri, qui mourut seulement en 1343, et 
se ruina pour le service du duc Eudes IV, qui le renvoyait à son 
tour au roi de France, est un des types les .plus curieux du 
xiv e siècle, et son fils Jean présentait en 1358 une note sur laquelle 
les Juifs et lui reçurent à peine des à-comptes 2 . 

Pour obtenir de l'argent, les seigneurs engageaient d'abord leur 
vaisselle, puis leurs rentes et redevances sur les puits à sel de 
Salins, Grozon, Lons-le-Saunier, Scey- sur-Saône et Soulce 3 , et 
enfin leurs terres domaniales. 

Le bourg de Marnay, appartenant aux Chalon, était déjà engagé 
à des Juifs pour cinq ans en 1264. C'est un des premiers exemples 
de ce genre. Ces Juifs habitaient Dôle et Villars. 



1 Othon IV ne revint plus en Franche-Comté, il s'en alla guerroyer pour le compte 
de Philippe-le-Bel contre les Flamands. 11 y fut blessé et mourut le 26 mars 1302. 
L'état de ses meubles d'or et d'argent qu'il ordonna de vendre indique un luxe royal, 
Trésor des Chartes, B. 941. Son testament est du 13 septembre 1302. 

* Voir aux pièces justificatives. 

3 Plusieurs de ces établissements, étant trop chargés, furent détruits à dessein au 
xiv e siècle ; manière commode de supprimer les rentes. 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTÉ AU XIV e SIÈCLE 9 

Aux xii° et xm e siècles, on ne rencontre les Juifs et les Lombards 
que dans nos bourgs fermés et dans les centres importants ; au 
commencement du xiv e , ils apparaissent isolés ou seulement au 
nombre de deux familles près des châteaux principaux ; les 
chartes en signalent près de Baulay, Granges, Montjustin, Sainte- 
Marie-en-Chaux et autres lieux non fermés. 

Leurs créances montent parfois à des sommes considérables, 
témoin celle des Lombards de Sainte-Marie-en-Chaux *, auxquels 
Jean de Faucogney paie 900 livres par jugement d'Othe de Granson, 
que ledit Faucogney avait choisi pour arbitre (18 août 1315). En 
1336 nous ne trouvons plus qu'un Juif à Sainte-Marie. Use nomme 
Simon Guasse et paie un cens de 40 livres de cire 2 . 

La guerre de Besançon, dans laquelle les Bisontins laissèrent 
mille morts en un seul jour sur le champ de bataille de Saint-Fer- 
jeux (20 août 1307), fit contracter de nouvelles dettes à Jean de 
Chalon-Arlay, leur vainqueur. En 1309, ce prince devait aux 
Juifs douze mille livres de tous estevenants, qui représentent plus 
de cent cinquante mille francs de notre monnaie. Comme il voulait 
emprunter cent cinquante livres à un Juif de Dôle, celui-ci exigea 
une caution, qui fut donnée par Jean de Montbéliard, sire de Mont- 
faucon, pour égale somme 3 . 

Outre les Porcelet, les Mouchet et les Bonvalot, banquiers chré- 
tiens de la ville impériale, on y trouve à cette époque les Lombards 
dont le plus connu est Perrin dit Gand-de-Fer; il avait, de diffé- 
rents seigneurs, des créances considérables, et était associé à 
Rémond Asinier, Lombard d'Arbois 4 . Etienne de Saint-Dizier, qui 
fut assassiné par sa femme et son frère, leur devait 11,000 livres, 
soit 130,000 francs, quand il mourut 5 . 

Les Juifs vinrent surtout à Besançon après qu'ils eurent été 
bannis du Comté, sous Philippe-le-Long. 

Il y eut encore une prise d'armes à propos de l'exécution des 
Templiers dont le grand-maître était Comtois, et d'un nouvel 
impôt édicté par Philippe-le-Bel; mais, ce roi étant mort, l'édit fut 
révoqué, l'impôt regardé comme non avenu, et le calme se fit 
bientôt (1315). 

Ces nombreuses prises d'armes, accompagnées de mesures vio- 
lentes, ont fait croire à quelques-uns que les Juifs furent expulsés 



1 Petit village du canton de Luxeuil, dont le château est encore debout. 
4 Archives du Doubs, Chambre des Comptes, S. 112. 

3 Archives de la Côte-d'Or, B. 1384. 

4 Inventaire des Chalon, tome III, 522 (Arch. du Doubs). 

5 On voit aussi les frères Ottenin et Guillaume Asinier, Lombards de Salins qui 
figurèrent plus tard parmi les gens nobles (d'après Gollut et Duvernoy). 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du Comté en 1306 ou 1309. Nous ne trouvons nulle part trace de 
cette expulsion dans les titres de l'époque, et nous en concluons 
qu'ils ne lurent pas inquiétés dans notre province. Ils purent être 
victimes de violences partielles, mais nous ne voyons pas de 
mesure générale prise contre eux avant l'année 1321. 

En 1318, un titre des archives du Marteroy (prieuré de Vesoul) 
nous apprend qu'une maison appartenant à un Juif de Yesoul, 
nommé Helget, fut confisquée par ordre de la comtesse Jeanne. La 
cause de cette mesure sévère n'est point expliquée. Gomme cette 
maison joignait l'église paroissiale de Vesoul, récemment érigée et 
fort pauvre alors, la souveraine en fit don au prieur curé de Vesoul , 
afin d'y loger les bas employés de son église. Hugues de Vigne 
accepta ; le fossoyeur, le sacristain et le sonneur eurent ainsi leur 
logement près de l'église et du cimetière qui l'avoisinait. 

C'est la seule trace de libéralité directe faite à l'église avec les 
dépouilles des Juifs, que nous trouvions dans nos archives. 

D'après nos historiens, Vesoul était le centre principal des 
banquiers et des changeurs juifs. Leur synagogue s'élevait dans 
l'enceinte de la ville, à l'endroit où se trouve aujourd'hui la chapelle 
de la Chanté, sur la place du Palais-de-Justice. M. Marc a même 
prétendu que le chef principal des Juifs du Comté avait sa rési- 
dence à Vesoul. Nous croyons que cette opinion repose simple- 
ment sur la grande situation du Juif Elias ou Hélyon, à qui sa 
grande richesse, et peut-être sa générosité, permit de se porter 
caution pour tous les Juifs de Bourgogne. 

Les richesses des Templiers avaient contribué à leur perte; les 
trésors amassés par les Juifs devaient naturellement exciter l'envie 
des princes et des seigneurs ruinés par des guerres sans cesse 
renaissantes. L'espoir d'obtenir une part dans la dépouille par une 
diminution d'impôt ne devait pas trouver les peuples insensibles. 

C'est à ce moment qu'un bruit étrange arrivé du fond de la 
Guyenne, et grossi par la malveillance populaire, parvint jusqu'en 
Franche-Comté et souleva contre les Juifs la première tempête 
générale et les premières rigueurs officielles dont nos archives 
gardent le souvenir. Les lépreux du sud-ouest de la France, lassés 
de l'état misérable dans lequel leur maladie les obligeait à vivre, 
avaient, disait-on, résolu d'empoisonner les fontaines pour amener 
une mortalité générale qui les aurait rendus maîtres des biens 
vacants 1 . 

1 Tout étrange qu'elle puisse paraître, cette conjuration est rapportée par les his- 
toriens du temps. Voir Baluze, I, 130; 164 ; le Continuateur de Guillaume de Nangis 
ad. an. 1321. Il y eut de nombreuses victimes, et elle servit de base à l'expulsion des 
Juifs par Philippe V le-Long. 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTÉ AU XIV e SIÈCLE H 

Dans le cas où les eaux infectées ne donneraient point la mort, 
elles devaient au moins communiquer la lèpre à toute la nation, 
et, par le fait, les lépreux, se trouvant élevés au niveau du reste 
des hommes, rentraient dans la société. 

Pour rendre cette combinaison plus terrible, on ajoutait que les 
Juifs, venant en aide aux lépreux pour se venger des mauvais 
traitements que leur avaient fait subir les Pastoureaux, étaient 
soutenus par les Sarrasins. 

Ces Pastoureaux étaient un ramassis de paysans fanatiques, 
recrutant des adeptes parmi les fainéants et la canaille; ils brisè- 
rent les portes des prisons de Paris, roulèrent comme un torrent 
jusqu'à Toulouse, massacrant les Juifs sur leur passage. Le pape 
Jean XXII flétrit leurs excès, écrivit aux princes et aux sei- 
gneurs (29 juin 1320) de protéger les victimes et d'arrêter les 
bourreaux qui, poursuivis et traqués par les gens de Beaucaire 
et de Garcassonne, périrent dans les marais d'Aigue-Morte (août 
1320). 

La conspiration des lépreux reçut un commencement d'exécu- 
tion en Guyenne. Elle fut bien vite découverte et déjouée. Le roi 
de France (Philippe V, dit le-Long, comte de Bourgogne, du chef 
de la reine Jeanne, sa femme) était alors en Poitou ; il revint à 
Paris pour ordonner des recherches et des informations, et ce fut 
à la suite de ces enquêtes qu'il proscrivit les Juifs et leur ordonna 
de sortir du royaume (1321). Quelques historiens remarquent que 
le roi se substituait aux Juifs pour toucher les créances qui leur 
étaient dues 1 . 

Cette ordonnance du roi nous semble avoir été timidement ap- 
pliquée dans le comté de Bourgogne qui n'avait eu à souffrir ni 
des lépreux, ni des pastoureaux. Lorsque Philippe adressa à la 
reine la lettre par laquelle il lui donne les biens d'Hélion, de son 
fils et des autres Juifs du comté,, il ne lui restait que quel- 
ques jours à vivre 2 . Un compte fait par le trésorier, Richard 
de Vesoul , indiquant au chapitre des recettes la vente d'une 
vieille armure saisie « du temps que les Juifs furent gètiê fuer 
de la conté de Bourgogne », et cette lettre royale, sont à peu 
près les seules pièces officielles indiquant que l'ordonnance fut 
exécutée. 

Le successeur de Philippe-le-Long ne s'occupait guère de la 
Franche-Comté, qui fut rendue à Jeanne II, dont elle formait la 
dot ; elle vint y résider avec sa mère, et le règne des deux prin- 



1 Bordier et Charton, Hist. de France, tome I, p. 440. 

2 Cette lettre est du 14 décembre 1321, et Philippe mourut le 3 janvier 1322. 



12 REVUE DES ETUDES JUIVES 

cesses, qui firent accord avec les seigneurs, donna quelque tran- 
quillité à notre malheureuse province pendant dix ans. 

Le bannissement des Juifs se réduisit à très peu de chose. Il est 
probable qu'ils fermèrent leurs tables pour le change établies à 
Poligny, Arbois, Montmorot, Bletterans etArlay 1 , et comme ils 
avaient un asile tout prêt dans la ville impériale de Besançon qui 
échappait à l'autorité du roi de France, un bon nombre d'entre 
eux s'y retirèrent. Ils y furent admis moyennant finance et paie- 
ment d'un cens particulier dont bénéficia la cité. 

Quant aux autres, nous sommes porté à croire qu'après un si- 
mulacre d'exécution, ils revinrent bientôt, si tant est qu'ils par- 
tirent. Nous inclinons à croire qu'en vertu de quelque arrange- 
ment dont nous ne trouvons pas la preuve, ils payèrent ou firent 
remise de sommes dues et restèrent. Dans le cas où ils seraient 
partis, ils revinrent bientôt, et redit de Philippe-le-Long eut si 
peu d'effet en Franche-Comté, que les exilés ramenèrent d'autres 
Juifs avec eux, comme nous le verrons tout à l'heure. 

Gollut, dans ses Mémoires des Bourguignons de la Franche- 
Comté-, nous apprend ce que devinrent la synagogue de Vesoul 
et la maison du Juif Elias qui la joignait. 

De son temps (fin du xvi e siècle), on voyait encore sur cette 
maison, appartenant alors aux Aymonet, des caractères divers de 
langues et des versets hébreux indiquant son ancienne destina- 
tion. Il est probable qu'elle fut vendue au profit du Trésor. 

Quant à la maison d'Elias, la reine Jeanne, qui résidait d'ordi- 
naire au château de Gray, la donna, en 1324, à damoiselle Mar- 
guerite de Lambrey, une de ses dames d'atours. 

Marguerite de Lambrey garda cette maison jusqu'à la mort de 
la reine, sa bienfaitrice, mais elle ne voulut point en profiter pour 
elle-même, et quand la reine fut morte 3 , le premier soin de la 
dame d'atours fut d'employer le prix de maison d'Elias à fonder 
une chapelle dans l'église de Yesoul, afin d'y faire prier à perpé- 
tuité pour la reine Jeanne. 

L'acte de fondation, conservé aux archives du chapitre de Cal- 
moutier, ne mentionne pas la maison d'Elias, désignée par Gollut, 
mais il donne à entendre que c'est bien d'elle qu'il s'agit. Margue- 
rite de Lambrey déclare qu'en fondant cette chapelle, elle veut 
payer tribut de gratitude et reconnaissance « à la mémoire de très 
» excellente dame Jehanne, royne de France, comtesse de Bour- 



1 Manuscrit du P. Dunand à la bibliothèque de Besançon, tome XII, 958. 

» Livre VIII, ch. xxv, p. 761. 

3 A Roye en Picardie, 21 janvier 1330 (n. s.) 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTE AU XIV e SIECLE 13 

» gogne et daime de Salins, qui de large main lui avoit faicfc au 
» temps qu'elle vivoit de grands biens et bénéfices par plusieurs 
» fois ! . » 

Cette chapelle, dont elle a fait reconstruire l'autel à neuf, fut 
dotée d'une rente de 10 livres pour l'entretien d'un chapelain, et, 
pendant 460 ans, des prières y furent dites en souvenir de la 
reine Jeanne, dont cette fondation portait le nom. Tout porte à 
croire que cette rente de dix livres provenait de la maison d'Elias 
(1331). A la mort de la reine Jeanne, le Comté passa sous le 
sceptre du duc Eudes de Bourgogne, qui avait épousé la fille de 
la défunte. 

Aux années de paix et de tranquillité relative qui viennent de 
finir, succède une période de guerre qui ne durera pas moins de 
quinze ans et se terminera par la peste noire. 

Le testament de la reine fournit matière aux premiers débats, 
les barons se soulèvent contre le duc, dont le lieutenant est battu 
et fait prisonnier. Ce lieutenant n'est autre que le vieux client 
d'Elias de Vesoul, c'est Hugues de Bourgogne, frère d'Othon IV, 
grand-oncle de la jeune duchesse. Il en coûte 20,000 livres pour le 
faire sortir des prisons d'Alsace, où les barons l'ont envoyé pour 
plus de sûreté (14 mars 1331, n. s.). Les finances du duc étaient en 
très mauvais état, puisqu'il avait mis les joyaux de la duchesse 
« en gaige es Lombard de Besançon. » 

Loin de poursuivre les Juifs, le nouveau souverain, qui en avait 
besoin, les appelait à son aide, et nous voyons, par le compte des 
dépenses pour les années 1332 et 1333, que le nombre des Juifs en 
Franche-Comté a augmenté d'un tiers. Voici le texte : « C'est le 
compte que Richard dict des Bans de Vesoul, trésorier dou Contey 
de Bourgoigne rent des rentes et yssues -. » 

Censé des Juifs : 166 livres. 

Dans ce compte détaillé, quatre-vingt-six familles sont énumé- 
rées en détail. Elles sont établies dans les villes et bourgs d'Apre- 
mont, Auxonne, Baume, Châteaubelin, Châtillon-le-Duc, Chissey, 
Clerval, Fondremaud, Fontenoy-le-Château, Gray, Montboson, 
Poligny, Pontailler, Port-sur-Saône, Salins, Treffort, Velesmes 
et Vesoul. 

On voit au folio dixième du registre que sur ces quatre-vingt- 
six familles, trente-deux « sont arrivées de novel ». Nous pou- 
vons ce semble en conclure que les anciennes n'étaient pas 
parties. 



1 Arch. de la Haute-Saône, G. 80. 

a Chambre des Comptes (Besançon), B. 79. 



14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Remarquons encore que les dix-huit localités citées dans le 
compte ducal représentent seulement les cens des Juifs résidant 
sur les terres particulières relevant du domaine souverain. Nous 
n'y voyons point figurer Besançon, ville impériale, ni Lons-le- 
Saunier, Montmorot, Orgelet, Bletterans, Arlay, Chaussin, Dole, 
Pontarlier, Cliamplitte, Marnay, Montbéliard, Belfort, Grange, 
Montjustin, l'Isle sur le Doubs, Baulay, Sainte-Marie, etc., parce 
que ces villes et châteaux, où l'on signale des Juifs, appar- 
tiennent aux grands barons, qui sont plus ou moins en guerre 
avec le duc. 

Il paraît qu'à ce moment le fils d'Elias de Vesoul, signalé dans 
la lettre du 14 décembre 1321, était mort, car nous lisons dans ce 
même compte : 

« A Rubiaugin, juif demorant à Dole, hoir de Vivant le Juif, 
» que fut fils Elyet de Vesoul, pour caus de prest et par sa lettre : 
» G livres tournois valent VI xx livres \ . » 

Après la guerre, au sujet du testament, le duc Eudes, qui prévoit 
bien d'autres orages, visite ses villes et châteaux, il donne ordre 
de les mettre en état de défense. 

Dans quelques localités, comme à Baume-les-Nones, il fait 
dépens et donne de vrais festins où l'on voit figurer des paons et 
des saumons du Rhin 2 , mais, en général, on vit d'une manière 
plus modeste, et on prend chez les Juifs et Lombards du bourg ce 
qui est nécessaire à la réception. 

Ces comptes nous intéressent surtout au point de vue des pro- 
duits qui se trouvent alors dans le commerce comtois. Nous ne 
parlons ni des rubans d'or et des étoffes de soie qui se vendent à 
Besançon et Salins, ni des draps fabriqués à Gray et qui se vendent 
partout, indiquons seulement les dépenses faites pour un jour de 
passage ordinaire. Nous sommes à Poligny, le duc n'y passe qu'un 
jour, c'est vendredi ; on apporte du poisson et des anguilles pris 
dans les rivières ou les étangs du voisinage, le reste se trouve 
chez les Lombards et Juifs de la ville. 

Quatre livres de ris achetés à Poloigny VI gros. 

Quatre livres de poivre et de gingembre II florins II gros. 

Un quarteron de safïran XVI gros. 

Une livre de graine, idem XVI gros. 

Une livre et demie de sucre XXI gros. 

Deux livres de cannelle II florins. 

Demi-livre de girofle XVI gros. 

1 Les détails sont dans les comptes du trésorier déjà cité, Richard des Bans, B. 79. 
s Ibidem. 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTE AU XIV e SIECLE 15 

(Toutes ces épices ne furent pas employées, on porte le reste à 
la station suivante). 

Douze pintes de vin-aigre III gros VI engrognes. 

Verjus, douze pintes II gros II engrognes. 

Pour quatre douzaines de fromaige blanc 

à faire tartres (gâteaux) XXII gros. 

Un gros fromaige ô mangier sur tanble . XVI gros. 

Aulx, eoignons IV gros VIII engrognes. 

V pintes d'oile (huile) XV gros. 

Un boissel de pois IV gros. 

Espices confites et cinq quarterons cire 

vermeille . . I florin VI gros. 

V pintes de mostarde (moutarde) V gros. 

Pour fruit, poires, noïs, et nêples VI gros. 

Pour achapt de V quarils de vin viez... VII florins W deniers. 

Un muid et demy de vin nouvel des 
vignes de Monseigneur. 

Dix-huit douzaines et quatre pains accompagnaient le liquide. 

Quatre-vingt-dix chiefs de volaille coûtent I1II florins VI gros. 

On a acheté aussi de la cire pour lenement des chevaux de l'es- 
corte au nombre de 248. La dépense est de XII engrognes par cheval 
et par jour. 

Après cette visite générale, le duc retourna chez lui, et les 
barons, outrés des entreprises de son bailli, se mettent à conspi- 
rer. Jean de Chalon est à la tête des confédérés, un Lombard lui 
a prêté dix mille florins, les Pourcelet et les Bonvalet lui ont 
ouvert leur caisse, il peut payer ses alliés, et envoie jeter le gan- 
telet de guerre au mois d'avril 1336. Il brûle Salins, Pontarlier, 
maltraite surtout les possessions d'Henri de Bourgogne, cousin et 
allié du duc; mais bientôt le duc arrive avec une puissante armée, 
ravage le pays, bat les confédérés, et Jean de Chalon est réduit 
à engager quatre de ses terres aux changeurs et aux Lombards 
pour sûreté des sommes arriérées. Le roi de France lui donne 
6,000 livres (80,000 francs), et mande à ses justiciers de ne point 
contraindre messire Jehan de Chalon pour 10,000 florins « en 
quoy il est tenu à un Lombard usurier et à ses compaignons. » 
Cette manière de payer était fort du goût du sire d'Arlay *. 

Le duc de Bourgogne ne payait pas autrement ses plus fidèles 
soutiens. En revenant de la guerre de Flandre en 1340, il fut inter- 
pellé par le vieil Henri de Bourgogne, qui lui montra son œil crevé 

1 La reine de France, Blanche de Bourgogne, écrivit dans le même sens à son 
cousin (Anciens inventaires des Chalon, xv° siècle). 



16 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à la bataille de Cassel et lui dit : « Sire, vous tenez ma terre de 
Ghissey pour 10,000 livres et m'en devez bien douze autres mille... 
— Biau cousin, répondit Eudes, le roy m'en doict bien 100,000. 
Sitôt que je pourray estre payé, je vous ferai raison l . » 

Comme le roi de France ne payait pas, le duc se mit à lever 
rigoureusement les tailles et à guerroyer contre les seigneurs qui 
avaient repris les armes. En 1342, il arme son fils Philippe cheva- 
lier, et envoie deux commissaires lever le subside de nouvelle 
chevalerie. Les Lombards et les Juifs y sont fortement taxés, et 
Michelet, Juif de Vesoul qui semble avoir continué les traditions 
d'Elias, doit fournir à lui seul la somme de 187 livres 2 . C'est lui 
qui, dans les circonstances difficiles, sert de caution pour les Juifs, 
ainsi que faisait jadis Elias. 

De 1342 à 1348 la guerre est en permanence, et la bonne for- 
tune constante du duc semble l'abandonner. Quand l'implacable 
Chalon va chercher du renfort en Lorraine, Eudes le fait espion- 
ner par un Juif de Metz qui rend compte de ses démarches 3 , mais 
les confédérés sont soutenus par l'or de l'Angleterre et le duc n'a 
plus rien ; il engage ses terres et ses salines pour faire face aux 
créanciers, le moment n'est pas éloigné où il essaiera de battre 
monnaie en expulsant les Juifs pour s'approprier leurs dépouilles 
et essayer de remplir son trésor qui est à sec. 

Nous arrivons ainsi à l'époque fameuse de la grande mortalité 
qui porta le nom de peste noire et qui fut si fatale aux Juifs dans 
une foule de régions. Nous devons donner des éclaircissements par- 
ticuliers sur cette époque, car nous touchons à un point d'histoire 
sur lequel le contraire de la vérité a été jusqu'à présent admis de 
confiance par tous les historiens. 



II 



LES JUIFS AU TEMPS DE LA PESTE NOIRE. 



Il faut rendre justice à Gollut, notre plus ancien chroniqueur. Si 
sa critique s'est trouvée en défaut sur bien des points, il n'a pas du 
moins écrit que les Juifs de Franche-Comté furent mis à mort et 

1 Enquête sur la guerre des barons, déposition de maître Pierre d'Albucey. Voir 
le règlement des comptes aux pièces justificatives. 

2 Chambre des Comptes, B. 162. 

3 Compte de Jehan de Montaigu, bailli d'Amont, pour 1346-47. 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTE AU XIV e SIECLE 17 

juridiquement massacrés pendant la grande peste. Il dit seulement: 
« Tous les Juifs furent massacrés au pays de Voge, poureeque 
contreux il fut vérifié qu'ils havoient empoisonné les eaux et 
qu'ils avoient semé ces pestes. » 

Le vieil auteur ne dit rien des massacres du Comté, ce sont ses 
annotateurs qui ont jugé à propos d'ajouter cette remarque : les 
Juifs établis à Gray périrent du dernier supplice dans le commen- 
cement de novembre 1348. Les Juifs de Salins, Vesoul, Montbé- 
liard, Strasbourg, Genève, etc., eurent un sort semblable et leurs 
biens furent confisqués l . 

Un de nos plus graves historiens, Chevalier, écrivait en 1757 : 
« On les soupçonna d'être la cause de la peste. Cette opinion prit 
» facilement depuis que l'on eut arrêté à Vesoul et dans les envi- 
» rons quatre-vingts de ces Juifs suspects d'avoir empoisonné les 
» puits et les fontaines; ayant été mis à la torture, ils furent jugés 
» et condamnés sur des preuves par les nobles de la contrée qui 
y> avaient justice. Leurs biens furent confisqués et vendus, c'est 
» peut-être à quoi on en voulait autant qu'à leurs personnes. » 

Tous ceux qui ont écrit depuis ce temps sur notre histoire au 
xiv e siècle n'ont pas manqué de dire que les Juifs de Franche- 
Comté furent attachés au gibet. L'un d'eux ajoute « qu'ils périrent 
tous dans d'affreux supplices, et la plupart, s'apitoyant sur le sort 
des victimes, ont un mot d'injure pour les nobles et les gens 
d'église dont ils font des bourreaux ». 

Cette accusation formidable est portée sur la foi d'une inscrip- 
tion lue à l'inventaire de la Chambre des Comptes et écrite au dos 
d'un rouleau de sept à huit mètres de long. Nous avons pensé que 
ce rouleau donnerait les détails de l'exécution et nous apprendrait 
la part prise par les nobles et les gens d'église à ce drame san- 
glant; nous ne nous étions pas trompés. Les Juifs, alors disséminés 
dans trente-cinq ou quarante localités comtoises voyaient se soule- 
ver contre eux le flot de haine qui montait à cette époque dans 
l'univers entier. En 1348, la longue guerre des barons finissait à 
peine, tout le monde était épuisé, aigri ; la peste avançait, la vieille 
accusation d'empoisonnement des puits et fontaines fut mise en 
circulation partout, elle amena des excès épouvantables dans 
presque toute l'Europe, et il suffit de dire que 2,000 Juifs furent 
brûlés vifs dans leur cimetière de Strasbourg pour indiquer à quel 
degré de violence se porta la fureur populaire. 

Les gens d'église étaient loin d'encourager ces horreurs, les 



1 Nouveau Grollut, livre VIII, chap. xv, p. 729. Note de MM. Duvernoy et Bousson 
de Mairet. 

T. VII, n° 13. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bulles du Pape nous en donneront la preuve. L'incendie se joignit 
à la guerre et à la peste. Au printemps de cette année, la cathédrale 
Saint-Étienne et toute la ville haute de Besançon furent brûlées, 
le peuple en accusait les Juifs, mais l'archevêque et le clergé ne 
furent point de cet avis, puisqu'ils conservèrent le souvenir de l'in- 
cendie en l'attribuant au feu du ciel dans l'inscription commémo- 
rative. La chronique du Chapitre ne craint même pas d'attribuer la 
catastrophe à une cause beaucoup plus prosaïque, puisqu'elle 
déclare que le feu prit dans la poêle où la servante d'un chanoine 
faisait frire du poisson i . 

Quand la grande mortalité de 1348 et 1349 amena les soulè- 
vements populaires dont les Juifs furent partout victimes, l'Eglise 
intervint résolument pour les défendre contre la fureur des peuples 
affolés par la crainte de la mort. 

Le pape Clément VI, ayant appris qu'à la suite d'accusations 
injustes plusieurs milliers de Juifs avaient été massacrés dans 
diverses régions du centre et du midi de l'Europe, fit aussitôt 
entendre sa voix pour réprimer ces désordres. Dans une première 
bulle, datée du 4 juillet 1348, le Pontife défend expressément à 
tout chrétien de forcer les Juifs à recevoir le baptême, de leur 
imputer des crimes dont ils ne sont pas coupables, d'attenter à 
leur vie ou à leurs biens, ou d'exercer contre eux aucune violence 
sans l'ordre et la sentence des magistrats et juges légitimes. 

Ce premier décret n'ayant pu calmer les passions aigries par la 
continuité du mal qui gagnait toujours, et de nouveaux massacres 
ayant eu lieu sur les bords du Rhin, le Pontife en rendit un autre 
plus pressant et plus sévère, le 26 septembre de la même année. 

Après avoir rappelé l'exemple de ses prédécesseurs toujours 
attentifs à justifier les innocents, le pontife décharge les Juifs de 
toute accusation et de tout reproche sur les crimes qu'on leur 
imputait ; il flétrit les massacres auxquels se sont livrées des 
populations égarées, montre que la peste n'a épargné ni les Juifs 
mêmes ni les contrées où il n'y avait personne de cette nation, et 
il ordonne, en finissant, à tous les évêques de publier dans les 
églises de leur diocèse la sentence d'excommunication portée par 
le Saint-Siège contre ceux qui auraient inquiété les Juifs de quel- 
que manière que ce soit, sauf pourtant à les traduire devant les 
tribunaux, si on a quelques différends avec eux. 

Ces bulles parties d'Avignon 2 en juillet et en septembre, arri- 
vèrent à Dijon et à Besançon quelques semaines plus tard, juste 

1 Chronique du chapitre à la bibliothèque canonicale. Fonds Hugon de Poligny. 

2 Les papes étaient alors en résidence au château d'Avignon. 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTE AU XIV SIECLE 19 

au moment où la peste allait redoubler, où l'opinion publique, se 
déchaînant contre les Juifs, amenait les princes et les autorités 
civiles à se saisir des prétendus empoisonneurs pour exami- 
ner juridiquement l'affaire. Grâce aux exhortations du pape qui 
furent entendues, il n'y eut dans le diocèse de Besançon ni émeute, 
ni massacre. Tout se passa régulièrement et selon la législation 
ayant cours. 

Le vieux duc Eudes IV régnait toujours, il venait de perdre sa 
femme et son fils, brillant jeune homme de vingt-sept ans, héritier 
de la couronne ducale. Ne pouvant s'occuper de cette affaire par 
lui-même, il délégua son autorité souveraine à deux chevaliers 
juges dans ce parlement dont le nom seul mettait les hauts barons 
en fureur. Guy de Vy, chevalier l et Jehan de Goublanc, écuyer, 
furent les commissaires envoyés « de par Mons. le Duc sur le faict 
» desdits Juifs. » 

Vers la fin d'octobre, ces commissaires donnèrent ordre aux 
prévôts de Gray et de Vesoul d'arrêter tous les Juifs résidant au 
bailliage d'Amont 2 , de les mettre en prison, de saisir leurs biens 
et d'en faire l'inventaire, en attendant qu'il fût statué sur leur 
sort. 

Ces ordres furent exécutés partout, du 28 au 30 octobre 1348. 

Ils portèrent sur les Juifs de Jussey, Port-sur-Saône, Vesoul, 
Chariez, Gray, Apremont, Fondremand et Montboson 3 , Richard 
de la Loye fut chargé d'aller chercher les Juifs d'Auxonne, le 
30 novembre, pour les amener à Gray. Ils étaient déjà détenus 
depuis un mois à Auxonne même. 

L'affaire semble avoir été bien conduite, on ne signale ni 
troubles, ni résistance. Les Juifs étaient, du reste, plus en sûreté 
dans les prisons des châteaux de Gray et de Vesoul que dans 
leurs maisons ou dans la rue, par ces temps d'effervescence et 
d'émeutes populaires. Ils connaissaient d'ailleurs le moyen de se 
tirer d'un aussi mauvais pas, et le triste état dans lequel se trou- 
vaient les finances du souverain leur donnait l'espoir bien légi- 
time d'avoir la vie sauve et de s'en tirer à prix d'argent, tandis 
que leurs voisins d'Alsace et de Lorraine avaient été moins heu- 
reux. 



1 Gui de Vy, seigneur de Demangevelle, avait été bailli du Comté de 1340 à 1342. 
C'était l'homme de confiance du duc Eudes IV. 

2 Le bailliage d'Amont comprenait à peu près le département actuel de la Haute- 
Saône. 

3 II est à remarquer ici encore que l'exécution porte seulement sur les Juifs du 
domaine souverain. Les neuf localités désignées appartenaient au duc comme héritier 
de la maison de Bourgogne. 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Les détails de l'inventaire nous permettent de suivre les di- 
verses opérations effectuées d'après les ordres des commissaires 
ducaux. Les prisonniers sont dirigés sur Gray et sur Yesoul, ils 
sont en tout quatre-vingts, hommes, femmes et enfants ; un des 
rouleaux nous apprend qu'il y en eut seulement quelques-uns mis 
à part et au secret dès le commencement. 

Le nombre de quatre-vingts paraît cependant s'appliquer aux 
seuls prisonniers de Vesoul d'après le compte suivant : « Pour les 
» despens de IIIIxx tant juyfs que juives et petits ainfans comme 
» pour cels qui les hont guardez et gouvernez es prison, Mgr le 
» duc à Vesoul, par IIIIxx vu jours commencent de diemoinge 
» après le feste de Toussaint l'an XLVIII et finissant le mardy 
» après la saint Vincent ensigeant (6 novembre 1348 — 2*7 janvier 
» 1349) XLVIII liv. VI sous VIII den. este venant *. » 

On s'occupe de leur nourriture et surtout de leur garde. 

A Gray : « Fust estaubliz Raymondius pourtiers dou chastel 
» de Gray pour administrer es diz Juyfs aiguë (eau) feu, estrain 
» (paille) et especialement pour ce que il les gardent plus fiauble- 
» ment (fidèlement). — Item en furent mis III des diz Juyfs en 
» la tour de la ville que l'on ne mist pas aveques les autres au 
» chastel, et garda tout le temps que ils demorèrent en prison. » 
Pour ce service, le portier reçut deux florins de Flandre. 

La garde du château de la Motte, élevé sur une montagne, à 
quatre cents mètres des remparts de Vesoul, paraît plus difficile, 
car on établit plusieurs portiers : « Perrinet de Quincey, Girard 
» portier de la porte aux Morts, Jehan Babolet, portier de la 
» porte du Ghastellet, Jehannin de Neurey et Nicolas fils au Rous- 
» selet qui ont gardé lesdis Juifs jour et nuit» et dont le supplé- 
ment de gage s'élève à IX liv. VI s. I d. 

C'est peut-être parce qu'il y avait trop de gardiens que quatre 
Juifs détenus parvinrent à s'échapper. 

Maintenant que les prisonniers sont au donjon de Mons. le Duc, 
suivons les opérations de ses officiers. 

En procédant à l'arrestation des Juifs, les prévôts ont fait 
mettre les scellés sur les maisons les plus importantes, entre 
autres sur celles de Symonot, de Lyonot et d'Helyot. Ces maisons 
portent le nom « d'ostels. » 

Simonot, Lyonot et Helyot étaient des changeurs comme Rubi- 
nine, Elias, Helget et Manassès dont on retrouve quelquefois les 
noms dans nos vieilles chartes. Il y avait en « leurs ostels » blé, 

1 La monnaie estevenante ou stéphanienne est la monnaie comtoise et diocésaine. 
Elle vaut un tiers de moins que la monnaie de France ou tournoise. 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTÉ AU XIV e SIÈCLE 21 

vin, linge, pitance et provisions, mais on espérait y trouver des 
trésors. 

Pour les autres accusés, pauvres hères exerçant le métier de 
brocanteurs ou de prêteurs sur gage et ayant toute leur fortune 
apparente dans la misérable boutique où sont entassés des objets 
sans valeur, on fit moins de façon et, dès le surlendemain de la 
Toussaint (3 novembre), les hommes de loi vinrent réaliser la sai- 
sie et dresser l'inventaire. 

Dans le bourg d'Apremont, ancienne possession d'Hugues de 
Bourgogne et frontière de la province, les familles juives sont 
peu nombreuses et l'opération semble avoir été faite par le seul 
prévôt du lieu. Entrons à sa suite dans la maison d'une juive qui 
est considérée comme pauvre. Voici ce qu'il trouve : « Vingt-sept 
» linceux ou draps de lit ; huit tuaillons ou nappes de table, trois 
» cussins de plume, trois viez courte-pointes, deux chaudrons, 
» trois aiguières, trois pots de cam, un bassin de terre, un mortier, 
» un mantel, un quartier de drap. » Elle tient en outre de divers 
habitants quelques ustensiles « de petite valeur », et tout son avoir 
est estimé à trois florins et trois gros. 

Dans la maison de la juive Bonne fille : « un corsot tannay fouré 
» d'une vieille panne (étoffe) III aunes de pers blanchot, un corset 
» de tiretenne à homme, un mantel deschaquetey. » La somme 
monte à .III florins VI gros VII deniers. 

On voit dans ce compte que des gens de Gray et de Mon- 
toChe venaient — probablement en cachette — apporter du linge 
chez les Juifs d'Apremont. Jehan Lompré de Gray figure au rôle 
pour quatorze linceux, dont « quelques bons et quelques mal- 
vais. » 

Toute la capture faite sur les Juifs d'Apremont est estimée à 
XIII florins VI gros VII deniers. C'est du moins la somme que pro- 
duisit la vente qui fut opérée aussitôt l . 

Dans les autres lieux, la chose semble avoir eu plus de solennité. 
A Fondremand, la saisie générale est exécutée par un délégué 
spécial nommé Jean des Murs, de Jussey. Ce personnage charge 
ensuite Henri de Fondremand, commissaire du Duc, et Gauthier, 
prévôt du lieu, de faire toute diligence pour liquider la saisie. Le 
tabellion de Fondremand Etienne, en présence de Jacques Danny, 
écuyer, de Cendrecourt et de maître Ferry « maistre des écoles de 
Fondremant », et de plusieurs autres, procédèrent à l'inventaire 
de tous les biens mobiliers. 

Le premier inventaire est celui du « juif Simonin. » On re- 

1 B. 127. Rouleau de la Chambre des Comptes, Arch. du Doubs. 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

marque dans sa maison : VII coutres de plume, VIII cussins de 
plume, III coutres de plumes, VII couvertures de list, V peelles 
d'airin, Vpoz de covre (cuivre), VIII escueles d'estain, V poz d'es- 
tain, XVI linceux, VII toailles (nappes), III tergehures (essuie- 
main), III petites chaudières, I cramaille de fer, I haiche à tailler 
bois, I fer de gauffres, plusieurs lettres et créances, etc. Dans 
l'inventaire des biens du Juif Mandant, on remarque deux paires 
de robes, dont l'une est rouge malrey (rouge moirée). 

L'inventaire est assez long et pénible, il est écrit en double par 
le tabellion et le maistre des escoles : « Pour avoir escript les 
» inventoires et d'autres écritures, on a paie à lour et donné 
» pour leur poinne et salaire MI livres estevenant. » 

Lorsque tout est inventorié, on procède à la vente des divers 
meubles saisis. Ceux qui ont des objets en gage peuvent les retirer 
et versent au trésorier prévôt le montant de la somme prêtée. 
C'est ainsi que Messire le curé de Bourguignon l vient retirer 
« un sien coursot » — sa soutane sans doute — qui 'est en gage 
avec une nappe de table. On les lui rend moyennant III sous six 
deniers estevenant. 

Estevenate, la maîtresse des écoles de Fondremand, qui a mis 
en gage un poz de covre, paie pour sa reinsson (rançon) II sols de 
la môme monnaie de Comté. 

On vend aux enchères ce qui n'a pas été retiré ou appartient en 
propre aux Juifs. Voici quelques-uns des prix obtenus. Un cussin 
de plumes : V sols ; une vaiche : XV sols ; I bacin à barbier : V s. 
III deniers ; V chaudières viez, une trape à cuire patez et un petit 
pot de covre : XV s. VI deniers 2 . La somme des créances des Juifs 
de Fondremand « sur lettres et senz gaige » se monte à LXIV li- 
vres I denier 3 . 

A Gray 4 , l'inventaire ne se fait pas avec moins de solennité, 
Jehan de Morey, prévôt du lieu, y préside, assisté de Henry de 
Fondremand, commissaire spécial qui reste onze jours dans cette 
ville; Pierre Valon et Jehan Gilot, tabellions de Gray, avec l'aide 
du clerc Vuillemin dit Branche, sont chargés des écritures, et re- 
çoivent chacun deux écus pour ce travail. 

La communauté de Gray est plus considérable et plus riche que 
celle de Fondremand, on y fera un peu plus de butin. Le prévôt 
Jehan de Morey ne l'ignore pas, puisqu'il a été obligé, pour se faire 

1 Village à six kilomètres de Fondremand. B. 121. Cahier, Arch. du Doubs. 
* Un muid de vin est vendu lv sols. 

3 B. 127. Rouleau, arch. du Doubs, Chambre des Comptes. 

4 Le Juif Mandant, de Fondremand, possède à lui seul pour 30 livres 10 sols 5 de- 
niers de créances. 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTE AU XIV e SIECLE 23 

un peu d'argent, d'engager douze paires de draps de lit qu'il a 
l'honnêteté de retirer en payant. Le châtelain de Rigny a égale- 
ment déposé vingt-quatre linceux pour obtenir une avance de 
quelques gros. Messire Hugues le Bourrelier, prêtre de Gray, n'a 
pu en engager qu'une douzaine, sur quoi on lui avait avancé dix 
gros. 

Le propre boulanger et pâtissier de Madame la Duchesse de 
Bourgogne, fournisseur en son château de Gray, semble être ré- 
duit à une gêne extrême. Il a engagé une belle lampe de cuivre, 
le cramail qui sert à supporter sa marmite, l'arche dans laquelle 
il conservait la farine, un poêle qui n'avait plus de couvercle, un 
vieux corset rouge et un petit bœuf qui mourait de faim dans son 
écurie. 

A côté de ces dépouilles opimes figurent « quatorze escuelles, 
une estrille, quatre petites pièces de drap, des patenôtres, des 
grappins, des chaudrons, du fil, des chausses, du droguet et de 
menus ustensiles de ménage en étain, airain, bois ou fer. » 

Avant de procédera la vente des objets saisis, les emprunteurs 
sont invités à "retirer leurs gages moyennant finance. Guillaume 
Le Verrier remporte un haubergeon; Jean de Gugney,un coutelas 
ouvré d'argent; la femme de ParisotLaborde de Gray, une courroie 
de soie ferrée d'argent en partie, etc. 

Le lecteur se demandera, sans doute, comment un petit bœuf 
peut figurer au milieu d'un compte de batterie de cuisine et de 
vieilles hardes. Nous lui ^.devons une explication à ce sujet. 
Sous le hangar voisin de la boutique nous trouvons deux char- 
retées de foin, l'une grosse, l'autre petite, estimées cinq gros et 
trois gros 1 . Pour débiter ce foin qui leur restait en gage, les 
Juifs avaient imaginé une combinaison aussi ingénieuse que lu- 
crative. Ils mettaient en pension les têtes de bétail dont les pro- 
priétaires n'avaient pu les rembourser, et on trouve dans le 
compte un état détaillé des chevaux, bœufs, vaches, moutons et 
chèvres mis en cheptel dans les villages voisins. 

Ils prennent les animaux tels qu'ils les trouvent, et on ne peut 
pas dire que le Juif Simonnot, qui possède le plus grand nombre 
de têtes, n'ait que du bétail de choix. A côté d'un beau bœuf estimé 
deux florins, on trouve des vaches sans dents valant douze à 
quinze sous, des roncins aveugles ou borgnes, clés génisses, des 
bouvillons et veaux qui semblent n'avoir aucun avenir. Certains 
ménages ont six et même douze brebis à moitié, d'autres n'ont 
qu'une vache ou deux chèvres. Le débiteur nourrit brebis, vache, 

1 Chambre des Comptes, G. 82. 



24 REVUE DES ETUDES JUIVES 

chèvre et jument, les petits se partagent par moitié ou part égale 
entre lui et le créancier. 

Le riche Simonnot avait un mobilier assez considérable, puisque 
sa vente produisit cinquante-neuf florins huit gros. 

La vente des meubles du Juif Lion le Gros (peut-être différent 
de Lyonot qui serait Lion le Petit) ne produit que IV florins 
IV gros X deniers. C'étaient les deux principaux de la colonie. 

Tout le bagage d'Hélyot y compris « un paternostre » produit 
II florins I gros XII deniers ; celui du Juif Bonne Vie II florins 
VIII gros et demi. Celui du sacrificateur attaché à la colonie est 
encore plus modeste, puisque « dou prestre de la loy » on ne tire 
que la somme d'un florin huit gros. 

Presque tous les objets vendus ont une épithète indiquant l'état 
où ils se trouvent : « Un viez courset de guibelin et un viez cha- 
piron verdot (vieux chaperon vert) atteignent un gros et demi. Un 
corset fourré, cinq gros. » Les prix sont à peu près les mêmes 
qu'à Fondremand. 

On espère trouver de l'argent ou de nombreuses créances, 
grande déception ! Chez Simonnot, dont le mobilier se vend si 
bien, on a trouvé la somme dérisoire de seize gros de France (en 
XX solz comptez IIII parisis pour V deniers) ; quatorze gros deux 
deniers estevenant en aguillons et mailles d'Auxonne *, plus six 
gros tournois. 

Evidemment, le fisc était volé. 

En dehors des objets encombrants de mobilier qui sont de peu 
de valeur, les agents ducaux recherchent surtout les créances et 
lettres de change souscrites au profit des Juifs. Chacun sait que 
les banquiers lombards avaient inventé ce moyen commode de tou- 
cher de l'argent sans emporter avec soi des sommes considérables. 
Ils avaient dans les villes principales des correspondants qui 
escomptaient les billets à ordre, absolument comme on le fait au- 
jourd'hui. 

Les Juifs tenaient à cacher ces valeurs, et quand venait quelque 
édit. menaçant, ils les faisaient disparaître ou les confiaient à 
des personnes sûres. Nous voyons que dans l'orage de 1348-49, le 
riche Simonnot et ses collègues n'hésitèrent pas à confier quelques 
créances à un prêtre de Gray, nommé Henri Lobbet. Il paraît 
que l'on trouva des traces de cette cession, car les lettres furent 
réclamées à messire Lobbet qui se trouva obligé de les rendre aux 
agents du trésor. 

1 Les aguillons et mailles d'Auxonne étaient une monnaie que le duc Eudes IV 
faisait alors battre à Auxonne en dépit de l'archevêque de Besançon, qui prétendait 
avoir seul droit de battre monnaie, et dont les pièces étaient préférées du public. 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTÉ AU XIV e SIÈCLE 25 

Les différentes pièces que nous avons pu consulter prouvent que 
les Juifs avaient des comptes bien en ordre. Sans tenir des regis- 
tres en partie double et une comptabilité savante, ils connais- 
saient parfaitement leur doit et avoir. Seulement ces comptes sont 
écrits en hébreu et les braves prévôts non plus que les tabellions 
ne connaissent rien à ce grimoire. Qu'à cela ne tienne, disent 
Jehan de Morey et Le Quoquez, prévôt de Jussey, nous allons en 
prendre deux ou trois qui nous traduiront le tout ; le désir d'é- 
chapper à la question les fera bien parler, ils se contrôleront mu- 
tuellement et nous saurons la vérité. 

Et voilà comment ces comptes de Fondremand, Gray et Vesoui 
qui nous restent encore ont été traduits de l'hébreu et mis au net 
par les clercs et tabellions susdits. 

Chez le juif Lyonot, on trouve douze à quinze petites créances. 
La moindre est de un gros, la plus forte ne dépasse pas vingt. Elle 
regarde Guillaume Le Verrier, qui sur les vingt gros en a déjà 
versé six. Cet à-compte est scrupuleusement marqué au dos de 
son titre. 

Chez Symonnot, qui passait pour le plus riche de la colonie, les 
agents mettent la main sur douze ou quatorze effets du même 
genre. La plupart ont été souscrits à Besançon, bien que les dé- 
biteurs soient beaucoup plus rapprochés de Gray ou de Vesoui 
que de la ville impériale. Ils appartiennent tous à des habitants du 
bailliage d'Amont. 

Les plus considérables, montant à deux ou trois florins chaque, 
portent la date de Lyon, où Symonnot a des correspondants. Il s'en 
trouve aussi un ou deux datés de Langres, ville française à dix 
lieues de Gray. 

Les emprunteurs appartiennent à toutes les classes de la société ; 
chevaliers, bourgeois, gens de loi ou d'église, laboureurs, ou- 
vriers et bergers y figurent qui pour un anneau d'or ou d'ar- 
gent, qui pour du linge et des morceaux de tapis, qui pour « une 
coloire d'airin », un prie-dieu de chêne, la toison d'une brebis 
ou le cuir d'un vieux cheval. La gêne est à peu près égale dans 
toutes les classes de la société après quinze années d'une guerre 
sans merci et au milieu d'une peste effrayante. 

On conçoit qu'un si grand nombre de débiteurs, ne pouvant se 
libérer ni reprendre le linge et les objets d'usage journalier qu'ils 
ont mis en dépôt, soient médiocrement fâchés de voir leurs créan- 
ciers disparaître dans la tour du château de Gray ou dans le don- 
jon de Vesoui. Si on allait les condamner à mort et rendre les 
gages, quel soulagement et quel débarras ! Si on allait, comme 
cela s'est fait en quelques villes de Bourgogne, les relâcher 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

moyennant quittance à tous leurs créanciers, quelle bonne au- 
baine l ! » 

Mais, non hélas, cette fois les débiteurs ne gagneront rien, quoi 
qu'il arrive. Les employés du fisc ont ordre de faire rentrer toutes 
les dettes, créances, vente de meubles, etc., au profit du trésor 
épuisé. Un maître clerc et son valet écrivent avec soin le détail 
et le résultat de toutes les opérations et l'un d'eux part pour Dijon 
afin de « les conter à Mon s. le Duc. » Le rouleau de papier conte- 
nant le récit de ces exploits coûte à lui seul VI gros. 

En le voyant, le Conseil de Monsieur devra reconnaître que tout 
s'est fait régulièrement, mais quelle maigre recette et que va dire 
le prince en constatant que « les debtes dénués aux Juyfs de Gray 
» tant en lettres comme par lettres, si comme ils les ont devisées 
» en présence des tabellions et prévôts susdits, s'élèvent, tant 
» d'argent trovey sus les diz Juyfs en lour hostels, comme de 
» vendue de lours biens et de l'exploit de lours gaiges » à II c. 
XLIII florins XI gros. 

De son côté, le prévôt de Vesoul, Regnaud-Jouenne de Chariez, 
n'est pas resté inactif. Il fait l'inventaire et porte à la recette « les 
» créances extraictes d'ebrey en roman, par Guillemin de Port, 
» taubellion de Vesoul, Jehannin de Vêler le Sec, taubellion de 
» Besançon, Jehannin de Vesoul clerc et par aucun desdits Juifs. » 
Toutes ces créances sont de peu d'importance et concernent des 
bourgeois ou des paysans demeurant à quatre lieues à la ronde. Le 
total forme une somme de deux cent quatre-vingt-treize livres dix- 
sept sous six deniers 2 . 

Il faut ajouter à cela une somme de cent soixante-six livres deux 
sols neuf deniers provenant de la vente des meubles et rachat de 
gage. , 

Le compte du blé et du vin trouvé chez les Juifs de Vesoul n'in- 
dique pas une abondance qui puisse les faire accuser d'accaparer 
les denrées. 

Voici les noms des principaux de la ville même : Symon, Rubi- 
nines, Habrelin, Menessier, Mullequenat; la Juive Léaul figure 
comme « garde de l'escole » (ce qui paraît peu en harmonie avec 
les statuts diocésains qui défendent de confier les enfants aux 
Juifs 3 ) 

Les Juifs Le Borine, dame Lye, Mosset le Célérier, une autre 

1 Notamment à Chaussin, Chalons et Pontailler-sur-Saône, où quinze Juifs sont 
relâchés à condition que « s'ils vouldroient être payés des 2,000 florins qu'on leur 
doit ils retourneroient es prisons. » 

1 15. 151, Chambre des Comptes, rouleau de 7 mètres 28 de long. 

3 A moins qu'on n'admette une écolo juive à Vesoul. 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTÉ AU XIV e SIÈCLE 27 

femme Lye, Colon, Bauditet, Haronnin, Haquemant sont désignés 
comme Juifs de la prévôté, mais ne paraissent pas avoir habité 
Vesoul. 

On trouve quelques objets de luxe parmi les objets vendus, tels 
qu'une courroie de soie verte ferrée d'argent, une autre courroie 
de soie également ferrée d'argent et une verge d'or trouvée sur le 
« Juyf Rubinines, sa femme et ses enfants. » Pressés de questions, 
ils « enseignèrent » la cachette où ils avaient renfermé quatre 
draps de lit qui furent vendus, ainsi qu'une robe de femme en soie 
d'Illande(?). 

Rubinines avait caché d'autres joyaux et voici comment ils 
furent découverts. 

Malgré la surveillance exercée plus ou moins sévèrement par les 
cinq portiers préposés à la garde du château, quatre des Juifs 
détenus vinrent à bout de se sauver. Connaissant très bien le pays, 
ils prirent la direction dans laquelle ils espéraient arriver plus 
promptement hors des terres ducales et s'en allèrent à travers 
champs du côté du sud-est. Rs furent reconnus bien vite, puisque 
le sire de Villersexel les capturait le lendemain, les mettait en 
prison et dépêchait un exprès pour prévenir l'autorité centrale. Le 
prévôt alla lui-même à Villersexel à la tête « de quinze compagnons 
à cheval » et en société d'un tabellion public, « pour querre » les 
fuyards et les ramener au gîte. 

Ces quatre évadés étaient Rubinines, Menessier, Habrelin et 
Jocon, les trois premiers de Vesoul, le dernier de Port-sur-Saône. 
Cette capture fournit matière à un nouveau chapitre intitulé : 
Recepte des meubles et joyiaux trovez sur Rubinines, Menessier, 
Habrelin et Jocon de Port sur Saogne que li sires de Vilersexel 
tenoit pris : IIII anels (anneaux) d'or, l'un senz pierre; I anel 
d'argent brisié ; IIII courroies ferrées d'argent ; II trécours à 
femme dont li un d'iceulx a été remis à la femme Perrin Maicuit, 
de Colombier, escuier, qui l'avoit preste à l'un d'iceulx Juyfs; 
XLV sous estevenants. 

Les fugitifs réintégrés dans leur prison ne paraissent pas avoir 
eu de mauvais traitements à souffrir, et ils attendirent le juge- 
ment définitif qui traîna en longueur. 

La salle de justice de Gray n'était pas prête pour passer le juge- 
ment. On profita de ce procès pour la remettre en état et racom- 
moder le toit « qui estoit despecié. » Il en coûta pour ce VI florins. 

Le régime auquel les Juifs sont soumis est le même que pour les 
prisonniers ordinaires. Du pain pour nourriture, de l'eau pour 
boisson et de la paille pour couche. A Vesoul on emploie pour les 
nourrir le blé qui fut confisqué dans leurs maisons, ils reçoivent 



28 REVUE DES ETUDES JUIVES 

même du vin, et une tine de ce liquide figure dans le compte 
comme ayant été consommée par eux. 1 . 

A Gray, le prévôt Richard a traité avec un boulanger qui fournit 
le pain : « item ha paie lediz Richard à Jehan Petitot, de Gray 
» penetier pour le pain que il a fait de quoi li dit juyf ont vescuy 
» doi le jour dou mardi devant la sainte Katherine (18- no- 
» vembre 1348), jusques le XXVII jour de favrier (1349), pour 
» chascun juyf, XIII soudées de pain. » Les accusés passèrent 
ainsi trois ou quatre mois en prison tandis qu'on instruisait leur 
procès. On mit beaucoup plus de temps à inventorier leurs biens, 
rechercher leurs créances et vendre leurs meubles, qu'à éclaircir 
la question capitale de l'empoisonnement des fontaines et des ori- 
gines de la peste. 

Nous voyons que trois Juifs furent mis à part ou au secret dans 
la tour de Gray, et six dans le donjon de Vesoul. Deux jours seu- 
lement sont signalés comme jours de question, mais on ne voit 
pas trace de bourreau ni de supplices, nous croyons qu'il s'agit de 
simples interrogatoires. 

Au fond, on en voulait bien plus à leur bourse qu'à leur vie. Les 
captifs (qui avaient certainement mis leurs fonds en sûreté, car il 
serait incroyable que ces changeurs prêtant des milliers de florins 
n'aient possédé entre eux tous que la somme insignifiante récoltée 
par le trésor), les captifs de Gray et de Vesoul n'ignoraient pas 
qu'à cette époque une clef d'or ouvrait les prisons les mieux 
fermées. Moyennant une somme suffisante, les procédures les plus 
sévères se terminaient en douceur. Voilà pourquoi les Juifs redou- 
taient beaucoup moins la justice souveraine que les fureurs popu- 
laires. Ils avaient raison; c'est sans doute parce qu'ils savaient 
cela, qu'ils ne craignirent point de s'avouer coupables. 

Après cent jours de détention il ne restait plus rien à leur 
prendre. On avait tiré d'eux officiellement tout ce qu'on pouvait 
espérer en fait d'aveux et de florins; les commissaires jugèrent 
qu'il était temps de conclure. En gardant les prisonniers plus 
longtemps on aurait dépassé le but et absorbé tous les bénéfices de 
l'entreprise. A quoi bon payer les douze sergents qui gardèrent 
jour et nuit six Juifs mis en prison et questionnés pour savoir « la 
vérité des poudres que l'on disoit qu'ils avoient jetés aux puix et 
fontaines », puisque ces criminels « mis en VI lieux » c'est-à-dire 
au secret, avaient avoué le crime. 

Les prévôts avaient dressé leur compte provisoire. En addition- 
nant les recettes de toute nature amenées par cette expédition, il 

• La tine est une mesure de 80 litres. 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTÉ AU XIV e SIÈCLE 29 

se trouva que le butin saisi et confisqué, tant meubles que bétail, 
deniers et billets, montait à sept cent douze florins. Les dépenses 
de tout genre s'élevant à deux cent dix-huit florins en nombres 
ronds, il en résulte pour le trésor ducal un bénéfice net de quatre 
cent quatre-vingt-quatorze florins, qui, d'après les évaluations des 
commissaires, représentait un troupeau de deux cent cinquante 
bons bœufs, un bon bœuf étant estimé deux florins. 

Cette somme n'était point à dédaigner dans l'état de délabrement 
où se trouvait le trésor ducal, mais ce n'était vraiment rien pour 
des changeurs aussi renommés que ceux de Gray et de Vesoul. 
Ordinairement ils payaient pour rester, nous inclinons fort à croire 
que cette fois ils payèrent pour partir. 

Car ils ne furent point du tout condamnés à mort et attachés au 
gibet comme l'ont écrit nos historiens, et c'est le point important 
qu'il s'agit d'établir. Quelle part les seigneurs et les gens d'église 
eurent-ils dans cette prétendue condamnation à mort? 

La sentence solennelle fut rendue dans la grande aule du 
chastel de Vesoul 1 . On n'y vit paraître aucun homme d'Eglise. 
Ni le prieur du Marteroy, résidant à cinq cents mètres du château, 
ni le doyen de Calmoutier ou les abbés de Bellevaux, la Charité, 
Clairefontaine, Bithaine et Faverney, prélats les plus voisins et 
peut-être les plus intéressés, n'y parurent. On ne vit figurer dans 
ces assises aucun des grands barons de notre pays, qui détestaient 
le duc, son parlement et ses officiers de justice. Les commissaires 
ducaux n'y parurent même pas, leur compte était déjà réglé. 
« Despens de Mgr Guy de Vy Chevalier, Jehan de Coublans, 
» mestre de l'écurie de Mgr le duc ; commissaires députés de par 
» ledit Mgr pour penre les Juifs de la Contey de Bourgogne, bail- 
» liage d'Amont X livres XIV sols VIII deniers 2 . » 

Ce fut simplement le prévôt de Vesoul qui convoqua douze 
chevaliers des environs pour porter la sentence définitive, le 
21 janvier 1349. La sentence fut rendue rapidement et sans débats, 
et ces terribles assises finirent par un dîner servi aux juges. Lisez 
plutôt : Por les despens dou seigneur de Montbis, Mgr Aimé de 
Vêle, Mgr Guillaume de Lisle, le seigneur d'Airoz, Mgr Jehan de 
Vêle, Mgr Hoste de Villegondry, Mgr Jacques de Charriez, cheva- 
lier, Huguenin de Charriez, Guillaume de Villefaux, Perrin de 
Sendrecourt, Guillaume de la Chapelle, escuier, Henri de Fondre- 
mant et leurs maigniers et chevaux, fais à Vesoul le mardi après 
la Teste de sainct Vincent Tan xlviii (27 janvier 1349), à la dinée, 

1 Cette salle mesurait 60 pieds de longueur. 

2 Archives du Doubs, Trésor des chartes, B. 151. 



30 REVUE DES ETUDES JUIVES 

« auquel lieu lediz prévost les avoit mandés pour jugier lesdiz 
» Juifs segon les mérites de lours confessions qu'ils avoient faictes 
» sur le faict des poudres qu'ils avoient jetées aux puix et fon- 
» taines si comme l'on disoit tant enjayneque deffuers (tant en 
» prison que dehors. » Despens, cy LX sols VIII deniers. 

Ce festin à cinq sous par tête diminuait assez peu la recette 
ducale, dira-t-on, surtout si la dépense des chevaux est encore 
comprise dans cette somme, mais quel fut le dénouement de ce 
long drame et quelle sentence portèrent ces douze jurés appelés 
aux assises extraordinaires du bailliage pour juger cette cause 
fameuse ? 

Rassurez-vous, il n'y aura ni gibet ni supplices. Les « nobles » 
prononcèrent la peine du bannissement et déclarèrent que les Juifs 
expulsés seraient conduits hors du comté de Bourgogne sous bonne 
escorte, afin de n'être ni tués ni volés 1 . Lisons cette phrase qui 
nous donne le dernier mot de l'affaire. « Pour les gaiges de Jaic- 
quot fils à Petit, sergent de Vesoul, pour deux journées conduisant 
les Juifs à Montboson, lesquels l'on avoit bannis de la Gontey, por 
ce que l'on ne tuest et deroubests. » On les renvoyait donc avec un 
sauf-conduit. 

L'étape de Vesoul à Montboson, siège d'une prévôté et limite du 
bailliage,, est de vingt-cinq kilomètres ; les Juifs la firent à pied 
sous la conduite des archers. Pour des gens attachés au gibet et 
exécutés la veille ou l'avant-veille, ce n'était point trop mal. 

Nous n'avons pas suivi leurs traces plus loin que Montboson. Le 
prévôt du lieu dut les faire conduire plus loin, mais de quel côté 
se dirigèrent-ils? En attendant que la question soit éclaircie, nous 
ne voyons que deux hypothèses possibles. Ou ils gagnèrent la ville 
impériale de Besançon, qui devint leur refuge comme en 1321, ou 
ils se dirigèrent par la route la plus courte hors des terres du 
Comté, et dans ce cas leur direction était toute tracée par Baume, 
Clerval et la vallée de Dambelin, pour gagner les Franches- 
Montagnes et les pays de Porrentruy et Neuchatel sur le Lac, qui 
n'appartenaient point au duc. 

A peine les Juifs étaient-ils sortis de prison que le souverain des 
deux Bourgognes mourut. On l'enterra au mois d'avril 1349 à 
Cluny. Ce prince laissait pour héritiers son petit-fils, enfant de 
cinq ans, et une jeune veuve, Jeanne de Boulogne et d'Auvergne, 
qui devait être régente. 

En revenant de l'enterrement, elle trouva les hauts barons com- 
tois réunis à Gray et prêts à lui dicter leurs conditions. Le texte 

1 D'où nous concluons qu'il leur restait encore quelque argent. 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTÉ AU XIV e SIÈCLE 31 

du traité fait le 29 avril 1349 montre que la régente perdit en ce 
jour à peu près tout le terrain gagné par son beau-père. Les sei- 
gneurs obérés cherchaient à se débarrasser des Juifs et voici la 
clause qu'ils firent insérer dans le traité de Gray l : 

« Nos Jehanne de Bourgogne.,., façons savoir. . . que avons 
» ouctroyé de grâce especiai. . . que nos ne autres puissiens retenir 
» en ladite Contée de B. Lombards ne Juefs ne autres personnes 
» qui prestent à usure et ceux qui y sont a présent en soient 
» envoies et otiés déans la Saint Michel prochainement venant et 
» que entre deux en après, ils ne se puissent payer de ce qui leur 
» est dehu masque de leur principal sort, sans point lever de 
» usure, lesquelles choses dessusd. octroyées nous avons promis 
» en bonne foy tenir et garder . . . Mandons et commandons a tous 
» nos officiers de ladite contée que cette grâce et les choses dessus 
» pablioient un chacun ez lieux de la juridiction qu'il gouverne... 
» En témoignage de ceste . . . nous avons fait maitre notre grand 
» séal a Gray lou mercredy après feste s. George l'an corrant per 
» mil cgc quarante et nuef. » 

Cette pièce authentique montre que les passions étaient déjà 
bien calmées, puisqu'elle accorde un sursis de cinq mois pour l'ex- 
pulsion des Juifs résidant au bailliage d'Aval et dans le reste de la 
province 2 . Si les prisonniers du bailliage d'Amont avaient été 
massacrés juridiquement deux mois auparavant, on ne compren- 
drait guère une pareille mansuétude envers les survivants. Le 
traité de Gray n'aurait pas manqué de prendre pour motif d'ex- 
pulsion les maléfices et poudres malignes reprochés six mois aupa- 
ravant.. Il n'en dit rien et ne fait mention que d'usures dont les 
barons comtois ont demandé la répression. Enfin, si le fanatisme 
avait dicté cet édit et si l'expulsion des Juifs eût été une question 
religieuse, on n'aurait pas compris dans la mesure les Lombards 
et les chrétiens. C'est donc surtout la question économique qui 
était en jeu, ce n'était pas les sectaires, mais les usuriers qu'on 
voulait atteindre. 

Du reste, l'exécution de ce traité fut si mollement pressée que 
nous ne savons pas même si le décret fut rendu. Les circonstances 
semblent y avoir mis obstacle quand la Saint-Michel fut venue. 
La comtesse, afin de trouver un appui, contracta un nouveau 
mariage avec le duc de Normandie, Jean, fils du roi de France, et 
héritier présomptif de la couronne (19 février 1350). Deux mois 
après, le nouveau maître est à Dôle et on s'occupe de toute autre 



1 Chambre des Comptes, B. 582. Arch, du Doubs, 

2 Doubs, Jura et pays de Moatbéliard, 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

chose que des Juifs. Nous inclinons à croire qu'ils payèrent et res- 
tèrent. 

Dans cette comédie, dont les représentations furent nombreuses 
au xiv e siècle, les Juifs ne sortaient par une porte que pour rentrer 
aussitôt par l'autre. 

De plus, nous trouvons dans l'histoire de notre diocèse une 
preuve qui vient à l'appui de notre opinion. Au synode du prin- 
temps de l'année 1355, le nouvel archevêque de Besançon, Jean III 
de Vienne, entretint les délégués venus de tous les points du 
diocèse de la nécessité de mettre leurs fidèles en garde contre les 
agissements des Juifs, et, comme conclusion, l'assemblée synodale 
édicta un statut nouveau, ordonnant aux curés de prévenir les 
Juifs qui habitent leurs paroisses de ne point garder dans leurs 
maisons des nourrices ou des serviteurs chrétiens, de ne pas 
mettre leurs enfants en nourrice chez les chrétiens, et de porter 
leur signe distinctif d'une manière apparente sous peine d'amende 
de dix marcs d'argent l . 

C'est donc en vain que le duc régent avait juré, en 1350, aux 
Etats de Dôle, de maintenir l'expulsion des. Juifs promise, moins 
d'un an auparavant par le traité de Gray. Les Juifs restèrent en 
Franche-Comté, ou du moins ils y revinrent bientôt parce qu'on 
avait besoin d'eux. Les grands seigneurs, qui avaient demandé 
leur expulsion, pensèrent que l'exemple du duc Eudes IV et de 
Jean de Chalon-Arlay, qui laissaient crier leurs créanciers et ne 
les payaient jamais, avait du bon 2 . Pour ces mauvais payeurs, le 
moyen le plus simple de se libérer fut d'obtenir quittance. 

Aussi bien, quand les hommes d'affaires firent le compte de ce 
qu'on avait dépensé de part et d'autre dans les interminables 
guerres du dernier duc et des hauts barons, ils furent amenés à 
conclure que jamais on ne pourrait solder les dépenses faites et 
les sommes empruntées. Les Juifs durent en prendre leur parti ; 
ayant à choisir entre la prison ou la remise des intérêts et des 
dettes, ils préférèrent donner quittance 3 . 

La confiscation ordonnée par Eudes IV dans le bailliage d'Amont 
avait produit des résultats tellement ridicules qu'elle ôta peut- 
être à ses successeurs l'envie de recommencer. Ils préférèrent 
traiter à l'amiable ou prendre sans prévenir l'argent dont ils 
avaient besoin. C'était bien la peine de mettre le pays sens dessus 

1 Voir le texte aux pièces justificatives. 

2 Outre les dettes déjà signalées, le sire de Chalon en avait, en 1353, une autre 
de 20,000 florins, environ 300,000 francs. 

3 Les enquêtes sur les guerres des barons ne se firent qu'au bout de vingt ans. On 
les trouve à la Chambre des Comptes, B. 866, et autres. 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTE AU XIV SIECLE 33 

dessous pour récolter à peine 7,500 francs de notre monnaie. On 
s'y prit mieux les années suivantes, et il paraît bien que les Juifs y 
trouvèrent du bénéfice, puisqu'ils restèrent. 

La seule différence que nous trouvions entre le régime nouveau 
et les années précédentes consiste dans la discrétion qui entoure 
leurs actes, ils paraissent et interviennent moins souvent dans les 
contrats publics, ils laissent aux changeurs de Lyon et d'Avignon 
l'honneur périlleux de prêter les florins par milliers. 

Ils continuèrent leur commerce avec le menu peuple, comme 
par le passé, et ce fut pour se soustraire à leurs exigences que les 
Salinois imaginèrent, vers Tan 1363, une banque ou mont-de-piété 
qui fut le premier établi dans nos régions ». Quelques riches bour- 
geois de Salins se mirent à la tête de cette œuvre qui eut du succès 
et modéra le taux des emprunts en établissant la concurrence. Les 
premiers directeurs furent les frères Jean et Hugues d'Aussel, 
Othenin et Guillaume de Salins. 

Les Juifs n'hésitèrent point à rentrer à Gray et à Vesoul pour y 
reprendre la suite de leurs opérations. L'un d'eux, Manassès, que 
nous soupçonnons fort d'être le Menessier nommé dans le compte 
de 1349, fit de brillantes affaires et étendit si bien ses relations, 
qu'un an après l'avènement de Charles V, il prenait, dans les 
actes et sur son enseigne, le titre pompeux d'argentier du roi de 
France (1365). 

Nous sommes donc en droit de conclure que non seulement les 
Juifs ne furent point massacrés à Vesoul pendant la peste noire, 
mais qu'ils furent traités moins mal que partout ailleurs. Ce ne fut 
pas à l'instigation des gens d'église qu'ils furent maltraités, au 
contraire, la politique du pape prévalut et la publication de ses 
bulles sauva les fils d'Israël dans ces graves circonstances. 

Il faut donc rayer de notre histoire nationale cette affirmation 
répétée depuis deux siècles par nos meilleurs écrivains, mais 
détruite par le témoignage des comptes originaux. Il faut admettre 
aussi que la question financière primait la question religieuse 
et qu'il y avait encore plus de cupidité que de haine dans les pros- 
criptions trop fréquentes au moyen âge. 

A partir de cette époque, le rôle des Juifs en Franche-Comté 
perd de son éclat, et il devient même assez difficile de suivre leurs 
traces. 

En dehors des raisons de prudence qui les firent rester dans 
l'obscurité, ils durent reconnaître que les temps de grand bénéfice 
étaient passés. 

1 Voir Gollut et Rougebief, Hist. de Franche-Comté. 

T. VII, n° 13. 3 



34 REVUE DES ETUDES JUIVES 

La misère, amenée par la guerre et la peste, accentuée par les 
ravages des Grandes-Compagnies, augmentait de plus en plus ; 
après les grands seigneurs, ce fut le tour des bourgeois et du 
menu peuple, les petits réclamèrent comme les grands avaient 
réclamé. 

Nous n'avons garde de dissimuler la part que le clergé prit cette 
fois à Tédit d'expulsion soi-disant générale et définitive, qui eut 
lieu en 1374. 

Le « Mont de Salins », fondé en 1363, qui prêtait sur valeur 
mobilière et immobilière au taux de sept pour cent * , était assez 
goûté des barons comtois. « Ils aimèrent mieux, dit Gollut 2 , monter 
» sur ce mont que de naviguer sur la mer de Gennes ou courir en 
» la campagne de Lombardie », c'est-à-dire que de passer par les 
mains des Juifs et des Lombards. 

Le mont de Salins faisait donc concurrence aux Juifs, et ses 
patrons profitèrent peut-être de l'arrivée de Marguerite de France, 
comtesse de Bourgogne, pour obtenir l'expulsion des Juifs, promise 
depuis plus de vingt ans. La duchesse, venant de Quingey, entrait 
à Salins le 24 septembre 1374. Le surlendemain, 26, le clergé de 
Salins, après lui avoir souhaité la bienvenue, lui présentait une 
requête signée des doyens des trois chapitres, des curés des 
quatre paroisses, des gardiens et prieurs des trois couvents de la 
ville. 

Dans cette pièce rédigée en latin, les signataires s'expriment 
d'une manière assez vive et assez vague sur les dangers que la 
société des Juifs fait courir aux chrétiens et sur les péchés dont 
elle devient la source. Ils demandent à la comtesse l'expulsion 
totale et irrévocable de cette nation dont la contagion souille les 
Salinois 3 . 

Il est à remarquer qu'il est question ici de la seule ville et 
bourg de Salins, propriété particulière de la duchesse. Nous ne 
voyons pas que l'archevêque, les chanoines et le clergé du diocèse 
se soient associés à cette demande. La charte, conservée aux 
archives, mentionne seulement l'expulsion de Salins, et ce n'est 
pas sur cette pièce qu'a dû s'appuyer Chevalier quand il dit 4 : Ce 
qui fut suivi de leur expulsion dans tout le pays. 

Nous n'avons rencontré nulle part le texte de ce décret, qui 
semble assez conforme à l'opinion publique de ce temps. Un chan- 

1 Ailleurs on demandait 10, 12 0/o et même davantage. 

* Gollut, Mémoires, livre VIII, ch. xiv, page 730. Le 8 mars 1383, le sire de 
Chalon-Arlay empruntait à ce mont 20,076 florins. 

3 Chambre des Comptes, S. 236. Voir aux pièces justificatives. 

* Chevalier, tome I, p. 183. 



LES JUIFS EN FRANCHE-COMTÉ AU XIV e SIÈCLE 35 

gement notable, survenu dans les habitudes des Lombards, ban- 
quiers et commerçants, rapprochait des distances qui paraissaient 
infranchissables cent ans auparavant. Les Lombards et changeurs 
devenus riches, se retiraient peu à peu des affaires, ils achetaient 
des châteaux ou gardaient pour compte ceux que les seigneurs 
avaient mis en gage et ne pouvaient retirer, ils se hasardèrent à 
demander des lettres de noblesse et n'eurent pas beaucoup de peine 
à les obtenir. Ces exemples ne furent pas sans influence sur les 
Juifs, et dans la seconde moitié du xiv e siècle, on en vit plusieurs 
trancher du gentilhomme et chercher, par tous les moyens, à 
entrer dans la noblesse. 

N'en citons qu'un seul exemple. Au moment où les Grandes- 
Compagnies exercent les plus affreux ravages, le sire de Pesmes 
assiège, « a grant quantité de gens d'armes, » dans la tour d'Or- 
champs sur le Doubs, un Juif qui se prétend propriétaire et fonda- 
teur de cette tour l . 

Cette remarque nous aide à comprendre le récit de Gollut appré- 
ciant l'expulsion de 1374 « à laquelle ceste princesse Marguerite 
» meit la bone main. De quoy il est advenu que plusieurs bones 
» maisons qui sont aujourd'huy en Bourgogne hont estées chris- 
» tianisées et qu'elles ont donées beaucoup de bons personnages 
» et dévots chrestiens 2 . » 

Le désir d'avoir enfin la tranquillité, de jouir des richesses 
acquises et d'entrer dans la société d'alors facilita donc pour plu- 
sieurs le passage au christianisme, et, selon la remarque de 
Gollut, les plus riches furent ceux qui cédèrent plus facilement. 

Mais il en restait un grand nombre dont on ne pouvait attendre 
l'abandon d'une religion que les épreuves et les persécutions leur 
avaient rendue plus chère, il fallait régler leur condition civile, et 
ce fut le successeur immédiat de la comtesse Marguerite qui se 
chargea de ce soin. 

Le 21 novembre 1384, Philippe le Hardi rendit en son château de 
Gray une ordonnance applicable aux Juifs du duché et du comté 
de Bourgogne. Voici les principales dispositions de cette charte 
qui réglait des questions depuis longtemps pendantes. 

Le duc permet à cinquante-deux familles juives de s'établir 
dans les villes de son domaine où il leur plaira de résider, moyen- 
nant un droit d'entrée et un cens ou redevance annuelle à payer 
au trésor. Moyennant ce droit d'entrée et cette redevance annuelle 



1 Chambre des Comptes, O. 42. (22 août 1364). Ce Juif était peut-être un ancien 
créancier d'Hugues et Henri de Bourgogne, jadis seigneurs d'Orchamps. 
a Gollut, livre VIII, chap. xxvi, p. 761. 



36 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ils seront quittes et exempts de tous les autres impôts. Il leur sera 
défendu de prêter à plus de quatre deniers par livre et par semaine 
pour intérêt. Désormais, ils seront crus sur leur serment, même 
contre des chrétiens; le témoignage d'un seul Juif renégat n'aura 
aucune valeur contre les autres Juifs. Leurs chefs seront appelés 
maîtres de la loi et leurs cimetières seront séparés des cimetières 
chrétiens '. 

A part le taux de l'argent qu'elle réglait et le témoignage en 
justice accordé aux Juifs , cette charte n'innovait rien, elle ne 
faisait que consacrer l'usage et donner force de loi aux coutumes 
établies. 

Pour la faire observer, Philippe le Hardi désigne un seigneur de 
sa cour, et Gui de la Tremouille, sire de Jonvelle, est nommé 
gardien des Juifs. Cette fois, le gardien n'était plus un geôlier, 
mais un protecteur. 

Depuis ce temps, les Juifs de Franche-Comté n'ont plus guère 
fait parler d'eux. Jlacquin, Juif de Vesoul, fut médecin et physi- 
cien du duc Jean-sans-Peur 2 . Il resta Juif, mais peut figurer parmi 
ceux à qui leur richesse ou leur science firent trouver accès dans 
le grand monde. C'est à peu près le seul exemple de ce genre que 
nous trouvions dans nos annales. Tous les autres sont commer- 
çants ou changeurs. La disparition de la féodalité comtoise et 
de ses innombrables châteaux amena forcément une diminution 
dans le nombre des colonies juives, au lieu des quarante à qua- 
rante-cinq établissements du moyen âge, il ne restait de familles 
juives que dans nos villes principales, à l'époque de la conquête 
française. 

Des chercheurs plus habiles et plus heureux trouveront sans 
doute d'autres documents et les publieront quelque jour. En réunis- 
sant ceux qui sont contenus dans ces quelques pages, nous avons 
voulu simplement indiquer la voie et essayer de jeter quelque 
lumière sur un des points les plus mal étudiés et les moins connus 
de notre histoire franc-comtoise. 

J. Morey, 

Curé de Baudoncourt. 



1 Voir Dom Plancher, Histoire de Bourgogne, tome III, Preuves. 
* On peut voir à ce sujet VHistoir» des ducs de Bourgogne, en 12 volumes, par 
M, de Barante. 



LES JUIFS ExN FRANCHE-COMTÉ AU XIV e SIECLE 37 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



i. 



Statut édicté au synode de mai 1355. 



(L'archevêque mourut le 42 mai de cette même année, mais le synode fut présidé par 
le grand doyen du chapitre, qui fut élu archevêque sous le nom de Jean III de 
Vienne.) 

Ad omnes parochos diœcesis Bisuntinœ. 

Item... moneatis omnes Judœos in vestris parochialibus commo- 
rantes et sub pœna interdicti communionis fidelium et decem mer- 
charum argenti inhibeatis eisdem ne in domibus eorum nutricios 
vel servientes habeant Chrisptianos et ne liberos suos Chrisptianis 
nutritios faciant, et ne super Chripstianos officium publicum exer- 
cere présumant sub pœnis preedictis injungentes eisdem quod 
aliquod signum apparens publiée defferant per qucd ipsos Judœos 
esse, cuilibet appareat evidenter. (Bibliothèque du Chapitre ; Collec- 
tion manuscrite inédite, page 57.) 



II. 

Liquidation des dettes du duc Eudes IV, vis-à-vis Henri de Bourgogne, 
débiteur des Juifs. 

(Compte que présente son fils, Jean de Bourgogne, à la suite de l'enquête sur la 
guerre de 1338.) 

Requête de Jean de Bourgogne. 

A vous ma très redoutée Dame Madame la Royne de France et à 
vous mes très redouté Sire M r le Duc de Bourgogne, suplie à vous, 
Jean de B. li vôtre, que comme mes redoutés Sires li Duc de B., cui 
Dieu pardoint, fut tenu à Mons. mon père en plusieurs sommes de 
deniers pour plusieurs raisons cy après escriptes; premièrement 
Mess, li Dux duit payer à Mons. mon père après le décès de Madame 
la Reine Jheanne pour l'accord de la succession de M. Hugues de B. 
en deniers VII m. 1. 

Item pour le fruit de sa terre estimé à mille livres ; pour sept ans 
VII m. 1. 

Item, pour ses chevaux perdus en Flandre devant Cassel et au 
retourner et pour dépens II. M. IX. C. XVIII 1. V sols. VI d. 

Item pour son chestel de Montront pris deux fois II. M. I." 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Item pour ses chevaux et son harnois perdus devant Besançon en 
son service, sans le plus, VI. G. 1. 

Item pour dommaiges faits en sa terre de Choys en allant et retour- 
nant des sièges de Marnay et de Besançon, en gessant plusieurs fois 
dans ladite terre IL M. III. C. XXVIII î. VI s. VIII d. 

Item pour plusieurs dommages faits par M r Hugues d'Art pour le 
fait d'un prisson que Henri de Senourcourt prit et pour le fait de Per- 
rin de Vy XL G. XI 1. II s. 

Item, pour argent levé de Jacquemin et de la terre doud: Mess. 
Pierre par ledit M r Hugues d'Arc à la somme de VIIxx X 1. 

Item que Messire Robert de Chatillon Gardien de B. li Prevot de 
Jussey et les gens Mons. le Duc ont grevés et pris les châteaux de 
ces hommes de St Madon jusqu'à la somme III m IIII xx VIII 1. et li 
Prévôt et Sergents de Vesoul ont fait dommages ez gens de la terre 
de Montaigu jusqu'à la somme de XIIII G. XXV 1. 

Item une ville en la chatellenie de Fontenoy il appent II e livres de 
terre, lesquelles villes et terres il est convenu que Mess, mes pères 
ait vendu pour une plaigerie ; car il fit pour madame la Dauphine en 
la main de M r Gauchier de Boyen pour Jacquot d'Arnay de Fondre- 
man et plusieurs autres de Fondreman que lid. Gauchier tenait pris 
et vous mes très redoutés sires estes hoirs naturez de M r le Duc et 
de Madame la Dauphine, si me devés de tretoutes ces choses me 
dédommaigier ; et si vous ne cuidés que toutes ces choses ne soient 
véritaubles, je vous suis prais denformer, ou votre Gonsoil. Je vous 
suplie, ma très redoutée Dame et vous mes très redoutés sires qu'il 
vous plaise en pidie mettre remède comment je soix satiffiez, quar 
ce, et mes cours et quand que je pourroie pourchacier feroit en votre 
commandement et ferai toujours. [Enquête sur la guerre des barons, 
Archives du Bonis, Chambre des comptes, B. 866.) 

Nota. — Jean de Bourgogne ne pouvant être payé leva l'étendard 
de la révolte quatre ans plus tard et se proclama comte de Bourgogne, 
en qualité de dernier descendant mâle de Jean de Chalons l'Antique. 
Il prit Gray et Jussey, mais il fut battu par les troupes de la com- 
tesse Marguerite et mourut en 1373. 

III. 

Requête du clergé de Salins et Expulsion des Juifs par la Comtesse 
Marguerite (26 septembre 1374). 

Per has Patentes litteras cunctis tam prœsentibus quam futuris 
innotescat Quod nos Rectores singularum Ecclesiarum de Salino, 
videlicet Prsepositus et Capitulum Ecclesiee B. Anatolii, Gapitulum 
S. Michaelis, Capitulum SU Mauritii, Curatus Ecclesise B. Anatolii, 
Curatus B. Mariée semper Virginis, Guratus B. Joannis, Curatus 
S. Mauritii, Prior Prioralus B. Mariœ Magdalenes, Prior sancti Nicho- 
lai, et Conventus Fratrum Minorum de Salino, ac Magister Hospi- 



LES JUIFS EN FRANCHE-€OMTE AU XIV e SIECLE 39 

talis sub Bracone omnes insimul, et singuli nostrum acerbiori cer- 
nentes mœstitiâ omnem cœtum christianum Villas seu Burgorum de 
Salino, vilissimorum et perfidissimorum Judœorum more et conver- 
sations contagione pollutum, qui utinam tam longœvis temporibus 
in societate et consortio anted. cœtûs curistiani de Salino moram 
seu domicilia non fovissent, ut, proh dolor ! innumerabilia peccata 
quœ per ipsorum Judœorum cum Ghristianis mansionem et conver- 
sationem muluas, perpetrata fuisse et cothidie perpetreri à fidelibus 
Christianis, et lacrymosis audiuntur singuliibus, non modo facta, 
sed nec etiam excogitata tam nephando pulamine constitissent, 
sanclissimse fidei christianœ zelo, prout tenemur aceensi, post mul- 
tasacerbitatesmentium nostrarum et singulorum nostrorum pressu- 
ram ad Serenissimam et Christianissimam Dominam nostram D. 
Margaretam Régis quondam Francorum filiam, Gomitissam Flandœ, 
Arthesii et E. ac Dominam de Salinis ocnlorum nostrorum aciebus, 
lacessitis vocibas, tanquam ad nostrum in hoc verum et solum sola- 
men fiduciùs adeurrentes, ad ipsius Dœ. gratiam quam à multis 
expertam temporibus, piissimam novimus, pro parte omnium preces 
nostras humillimas duximus porrigendas, qualenus digoaretur de 
villa sua de Salino, ac de Burgo castri sui de Bracone et de eorum 
finibus omnes et singulos Judœos et Judœas totaliter et sine quâ- 
cunque revocatione expellere. 

Eidem D. nos et singuli in ecclesiâ sua, pro nobis et successoribus 
nostris, ipsos ad hoc in quantum possumus obligando, promittentes 
quod in hoc casu pro ipsius Dœ nostrœ animas remedio et salute 
perpetuis infallibiliter temporibus semel in anno celebrabimus Anni- 
versarium unum solemne, modo et tempore inferius declaratis 
videlicet 

Hinc est quod. antedo D. Gomitissa multo plus nobis in hujus- 
modi sto. proposito de expurgandâ Stâ Christianâ concione Villœ 
de Salino, et Burgi castri sui de Bracone a tam fœtido et immundo 
Judœorum consortio ferventius animata, bene ponderans et advertens 
ad dicta Anniversaria celebranda, et magis etiam seremssimœ mentis 
suœ conceptibus cupiens à fide et lege christianâ quas totalibus 
amplectitur visceribus, omnem judaicam perfidiam et immunditiam 
expellere in hiis exaudivit nutu gratissimo preces nostras, ipsos 
Judœos omnes et singulos, singulasque Judœas ab antedictis Villa 
et Burgo suis, pro nunc et in perpetuum expellendo, prout hoc fide 
constat plenariâ per ipsius D. litteras magni sigilli sui robore mu- 
nitas nobisque manu sua propriâ traditas. 

Et propterea Nos omnes et singuli Rectores et alii prœdi... eidem 
d. D. nostrœ Gomitissœ promittimus et juramus anted. Anniversaria 
seu Missas solemnes, ut poterimus devotius celebrare. Datum apud 
Salinum die vicesima sexta Septembris ann. D. M CGC septuage- 
simo quarto. [Chambre des Comptes, S. 236.) 



ÉTUDE SUR SIMSON BEN ABRAHAM 

DE SENS 

(suite et fin ' ) 



VII 

AVIS ET DÉCISIONS RITUÉLIQUES DE SIMSON. 



Les nombreux avis doctrinaux rédigés par Simson témoignent 
de la haute autorité dont il jouit comme rabbin et de la grande 
considération dont il était entouré. De tous les côté», on lui adres- 
sait des questions rituéliques ; on le regardait en quelque sorte 
comme une instance supérieure pour les affaires religieuses. Ses 
décisions, qui firent aussi autorité dans la suite, se distinguent par 
leur clarté, la profondeur et la netteté de leur argumentation et 
surtout par l'originalité avec laquelle il savait des textes talmu- 
diques déduire des règles pour des cas nouveaux, non prévus par 
le Talmud. L'essentiel pour lui était de motiver ses avis d'une 
façon logique et rationnelle, et non de s'assujettir servilement à la 
tradition ; mais il n'était pas non plus tellement attaché à ses pro- 
pres idées, qu'il les crût irréfutables : il les donnait souvent comme 
de simples avis personnels. « Si mon opinion ne t'agrée pas, 
rejette-la », dit-il une fois (Mordekhaï, ffultin, VIII, 718). Il arriva 
aussi qu'il revint sur sa propre décision (Or Zarua, II, 175), ou 
qu'il n'en exigea pas l'exécution pratique, par respect pour son 
maître Isaac dont il ne pouvait admettre l'avis (Mordekhaï, Pesa- 
him, II, 556). C'est dans les termes de la plus grande modestie 



1 Voir tome VI, p. 167. 



ETUDE SUR SIMSON BEiN ABRAHAM DE SENS 41 

qu'il décidait contre R. Tarn dans une lettre qu'il écrivit pen- 
dant une maladie de fièvre qui le tint plusieurs semaines [IMd., 
Hiillin, VIII, 133). Il savait aussi se montrer très énergique à 
l'occasion. Nous en avons la preuve dans sa polémique contre 
Maïmonide et dans sa lutte contre les Caraïtes, qu'il assimile sans 
ménagement aux payens, avec lesquels on ne peut s'allier et dont 
on ne peut boire le vin. Maïmonide a été plus indulgent envers 
les Caraïtes, et le Provençal Estori Parhi recommandait la tolé- 
rance à leur égard 1 . 

Les avis doctrinaux de Simson ne se sont conservés ni tous ni 
complets, et ils sont dispersés dans les divers écrits talmudiques 2 . 
Dans son commentaire sur la Mischna (Pêa; I, 6, Graetz, VI, 
p. 254), il s'en réfère une fois à une lettre sur laquelle nous n'avons 



1 David Abi Simra, T"3T-|, Consultations, n° 796 ; Beçalel Aschkenazi, Consul- 
tations, n° 3. 

2 Les Consultations suivantes me sont connues, je les indique brièvement en ne 
citant qu'une l'ois, entre parenthèses, les passages parallèles : Schibbolé Haléqet, II, 
ms. Halberstam, n» 5, p. 16, *p2 "pi {Or Zarua, I, p. 128 b ; ^3p1 ^pOÔ, n° 68) ; 
n° 5, p. 17, 105 Y* 1 ; n° 63, rP^I (Méir de Rothenbourg, Consultations, éd. 
Prague, n° 797) ; n° 90, ÎTJlS. Or Zarua, I, p. 77 a, 78 a, d^bd [Semaq, n° 32) ; 
p. 101, Î"plp72 (Mordekhaï, Miqroaot) ; 231 b, EJ} (Méir de Rothenbourg, n° 455) ; 
II, p. 3 b, nat!) (iàid.y n° 194; Maimoniot, Consultations, d^DlIDtt, n° 18) : 
p. 50£, b"l!l?2 lbn3 ; p. Hl a, ÎTJÏtXl ; p. 136 3, H£p"ltt (Méir de Rothenbourg, 
n° 23, anonyme ; Mordekhaï, Erubin, VI, n° 514 ; dlDH "^12538 "^"HTl, Sukka, III) ; 

p. 175 a, bm 

Rothenbourg, éd. Crémone, n° 134, Ïi3n?3 ; n° 300, NndfàON ; éd. Prague, n° 1, 
d^Dd nN' v lû5, anonyme (Mordekhaï, Megilla, II, n° 818) ; n° 3, 1"Û3 (éd. Lem- 
berg, n° 410) ; n° 4, rûll) [ibid., n° 411) ; n° 19, anonyme, à son fils, voy. Revue, 
t. VI, p. 182; n° 20, commençant par ces mots : nbttlD 1"13>, sans doute adressé au 
même; n°113, ÏHTpbft (Maimoniot, l. c, nYTlON mbdNia, n°4; Or Zarua, n» 46) ; 
n° 174, n"0 (éd. Lemb., n« 472; Mordekhaï, Gittin, V) ; n° 200, bnO ; n° 201, 
mi^lû (Maimoniot, d^DlDfa, n° 24) ; n» 287, rP^r* ; n° 290, ïtplbn "pi [ibid., 
n°25) ; n» 310, msnaiO ; n» 318, OlDUtf DN ; n° 320, SrOTtf ; n° 387, Vnbll (éd. 
Lemberg, n° 155) ; n» 481, mi'OlO ; n° 502, inDU 1 * ; n° 546. Y'n ; n» 752, "JllpD 
(Mordekhaï, Batra, I, n° 503) ; n° 841, WniïJ ; n° 1081, ïibsn ; n°1020, IftlE 
ITTIIZ) (Maimoniot, Gloses, d^Dd n&OlDS, ch. xv). 

Maimoniot, Gloses, PdlD, ch. xv ; milOtt mbdtffa, ch. vi ; nbfD 11253, ch. ix 
(Mordekhaï. Hullin, VII, n° 680 ; Kolbo, n° 100) ; bStt, ch. v ; UîTS "n"lON, 
ch. xviii [Terwmat Hadéschen, p. 113 a). 

Maimoniot, Consultations, milî^N, n° 18-19, lïbltflD n^Sida Uîlp (Mordekhaï, 
Qidduschin, n» 545) ; n° 22, £35 ; milDtf mbdfctft, n os 3 et 9, 103 'J" n ; n° 8, iWp 
(Mordekhaï, Hullin, VIII, n° 733) ; n° 10. Itrpbtt ; d^MBIll), n° 2, "pr^l (Mor- 
dekhaï, Sanhédrin, III) ; n» 20, bdtf ; d^UBtûfa, n» 27, mi'VdlD ; n° 21, msmiD. 

Mordekhaï, Sabbat, n° 242, nSld [Schilté Hagibborim, sur ce passage) ; Erubin, 
IV, n°501; Pesahim, I, n» 543 ; II, n» 587 ' {Orhot Hayim, I, p. 76 3); Taanit 
3ÉO ''û f Ti ; GiUin, IX, n» 446 ; Qidduschin, I, n» 488 ; Batra, IX, n° 606 
niïi'ni ; n° 669, y~\ft rrdlD n3ntt (dlT) "ni^N ^lZÎTT^n, I, n"D) ; Schebuot, IV 
113 ; II, n° 783, l"n bld Din ; ^oflto ^ara, IV Cnain DElin, p. 80 3, 102 *p) 
#««*», VIII, n°*718 et 732. 

Ascheri, Nidda, III, R. Simson sans autre désignation ; de même dans les Consul- 
tations des Gaonim, éd. Leipzig, imiDn "H21Z5, n° 193. Ses réponses se trouvent 
aussi dans les Consultations des Gaonim, ms. de Rossi, n° 425. 



42 REVUE DES ETUDES JUIVES 

aucun autre renseignement, mais qui ne se trouve certainement pas 
parmi celles qu'il a adressées à Abulafta (voy. plus loin. p. 44). Il 
faut y joindre encore de nombreuses décisions rituéliques 1 , pour 
la plupart orales, quelques-unes simples extraits de décisions 
écrites. Il faut mettre en doute qu'il ait composé un ouvrage ritué- 
lique auquel ces décisions seraient empruntées 2 . Un pareil ou- 
vrage n'est nulle part nommé ; c'est probablement Jacob de Cour- 
son, comme on l'a déjà fait remarquer, qui a colligé beaucoup 
d'avis et de décisions de son maître. 

Les uns et les autres ont, abstraction faite de leur importance 
casuistique, un intérêt particulier pour nous, en ce qu'ils nous font 
connaître certaines relations de Simson avec les savants de son 
temps. Simson correspondit avec son fils, avec son neveu Joseph 
(voy. Revue, t. VI. p. 183), et avec son frère Isaac 3 , entre autres 
sur une question rituélique 4 (si le veuf peut se remarier dans 
l'année du deuil), qui concernait deux hommes considérés fsWï), 
Samuel 3 de ^m (peut-être ^rà Méry-sur-Seine, dép.de l'Aube), et 
Eliézer 6 . 

Celui-ci se refusait à laisser juger son procès à Troyes, parce 
que son adversaire Abraham était le président de la commu- 

1 Orhot Hayim, II, ms. Halberstam, p. 80, ÎHNI'tëS b5n0?3 (Meged Yernhim de 
Jcseph Kohn, I, p. 72) ; ms. Gùozbuvg, p. 108, 1112573125 "l"ï"ï m 2121 3VVN !"T1I53>73 
Sbm 112521 ; Or Za'.ua, II, p. 76 a, 90a, ailV ï 220a, ni3lb2lO î Semag, com- 
mand. n°22, "pb^Bn ; n° 63, niD^U (Maimoniot. ïlï^ttlû, cli. zi) ; Pls,ê Reca- 
nati, n° 214 (idem); n° 142, M^p173 ; n° 76, niDIS ; Mordekhaï, Berakhot. II, 
n° 36, 125"p ; Suhka, II, n° 743 (d'où il appert que des jeunes gens juifs en France 
exécutaient des tournois aux festins de noces) ; Schebuot, n° 783, ?1^1^1ï5 ; Schifté 
Hagibborim sur Mordekhaï; Sabbat, ITI. sur Aifasi, Hullin, IV ; Tosaphot, Berakhoi, 
47 a ; V^îl '&, ms. Halberstam, p. 9 b, mt25 ; p. 30 o, 34 a, H05 ; p. 74 a, bll25"a 

* Plusieurs décisions de 125" 1 ") sent rapportées dans Orhot Hayim, II, ms. Gûnzburg, 
p. 191. J'ai cru que ces initiales (Monatssc/irift, 1809, p. 539) désignent notre 
Simson; mais, suivant une lettre que j'ai reçue de M. Halberstam, il s'agit de 
Raschi, car le même p&ssage se trouve dans le ms. Halberstam, p. 233, n° 124, et 
concorde avec la réponse de Raschi dans n51i!2 ^£Ôfi ni 131125 n, éd. Vienne, n° 24. 

3 Méir de Ro henbourg, éd. Prague, n° 870 ; éd. Lemberg, n° 394; Maimoniot, 
Consultations, nil^N, n» 27 ; Mordekaaï, Gitîin, IX, n° 446; Hidlin, VIII, n» 718; 
Qiilrfvïchin, Gloses, n° 545 ; Mi'jwaot, à la fin. . . 

4 Maimoniot, l. c, 5^:351125, n° 20 (cf. Semag, command. n» 248). La réponse est 
de Simson b. Abraham. Mon assertion dans le Magazin, IV, p. 203, est à rectifier 
dans ce sens. 

5 Ibid., il est d'abord nommé Ismaël, mais ensuite Samuel, i"T73 n'est peut être 
qu'une altération de 1*1731, comme 1^73 dans Dibré Hayamim de Joseph Hakohen, 
p. 19 a, et Ï-JV73 dans le même passage, dans Emeq Habakha, éd. Vienne, p. 33, 
pour 11731 dans le manuscrit (voy. "Wiener, traduction allemande, p. 165). Samuel 
est bien le même qui est nommé dans une Réponse d'Isaac lAncien, ScMbbott Haléget, 
II, ms. Halberstam, n° 40, tjDl" 1 l"53 b&073l25 '"I 3^*73 "-BE ^nbtfU53. 

H Le même sans doute qui est nommé dans une décision d'Isaac l'Ancien (choix 
des juges par les parties), et dont le fils Yomtob est cité dans une décision de 
Sir Léon de Paris sur la même question. (Méir de Rothenbourg, éd. Prague, n° 546). 



ÉTUDE SUR SIMSON BEN ABRAHAM DE SENS 43 

nauté de cette ville et avait pour cette raison une grande influence 
sur ses juges. Isaac décida en sa faveur. 

Simson décida de même plus tard en faveur du gendre d'un 
R. Simson qui demeurait à Troyes 1 , et qui est peut-être le même 
que le rabbin de ce nom. 

Les savants suivants sont nommés comme les correspondants 
de Simson : 

1° Rabbénu Hayim, à qui Simson et son frère soumirent leurs 
décisions divergentes sur la question rituélique sus-mentionnée, et 
qui est ou le tosaphiste Hayim b. Joseph 2 , ou plus vraisembla- 
blement Hayim Hacohen b. Hananel 3 , grand-père maternel de 
Moïse b. Jacob de Coucy, un des disciples les plus estimés de 
R. Tarn, aux décisions duquel Simson s'en réfère souvent et qu'il 
appelle « notre maître. » 

2° Isaac b. Yomtob le Saint, qui est sans doute le fils du saint 
Yomtob b. Isaac de Joigny, mort martyr vers 1190 4 . 

3° Mordekhaï b. Eliézer, peut-être le même qui a composé un 
poème élégiaque en l'honneur d'Uri, frère d'Eliézerb. Yoël Halévi 
(voy. Bévue, t. VI, p. 186), mort assassiné en 1216 s . Il a sans 
doute vécu en Allemagne. 

4° Menahem, avec qui il était lié d'amitié, et qui est, à ce qu'il 
paraît, Menahem Vardimas (mort en 1224 G ). Il fut quelque temps 
empêché d'accomplir le vœu qu'il avait fait de se rendre en Pales- 
tine et consulta à ce sujet Simson. Plus tard, quand l'obstacle fut 
écarté, il accomplit vraisemblablement son vœu. On est tenté de 
supposer que c'est le même qui, vers 1215, partit pour la Pales- 
tine. 

5° Jacob, à qui Simson répondit sur une consultation 7 . Il est 

1 Méir de Rothenbourg, éd. Prague, n° 546, cf. n° 378, ttî^ViUft ^tUttlO ; voy. 
Tosaphot Ascheri sur Qidduschin, kka, corrompu en iDiTifàttfa ; notre Tosaphot 
porte seulement NSIZÎ*) = Simson b. Abraham. 

a Zunz, Zvr Gesch., p. 48. 

3 Ibid., cf. Magazin, l. c. ; Monatsschrift, 1878, p. 37. Sa Réponse à Isaac 
Halaban de Prague est citée dans Or Zarua, I, p. 183. Son neveu, Moïse de Coucy, 
le cite souvent dans Semag, entre autres, défense n° 78. 

4 Or Zarua, II, p. 50 5 ; cf. Graetz, Greschichte, VI, p. 456; Zadoc Kahn, Bévue, 
III, p. 4 ; Magazin, IV, p. 186. 

5 Maimoniot, Consultations, d^ttiDIIÎfà, n e 27 ; cf. Zunz, Litg., p. 324 ; Synag. 
Poésie, p. 28. 

6 Maimoniot, l. c, n° 21 ; Gloses, nï^-DItf, ch. vi, UTÙJ2 S "^"ÎÏIN sur le vœu 
mentionné. Sur Menahem Vardimas, voy. Zunz, Litg., p. 328; sur Menabem, le 
voyageur en Palestine, Grès. Schr., I, p. 168. Le nom de Vardimas est souvent 
altéré : Luria, L c, D^Tin ; Juchasin, éd. Londres, p. 230, DIO^Tia ; Seder 
Hadorot, I, p. 139 a, OI^YTïl ; Schalscliélet Haqalbaîa, éd. Amst., p. 40 a, 
"•D&O'-mïl ; chez Zunz, J. c, "vtDfaiVn. Il faut toujours lire Ott^Tl, comme dans 
Schabiat, 118 * : &n3)3 "l^ïl DE^Tll M^Tl- C'est le nom grec Eurydemos. 

7 Maimoniot, l. c, U^"ût)W, n°2 ; Mordekhaï, Sanhédrin, III. 



ii REVUE DES ETUDES JUIVES 

impossible de savoir quel est ce Jacob, car il y avait à cette époque 
plusieurs savants renommés portant ce nom. Peut-être est-ce 
Jacob b. Méir de Provins, en compagnie duquel Simson a assisté 
à l'enterrement de son frère (voy. Revue, t. VI, p. 181). 

6° Salomon 1 , signalé comme un talmudiste estimé, nnfiïi, et qui 
pourrait être Salomon le Saint, de Dreux, qui fut en même temps 
disciple d'Isaac l'Ancien et d'Isaac le Jeune 2 . Les deux avis doc- 
trinaux qui lui sont adressés portent les traces des événements 
dont la France était le théâtre sous le règne de Philippe-Au- 
guste 3 . On fouillait les maisons et les caves des Juifs pour re- 
chercher des trésors cachés. 



VIII 



LETTRES DE SIMSON SUR MAIMONIDE. 



La correspondance entretenue par Simson 4 avec Méir Halévi 
Abulafia mérite, à cause de son importance, un chapitre particu- 
lier. Cette correspondance a pour principal sujet la question de la 
résurrection, telle qu'elle est enseignée par Maïmonide. Le grand 
penseur, qui a exposé avec une abondance d'idées et une admirable 
clarté toute la substance du judaïsme, n'avait mentionné la résur- 
rection qu'accessoirement, fugitivement, sans soumettre ce dogme 
à aucune discussion particulière. Dans son More Nebukhim, il lui 
consacre une petite place ; dans son Commentaire sur la Mischna 
[Sanhédrin, X), il la donne comme un article de foi important, 
inattaquable, sans indiquer sa propre pensée et dire jusqu'à quel 
point il est d'accord ou en désaccord avec les passages du Talmud. 
Dans son Mischné Tora (sur la Pénitence, VIII), il discute avec 
développement la doctrine de l'immortalité. « Le monde futur, 

* Schibbolé Haléqet, II, n° B, p. 17 : rrtUtt ">5N . . Ott3> dlbltfn ^?ûbU5 '"I "nfiil 

nrsm p-nnbi ynaa -nsnb simna "pabron Tnb© io»3izj ]^n nnn b? 
mmrs rman Tmia ddn "pa mj>?3 dm i3?ata d«. 

2 Mordekhaï, Pesahim, II, n° 552. 

3 Mordekhaï, Aboda Zara, IV, n° 847 : "JlTîd d^H '"1 Tntt DSliS nO^&rQ 

4 Elle a été éditée en 1871, à Paris, d'après plusieurs mss., par M. Jehiel Bril, 
sous le titre : "nbïl ^PNtt TyW D~lb b""NO*l5N ^Nrû, Lettres de R. Méir Halévi 
b. Todros Abulafia. M. Brùll a consacré à cette correspondance un article dans ses 
Jahr bûcher } t. IV, p. 3 et suiv. Je n'ai vu ce travail qu'après avoir achevé cette 
étude. 



ETUDE SUR SIMSON BEN ABRAHAM DE SENS 45 

l'autre monde, dit-il, est exempt de toute matérialité. Les âmes des 
justes y mènent une vie purement spirituelle et angélique, et trou- 
vent leur félicité dans la contemplation de Dieu, dans une parfaite 
connaissance de son être. » Mais il passe complètement sous 
silence la résurrection. Ce silence conduisit même ses partisans à 
penser que daprès lui la résurrection serait spirituelle et comprise 
dans l'immortalité, mais non corporelle, comme l'enseigne la 
Aggada, d'après laquelle elle fait partie des miracles de la Déli- 
vrance messianique. Saadia avait adopté complètement les vues 
de la Aggada {Emunot wedêot, VII), parce que, pour lui, la ré- 
surrection des morts au temps de la Délivrance est une des plus 
magnifiques promesses de Dieu à Israël, donc un dogme national 
auquel il ne voulait laisser toucher. Le même point de vue national 
paraît aussi s'imposer à Maïmonide, car dans un « Traité sur la 
Résurrection », il réfute les conséquences tirées de ses paroles et 
exprime sa foi dans la résurrection corporelle. Pour lui, dit-il, le 
monde futur a un double sens, il s'entend d'abord de l'état de 
l'âme après la mort de l'individu, ensuite de l'état de l'âme après 
le décès de ceux qui auront joui de la résurrection, car ces der- 
niers, après avoir reçu en partage toutes les félicités à l'heure de 
la Délivrance, mourront de nouveau pour être mis en possession 
définitive de la plus haute béatitude céleste. 

Cette subtile distinction pouvait satisfaire ses partisans, mais 
non ses adversaires, qui prenaient au pied de la terre toutes les 
données de la Aggada, et s'en tenaient par conséquent aux paroles 
du Talmud (Sanhédrin, 92 a) : « Les pieux que Dieu fera revivre 
un jour ne retourneront pas à la poussière. » C'est surtout à cette 
page aggadique qu'en appela Abraham b. David de Posquières 
dans sa critique du Mischné Tora (l. c). Il montra par là Maïmo- 
nide en contradiction avec le Talmud. Ce que le critique de Pos- 
quières n'avait fait qu'indiquer brièvement devint pour Méir b. 
Todros Halévi Abulafia, de Tolède (mort en 1244 '), qui est connu 
comme un grand savant, le point de départ d'une polémique achar- 
née contre Maïmonide, polémique dans laquelle il attaqua en même 
temps violemment, et quelquefois dans les mêmes termes qu'Abra- 
hamb. David 2 , certaines parties halachiques de son Mischné Tora. 
Encore jeune, il adressa (vers 1203-4) aux savants de Lunel, nom- 
mément à Yonatan b. David Hacohen et Aron b. Meschullam, une 

1 Par abréviation 'n'fà'l ; il est très souvent confondu avec son homonyme. Il est 
l'auteur de plusieurs commentaires sur le Talmud et d'un écrit masorétique, rmOfà 
ÏTTinb 2PO ; voy., sur lui, Graetz, VII, p. 39 ; Steinschneider, Catal. Bodl., 
p. 1688. 

2 Voy. sa remarque sur ^inrr ttïYTp "n, IV, 16, et b^NCnbN 3Nn5, p. 17. 



46 REVUE DES ETUDES JUIVES 

longue et emphatique lettre, dans laquelle il se présentait comme 
un ardent défenseur du dogme de la résurrection menacé, contre 
Maïmonide encore vivant. Aron le renvoya rudement, mit sur le 
compte de la présomption son entrée en lice contre le grand et 
vénéré maître, le taxa d'orgueilleux et insolent, lui dit qu'il 
n'avait pas même compris Maimonide, expliqua la résurrection en 
substance comme l'avait fait Maïmonide dans son Traité, et réfuta 
aussi les objections faites contre quelques pages du Mischné 
Tora 1 . 

Abulafia se vengea de son contradicteur, en relevant et en 
corrigeant les fautes de grammaire qui lui avaient échappé dans sa 
réponse. Blessé dans sa vanité d'avoir été repoussé par les savants 
de Lunel, il s'adressa (1204-5) par une lettre à plusieurs émi- 
nents savants du nord de la France et invoqua leur décision 2 . On 
y rencontre les noms des rabbins suivants : 

Salomon de onyi b. Yeauda de o-mca, sans doute Salomon b.. 
Yehuda le Saint de Dreux (voy. t. VI, p. 185) 3 ; les deux frères 
Simson et Isaac 4 b. Abraham; Simson de Gorbeil, qui n'est nommé 
nulle part ailleurs ; David « le Pieux » de "nanbattUip (sûrement 
Château-Thierry 5 , dép. de l'Aisne), qui est peut-être David, b. 



1 Une de ces correspondances a été imprimée dans le Taam Zeqénim, p. 65. La 
controverse proprement dite est mentionnée dans différents ouvrages et s'y trouve en 
partie explicitement relatée ; voy. Hisdai Crescas, Or Adonai, III, 4; Joseph Albo, 
L/çarim, IV, 30-35 ; Schemtob / Migdal Oz, sur Mischné Tora, l. c. ; Moïse Alas- 
chkar, Consultations, n° 117. 

* b^ND^ba aaro, p. 2-4. 

3 11 est nommé généralement Salomon le Saint de Dreux. Le nom de son père ne 
se trouve jamais mentionné ; voyez cependant Zùnz, Nachtrâge zur Literaturgc- 
schichte, p. 39. Mordekhaï, Tébamot, IV, n° 21, a la leçon : ln?ûbU5 '"O") bNUJ 
ÛP "li^l ntf "të'ï'WTniD, ce qui est une erreur évidente, car, au temps de K. Tarn, 
Salomon de Dreux n'était pas encore en âge de pouvoir correspondre avec lui. Plu- 
sieurs manuscrits et aussi Méir de Rothenbourg, éd. Prague, n° 560, portent : bfrîtt} 
^TU ^n 1 ") ritf dïTna p t&tVfl *l"n. Ce dernier est Baruch b. Samuel de 
Mayence ; mais le premier n'est pas le « saint de Dreux », comme M. Kohn 
[Mon^tsschrift , 1878, p. 175) l'admet; car il n'aurait pas écrit à Baruch b. Samuel : 
"l^n""! ■Û^abv Nous nous trouvons en présence d'un autre savant, probablement 
allemand, le même qui est nommé dans Paandah Baza, section ft!£i"|. Il est difficile 
d'admettre avec Zunz, Z . 6\, p. 85, que ce soit Salomon de Montpellier. Le Com- 
mentaire sur le Pentateuque, ms. 32 de la bibliothèque de la cour de Vienne (voy. 
Catal. de Kraffc et Deatsch, p. 37), cite un Jacob b. Yehuda de DNTHi peut-être le 
frère de Salomon de Dreux. On écrit aussi ID^I^IÛÛ ce dernier nom, et d'après cela 
DiSll, chez Abulafia, devrait être corrigé en DT 1- !^ ou DN""n. 

4 De b^jin, corruption évidente de Dampierre. 

5 Ancienne manière d'écrire Château-Tnierry et certainement aussi Chastel- 
Thierry ; cf. Château-Landon, en vieux style Chastel-Landon; ou Chàtcaudun, vieux 
français Chastel-d'un, en hébr. l J"llbr2Uiitp dans Paanéah Baza, JS^"H ; Château - 
Villain, en hébr. I pb"n b^ïatÛSfcp dans Maimoniot, Consultations, ÎIÊOS "n*)D'" l i*, 
n° 3. On rend ordinairement Château-Thierry en hébreu par "H^lû l "p!D (Luria, 
l. c. ; Magazin, IV, p. 209). Château *V~0 se dit en espagnol castello. 



ETUDE SUR S1MS0N BEN ABRAHAM DE SENS 47 

Joseph ' qui passa pour un savant important et qui avait signé 
avec Isaac b. Abraham les nouvelles décisions de R. Tarn ; 
Abraham de '■pa (sans doute Touques-, dép. du Calvados), lequel 
n'est pas autrement connu; et Eliézer le « subtil », bsbisttn, b. 
Aron de la Bourgogne, qui est sans doute l'auteur de l'ouvrage 
taimudique tr:sn "n^ïû aujourd'hui perdu 3 . 

Simson répondit à la lettre au nom des autres savants, et 
envoya la réponse à Tolède peu après la mort de Maïmonide 
(voy. t. VI, p. 177) en 1205, par Abraham b. Natan Hayarhi. Ce 
dernier savant est l'auteur de l'ouvrage talmudique Haman- 
hig. Il se trouvait vers 1204 et en mars 1205 à Tolède 4 , et peut 
avoir été dans le courant de cette dernière année dans le nord de 
la France, où il avait fréquenté l'école d'isaac l'Ancien. 

La réponse de Simson, comme il était à prévoir, abonda clans le 
sens d'Abulafia dont il partageait les idées sur la résurrection, car, 
pour lui aussi (lettre 136), la Aggada tout entière est sacrée et 
inviolable. Ce qu'elle dit n'est pas, comme le prétendent Maïmo- 
nide et ses partisans, à prendre en partie aliégoriquement, mais 
complètement au pied de la lettre, même cette étrange parole que 
dans le monde à venir, c.-à-d- au temps de la Délivrance, Dieu 
préparera aux justes revenus à la vie un repas, fait du Léviathan 
(ib., p. 134; B, Balra, 75 a). Simson s'en réfère pour sa façon 
de penser à Saadia Gaon, qui s'est en effet efforcé de mettre le 
dogme de la résurrection d'accord avec les idées populaires de la 
Aggada. 

Simson n'a pas connu la traduction hébraïque de l'ouvrage 
Emunot wedèot, par Yehuda b. Saùl ibn Tibbon (vers 1186) ; 
cela ressort du fait suivant : il reproche à Maïmonide de citer 
inexactement le Talmud dans le Mischné Tora (L c. 5 ), et cepen- 



1 Voy. Zanz, Lilg., p. 305 ; Carmoly, Itinéraires, p. 177. C'est sans doute le 
Tll l^n""! dont parie Samuel de Falaise comme d'un contemporain de Sir Léon de 
Paris {Or Zarva, II, p. 116 b). 

2 Ecrit aussi Touque, en vieux français, Tcuke (voy. Roman de Rou), Tolca en 
latin ; sur la carte de Benincacas d. a, 1476, Toca et Tocha. On connaît les Tosaphot 
""pLÛ ou "7 "in. Cependant la leçon dans notre passpge est incertaine ; deux manus- 
crits lisent Slui, peut-être corrompu de blLJ- Ce nom désignerait alors Abraham de 
Toul, savant renommé, élève d'isaac l'Ancien (Or Zarua, I, p. 131 l ; Hayim, Or 
Zarua, Consultations, n° 39). 

3 Zunz, Litg., p. 304 ; Monatssch., 1869, p. 540. 

4 2P!-fc}3!l nDD, éd. Berlin, Introduction et p. 108 ; Monatssch., 1873, p. 400 ; 
Les Raibins, p. 521 ; Magazin, V, p. 60. 

5 Lettre 108 : fib^N jtfb ÎS "p« l'TWn tT^Dfi VlEN "p • . . Ùll21"n nn3 

ûrmma radian rFotîi ab ï"n '-on n-j^n radian abi trrnD «bv Voy. 

cependant Talmud, Berakhot, 17 a : tfbl JTntZ) !Sbl ïlb^N tfb "D ptf 3î"ï"J#i 
ÏTam ÏT^B ; voy. Emunot, VIII, à la fin, traduction de Tibbon ; "û ptf nîl"j>Jl 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dant Saadia, dans la traduction de Tibbon, reproduisant le môme 
passage, paraît avoir eu devant lui la même version que Maïmo- 
nide, version conforme d'ailleurs au texte du Talmud imprimé. 
Simson ne cite que !r*7*û I3an miaïian (lettre 136). Ce n'est là pro- 
bablement que la fin du septième chapitre du Emunot, qui était 
répandue sous le titre de mb«u) mrrnan * « Réponses à des ques- 
tions », comme traité séparé, en différentes recensions et différent 
aussi de la traduction de Tibbon. C'est de là que Simson se fit tra- 
duire quelques passages par un de ses collègues 2 . La traduction 
est une paraphrase libre et a été faite peut-être par Abraham b. 
Natan, le porteur de la Réponse, car il a traduit de l'arabe quel- 
ques autres passages de Saadia (Mcmhig, 95). 

Simson approuva aussi la polémique d'Abulafia contre cer- 
taines parties halachiques du Mischné Tora, auquel il fit le 
reproche, certainement justifié, de ne pas indiquer les sources. 
Malgré cet accord avec Abulafia, il se sépara pourtant de lui sur 
certains points de sa discussion talmudique, et engagea avec lui 
une vive controverse (lettres 148-152). Il lui fit sentir sa supério- 
rité sur le terrain talmudique, s'exprima avec dédain sur ses obser- 
vations et le blessa. Le vaniteux savant de Tolède releva l'offense 
en termes amers, et ainsi prit fin la correspondance. Simson con- 
tinua la lutte commencée contre Maïmonide à Acco, où il s'était 
établi, et s'engagea dans une polémique avec un homme qu'on 
ne connaît pas, nommé Galeb, disciple de Maïmonide 3 . Il ne 
manqua pas de voix pour réclamer son excommunication, et le 
bruit se répandit qu'Abraham b. Maïmouni l'avait prononcée 
contre lui. Abraham {Milhamol, 16-17) déclara ce bruit faux. Il 
n'avait appris quelque chose cle l'écrit polémique de Simson 
qu'après la mort de celui-ci, et il ne voulait plus alors s'en 
occuper. 

irb" 1 ^ tÙ>"\ nb^DN Nb ; ibid., ch. ix : Fpn^rï fj"^ fc&V II paraît cependant que 
la leçon que cite Simson a dû être très répandue, car Moïse Taku (1270-90) dit aussi 
de ce passage de Maïmonide contesté : "DlïîabrQ iTtëbïl Ï1T *pN [Ozar Nechmad, 
III, p. 93). 

1 Steinschneider, Catal. Bodl., 2178. Ce morceau a été publié de nouveau par 
Horowitz : Halachische Schriften der Oraonim, Francfort, 1881,1, p. 59-62. Le passage 
en question y est ainsi conçu : J1DOT abl bdlN tfb "D "p^lE nriN db"P>- 

2 p^n^ïl peut sûrement avoir la sigoification de « copier » ; mais il me paraît 
signifier en cet endroit « traduire. » 

3 Juchasin, éd. Londres, p. 218 : Î-HÛ3HZ) -|t"lN b"»b^3 tD'^ïl d3> Hl^l !mD* 
"iri2i3 Ù"yi2l!n TVûbn ^bS "QT1 l'^ïl ; cf. Saadya ibn Danin, dans Hemda Grenuza, 
p. 30, par erreur : -p^ET» *D )Wl2W '") maiDtt b^ :Ttt5!"PI5 ITfcbn nbd m 

•picora '-n :nn n^mn nnn b? muîmiï. 



KTCDE SUR SMSON BEN ABRAHAM DE SENS 40 



IX 



LES TOSAPHOT DE SIMSON. 



Simson est nommé par Abraham Maïmouni « notre maître le 
Tosaphiste * ». Son importance doit en effet être principalement 
cherchée dans les Tosaphot composés par lui. Ces écrits, d'abord 
simples additions complémentaires au commentaire de Raschi sur 
le Talmud, s'accrurent bientôt en un nombre infini de commen- 
taires. Les disciples de Raschi, notamment ses deux gendres 
Yehuda b. Natan et Méir b. Samuel de Rameru 2 (vers 1100-30) 
écrivirent les premiers Tosaphot. La génération suivante, princi- 
palement les fils de ce Méir, Joseph d'Orléans 3 et Isaac b. Ascher 
Halévi de Spire les ont encore développés et augmentés, mais Isaac 
l'Ancien 4 et ses disciples les ont surtout approfondis, comme ils 
ont fait de toutes les études talmudiques. On raconte qu'il y avait 
dans son école soixante savants disciples dont chacun apprit par 
cœur un traité du Talmud, tout en étudiant soigneusement en 
même temps tous les autres traités 5 . Le maître leur expliquait le 
Talmud dans toutes ses parties d'une façon si complète, qu'il leur 
devint aussi facile et aussi familier qu'un simple récit. Sons sa 
direction aussi, quelques-uns de ses disciples, comme Yehuda Sir 
Léon de Paris 6 et Simson de Sens 7 élaborèrent des Tosaphot. Ce 
dernier est considéré comme un des principaux représentants des 
tosaphistes français, comme un maître de la dialectique talmu- 
dique, distingué par sa profonde perspicacité et la finesse de son 
esprit critique que, soutenu par d'immenses lectures, il fait sur- 
tout éclater dans la fixation de la version exacte. Sa méthode, 
comme celle des tosaphistes en général, consiste en ce qu'il ne part 



1 L.c, n"l50inïl hyi b"T I^EUi 13T1 :n"n!n; cette dénomination lui est 
souvent donnée; \oj. Schitta Mequbéçet sur Ketubot, 39 b, 43 a/ Or Zarua, I, 

p. 231 b : msonrû ^ns^irr. 

3 Voy. Zunz, Zur Geschichte, p. 31. 

3 Cf. Magazin, I, p. 393. 

4 II est souvent nommé niDSinï! b3>!3, tout court, sans mention de son nom 
(Orhot Hayim, I, p. 1 c, 3 c, 1 d). 

5 Menahem b. Sérah, préface à son Céda Ladérekh. 

6 Or Zarua, I, p. 110 a ; Hagahot Ascheri, sur Hullin, ch. m. 

7 Or Zarua, II, p. Zb : (V^) T^ûb "TTlL5 b "PD'lL3 l J* l !: , 1 ta T 1 ^ '0"in!3 ; cf. Tosaphot, 
Sabbat, 85 a : V'-| *fc y^m . . . N3"Û"lb TOp ; Mordekhaï, rP^FS, n° 953. 

T. VIL N° 13. 4 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pas, comme les novellistes espagnols 1 , directement d'un passage 
pour l'interpréter d'une façon analytique, mais se rattache à une 
explication déjà donnée, la critique et discute, appuyé sur elle les 
principes les plus importants et arrive ainsi synthétiquement à 
faciliter l'intelligence du passage en question 2 . 

Simson écrivit des Tosaphot étendus 3 sur la plus grande partie 
du Talmud 4 , s'appuyant sur ceux de ses prédécesseurs, notamment 
de ses maîtres R. Tarn et Isaac l'Ancien 3 . Ils s'appellent les « To- 
saphot de R. Simson » ou les « Tosaphot de Sens », et forment 
une partie des « anciens Tosaphot » (d"^ m&Din). Eliézer de Tou- 
ques 7 , qui a vécu dans la seconde moitié du xm e siècle, les a 
abrégés et reliés avec d'autres Tosaphot, notamment ceux 
d'Isaac b. Abraham, d'Elhanan b. Isaac et des savants d'Evreux, 
surtout de R. Moïse, qui sont connus sous le nom de « Tosaphot 
d'Evreux ». Les Tosaphot d'Eliézer, refondus par ses disciples et 
successeurs, furent nommés « Tosaphot de Touques » et forment 
une grande partie de nos Tosaphot édités. Les Tosaphot de Sim- 
son sont tellement mêlés avec ces derniers que, selon la remarque 
de R. Isserlein [L c), ils ne peuvent être distingués des autres 
Tosaphot y ajoutés, quoiqu'ils en soient la source. 

Ascher b. Yehiel (mort en 1327) a également abrégé les Tosa- 
phot de Simson et les a recueillis, à côté d'autres explications, 
dans ses nombreux Tosaphot 8 {Céda LadéreUh, L c). On en 

1 Les commentaires des savants espagnols et provençaux sont appelés de préférence 
Novelîes, tPESYVfi- 

2 Voy. Frankel, rWÙft?l **&)% p. 329. 

3 mDOin ; plus rarement la forme talmudique Nn5D*in, vcy. Semag, défense 
n° 65; ou ÏIEÛTI), Commentaire de Simson sur Schebiit, IX, 5; Schitta sur Meria, 
26 £, (SI a. 

4 Hisdai Grescas dans la préface à Or Adonal dit de Simson : bdD d^lDTTd "Dfi 

Tittbntt. 

5 Joseph Colon, Consultations, n°52 : b^ iflb dstt lyduîFT rnSDinlTT "■SIN Ï"P3 bj> 

byz JWfi prnfci '^nn ab en îinas "pat nn^ i» in witsh n"n nai 
P3>735 d:n ■ûb» dbnp niû&o dnnn yaaiB» ■praM îran abi-i , mBDinn 

**1 yittb pTTtfîl mtilp» 31*13. Cf. Isserlein, Pesagim, 22b, "pœbl , î"Kn3 pi 

yaia» xl'win r«H dip?a bdn m. 

c jgeftfl$ sur Ketubot, 30 a : yatftD niBOItl b3>3 l plB73lZJ *| w fi ; B. Meçia, 36 a, 
portant en titre 'pttîEtl) '"Oi mDOin et se terminant par ces mots : ni&Din d>"3> 

7 Joseph Colon, n° 160 : n-nstpa NbN ^n maip» 3m ^pa rnso-in 
bibYWii s"^ -iimTi ïiro D^ina d-^sbra sba ysNit) msoinii mT 
■pnba '-o-n ûmas n"3 pn^ '•on yi:o ysara mscnnïi «nna i»p im 

BOS^N ''b'HJn. Cf. Isserlein, Terumat Éadéschen, n°19 ; Schem Hagedolim, II, s. v. 
Les Tosaphot Touques, qui sont anonymes dans les Tosaphot imprimés, sont souvent 
cités dans le commentaire sur le Pentateuque Minhat Tehuda. 

8 tD&nïl ^DOin ou mDDIDÏl ">QDin ; voy. Schem Eagedolim, et Benjacob, Ozar 
Easefarim, III, s, v.; Zunz, Zur Cfesckichte, p. 43. 



ETUDE SUR SIMSON BEN ABRAHAM DE SENS 51 

trouve beaucoup d'extraits étendus clans la compilation talmu- 
dique « Mordekhaï x » de Mordekhaï b. Hillel (mort en 1298 à 
Nuremberg), et dans les collections de Tosaphot de Beçalel 
Aschkenazi (xvi° siècle -). On peut les reconnaître dans les traités 
suivants du Talmud : 

Beralihot. Ils sont mentionnés par Isserlein (Terumat Hadé- 
sclien , n° 108) . C'est d'eux que provient l'explication dlsaac b. 
Moïse (Or Zarua, I, p. 53 a) et des Tosaphot édités [Berakhot, 
28 a) qui se fondent sur les Tosaphot de Sir Léon de Paris 3 . Le 
T^ïï 'o, p. 89 & (voir plus loin, p. 85), cite aussi les « Tosaphot 
de Sens » probablement sur ce traité. 

Sabbat. Le ms. Almanzi 100 (voy. Catalogue, 18) renferme une 
page des Tosaphot de Sens sur ce traité. Ils sont mentionnés par 
Simson lui-même (Comment, sur Rêlim, II, 1 ; XXX, 2), cités dans 
d'autres écrits 4 , et forment la partie essentielle des Tosaphot sur 
Sabbat, édités, clans lesquels se présentent aussi très souvent les 
explications de Joseph Porat 3 . Simson, par abréviation Raschba, 
N"ntm, cite son grand-père Simson (146 b) et rappelle sa discussion 
avec son maître Isaac (36 b, 85 a) et avec Eliézer de Metz (66 a), 
qui fut un disciple de R. Tarn. 

Erubin. Les Tosaphot sur ce traité ont été écrits par Simson 
sous la direction de son maître Isaac (voy. t. VI, p. 184). De grands 
morceaux en ont passé dans les Tosaphot édités, où ils sont don- 
nés sans nom d'auteur G . Le compilateur nomme son maître 
Samuel (27 b). 

Pesahim. Le ms. 53 de la Bodléienne (Opp. acld. ; voy. Catalogue 
Neubauer, n° 2358) renferme aussi 120 feuillets de « Tosaphot sur 
Pesahim, de Simson de Sens ». L'auteur y cite, entre autres, outre 
son maître Isaac (n"»), les autorités suivantes : fol. 21, Salo- 

1 Cf. Kohn, Monatsschrift, 1878, p. 181. Le Mordekhaï, ms. 88 de la bibliothèque du 
séminai-e de Breslau, porte comme épigraphe : ipOD "iJLDIpb Û3> ""litp ^TMZ ISO 
V5U5 'Sim *<"'Ê5 ta l. En réalité, le manuscrit contient moins de citations des To- 
saphot Sens que le Mordekhaï imprimé ; mais on y trouve, en revanche, quelques 
passages qui manquent dans l'édition. Les explications de Simson sur le Talmud 
sont souvent citées dans le ""p^tl 'O, ms. dont nous parlerons plus loin. 

2 n^Tlpfa ttDIË ou O-Opî nS^ON publié sur plusieurs traités et en manuscrit 
sur quelques autres ; voy. Benjacob, l. c, p. 573. 

3 Voy." Magazin, IV, p. 181, 196. 

4 Or Zarua, II, p. 7 b, 29 b ; Hayim, Or Zarua, Consultations, n° 205 ; Ascheri 
sur Nedarim, ch. iv ; Mordekhaï, Sabbat, I, n°271, 277. 

5 Voy. Magazin, IV, p. 206. 

6 96 6 .• ih "ib yi*ni ; 40 b, commençant par Sttb'H (voy. Or Zarua, II, p. 76 a) ; 
68 a, commençant par 'piO [Or Zarua, II, p. 90); 72 a, commenc. "plIEl {Or Zarua, 
II, p. 91 a) ; 28 b, commenc. Û^IlD^ où il faut lire Simson au lieu de Simon 
(voy. Tosaphot Yeschénim sur Toma, 81 b) ; l'édition Lemberg a intercalé, en outre 
(40 b et 42 b), deux passages des Ï5\L5 'Oin. Des citations se trouvent aussi dans 
Or Zarua, II, p. 67 b,6Sa, 99 b. 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mon ' ; fol. 41, Simson b. Yona, qui est connu comme poète litur- 
gique, et Jacob h. Simson de Paris - ; fol. 44, Moïse de Pontoise 
(voy. plus loin, p. 60) et Moïse de •p'vvi} 3 ; fol. 50, son frère (Isaac) ; 
fol. 86. iism&Sïa tamisa 'n (?), et fol. 90, son cousin Simson Cohen 
(voy. t. VI, p. 183). Quelques passages de ces Tosaphot, auxquels 
renvoie l'auteur (Commentaire sur ScheMit, IX, 5), se trouvent 
dans les Tosaphot édités 4 . 

Bêça. Ces Tosaphot sont mentionnés dans plusieurs anciens 
écrits (Semag, défense n°65; Semaq, n° 193, glose; Mordekhaï, 
ms. 88 de la bibliothèque du séminaire de Breslau, Bêça,l). Il s'en 
trouve des extraits dans la Schitta sur Bêça (éd. Metz, p. 4 &, 
12 a, 15 a), et des passages isolés dans les Tosaphot édités (38 a). 

Ilagiga. Les Tosaphot édités citent au f° 21 a de ce traité l'ex- 
plication 5 de R. Simson, probablement le nôtre. 

Moêd Qaton. On cite souvent, sur certains passages de ce traité, 
des explications qui émanent sans doute des Tosaphot de Simson 
(Or Zama, II, p. 169 a, sur Moêd Qaton, 20 &; îô., p. 173 a, sur 
22 a; Ascheri sur Moêd Qaton, en. ni). 

Rosch Haschana. Simson lui-même renvoie à ses Tosaphot sur 
ce traité (Commentaire sur Bïkkurim, II, 4), desquels provien- 
nent les citations de Moïse de Coucy (Semag, défense n° 146) et 
celles des Tosaphot édités G . 

1 IS^ ÎTablD ,m[t 2l Ù1ÏÎD '") ÏTlûpîT. Nous n'avons pas connaissance qu'Isaac 
l'ancien ait eu un beau-frère du nom de Salomon. Tosaphot, Pesahim, 68 b, nomme 
Salomon Cohen qui avait des relations littéraires avec Isaac et qui était le beau-frère 
de Yehuda b. Calon} r mos de Mayence, désigné, peut-être, dans notre citation, sous 
l'abréviation '-|. Cf. Mordekhaï, B. Batra, I, n° 501 : YrfD îltobtÛ "10"^ ; Or Zarua, 
I. p. 16 Cp'Hà par corruption). Simson cite ailleurs aussi des savants allemands; 
voyez plus loin, p. 73.. 

2 Samuel de Falaise nomme aussi ces deux rabbins ensemble ; voy. Or Zarua, II, 

p. no è : rnift ■pttJttiB Va np3^ n w m • • • ibra tids tvv 11 •praia n"n ; 

cf. Zunz, Utg., p. 162, 250. 

3 Je ne connais pas le passage même. Peut-être s'agit-il, comme dans Maimoniot, 
rûTB ,ÎT, du passage de Pesahim, 102 : y"ljifà 5TIÏ552 ; voy. Taschbaç, m^lS H. 
avec la variante "pJifa ; Schalschélet, éd. Amsterdam, y*"]} "Ol; dans &"]!">£) n^"l3, 
éd. Riva, V")^, ce que Carmoly (Lebanon, III, p. 331) rend par Errez, nom d'une 
localité française, seulement il y a plusieurs villages de ce nom. Cependant dans 
Or Zarua, II, p. 11 3, le même passage porte : *p!£3'^-|^ ÏTlïîfà. P eu avant il est 
question de Moïse Cohen de Mayence (N^j^fà). Le Qoré Hadorot, éd. Berlin, p. 20, 
a la leçon Vjifà usitée également pour Mayence. Je veux encore appeler l'attention 
sur quelques altérations de ce genre. Un manuscrit du Taschbaç que j'ai vu chez 
M. Berlrner de Berlin, il y a quelques années, au n° 509, porte V^Tli'ft pour 
N3fc2!i!Q!J3. Peut-être faut-il corriger delà même façon Vj'^'li chez Simson. 

4 2 a, K"111D*1, 10 a, comm. ^rbï"! (cf. Schitta sur Ketubot, 21 a) ; Ma, comm. b'D 
a^r^ZO'— (cf. le commentaire sur Schebiit, IX, 1). Dans l'édition il faut lire N"ntIH à 
la place do N^ï-). 

5 Cette explication ne se trouve pas dans le commentaire de Simson sur Para, 
III, 1 ; mais elle n'est pas en contradiction avec celle qui est donnée en cet endroit. 

6 Ièid., 1 1 h (glose ^T\VY^ ft'^îl) ; voy. le commentaire Minhat Yehuda, p. 8 a. 



ETUDE SUR SIMSON BEN ABRAHAM DE SENS S3 

Yoma. Les Tosaphot de Sens sur Y orna sont mentionnés par 
Isserlein [l. c, 94). Le passage qu'on en cite a été reproduit dans 
les Tosaphot Yeschénim sur Yoma édités (82 &), dont l'auteur, 
Moïse de Goucy *, a encore utilisé ailleurs les explications de Sim- 
son (67 &, 81 &). 

Sukha. Simson (Commentaire sur BiKhurim, II, 4) rappelle ses 
Tosaphot sur ce traité, dont les traces se rencontrent assez sou- 
vent dans les Tosaphot édités 2 . 

Megilla. Les Tosaphot de Sens sont cités dans la Schitta sur 
Êekftorot*. 

Yébamot. Simson [L c, Kèlim, I, 8) renvoie à ses Tosaphot sur 
ce traité, qui ont trouvé accès dans les Tosaphot édités 4 , où ils 
sont donnés sans nom d'auteur. 

Ketubot. Les Tosaphot de Simson [L c. Pea, III, 7) mention- 
nés et souvent cités 5 , notamment dans la Schitta de Becalel , se 
rencontrent très souvent dans les Tosaphot édités, où ils sont 
donnés tantôt avec le nom de leur auteur (a"mD ta ), 4 &, 39 a, 43 a 
et passim), tantôt anonymes \ C'est à lui qu'appartiennent surtout 
la plupart des chapitres x-xui, où il invoque l'autorité de son 
maître (^nn snsïai imb ftfcnui /i"»). 

Gittin. Les Tosaphot sur ce traité, auxquels se réfère Simson 
(Schebiit, X, 3), se trouvaient dans les manuscrits d'Azulaï (Birkê 
Yoseph, I, p. 11 d). De longs extraits s'en trouvent dans le traité 
de Gittin, éd. Venise (Schem Hagedolim, II, s. v. m&oin). Ces 



1 Voy. #«£., 14 a : 'p'iïïOT '"»m "'D' 1 ^ ; et plus haut, 13 a, où il nomme son 
grand-père Hayim b. Hananel. Je cite l'édition ordinaire qui s'accorde avec l'édition 
de Berlin (173 b). D'autres éditions varient; voy. Schem Hagedolim et Benjacob, s. v., 
Zunz, Zur Geschichte, p. 37. 

4 Voy. 17 a, comm. ""PIN* anonyme (sous une autre forme dans Orhot Hayim, I, 
p. 111 b, au nom de Simson) ; 36 b, comm. mbî'mp'ft (cf. Méir de Rothenbourg, 
éd. Prague, n° 96) ; 37 b, comm. "Il"l5l!3 (cf. Or Zarua, II, p. 136a) ; 47 a, comm. 
MD">b (cf. Commentaire de Simson, l. c.) ; 55 a, comm. *ppniX (cf. Semag, command. 
n° 19). 

3 Sous le titre de FHBp rnïlQ, éd. Lemberg, 1861, p. 34 a, sur Bekhorot, 57 a. 

4 5#, comm. Nfa^LÛ (cf. Ascheri, Tosapbot, Yebamot, 5 b) ; lib, comm. Nu2 T kuD 
(cf. Ascheri, l. c, sur le passage) ; 75 b, comm. 'ptiîD, qui concorde quant au fond 
avec la citation de Semag, défense n° 119 ; 113 3, comm. ^\'û^ (cf. Or Zarua, I, 
p. 231 a). Ces Tosaphot sont encore cités dans Or Zarua, I, p. 179 a, Moidekhaï, 
Yebamot, IV, n° 106, et ibid., ÛU5 ^1Z53N 'WPn. 

5 Semag, command. n° 48 ; ibid., nib^N 't\ \ Mordekhaï, Ketubot, Gloses, 
n° 8 286, 288, 290. Cf. mBOin ^pDD sur Ketubot, n»» 30, 67, 192, 241. 

6 Sur Ketubot, 2 b, note marginale (D"in rPSTb 1 ^) de ^"nDH ^DDin, sous 
laquelle il faut entendre ici Simson comme dans les Tosaphot Ketubot édités, 4 b, 
35 a, 39 a, 31 b, etc. 

7 26 b, comm. 1*71 bj> (cf. Or Zarua, I, p. 213 a) ; 64 a, comm. N3125 "W0, au nom 
de n"~i (cf. Or Zarua, I, p. 176 a); 92 b, comm. fc^l (cf. Or Zarua, I, 209 b) ; 
63 b, comm. b^i< (cf. Isserlein, Pesaqim, 222, voy. plus haut) ; 91 a, avec la note, 
©""1 '^D (cf. Frankel, l. c, p. 331). 



M ■ REVUE DES ETUDES JUIVES 

Tosaphot sont cités dans différents écrits l . Les Tosaphot édités ap- 
partiennent à la recension de Touques. 

Qldduschin. Les Tosaphot de Simson sur ce traité, qui sont sou- 
vent nommés 2 , se présentent fréquemment dans les Tosaphot 
édités 3 , où ils sont donnés sans nom d'auteur. 

Nedarim. Les explications de quelques passages de ce traité 
que l'on cite peuvent être empruntées à d'autres écrits de Simson 4 . 

Sot a. Les Tosaphot manuscrits sur ce traité (ms. Michaèl s , 838) 
ont pour auteur, d'après Azulaï G , Simson de Sens, mais leur con- 
tenu ne confirme ni ne contredit cette opinion. On n'y cite que des 
autorités du xn e siècle, comme Samuel b. Méir, R. Tarn, Me- 
schullam (de Narbonne), avec lequel ce dernier a correspondu, 
Elhanan et Moïse de Pontoise. Le manuscrit lui-même désigne 
pour auteur un Hananel, qui n'est pas autrement connu. Il ne 
peut s'agir de Hananel, père du célèbre Hayim Cohen, car celui-ci 
n'est pas nommé comme un savant. Azulaï (Schem Hagedolim, 
s. v.) a vu un très vieux manuscrit du Commentaire du Talmud 
d'un Hananel b. Samuel, mais l'époque de sa vie est incertaine. 

Baba Qamma. Beçalel Aschkenazi a recueilli dans sa Schitta 7 
des morceaux considérables des Tosaphot de Sens sur Qamma, 
qui sont cités dans le Mordekhaï 8 . C'est d'eux que proviennent de 
nombreux passages qui se trouvent, soit textuellement, soit modi- 
fiés et sans nom d'auteur, dans les Tosaphot édités sur Qamma 9 . 

Baba Meçia. Ce que nous avons dit des Tosaphot sur Qamma 
est également vrai de ceux de Meçia. Ils sont cités par Moïse de 
Coucy {Semag, command. •paiT* 'fi) et par Mordekhaï (II, 260, 
VI, 343); ils l'ont été souvent aussi par Beçalel 10 , et sont très 

1 Méir de Rothenbourg, Consultations, éd. Lemberg, n° 476; Maimoniot, 'pttîl'-pX 
ch. vi; Ascheri, Consultations, LXXXV, 10; I, 8; cf. Tosaphot édités, 59 a, 
comm. ntlN ; Mordekhaï, Grittin, I, n° 327 ; Gloses, n° 459. 

2 Or Zarua, I, p. 200 5 ; Semag, command. n° 48 ; commentaire Minhat Tehuda, 
p. 22 5,45 5, 46 a, 83 a. 

3 22 5, comm. fiîniDS fin (cf. Minhat Tehuda, p. 43 5) ; 27 5, comm. "j^N (cf. 
ibid., p. 65 a) ; 30 5, comm. mil 123 "^3 (cf. ibid., p. 60 a) ; 32 a, comm. fiTifii 231 
(cf. Joseph Colon, n° 166). 

4 Hayim, Or Zarua, Consultations, n° 102; R. Nissim, Nedarim, 8 5. 

5 Voy. Catal. de la bibliothèque de Michaël, p. 73 ; il est maintenant à la Bodléienne, 
Catal. Neubauer, n° 836 5 . Ces Tosaphot vont être publiés à Wilna dans la nouvelle 
édition du Talmud. 

6 D'après cet auteur, Zunz, Zur Geschichte, p. 35. 

7 Schitta sur Qamma, 6 5 : y3N\25 'Oin ""TV? 'fi WN 23"nN )vbl ; cf. 2 a et 
passim. Les Tosaphot Sens ont été ajoutés à la marge des Tosaphot par i'abréviateur 
et sont appelés pour ce motif : Tosaphot marginaux, 'jvbà. 

8 Qamma, VI, Tebamot, gloses sur XII, Sanhédrin, gloses, n°721. 

9 2 a, comm. "nîl itfb ; 5 5, comm. pttJ ; 8 a, comm. i-pN ; 11 a, fcobttî ; H 5, 
*H221 et passim ; voy. Schitta sur ces passages. 

10 Schitta sur Meçia, 26 a, 32 a, 43 5/ cité aussi comme Tosaphot marginal. 



ETUDE SUR S1MS0N BEN ABRAHAM DE SENS 55 

fréquemment reproduits dans les Tosaphot édités, sans nom 
d'auteur ! . 

Baba Batra. Simson rappelle (Tohorot, VI, 4) ses Tosaphot 
sur Batra, qui sont souvent cités 2 et se trouvent aussi dans les 
Tosaphot édités avec et sans le nom de Fauteur 3 . 

Sanhédrin. Ses Tosaphot sont cités çà et là 4 , et quelques pas- 
sages isolés se trouvent aussi anonymes dans les Tosaphot édités s . 

Scliebnot. Les Tosaphot de Sens sur ce traité clans le ms. Mi- 
chaël, 839 (Catal. Neubauer, n° 428) offrent beaucoup de ressem- 
blance avec ceux qui sont édités 6 . Ces derniers sont pourtant de 
date plus récente, car ils se réfèrent aux Tosaphot de R. Mosché, 
sans doute d'Evreux 7 , qui était plus jeune que Simson, et ils 
citent (25 a) Ezra le « Prophète » de Moncontour, qui était éga- 
lement plus jeune s . 

Aboda Zara. La moitié environ des Tosaphot de Simson sur ce 
traité, qui sont mentionnés dans le Mordekhaï 9 , s'est conservée 
en manuscrit dans le ms. Halberstam 10 . Simson lui-même y 
renvoie. 

Makkot. Les Tosaphot de Sens 11 dans le ms.Michaël, 839 (Catal. 
Neubauer, 428) s'accordent très souvent avec ceux qui sont publiés 

1 10 5, comm. 'p'^b'i; il a, ï"irOÏ ; 26 5, "pfaN tfb et passim ; cf. Schitta sur 
ces passages. 

2 Or Zarua, I, p. 209 b ; Méir de Rothenbourg, éd. Prague, n° 947 ; cf. Tosaphot 
Batra, 8 5, comm. l p" ,1 n7ûN ^12 ; Mordekhaï, Batra, I, vers la fin ; Gloses, n° 544 ; 
Ascheri, Consultations, LVI1I, 2; Ha} T im, Or Zarua, Consultations, n°171. 

3 Simson (158 a), appelé aussi NSia"*! ; voy. 36 5, 66 5; cf. Maimoniot, Gloses, 
"J^USI *|^1l3, ch. xii ; tT-plDfà 'H, en. x ; Or Zarua, I, p. 84 a, où il faut corriger 
Moïse TOSDfà en NP^D^ ; voy. encore Tosaphot, 8 b, comm. JTDltt ; Or Zarua, 
I, p. 13 b ; 55 5, "lïj^btf /h i; Commentaire de Simson, l. c. 

4 Mordekhaï, Sanhédrin, III, n° 686 ; Minhat Yehuda, p. 45 b; Terumat Hadéschen, 
n° 312. 

5 Tosaphot, 35 a, comm. "VltZÎN ; voy. Maimoniot, Consultations, Ù^Ûtlîfà, n° 57. 

6 Suivant une communication de M. Neubauer. 

7 Tosaphot, 35 a ; voy. Zunz, l. C, p. 38 , cf. Luria, l. c. : ^bfa ÎTTl!"P ,m \ ^'"lJlM 

ïT^frn mu*: 'i (lisez mman). 

8 II était sûrement un disciple dTsaac l'Ancien (voy. plus haut) ; mais Méir de 
Rothenbourg (Consultations, éd. Crémone, n° 312 ; Mordekhaï, Yebamot, à la fin) 
le désigne comme son maître. Par contre, on peut aussi en inférer que Méir de 
Rothenbourg, qui mourut en 1293, naquit au plus tard en 1220, puisqu'il avait 
comme maître un disciple d'Isaac l'Ancien. 

9 Mordekhaï, ms. 88 de la bibliothèque du séminaire de Breslau, Aboda Zara, 
IV, V ; dans l'édition, Sabbat, I, n°241, 247 ; Hiollin, Gloses, n° s 742, 744. 

10 Le ms., qui a d'abord appartenu à Luzzatto (voy. Halikhot Qedem, p. 46) et 
qui est maintenant à M. Halberstam, est très défectueux. Il contient, sur un par- 
chemin in-folio de 15 pages, les Tosaphot de Simson de l'édition jusqu'au f 8 41 5; 
et, sur neuf autres pages in-folio, les Tosaphot de Yehuda Sir Léon sur Aboda Zara ; 
au fo 41 b, se trouve cette notice : "jb'W Jfcfâfc ystûtt "JTIÏ5731» 13S"1 ntfJi-]D ^"V 
•jfcpb 'VID H-nïT /ta l ntt5^B ; voy. Magazin, V, p. 180. 

11 Voy. ses Tosaphot sur Pesahim, ms. de la Bodléienne, et plus haut, f° 31 b : 

hsynwi 'ns t"s 'o*m mE^ '35733 Tû^ai-na ^sb nsmps ^3 )H5. 



06 REVUE DES ETUDES JUIVES 

et ont, comme ces derniers, été rédigés plus tard par les disciples 
de R. Péreç b. Elia de Corbeil, qui a vécu vers la fin du xm 8 siècle. 
C'est du nom de celui-ci, « mon maître R. Péreç ! » que sont si- 
gnés la plupart des Tosaphot du second chapitre. Le manuscrit 
cite, entre autres, Méir de Bourgogne 2 , qui n'est nommé nulle part 
ailleurs. Les Tosaphot de Sens publiés à part 3 s'accordent aussi 
en majeure partie avec « nos Tosaphot » ; ils sont plus anciens 
qu'eux, mais ont reçu leur forme définitive plus tard. Simson de 
Sens y est cité lui-même (12 a). Il est la plus jeune des autorités 
qui y sont citées ; ce sont d'ordinaire Samuel b. Méir et R. Tarn, 
dont on rapporte l'explication donnée peu avant sa mort (22 a), 
Joseph de Palestine (2 a, dans nos Tosaphot simplement R. Jo- 
seph), Riba, sans doute Isaac b. Abraham (18 &, dans nos Tosaphot 
Abraham b. Isaac), Salomon de Dreux (15 b, par corruption 
cwm), Simson b. Simson de Coucy (3 a, 18 a) et Abraham (b. 
Joseph d'Orléans, 6 &). Celui qui a colligé ces Tosaphot nomme 
souvent son maître Mordekhaï 4 (12 <2, dans nos Tosaphot simple- 
ment ùn"n), dont l'époque ne peut être déterminée. 

Zebaliim. On rencontre souvent 5 des citations de ses Tosaphot 
sur ce traité, qui se trouvent en partie aussi dans nos Tosaphot 
édités . 

Menahot. On trouve de longs extraits des Tosaphot de Simson 
sur Menahot dans le Mordekhaï 7 et dans les Tosaphot édités s , dont 
le troisième chapitre lui appartient presque en entier 9 sous la dé- 
signation de « mon maître » fY'»). 

Behhorot. Ce qui est cité çà et là des Tosaphot de Simson sur 
Behhorot se retrouve en majeure partie dans nos Tosaphot édités 10 , 



1 E|""i73 ; dans les Tosaphot édités, n"TÛ73 = ÏTTP123 ^lltt. 

» Le manuscrit, 4 a, a b""33in?2 ; nos Tosaphot, "WTDtt ; les Tosaphot Sens 
édités, «"«331353 ITTI. 

3 Dans npTI t3D, Livourne, 1801, fol. 1-7. 

4 Les Tosaphot, Batra, 19 a, Schebuot, 11 ô, parlent d'un Mordekhaï ; Nidda^ 36 a, 
d'un Mordekhaï h. Isaac. Le Minhat Qenaot, p. 3 a, rapporte l'explication d'un 
Mordekhaï b. Natan (cf. Zunz, Zur Geschichte, p. 80, 98). Mordekhaï b. Eliézer était 
en correspondance avec Simson (voy. plus haut). Eléazar de Worms avait un 
maître du nom de Mordekhaï, voy. sou nibDnîl "UJ1"PD> ms. Gûnzburg, f° 21 a : 
W1M l'n'n m 33» ^onr» mim 13^*1 b«UJ. C'est peut-être le Mordekhaï 
b. Eliézer susnommé. 

:> Mordekhaï, Hwllin, Gloses, n° 744 ; Ascheri, Consultations, XX, 7. 

6 74 a, Ïlbs3l ; voy. Or Zarua, I, p. 131 a. 

7 Les ni^Jt 'n et "pb^Dn 'n ne sont, pour ainsi dire, qu'un extrait des Tosa- 
phot Sens sur Menahot. 

8 38 a, nb^nn (cf. Mordekhaï, l. p., n° 939) ; 35 a, fimmn (cf. Or Zarua, I, 
p. 153 aj; ibid., Nm33>73 (cf. Or Zarua, I, p. 154 a) ; ibid , 'pb^Dn (cf. /. C, 
p.l54J). 

9 Cf. Beçalel Aschkenazi, Consultations, p. 8 b. 

»P 24 a, 13^711 (cf. Schitta, ÏT1SD H3T73, qui parle à ce sujet des nTOI^n 'Oin) ; 



ÉTUDE SUR S1MS0N BEN ABRAHAM DE SENS 57 

mais quelques-uns plus étendus, parce que ceux-ci appartiennent 
à une rédaction plus récente, qui a encore accueilli diverses autres 
explications. Le ms. Michaël 839 et le ms. Almanzi 116 con- 
tiennent un extrait des Tosaphot de Sens sur Behàorot 1 , fait par 
« Isaac le Jeune. » Cet Isaac est désigné comme le disciple de R. 
Baruch 2 . C'est difficilement le frère de Simson 3 , car on ignore 
que celui-ci ait eu un maître du nom de R. Baruch. C'est donc un 
autre savant portant ce nom. 

Tamid. Le Commentaire 4 sur ce traité, attribué faussement à 
Abraham b. David de Posquières, et qui a en réalité pour auteur 
un Allemand du commencement du xm e siècle, cite souvent des 
« Tosaphot français. » Il est absolument impossible de déterminer 
si ces mots désignent spécialement les Tosaphot de Sens 5 . 

Hallin. Les Tosaphot sur ce traité (Commentaire sur Zabim,V, 
11) sont souvent cités et se trouvent aussi sans nom d'auteur 
dans les Tosaphot édités \ 

Nidda. Les Tosaphot sur Nidda sont nommés par Simson dans 
Halla, III, 1 et encore ailleurs s . 

D'innombrables passages des Tosaphot édités émanent originai- 
rement de Simson, mais nous dépasserions les limites de notre 
plan, si nous voulions les rechercher en collationnant les textes 
cités. Nous tenions seulement à montrer et à prouver par quelques 
exemples quelle influence extraordinaire a exercé Simson de Sens 
sur la littérature des Tosaphot. 

25 a, ÏTirn (cf. les Gloses de R. Péreç sur Semag, n° 194] ; 2,1a, b 7Sb' 1 !n ; ibid,, "Ol 
(cf. Or Zarua, I, p. 72 a). 

1 Le ms. Almaazi nomme l'auteur de l'extrait b"T '"p")!! '"1 "P^bn. Le ms. 
Michaël porte l'épigraphe : V-] *ûfcnp "HUN nm3D bï ySNIZJ 'D"inE m&">p 

b^rra "rttbn '-na ^iDion bran V^n n*^a i"i ûbuîD "nmn. 

2 Peut-être Baruch b. Isaac, auteur du Séfer Hateruma, en l'an 1200, ou encore 
Baruch b. Samuel, auteur du Séfer Hahokhma, en 1220. 

3 Zunz, Z. 67., p. 35 ; Benjacob, î. c, p. 624. 

4 Ed. Prague, 1725, bïQbn \VOb ; cf. Mowtsschrift, 1873, p. 457 ; Zunz, l. c, 
p. 57. 

5 Le Commentaire ne cite pas seulement mVlBISÏ 'Olfl, mais aussi "|jTI3"! 'Oin 

6 Mordekhaï, Hullin, Gloses, n° s 744, 745, 749, 754 ; Ascheri, Consultations, II, 
17; KolbOy n<> 101 ; Joseph Colon, n° 151 ; '"P^ÏTI 'IDO ms., p.70£, 71 b, 150 a et 
passim. 

1 13 £, niTlpn, voy. Simson, Le, b'OÏ, V, 11; 47 a, ">£< (cf. Mordekhaï, 
Hullin, Gloses, n° 742] ; 95a, K£»331 (cf. Mordekhaï, n° 744] ;.110£, n^b'û (cf. 
Gloses sur Semag, n°31). 

* Or Zarua, I, p. 94 b ; le même Tosaphot édité, Nidda, GG a, rtëftÈWI ; Morde- 
khaï, Nidda, Gloses ; Tosaphot, Nidda, Gl b, 3H123 (cf. Commentaire de Simson sur 
Sifra, p. 78 b). Une explication de Simson sur le même traité se trouve aussi daus 
le TVûïl *1SD ms., p. 103 a. 



58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



LE COMMENTAIRE DE LA MISCHNA DE SIMSON. 



Si importants que puissent être les écrits de Simson nommés 
jusqu'ici, son œuvre la plus remarquable est incontestablement le 
commentaire qu'il composa dans les dernières années de sa vie *, 
après les Tosaphot, sur cette partie de la Mischna qui n'a pas de 
Talmud babylonien, à savoir les deux ordres Zeraïm et Tohorot, 
à l'exclusion des traités de Berahhot et Nidda. A défaut de la 
Gemara, qui aurait pu lui servir de guide, il s'aida de tous les pas- 
sages du Talmud babylonien et jérusalemite qui avaient un rap- 
port quelconque avec son sujet, surtout pour Zeraïm. Il a donné 
d'ailleurs plus d'attention à ce dernier Talmud qu'aucun autre de 
ses prédécesseurs ou contemporains français. Il tint beaucoup 
compte des anciennes compilations halachiques, la Tosefta, la 
Mekliilta, le Sifra ou Torat Kolianim, et le Sifrê, qu'il compare, 
pour la parfaite intelligence du sujet, avec la Mischna, et dont il 
concilie les divergences. Il nomme, entre autres aussi, le petit 
Sifrê, ou Sifrê Sutta 2 , Midrascli balachique plus récent sur le 
quatrième et le cinquième livres de Moïse, de la première période 
des Gaonim. Il est imité du grand Sifrê, mais s'en sépare considé- 
rablement sous bien des rapports, comme de tous les autres an- 
ciens écrits halachiques. GeMidrasch n'a pas eu pour cette raison 
une grande importance comme autorité, mais il est toujours cité 
quand il s'agit d'élucider et de compléter un point controversé. Ce 
traité halacliique, que les anciens invoquent souvent, s'est perdu. 
Tous les passages cités sont, dans le Commentaire, l'objet d'une 
profonde discussion, de sorte que celui-ci ne jette pas seulement 



1 Voy. Semât/, command. n°19 : ŒYVSln ^ST "Pto" 1 tpDS ÏTlûfcttS "Ol "D lift 

2 KlûIT "n^O, Commentaire sur Halla, I, 4 ; Kêlim, IX, 7; XI, 2, 7, 8 ; VIII, 6; 
Oholot, 1,1, 2, 3, 4 ; II, 1, 2, 5 ; III, 3 ; XIII, 4 ; Para, II, 1. Le Yalqut Schimoni 
cite souvent cet ouvrage sous ce nom; voy. sections tl!Dl25 , DpH ,^ytD)2-.. Dans 
une glose sur Simson (Para, VIII, 7), on lui donne le nom de NlJIT "inblI5" , l ; voy. 
Aruch, s. v. pS^T : IfiblB'n lOTltt l'JJO Ni™ ^0 ISIttn ^EDn ; iUd., s. v. 
CHS, où on l'appelle : IflV©"^ btï) E^HN CPjD tP*n*T)3 î iàid. % s - V. St3î 
Raschi sur Lévitique, X, 19 : "OUÎ Ù^jD bU5 "HSD. Le yalqut, mufa, cite dans le 
même passage du tiî^ft (voy. Raschi, Sota, 16 a) : d^fiN Ù"^S3 ^U5 lin TE ; 
Sanhédrin, 29 a : " , *-)SD ta 7 Nrpi"l5 ; de même Yalqut, i^Dfà ; cf. Weiss, Geschichte 
der jildischen Tradition, II, p. 238 ; Gross, Magasin, II, p. 43. 



ÉTUDE SUR SIMSON BEN ABRAHAM DE SENS 59 

de la lumière sur les passages difficiles de la Misclma, mais aussi 
sur de nombreux passages du Talmud jérusalemite et des écrits 
halachiques susmentionnés. Les passages mis en parallèle mon- 
trent mainte différence et dans le texte et dans la façon de lire. 
La fixation de celle-ci est un des plus importants objets et en 
même temps un des avantages du Commentaire. Pour la netteté de 
la critique, comme pour la méthode entière, celui-ci rappelle le 
commentaire de Raschi sur le Talmud. Seulement, à défaut du 
Talmud, il est plus étendu que celui de son prédécesseur. Il s'oc- 
cupe des détails pour les expliquer sous toutes leurs faces, au 
point de vue de la casuistique, de la langue et de la logique. Les 
explications étymologiques, pour lesquelles il s'appuie sur la tra- 
duction araméenne du Targoum 1 , renferment beaucoup d'excel- 
lentes choses et font preuve d'un fin sentiment de la linguistique. 
Il n'est pas rare qu'il interprète certains mots par des gloses fran- 
çaises. Il ne savait pas le grec 2 ; ce qu'il en dit est pris d'ailleurs. 

Outre le commentaire de Raschi, il a utilisé tout particuliè- 
rement : 

1° UAruch, deNatan b. Yehiel de Rome, qu'il suit dans la plu- 
part des cas, en indiquant parfois la source 3 . 

2° Le Commentaire-vocabulaire, de Haï Gaon 4 , sur laMischna, 
ordre Toliorot, sur lequel il s'appuie 3 , et dont les explications ont 
passé en grande partie, avec désignation de l'auteur ou non, dans 
l'Aruch ; 

3° Le Commentaire d'Isaac b. Malkiçédeq, de Siponto (vers 
1100-1170), sur les ordres Zeraïm et Toliorot, que souvent il 
nomme 6 , mais auquel il emprunte aussi mainte chose sans le 
nommer 7 . Son commentaire sur le traité de Bikhurim était dé- 
fectueux ; l'éditeur a complété ce qui manquait (II, 4, jusqu'à la 



1 Bernai, I, 1 ; Pêa, VII, 4, Kêlim, X, 2 ; ittbtiîTT 1 ÛWn. 
* Bernai, IV, 2 ; VII, 5 ; Oholot, XIII, 4. 

3 Pêa, III, 2 ; V, 8 ; Bemaï, I, 1 ; Kilaïm, I, 1,2, etc. ; cf. Aruch, s. v. 

4 Edité dans la collection Û^IÈW "'l" 1 ïlTD^fà V"31p, Berlin, 1856. Il n'est pas 
prouvé qu'il ait composé un commentaire sur la Mischna entière. La citation, chez 
Fùrst, Bibliotheca, I, p. 358, de la relation de voyage de Petahya est ou fausse, ou 
tirée d'une édition altérée. D'après plusieurs éditions que j'ai sous les yeux, Paris, 
1831, et Londres, 1856, elle est ainsi conçue : bift ÏTI2521Z5 ïl^^^D 3*1 "WPfi 
•JW ifitft "W^SI .ÛiTlD ïlUMD'ai ÎWlpïli tandis que chez Fùrst elle est 
ainsi rapportée : ûvfJD ÏTCHBttl Wlpïl b^tt \XH *T\ *WT3. 

5 II cite seulement "ptf} ïD'-pD. 

6 Kêlim, I, 1 ; Oholot, I, 2 ; Para, II, 1 ; Miqwaot, V, 2. Dans Makhschirin, V, 1, 
se trouve une glose dlsaac de Siponto, ajoutée probablement plus tard ; voy. Gross, 
Magazin, II, p. 42. 

7 Bemaï, IV, 2 ; voy. ms. Michaël, l. c. sur ce passage, I, 2 ; Kaftor vaferah, 
p. 83 a ; Halla, IV, 7 ; cf. Or Zarua, I, p. 72 a; Kêlim, VIII, 6 ; Tosaphot Yomtob 
sur ce passage. 



GO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fin) par un fragment du Commentaire d'Isaac sur Zeraim % qui 
existe encore en manuscrit 1 . La partie manquante a été publiée 
il y a quelques années d'après un manuscrit 2 . Simson avait aussi 
devant lui un commentaire sur Tofiorot, qu'avait composé un dis- 
ciple de R. Tarn, Moïse b. Abraham de Pontoise 3 . Celui-ci exis- 
tait encore en manuscrit dans la seconde moitié du xvi e siècle, 
entre les mains de Hayim b. Beçalel 4 (mort en 1588), mais il a dis- 
paru depuis. Ce que Simson cite encore dudit Moïse 5 peut être 
emprunté à ses Tosaphot. Le commentaire de Maïmonide sur la 
Mischna n'est nulle part mentionné. On croit communément qu'il 
ne l'a aucunement connu et que l'unique passage qui lui est cer- 
tainement emprunté doit être une glose marginale qui a passé plus 
tard dans le corps du texte G . Ceci est fort possible, car le com- 
mentaire de Simson, comme l'avoue le premier éditeur lui- 
même (Bomberg, Venise), n'a pas été édité bien correctement. 
Simson a rédigé deux fois son commentaire 7 . La seconde rédac- 
tion, dans laquelle il a introduit de notables changements, n'a pas 
été utilisée, paraît-il, pour la publication. D'après le témoignage 
de Jacob b. Aksaï, qui a traduit de l'arabe en hébreu le Commen- 
taire de Maïmonide sur l'ordre Naschim (voy. préface, ïb.). 
Simson a aussi commenté les traités de Scheqalim, Eduyot, 
Middot et Qinnim. Aucun de ces commentaires ne s'est conservé. 
Les Tosaphot de Sens sur Eduyot s sont une compilation tardive, 



1 Voy. Magazin, l. e. t p. 35. Ce commentaire vient d'être imprimé à Wilna 
dans la nouvelle édition du Talmud. 

2 Dans le Lebanon, IV, p. 5, tiré du ms. Sorbonne, n° 135. Ce morceau renferme 
aussi des passages qui rappellent le Commentaire d'Isaac. L'assertion de Stein- 
schneider (Cat. BodL, 21 1) qui fait dlsaac b. Malkiçédeq un élève de Simson est 
erronée. 

3 Cf. traité Tohorot, VII, 5 : NlCnailSE ÏT012 "OT. Dans le Séfer Eayaschar, 
de R. Tarn, p. 76 b et 82 a, et dans Mordekhaï, etc., ce rabbin est souvent nommé. 

4 Voy. son commentaire cabbalistique û^nïl ^"iN "iDD [Orient, 1848, p. 276, 
N^iy^ilûnDfà Ï"Î12372). Le nom de ville est souvent corrompu ; voy. Û^Dpï D3H, 
p. 87 ô, BID'HÛa^Sî Tosaphot, Aboda Zara, 36 b, ©^23^5153; Tosaphot Ascheri sur 
Yebamot, 66 b, ÊC^ilD ; Or Zarua, I, p. 84 », 10DD ; Schalschélec Haqabbala, éd. 
Amsterdam, p. 43, î-îp"HLÛ3")D. Les passages de Or Zarua, Le, Tosaphot, Batra, 
66 b, Y orna, 6 b, Pesahim, 67 b, sont sans doute empruntés au même commentaire. 

3 Terumot, XI, 9, fcfn^N '""D ÏTlïîfà dont les Tosaphot sont souvent cités; voy. 
Yoma, 64 a ; Aboda Zara, l. c. ; cf. plus haut Tosaphot, Sota, ms. Ses annotations 
au Pentateuque se trouvent souvent citées dans Û^jpî D3H et ailleurs. Cf. Zunz, 
Zur Geschichte, p. 74 ; Paanéah Raza, D^DUJfà, et ms. Munich, 50, p. 148 b, 

6 Voyez Tosaphot Yomtob sur Ma/chschirin, V, 10 ; Y ad Maleahhi, p. 138. 

7 Voy. Beçalel Aschkenazi, Consultations, p. 8 b, 9 a. La note du Semag, com- 
mand. 19, se rapporte probablement aussi à la seconde rédaction, à laquelle on 
renvoie; voy. plus haut. Sur la première édition, voy. Rabbinowicz, Varice lec- 
tiones, t. VIII, p. 31, 37. 

8 Sous le titre de ÏT553ÔW Pl^ ; les NTjWDfa niDOin, attribués sur le frontispice 



ÉTUDE SUR SIMSON BEN ABRAHAM DE SENS 61 

dans laquelle Simson * lui-même est cité et où sont mentionnées 
souvent les explications d'Abraham b. David de Posquières 2 . Une 
certaine partie s'accorde bien avec les explications de Simson 3 , 
car elle lui est empruntée, mais l'autre s'en sépare considérable- 
ment 4 . Simson n'en est donc en aucune façon l'auteur. 



XI 

COMMENTAIRE DE SIMSON SUR LE SIFRA. 

Après le commentaire sur la Mischna, et tout à fait selon la 
même méthode, Simson a aussi composé un commentaire sur le 
Sifra ou Torat Kohanim. Cet ouvrage a été publié d'après un 
manuscrit incorrect ou plein de lacunes s , car il est inadmissible 
que Simson ait laissé au beau milieu plusieurs chapitres sans les 
expliquer. Il est hors de doute que Simson en est l'auteur. Cela 
ressort de ses renvois à son Commentaire de la Mischna et de la 
concordance de nombreux passages des deux œuvres G . 

Outre les explications de Raschi, de son maître David b. Calo- 
nymos, de Isaac b. Samuel 7 , des différents Tosaphistes, comme 
R. Tarn, Hayim Cohen s et d'autres nommés plus loin, Simson 
mit encore à profit les écrits suivants. 

Il tira un très grand parti du commentaire d'Abraham b. David 
de Posquières sur le Sifra 9 . Il ne le nomme pas une seule fois, il 

à Simson de Sens, et le Commentaire de Maïmonide sur Ednyot ont paru ensemble à 
Dessau, 1813, in-4°. Ils ont été publiés de nouveau dans l'édition du Talmud Lem- 
berg, 1866, in-8°; voy. Zunz, Ziir Geschichte, p. 565. 

1 Cf. ibid., Mischna, IV, 3, nT5ti5:Q '^M rîTD "tè'W ; Simson, Pêa, VI, 1. 

* Ibid., II, 9; III, 1, 3, 9. 

3 Ibid., I, 2 ; Simson, Halla, II, 6 ; I, 7 ; Oholot, II, 1 ; I, 9; Maaser Schéni, 
II, 8 ; III, 1 ; Oholot, III, 1 . 

4 Ibid., IV, 4. Simson fait* remarquer (Pêa, VI, 4) qu'il n'a pas trouvé dans 
Eduyot la même mischna qui est expliquée ici. 

5 Edition Varsovie, 1866, petit folio, avec les gloses du rabbin Jacob David de 
Wischegorod, d'après le manuscrit qui était en possession de ce dernier. Le quart 
environ du commentaire manque. Le Commentaire de Simson se trouve en manuscrit 
à la Bodléienne. 

6 Edition, p. 77 a ; cf. Simson, Pêa, 99 b; IX, b, 79 3/ Orîa, 1,5 s'accordant 
littéralement. 

7 Page 35 : blwNtiî "Va pnif (lis. b^TEUS ^'n] ; 52 a et 78 b : 13 pmfci TlO" 1 
b&*"l?2ti5 n'a trait sans doute qu'à ses Tosaphot. La désignation TlD" 1 est employée 
souvent dans un sens général ; voy. Ascheri, Pesahim, II, Osbtf '1 Tlû" 1 ; Raschi, 
Commentaire sur la Tora, IV, 15, 41 ; V, 21, 14. 

» Page 323, 33 a, 34 3, 52 a. 

9 II a été publié par Schlossberg, Vienne, 1862, en petit format muni de gloses 
précieuses, ^nfabnïl rmOtt, de Weiss. 



62 REVUE DES ETUDES UÎVES 

cite simplement les « sages de Lunel 1 », « es sages de la Provence », 
ou seulement « quelques commentateurs- », ou les « Œuvres de 
Lunel 3 ». En plusieurs endroits 4 il en fait des extraits sans même 
en indiquer la source; des demi-chapitres, des chapitres entiers 
sont quelquefois textuellement copiés 5 , de sorte que son commen- 
taire est en réalité une refonte du commentaire d'Abraham b. 
David. Simson cite aussi Hillel de Grèce , qui a composé des 
commentaires sur le Sifrê aussi bien que sur le Sifra, lesquels 
existent encore en manuscrit 7 . Il a fait souvent aussi des em- 
prunts à ce dernier ouvrage sans le nommer s . Une partie de ces 
passages se trouve aussi dans le commentaire d'Abraham b. 
David 9 . On attribue généralement la priorité à ce dernier 10 , mais 
cela n'est pas bien certain. Hillel b. Elyaqim 11 de iTnbo 12 < lo- 
calité inconnue de la Grèce ou de la Basse-Italie, cite Isaac b. 

1 Page 39 a, 80 3,88 a, 92 a, iîtâ; 53 a seulement N^^nilB i»5fi. 
* Page 76 b, tniznstt Œ\ 81 a, 98 b . . . 

3 Page 91 b, b^Dlb "HDD î 58 b, b^lb^T ^"IQO- Le renvoi se rapporte plus spé- 
cialement au texte. 

4 Nous irions trop loin si nous voulions citer tous4es passages. Il n'y a qu'à com- 
parer simplement les deux commentaires et on reconnaîtra aisément la dépendance 
de Simson de Rabad. 

5 Je renvoie surtout aux pages 88 a (Rabad, p. 95 a, b), 93 b (Rabad, p. 99 b), 99 a 
(Rabad, 104 a), 101 a (Rabad, 105 a), 104 a (Rabad, 107 3), 107 5 (Rabad, 110 b), 
110 a, b (Rabad, 112 a). 

6 Page 9J, 51 b, 82 a, 92 a, 93 ^ 3 06 b, seulement bbïl '"1 ; p. 53, 100 a, bbïl 31 
IV yiNtt. D'après cela Hillel b. Eliaqim 'pa'VQ ou 1&T53, dans le ms. Munich 59, 
t° 281 b, serait à corriger en 'J'pfà. Cf. Steinschneider, Eebr. Bibliogr., XI, p. 75, 
et Geiger, Zcitschrift, X, p. 316. 

7 Sifra, ms. X, p. 114, de la bibliothèque impériale de Vienne (Catal. de Goldenthal, 
p. 15); ms. Michaël, 642 (Catal., p. 55) ; Sifra, ms. IX, 116, Vienne (Catal., p. 12); 
ms. Michaël {l. c.) ; ms. Oppenheim, 804 g ; ms. Merzbacher. Munich (Rabbinowicz, 
Varies lectiones, V, préface), ayant pour titre : ^""n bbïl '^1112 N*"]DDÏ1 b# '^D 
trpVjN, avec l'épigraphe : a^pnn N'n rùtZ5 îlEn tmnb ^'33 'pttN fcOS nrû3 
Û^b&t ims bNTP "'T 1 by. Le manuscrit a donc été copié en 1212. D'après 
l'hypothèse, justifiée du Teste, de M. Rabbinowicz, le copiste est le frère de 
l'auteur. Un fragment de la section TlTp'irn a été publié par M. Jellinek dans son 

b"n»'iîn onorip, p. 29-32. 

8 Simson, Commentaire, p. 3 a (Catal. Goldenthal, p. 17) ; p. 28 a (cf. Catal., 
p. 14); p. 70 b, la leçon U3D3 THÊt Nlïlttî ^"02 (Rabad, Commentaire, p. 83 a, 
note de Weiss) ; p. 73 a (Rabad, l. c.) ; p. 84 b, p. 73 b (ibid., gloses de l'éditeur) ; 
p. 91 b, îlfcT-intt blbn blbn 1121 (Rabad, h c.) ; p. 98 a (note de Weiss) ; p. 110 b, 
N17Ï N72b^n TilpIZ inttN (Jellinek, l. c, p. 32). 

» Voy. Hillel, Cat. Goldenthal, p. 14 (Rabad, p. 29, 17, 67, note de Weiss) ; 
Simson, Commentaire, 93 b (Rabad, p. 99 b) ; Simson, 92 a : ÙÏTI TWîfi "pttTI 
d*WD?l ÛlpttS (Rabad, p, 98 b : -jm pOTtl 15^ j^m 1Ï2S1 )M2 *0\>n 
D^iffifl Ûlpfà). Berliner, Eebr. Bibliogr., L c, renvoie encore à six autres passages 
parallèles. 

10 Eebr. Bibliogr., I. c. ; Geiger, Zeitschrift, IX, p. 23, qui place Hillel un siècle 
après Rabad, ce qui est inexact. 

11 C'est ainsi qu'il est appelé dans plusieurs manuscrits de ses commentaires. 

" Voy. Yesaya di Trani l'Ancien, Tosaphot, Aboda Zara, deuxième recension, éd. 
Lemberg, 74 a : VTYlbOE bbï"ï ^m ; chez Schor, Zion, II, p. 149, VTvnbDÏT. 



ÉTUDE SUR SIMSON BEN ABRAHAM DE SENS 63 

Malkiçédeq 1 (mort vers 1170), et il écrivit son ouvrage avant 1212, 
puisqu'il fut déjà copié en cette année. Il fleurit donc à la fin 
du xii° et au commencement du xm e siècle, et il peut ainsi avoir 
utilisé le commentaire de Rabad (mort en 1198). Mais il peut aussi 
avoir composé son ouvrage plusieurs années avant 1198, et alors 
il serait fort possible que Rabad ait eu cet ouvrage sous les yeux, 
puisqu'il connaît d'ailleurs tous les écrits des savants grecs et très 
vraisemblablement aussi ceux de son contemporain Isaacb. Malki- 
çédeq 2 . Les travaux des savants grecs ont de bonne heure trouvé 
le chemin de la Provence. Ainsi, pour ne mentionner qu'un 
exemple, Isaac b. Abba Mari, dans son Itar 3 composé vers 1179-80, 
cite déjà l'avis doctrinal de Samuel d'Otrante adressé à Schila, fils 
d'Isaac de Siponto. De la même façon le commentaire de Hillel, 
qui fut un contemporain de ce dernier, peut avoir été connu 
d'Abraham b. David. 

Simson mentionne aussi Samuel le Pieux b. Calonymos 4 , le père 
de Yehuda le Pieux de Spire, qui a vécu au milieu du xti 9 siècle 
et a commenté le Talmud, la Bible et les Prières 5 . Eléazar b. 
Mosché Hadarschan G (vers 1250) l'appelle son bisaïeul et nomme 



Friedmann a le même passage dans son édition du Sifrê, ni!13!£ ; il le cite d'après 
les commentaires de Hillel. La notice du ^p 3>"HT TIN ms. rapportée dans Zion, 
II, p. 43, qui donne Hillel pour un disciple de Raschi, repose sur une confusion. 

1 Voy. Catal. Goldenthal, p. 15. Cette citation manque dans le ms. Merzbacher ; 
voy. cependant Zunz, Benjamin de Tudèle, éd. Ascher, II, p. 29. Sur l'époque d'Isaac 
de Siponto, voyez Magazin, II, p. 33. 

2 Voyez Rabad, Gloses sur le Mischné Tora, Û"^D3> mUDE, I, 9; V, 9 et pass. ; 
Magazin, II, p. 42, 43. 

3 Ed. Lemberg, I, p. 146 (voy. Magazin, II, p. 30] ; ibid., p. 43. 

4 Commentaire sur le Sifra, p. 9 h : 0"W3lbp *"D iHDÏIÏI btflEIZÎ 3*)H 'i£> ; 

ibid., p. Mb,- ibid., a: uwn owaibp -d in W mn *i-tfa ■$ &ifà -p 

5 Eléazar de Worms dit dans son Commentaire sur les Prières, ms. Gùnzbourg, 

p. 60 : inbsip ùm '-Di ■n» «sa» mbsn inpTi ^nbnp ■jap'n nî^ba -^ 
'■01 Tpnrt httV2W ft^rh vsixà b:rp -ira&o i^nn tfh'rr 'frth'n ; 

voy. ses explications sur le Pentateuque dans Paanéah Raza, sections Ï"D et N*")* 1 ! ; 
ci*. Tosaphot, Yebamot, 61 b, Sota, 12 a. 

« Ms. Municb 221 1°, j-na*iDi ï-nii-nD bs hv r-na'na'm'n -iso*] tnaip^b 

b"T "p^TirT ÏIUD^ 1"Sa Wbtf 'nfi 'mN *DTJ. H cite souvent son grand-père, 
Samuel le Pieux, p. ex., p. 168 5 : fcrpDttStt ""OpT b^"172lD ; 64 5, ToniT! ^pï ; 
67 5, TOn!! b&Ofatt) lïhi voy. Steinschneider, Hebr. Bibliogr., XIV, p. 65. 
S'appuyant sur ces diverses citations, Geiger, Jûd. Zeitschrift, X, p. 315, désigne 
Eléazar comme petit-fils de Samuel le Pieux ; cependant dans le ms., p. 152, on lit : 
■qpï Ipî bNIÏÏUJ l^n 1 -) .*TW3 Nnb"Oftn "p VlK*W. H n'est pas impossible 
que le "Opï des citations précédentes ait aussi la signification de « bisaïeul », voy. 
Qoré Hadorot, éd. Berlin, p. 23 b. Le ms. Oppenheim, 263 2 , contient un commentaire 
sur l'Exode d'un petit-fils de Samuel le Pieux ; voy. Zunz, l. c, p. 91. *7!D3 (et non 
TD!D comme chez Jellinek, Ausivahl kabbalisticher Mgstik, p. 20) peut également 
signifier « arrière-petit-fils •. Sur Eléazar, voy. Monatsschr., 1881, p. 564. 



64 REVUE DES ETUDES JUIVES 

son écrit sur la Mekhilta 1 . Un commentateur anonyme du Sifra- 
nomme son maître Samuel : c'est sans doute Samuel le Pieux si 
souvent cité par lui ; il parle également de son commentaire intitulé 
ttn*i nnp*i qui était probablement le titre de son commentaire sur 
le Sifra, dont les explications sont réellement citées. 

Dans son commentaire sur le Sifra, Simson touche aussi le 
domaine de l'exégèse biblique. De nombreux passages du Penta- 
teuque y trouvent leur explication. Ces explications, eu égard à 
leur relation avec le texte du Sifra, sont naturellement d'ordre 
plutôt halachique et aggadique, mais, à ce dernier point de vue, 
ils sont exempts de tout mysticisme. Ce fait, joint à d'autres motifs, 
exclut la vraisemblance que Simson de Sens ait été l'auteur d'un 
commentaire du Pentateuque 3 qui repose essentiellement sur la 
mystique des lettres, laquelle fut cultivée avec tant d'ardeur, 
notamment en Allemagne, dans l'école du cabbaliste Eléazar de 
Worms, et qui de là a pénétré aussi dans d'autres pays. Ce qu'on 
nous rapporte du manuscrit qui renferme ce commentaire est si 
incertain et si insuffisant qu'on ne peut guère se former un juge- 
ment sur l'auteur sans avoir vu l'œuvre. Les écrits de Simson 
n'offrent d'ailleurs aucun point d'appui à la supposition qu'il ait 
commenté le Pentateuque. Ce qui, par exemple, est cité de lui 
dans le commentaire sur le Pentateuque intitulé Minhat Yehuda 
(8 a) peut être emprunté à ses Tosaphot. Le Simson qui est cité 
dans le PaanéaU Raza ms. 4 peut être un autre. 

Des remarques éparses sur quelques passages ou plutôt sur cer- 
tains mots de la Bible se présentent souvent dans les deux commen- 
taires de Simson déjà analysés. On sait que la langue de la Mischna 
et de la Baraïta, comme continuation de l'ancien hébreu, peut être 
mise à profit très avantageusement pour l'intelligence de celui-ci 5 . 
Nous allons citer quelques observations grammaticales de Simson. 

1 L'expression ^TO^D ttnb^Ofaa ne se rapporte certainement pas au commentaire 
d'un passage isolé de la Mekhilta, mais désigne un ouvrage sur ce traité ; cependant 
le mot Nnb n 072 s'emploie aussi en général pour désigner d'autres Baraïtot. 

* Ms. Munich, 39, f° 261 : *|CD bs> bN*l»lB 15^31 ÎTlîl m» TOJnB 1ÛTB 
Î-D1 SS-lp^n mpîTl ; f° 384 : bfcTlElZ) "ftW mîl """l^ filBJIB Ï1Î nCD 
TiH^i N"]p"n N")p-!"I "ICO h$ ^C IL n'y a pas à songer au Midrasch de ce nom. 
Eschkol Hakofer cite un écrit karaïte ainsi nommé. On ne peut donc pas penser que 
ce soit là un simple titre. Peut-être faut-il corriger "iCD en N""|CO. 

3 Ms. Rossi, 1098 ; voy. Dizionario storico, traduction allem., p. 285 ; cf. Zunz, 
Zur Geschichte, p. 84 ; Steinschneider, Cat. BodL, p. 2632. 

« Ms. Munich, 50, f° 59 a ; 15a ÎWlSt "tiaibS ^N "»3bSP : ÏTlBEtû '^1 

-ibrtNn v*ib* rroiib/i itatta. 

3 Voy. Weiss : Studien vêler die Sprachc der Mischna. 



ÉTUDE SUU S1MS0N BEN ABRAHAM DE SENS 63 

Pêa, I, 1. ïtïjj est expliqué, d'accord avec l'Aruch et avec le Com- 
mentaire de Maïmonide sur ce passage, comme ib., VI, 7, 
par f735^, qui signifie en hébreu « la graine du raisin », 
mais ici « le grain de blé », et ensuite généralement « la 
récolte du blé » (comp.le Talmud Yerusalmi, Sanhédrin, II). 
Cette explication se fonde sur la permutation des Consonnes 
^ et 1 en hébreu ; comp. na et a « dos ». 

Pêa, III, 7. Donp a le même sens que l'hébreu ùd-d (Psaumes, 
lxxx, 14), qui ne se présente qu'une fois, tandis que le mot 
araméen se retrouve encore ailleurs (voy. Menahot, 71 b ; 
Aboda Zara, 49 b), se disant de l'arrachage des branches 
sèches. Les consonnes s et p permutent souvent aussi en 
hébreu, comp. yn'D et *mp « casque ». Déjà Saadia a fait 
remarquer la similitude des mots ûO'-D et ûonp. 

Kêlim, VIII, 3. i-mo, « ouvrage à mailles », a de l'affinité, 
comme l'a déjà remarqué Haï Gaon (voy. Aruch, s. r.) avec 
int:, Exode, xxxi, 10 ; comp. ons, Isaïe, lviii, 7, et tins, 
Lament., iv, 7. 

Sifra, p. 77 &. >?hd, Lévitique, xxi, 18, a le même sens, suivant 
Simson, que rms « retombant », Exode, xxvi, 12. Comme 
exemples de la permutation des gutturales y et n, on cite 
TOWj Joël, iv, 11, pour Win « hâtez-vous », et ûn?3, 
Isaïe, ix, 18, dnrè, avec la signification de « enfermé ». 
Des commentateurs plus récents prennent ùdm dans le sens 
de « embrasé », ce qui convient mieux à la liaison et à 
l'ensemble du contexte "i nhaja, mais se justifie difficilement 
d'après l'étymologie. Chose curieuse, les mots pta*n tfb 
(Lévit., xix, 13) « ne pressure point ton prochain », sont 
considérés par lui comme ayant le même sens que pttnn ab 
« ne convoite pas le bien de ton prochain ». 

Kêlim, xvi, 4, nnp, selon d'autres versions nrtp, « la clôture » ou 
« lieu de clôture », a de l'affinité avec le mot mp, dans npD 
mp « délivrer des liens » (Isaïe, lxi). Ainsi explique aussi 
Joseph Kimchi, qui prend mp dans le sens de « prison ». 
Des traducteurs plus récents considèrent ce mot comme un 
redoublement de npD « ouvrir », comme s'il y avait npnpo 
« ouverture » ou « délivrance ». 

Sifra, p. 52 b. pmtt an-riit signifie, d'après lui, « un savant 
accompli ou parfait » ; comp. Bêça, 7 a, ■pn'nafc'i wb « des 
œufs complètement cuits ». Le même sens se retrouve, 
d'après lui, comme d'après Raschi, Bêça, l. c, dans le nnnas 
■pfflBïi de Lévitique, xm, 23 « inflammation consommée » ; 
mais nm£ est évidemment en relation avec tpio, comp. 

T. VII, n° 13. 5 



m REVUE DES ETUDES JUIVES 

Ezéchiel, xxi, 3, d^s b3 !-n iniatsi ; Isaïe, vi, 13, îimï-n 
imb, dans le Targoum i-n-istb "pim. 

Si/ta, p. 806. rpyp (Lévit., xix, 28) dérive de 3>p3 « graver » ; 
voy. B. Batra, 102 ; comp. l'hébreu •npa « graver dans la 
peau emplie de couleurs ». Cette étymologie peut se justifier 
à la rigueur : 3»p3>p serait en ce cas un redoublement, comme 
ïibaba (Isaïe, xxn, 17) pourrait être de bas « enlever » ; 
mais en réalité nbaba vient de îno, et 3939 de 3np, qui ne 
se trouve pourtant nulle part. Raschi (Lévit., ibid.) le fait 
dériver de 3>p"> « enfoncer le pieu », ou « attacher à un 
pieu ». 

Sifra, p. 88a. ûnn (Lévit., xxi, 18) « nez écrasé » dérive de l'ara- 
méen tnn « être profond »; ainsi dans Nedarim, 20 a : 
ni bu) i73in « la profondeur de la mer » ; comp. Erubin, 
47, r\y® ■'afin "para ûnn « un fossé » ; brin signifierait par 
conséquent « un nez profondément écrasé ». 

Sifra, p. 110 6. 'p» (Lévit., xxvi, 36) dériverait au contraire du 
talmudique ÈO'n, i?. Batra, ^a, « roi, maître » (voy. Raschi, 
ad h. I.). '■pB serait donc « la peur du maître ». Cependant 
la véritable étymologie du mot est incertaine, mais celle de 
*pi « être mou » est la plus probable. 

Nous devons, pour ne pas trop nous éloigner de notre plan, 
nous borner à ces quelques exemples qui nous font connaître, 
jusqu'à un certain point, la méthode exégétique de Simson. 

Dans les deux commentaires de Simson se présentent souvent 
des gloses françaises dont le texte est quelquefois corrompu l . Nous 
allons réunir ici celles qui ne se retrouvent pas dans Raschi avec 
la même version . 



Pêa, I, 4. ù^-jo ou traoN = &mm, mais dans Kllaïm, 11, 5, arnica, 
en vieux français « guesde », nouveau français guede ou 
voide, lat. isatis tinctoria, espèce de pastel dont les feuilles 
servent à teindre en bleu foncé. 
— ïWp = Hafcisrm, « vedasse », sel qui se tire de la guede; 
dans Raschi, Pesahim, 56 b, corrompu finiû^m ; Nidda, 50 a, 
ana'm; B. Qamma, 101 b, NTia, « guede ». 

Ibid., 5. iïm = n^bimp, « cornouiller », dans le commentaire sur 
le Sifra, p. 76 b, corrompu : tewip. 

Kilaïin, 1,4. •puî'nD — ysvnp, dans la Saintonge « coudin », en 

1 Les expressions françaises sont désignées parle mot T3'bs ou "p-ilpC 



ÉTUDE SUR SIMSON BEN ABRAHAM DE SENS 07 

vieux franc. « cooin », prov. « codoing », lat. a cydonia », 
franc. « coing » ; les fruits sauvages de cette espèce s'ap- 
pellent « coignasse ». 

Kilaim, 8. rrabn = kt&h, « mauve », lat. « malva », plante de 
la famille des malvacées. 

Ibid., II, 5. 'jnbn = ip-nKWD, « fenu grec », lat. « fœnum grse- 
cum ». 

Ibid., V, 8. ûiD^p = ai^N, dans Raschi, Sakka, Il a, ntw, vieux 
franc. « yère », d'où ensuite en nouveau franc. « lierre », 
proprement « l'ierre » pour « l'y ère ». L'Aruch a anTN, 
d'après le lat. hedera ; c'est ainsi qu'il faut corriger le ar^a 
de Simson. 

ScTiebiit, III, 9. b^o^ioïi irbata = da^, « ciboule », dans le Berry 
« cive » ou « civot ». En revanche, le ^bia"^ de Raschi, 
Rosch Hascliana, 14a, rappelle plutôt l'italien « cipolla », 
du latin « csepulla », qui est un diminutif de caepa. 

IUd., V, 6. npn = sotûbip, « coûtre », comp. le lat. « culter » et le 
prov. « coltre » . 

— fnm* == Kbtt*», dans Raschi, Suhka, 39 &, ^bma, peut- 
être « niasse », vieux franc. a filace ». 

Kêlim, II, 4. ^siue = n^iairaii», « entonnoir ». 

IUd., 8. na buî i3>pu) n^n = um^ib ou an^aib, « lumière ». 

IUd., IV, 3. bm , to = Tsna, « trépied ». 

/&wJ., X, 4. nra^aaiba, « pelote », ballot et peloton. 

— )Tû"ïpi2 ^©îano îqbp .■para? biiD t"3, papier fait de "jrjip 

« coton », peut-être herbe à coton. 
Ibid., XI, 6. Np-^D =b^iûba, mais dans Kêlim, xxi, 1, V^nta-pa, 

vieux franc. « buretel », nouveau franc. « bluteau ». 
IUd., 8. ^pi2iD = timbia-", « genouillères ». 
Ibid., XII, 2. bna buï tmaûK^iDnp, « croche », dans Raschi, 

Pesahim, 64 a, ^pinp, donc « croc », crocs, nouveau franc. 

« crochet ». 
IUd., XIII, 2. nm = *ÔD, « pelle ». 

— ans» = hœtpï (?), crayon pour graver sur la cire. 
Ibid., 4. m^tt = fttrn», « scie ». 

ifrid., 5. aribn = nV^e ; il faut sans doute lire aVvn, ou plutôt 
NV""n, vieux franc. « ruil », c< mille », nouveau franc. 
« rouille », dans Raschi, Sabbat, 52 b, rwpwi, « rouil- 
lure ». 

Ibid., XXI, 1. oiTp = Éé^B, « peigne » (de tisserand). 

— Vbnn — n^bnirN, « enrouler ». 

— !WN = b*nis, vieux franc. « fuissel » et « fusels », nou- 
veau franc. « fuseau ». 



08 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Kclim, 2. 3—jp — *pVip, a collier », vieux franc. « colers ». 

lbid., XXII, 2. mî =«bwa:, « sangle », vieux franc. « cengle ». 

IhUL, XXIV, 9. (bat) mbsiûn = mna, « bahut ». 

Oholot,!, 8. psn» =* ïTnp, « coude ». 

Negaïm, VI, 7. n^=mTi&, « poireau » ou « porreau ». 

Para, II, 2. nb:r> = rwiTn, dans Raschi, Lé vit., xxn, 22, ftàim 

« verrue ». 
Tolwrot, IX, 5. bTiï yatis == T^ttbs, sans doute « écacher ». 
lbid., X, 8. pbnn = -pnbpm, « échauder », vieux français 

« échaulder ». 
Uqçim, I, 3. na tmbn d^na-ian© Vûuîn = «e-tt, « grappe ». 
Ibid., 6. tnoaa = n^d, « poire ». 
Ibid., 5. \m "pb*™ ï^ibîto émus = ûteia, « cosse », aussi « cos- 

sat », de là dans Raschi, Hullin, 119 a, taiûip. 
7Md, III, 2. ï-îb^n = Ns-ns, mais dans Schebiit t HL, 1, = iiiôtid 

mvib^bn, « pourpier », lat. « portulacca », aussi « pulliper », 

de là dans Raschi, Suhka, 39 a, Y®y©- 
Sifrê, p. 13a. dwi = ©b^©, sans doute rabota, « échandoler ». 
lbid., 18b. na = maa», sans doute fflntaSfc, « entorse », Tosaphot, 

Nidda, 61 b, OT'Jitf, dans Raschi, Deutéron., xxxn, 5, 

©b'Wiïaa», « entortillé ». 
Ibid., 80 b. ■pnnn ft>î = •pttttt, « menton ». 
— "piï = iT'nnro-i», peut-être « moucheté », ce qui se dit 

aussi du blé rouillé. 



XII 

SIMSON, POÈTE LITURGIQUE. 



Il n'y a pas grand'chose à dire de Simson en tant que poète 
liturgique. On ne lui attribue qu'un seul poème liturgique 1 , une 
hymne de quatre strophes, chacune de six lignes, signée simple- 
ment Simson en acrostiche. Le poème, qui n'est sans doute pas le 
seul qu'il ait composé, n'a ni profondeur, ni élan, mais montre 
une belle symétrie et une grande pureté d'expression. Il est 
impossible de découvrir si d'autres poèmes signés simplement 

1 Une introduction à Barchu, commençant par "HZJD51 "^IS 'prDttî^ ^nDttî 
'H riN ^pan, reproduite dans PYTIN bt3, n°81, d'après une copie de Luzzatto du 
Mahsor Vitry, avec la suscription i3£ Vn^b ïlbl^il "plBEtB '112; voy. Zunz, 
Literaturyesch., p. 301, 302 ; cf. Kerem Ilemed, IV, p. 24. 



ETUDE SUR S1MS0N BEN ABRAHAM DE SENS 69 

Simson sont également de lui, car ce nom fut porté par beaucoup 
d'écrivains. 

C'était l'usage chez les Juifs du moyen âge d'écrire des lettres 
savantes, sinon entièrement en prose rimée, ce qui se rencontre 
souvent, au moins précédées de quelques lignes rimées, où l'on 
faisait l'éloge du destinataire. On pourrait appeler ces morceaux, 
qui ont réellement parfois une valeur poétique, la poésie épisto- 
laire. Simson avait également l'habitude de mettre de pareilles 
rimes en tête de ses lettres, mais peu s'en sont conservées. Nous 
en publierons quelques-unes. 

rrs:? nV^» ,ft&i rfnn Jawse» d*npi ,tp^itt> Lnpbb ,d^b w "»*m l 
d^tt ^anna ùrt ttïtti Fflra ,&na* W» yû'nna ijWi rrnn ana:a 
■roa nvttw* o^a» nvia'itt ^ana ,)aan la dan /paa abri bip*»»* 
inu» biptt iw "n^N istnwa ^d ,iibs jtp ddnnd ifci 2 paaa *r£i?:n 
W (d«) dr /wpa yna nabn /^nan ^dd wjn /ibim: paaa n^i^i 
^riD ■«s /nia a m^u: ifc&m "«b^^ na ^na î-em Tptn mna ^mnn 
ïî^n ïtoi mn.nafc ^roia ann iîihn û"wta -nas ^rna tpm ^mp 
u:Nd ^aba b*nain "Wîat vn»» d&o maan b*nab m»*i râm twist* 
p^dïi^) *pm p^sao pDNniib Tibia* 1 abi ^raa rm ^np^ï-j ,m:na 

■sa^n a^p^n mwi P-^natn 

Les savants du nord de la France ne pouvaient se mesurer, il 
est vrai, avec les maîtres espagnols, pour l'habileté et le fini du 
style hébraïque. Nous savons combien Abraham Ibn Ezra fut 
étonné, quand R. Tarn lui envoya quelques vers flatteurs ayant la 
forme métrique 3 . Il ne supposait pas un pareil talent à des Fran- 
çais du Nord. La langue hébraïque était pourtant pour eux 
comme une langue vivante dans laquelle ils pensaient, sentaient, 
et louaient Dieu avec ferveur et ils savaient s'y exprimer encore 
dans d'autres circonstances avec plus ou moins d'habileté et d'art, 
avec plus ou moins de beauté dans la forme. 



XIII 

ÉCRITS ET AUTEURS CITÉS PAR SIMSON. 

Simson se réfère à de nombreux écrits et auteurs qu'il a plus 
i Or Zarua, il, p. so h-, cf. i, p. 231 h : m&nan an nbnnfcïi ïiantsn 



2 Lettre à Abulafia, p. 130. 

3 Voy. Graetz, Gcschichte, VI, p. 208. 



Td REVUE DES ETUDES JUIVES 

ou moins mis à profit. Nous en avons mentionné la plupart dans 
le cours de cette étude, cependant maintenant que nous touchons 
à la fin de ce travail, on nous permettra de nommer tous ceux qui 
ne l'ont pas été, afin que Ton connaisse toutes les sources où Sim- 
son a puisé. Nous apprendrons par là quels écrits étaient connus 
et répandus à l'époque et dans le milieu où Simson a vécu. 

Voici les œuvres aggadiques mentionnées : le Midrasch rabba*, 
le Midrasch Wayekhulu* , le Midrasch Samuel *, les Pirqé Elié- 
zer*, la Pesiqta 5 , le Yalqut G (Schimoni) auquel il a emprunté 
mainte variante du Sifra, le Tana de-bè-Elia' 1 , écrit aggadique 
d'un auteur babylonien inconnu (974). 

Les écrits et les autorités gaoniques cités sont les suivants : Ha- 
lakhot gedolot 8 , de Simon du Caire; les Schéeltot 9 , d'Ahaï de 
Sabaha ; les avis doctrinaux des Gaonim 10 , entre autres ceux qu'a 
colligés et rédigés Joseph Tob Elem !1 , de Limoges ; les décisions 
de Sar Schalom Gaon 12 , sans doute seulement ses avis; le Siddur 
de R. Amram iZ , le Commentaire de Haï Gaon 14 sur Beralihot, 
perdu aujourd'hui, et les Schimuschê Rabba 16 , petit écrit hala- 
chique du temps des Gaonim, sur les Tephillin, lequel se sépare du 
Talmud sur certains points essentiels, notamment sur le temps où 



1 Commentaire sur la Mischna, très souvent : ainsi Dernaï,!, 1, T\y-\ D^XÛiXl^ ; 
IV, 2, fia 1 -) &Op"H ; Schebiit, VI, 2, dans le Commentaire sur Sifra ; cf. Tosaphot 
.Qamma, 16 b ; Schitta sur ce passage, qui n ! a que UJ^fà. 

2 Commentaire sur Sifra. p. 82 a, ibl^l ttTfT». 

3 Connu sous le nom de bN"WHn ÏTON (voy. I. c, p. 81 a). Dans le ms. Rossi, 
56 3 , le Midrasch Samuel est aussi désigné sous le titre de bfcWtû ^93 nl5N. 

* L. c, p. 3 b, 995, "lîjnbN "is-ft lp*TS. 

5 Commentaire sur Orla, III, 7, Nrip^DD. 

6 Sifra, p. 84 a; Yalçut, ibid., 68 a; voy. ibid., 69 b, 77 a, 86 a, 90 b, 95 a, la note 
de l'éditeur. 

' 7 ÏTbiX *>yi M3D, voy. Commentaire sur Sifra, p. 90 b. Cet ouvrage est édité et 
est formé de deux parties, Jim Î-P5N *V7D et NL31T !"pbN T7D- 
» Voy. Tosaphot, Ketubot, 96 a, Menahot, 27 a. 

9 mnb'WB, voy. Commentaire sur Uqçim, III, 5. 

1 Mordckhaï, n" , ^" l i£ '!"1, n° 941 ; Tosaphot, Ketubot, l. c. 

n Tosaphot, Menahot, 34 b, ûb^ 3TJ CpT '1 SnSU) Û^I&Uîl n*mtt)n ; voy. 
Rapoport, Introduction à l'édition de Berlin de ces consultations, p. 3-4. 

14 Voy. Maimoniot, Gloses, rûttî, ch. xix ; Tosaphot, Sabbat, 64 b ; Menahot, 30 a; 
cf. Se fer Hayaschar, p. 73 a. 

13 tni22 '") *V7D. Tosaphot, Menahot, 32 3. 

i* ScA*«a sur Qanima, 2 a, il&m!! p*l£ rTO^nn 'pîtt ^Nîl "W UÎ^Stt. 

15 N3"l N12D"I7Û" , U5 ou ;-j:n NlZJWtD , voy. Mordekhaï, "pb^Dn 'îl; Tosaphot, 
Menahot, 26 a, 29 £, 34 £, 35a, £. Cette œuvre n'est publiée qu'en partie par Ascheri, 
sur les « Petites Halakhot » et sur Alfasi, "pb^Dn '!f, avec une critique de Yehuda 
b. Barzilaï, qui la condamne, parce qu'elle est en contradiction avec le Talmud. 
Tandis que (ibid., Sukka., 42 a) on énonce la règle générale : Tl^lZjb 3>TTÏ1 "pp 
Ï^Dn ib tipib V2N ^bOD, la Schimuscha Rabba contient l'énoncé suivant nulle- 
ment motivé : ...û'mnbi û^n" 1 ^ fniri "npl ïne NbN "pb^sn TnsNb nius ab 
Trabnan. 



ÉTUDE SUR SIMSON BEN ABRAHAM DE SENS 71 

commence pour l'homme le devoir des Tephillin, et fut pour 
cette raison vivement combattu, à ce qu'il paraît, déjà du temps 
des Gaonim *. Ajoutons les noms suivants : Ilananel b. Huschiel 5 , 
Nissim b. Jacob, dont l'écrit talmudique cité, Megillat Setarim 3 
n'est connu que par des extraits, et Isaac Alfasi 4 . En fait de sa- 
vants français, sont nommés, entre autres : Gerson b. Yehuda 5 , 
la « Lumière de l'exil » (mort en 1040); Isaac b. Yehuda 6 , son 
élève, originaire comme lui de la Lorraine, et qui vécut ensuite à 
Worms; Yehuda b. Natan 7 , gendre de Raschi ; les trois frères 
Samuel 8 , Isaac 9 et Jacob b. Méir ou R. Tarn (t. VI, p. 183-184), 
dont il est cité aussi un Tiqqun Séfer Tora io , instruction sur 
la façon d'écrire les rouleaux de la Loi et les Tephillin ; Mes- 
chullam 11 , qui a émigré de Narbonne à Melun et qui eut une 
vive controverse avec R. Tam ; Elia 12 , originaire sûrement de 
Paris, qui a correspondu avec son parent R. Tam ; Jacob d'Or- 
léans 13 , qui a péri en 1198 à Londres, lors d'une persécution des 

1 II semble que les décisions de Yehudaï Gaon, dans Orhot Hayim, I, p. 7 a, 
et de Scherira et Haï Gaon dans Semât/, n° 153, s'y rapportent. L'ouvrage est 
souvent cité dans Or Zarua, I ; Mordekhaï et Orhot Hayim, "pb^Dn n"ûbï"ï ; 

Eschkoi, i, p. 84, d^iam a:n ara-pria. 

2 Commentaire sur Yadaïm, I, 3 ; Zabim, IV, 7 ; Commentaire sur Sifra, p. 81 a. 

3 Ù'HTO ïlb'O'ft, Commentaire Schebiit, IX, 1, explication du passage blD 
■pimiB "pFPSDÏI , cf. Tosaphot, Pesahim, 51 b. Schebiit, IX, 5, ne cite que Nissim; 
cf. Comment. Sifra, 29 b. Sur l'ouvrage Megillat Setarim, voy. Rapoport, Bikkuré 
Eaïttim, XI, p. 58, Biographie de Nissim Gaon. 

4 Tosaphot, Menahot, 33 5. 

5 Comment. Yadaïm, l. c. 

6 Comment. Kila'lm, I, 6, incorrectement Menahem b. Isaac ; la leçon Isaac b. Ye- 
huda dans Tosaphot, Qamma, 55 a, Schitta sur ce passage, est plus vraisemblable. 

7 *p""^, voy. Méir de Rothenbourg, Consultations, éd. Prague, n°3l8 ; Tosaphot, 
Ketubot, 96 a. 

8 Cet auteur est cité très souvent : Comment. Kilaïm, V, 5 ; Terumot, XI, 8 ; 
Comment. Sifra, 10 b, et ailleurs ; Mordekhaï, Hullin, VIII, n° 732, £0"tl5n (lisez 

tn"izn). 

9 Tosaphot, Menahot, 31 a. 

10 Mordekhaï, J-mn ^D rVD^ll, n ° 955 > "h® n"0 'Jlp'^nn pDD n"*| ; voy. 
ibid., n<> 954. Cf. Or Zarua, I, p. 151 a; Tosaphot, Menahot, 29 b, 30 a ; R. Yeru- 
ham, mibin, éd. Constantinople, p. 7 b. 

11 Tosaphot, Menahot, 30 a, dbll25?3 '"IÎT Ce passage, ainsi que le Tosaphot suivant 
(comm. "j&Ofà) a assurément son origine dans le Séfer Hayaschar de R. Tam. Voy. 
ibid., p. 12 b; 76 5. J'adopte l'opinion de M. Zadoc Kahn {Revue, I, p. 236) qui 
donne comme identiques le Meschullam b. Natan, nommé dans le SCfer Hayaschar, 
et Meschullam de Narbonne. Cette identité résulte aussi de Or Zarua, II, p. 157 b, 
où il est appelé clairement Meschullam de Narbonne. Chez Simson, Schitta sur 
Qamma, 38 a, c'est sans doute le même Meschullam. 

12 Tosaphot, Menahot, 29 b, 35 b, 36 a; cf. Hayaschar, p. 26 d, 75 b; Magazin, IV, 
p. 184. 

13 Comment, sur Sifra, p. 38 b ; Tosaphot, Menahot, 27 b, 35 5. Voyez, sur lui, 
Magazin, I, p. 78. 



72 BEVUE DES ETUDES JUIVES 

Juifs; Yomtob b. Isaac 1 « le Saint»; Yomtob de ^ate», peut- 
être Yomtob b. Yelmda de Paris, cousin de R. Tarn, avec qui il a 
correspondu; Jacob Israël 3 (b. Joseph), qui était en correspon- 
dance aussi bien avec R. Tarn qu'avec Samuel b. Méir 4 , et que 
nous rencontrons une fois à Pont-Audemer (dép. de FEure), où il 
demeurait peut-être, et qui est le même que Jacob de Pont-Au- 
demer 3 , cité comme commentateur du Pentateuque ; R. Zadoc, 
contemporain 6 , plus jeune, de R. Tarn, qui a écrit, outre des 
Tosaphot 7 et des avis doctrinaux 8 , également un Tiqqun Tefil- 
lin ° ; Elhanan b. Isaac b. Samuel, qui a composé également, 
outre de nombreux Tosaphot 10 , un Tiqqun Tefillin" ; Isaac b. 

I Comment, sur Sifra, 113 £/ voy. plus haut au sujet de la correspondance de 
Simson avec son fils Isaac. 

* Tosaphot, Menahot, 27 b, "i^sbtt Ù"l YïT, cf. 22 b, 135D53 J Zebahim, 73 a, 
*X3b&%}< Kohn, Monatsschrift, 1878, p. 90, corrige en NîbB!D, parce que plusieurs 
manuscrits du Mordekhaï ajoutent encore « de Falaise » à ce Yomtoh mentionné, 
Sabbat, XIV, 399. Cependant le nom de Paris se trouve aussi dans ttT^b'B, dési- 
gnation pour Falaise ; voy. Mordekhaï ms. Bêça, II, n° 672 [Monatsschrift, L c, 
p. 83) et Méir de Rothenbourg, Consultations, éd. Prague, n° 655 (voyez plus haut, 
sous Jacob b. Simson). Le ms. de Munich, 50, Paanéah Raza, (• 194, offre un autre 
exemple : Nïb^Bfà ÏTHÏfà» qui est évidemment identique avec fcOTIBfà ÎTtï3fà> Moïse 
de Paris nommé, ibid., p. 84 a, et cité dans d'autres mss. comme commentateur de la 
Bible; voyez Berliner, Monatsschrift, 1864, p. 221 ; Pelêtat Soferim, p. 27. Il existait 
réellement un Yomtob de Paris, qui était en correspondance avec R. Tarn, lequel lui 
était apparenté (Se fer Hayaschar, p. 69 a, cf. Magazin, IV, p. 174, 188). De cette 
manière est justifiée l'hypothèse que Yomtob de "^bB ou Nîb^B est précisément le 
savant du môme nom de Paris. 

3 Voy. Maimoniot, Consultations, nVTlON mb^Nfc, n» 9 : n"l ^W ïlbNB 
bNTiî" 1 Bp^ Ij^-lb ; chez Méir de Rothenbourg, Consultations, éd. Prague, 
n° 205 : corrompu NBUJ'-ib ( c ^ P^ us haut). La Réponse se trouve dans le Séfer 
Hayaschar, p. 77 (cf. ibid., p. lid). On le cite dans Tosaphot, Ketubot, 98 b ; 
Hullin, 112 a. 

* Voy. nB*"!X ija^n rVDTÛn, éd. Vienne, n° 3. Schemaria b. M'ihal reçut la 
visite de Jacob Israël et fit avec lui le voyage de Ûl^ll (?) a T^lbN IID^ == Pont- 
Audemer; c'est là que Jacob écrivit à Samuel b. Méir. On ne sait si c'est Sche- 
maria ou Jacob qui y demeurait. Les deux suppositions sont admissibles. 

5 Voy. le Commentaire sur le Pentateuque intitulé Minhat Yehuda, p. 21 b, Bp3^ 
"T72n -OmDtt CpïT n5D ms.) ; Ozar Nechmad, II, p. 102, Tttl N^BI Bp3>"> 
(lis. "p??^). Il est fort possible que Jacob Israël a été appelé, d'après le nom de la 
localité qu'il habitait, Jacob de Pont-Audemer ; car l'usage de deux prénoms était 
rare, à cette époque, dans le nord de la France. 

« Mordekhaï, pi^E "n, n" 939, 943, yn BttB ^1 *fy nEN ; cf. ibid., yV'Bn 
(n""lb) *)b ÎTttïl Nb yv Sur R Zadoc, voy. Zunz, Eebr. Bibliogr., IX, p. 132. 

7 Voy. Schitta sur Qamma. 6 b, 28 b ; Mordekhaï, "Erulin, Gloses II des Tosaphot 
Sens sur Menahot ; Méir de Rothenbourg, éd. Prague, n° 861. 

8 Voy. Orhot Hayim, I, p. 104 r^, y"-) ; chez Kolbo, n° 69, V'-j ; Orhot Hayim, II, 
ms. Gunzburg, p. 51 b, pTlit B") ; Gloses de R. Péreç sur Semag, n° 293, "»"l ; Méir 
de Rothenbourg, l. c, n° 802. . . 

9 Mordekhaï, Halahot Qetanot, n° 952, lblÛ "ppnB yn '*&. 

»° Ibid., n°« 942, 953, yb^BP 'tt. cite pnbâ n"n ÛttB ySNO 'OinB- Sur ces 
Tosaphot, voy. Magazin, IV, p. 186, 203 ; V, p. 179. 

II Mordekhaï, l. c, n° 952, ibc yb^Bn ypPB ynbN *l"n, Tosaphot, Bcrakhot, 



ETUDE SUR SIMSON BEN ABRAHAM DE SENS 73 

Di.. 1 , qui n'est pas autrement connu; Isaac b. Abraham 2 , sa- 
vant du môme nom que le frère de Simson 3 , mais non ce frère 
lui-même sans doute ; Nahman b. Hayim Cohen 4 , sans doute fils 
de Hayim b. Hananel Cohen, auteur d'un ouvrage talmudique, 
Séfer lia-Nalimani, probablement celui dont les Tosaphot sont 
cités par Eléazar de Worms 5 . 

Pour ce qui est des savants allemands, il cite : Isaac b. Ascher 
Halévi 6 , de Spire, le tosaphiste allemand le plus remarquable, 
un contemporain plus jeune de Samuel b. Méir 7 ; R. Ephraïm b. 
Isaac de Ratisbonne, qui était en correspondance avec R. Tam s ; 
Yehuda de Spire 9 , sans doute « le Pieux », fils de Samuel b. Calo- 
nymos, déjà nommé, un des plus célèbres rabbins (mort en 12H) ; 



60 b, ïlbsri *ppn ■"VIO, est certainement à corriger d'après cela; voy. Hebr. Bi- 
bliogr., XIII, p. 95. 

i Commentaire sur Sifra, p. 113 è : b"T *"l"n pri£"> "W ÙttJS ttmôfc "inNÏTrç. 
Peut-être faut-il corriger Y'3 en 1ï5"^ ou û"3 ; c.-à-d. Isaac b. Samuel ou Isaac 
b. Méir, par abréviation b/'^l. H est plus probable que c'est l'abréviation de pn^L" 1 
"ib^m*! p, Isaac b. Dorbal, qui est cité dans le Mahzor Vitry, dans le Schibbolv 
Haléqet ras. et dans le mDlONÏl ISO, ms. Halberstam, et qui était, comme il 
semble, d'un pays slave et vivait en France. Voy. Kérem Hemed, III, p. 200 ; Zion, 
I, p. 97 et passim. 

2 Ibid., p. 6 b : dïTON ^3 pï"ÛF *Q*I niïl '"»B ; dans Tosapbot, Yoma, 7 b, 
N^"^ 1 "!, peut-être pour Isaac b. Ascher. Simson cite son frère généralement sous 
la désignation de "ifttf ; voy. plus haut, Tosaphot, Pesahim, ms. ; Or Zarua, I, p. 77 b; 
Mordekhaï, Grittin, IX, n° 446. 

3 Zunz, Literaturgesch., p. 622 (cf. plus haut). 

* Koibo, n°ioi, \ra D^n n"n p prû -T'm vman b^a •pratttû Yïn; 

cf. Joseph Colon, Consultations, n° 149, "jffë D^H '^"1 bU5 1DD p pï"D *i'*\Ti 
ID^tiî "'jfàTOÏl "1505 (voy. Zunz, Zur Geschichte, p. 48). Mais Hayim Cohen était 
un contemporain de Simson (voy. plus haut), et il est difficile d'admettre que ce 
dernier ait invoqué un petit-fils de Hayim comme une autorité ; la même objection 
empêche d'admettre qu'il s'agisse de Simson de Coucy. Je tiens, par conséquent, la 
version du Kolbo, d" n n *Y'f1 p, pour plus correcte que celle de Joseph Colon, 
13!3 p, et, partant, Nahman, fils de Hayim Cohen, pour l'auteur du livre JSfahmani. 

5 Schitta sur Qamma, 43 a, pt"D 2""l ^tfipif, ce qui plaiderait également en 
faveur de la version du Kolbo. 

6 Commentaire Tebul Yom, 11,3; Schitta sur Qamma, 23 b, Nl^l ; Commentaire 
sur Sifra, 10*, lïbfi nitfN "Va prBfci ; 27 a, ffcïl N3""n 'm. 

7 Luria, Consultations, n" 29, mon (tD^ 1 -]) T3E>b ttWttfc NS llDN p pH^ 
"P3"lp73b. Etant disciple de Raschbam, il était naturellement plus jeune que lui. 
Zunz, l. c, p. 31, s'autorisant de Tosaphot, Nidda, 39 b, où il est question d'une 
controverse entre Isaac b. Ascher et Raschi, fait de lui un contemporain de Raschi ; 
mais cette explication de Raschi manquant dans son commentaire, il y a lieu de 
supposer que le V'iD'lD (ibid.) doit se lire û":i£3 ! -]D. C'est Samuel b. Méir qui a 
commenté le traité Nidda ; voy. Or Zarua, J-H2 'n. 

» Commentaire sur Sifra, 29a, Sp^"» ^n^l ^IBÏTI • • .15Q1N ÏTÏ1 d^lBN 13Tn. 
On trouve le même passage dans Or Zarua, où Ephraïm est désigné sous le titre de 
fils d'Isaac de Regensbourg. Dans Tosaphot, Yoma, 71 b, Zebahim, 18 b, on lit, par 
erreur, Hayim Cohen pour R. Tam. 

9 Schitta sur Qamma, 91 b, TDOT ÏYTIÎT *!""• 



7i REVUE DES ETUDES JUIVES 

Méir ]). Calonymos ' de Spire, frère de David b. Calonymos de 
Mnnzenberg, nommé plus haut; Isaac ha-Laban 2 b, Jacob, un 
des élèves les plus marquants, de R. Tarn, qui séjourna quelque 
temps à Worms, et avait son domicile à Prague, d'où il correspon- 
dait avec Hayim b. Hananel Cohen 3 . On peut difficilement ad- 
mettre qu'il soit resté longtemps en France, quoiqu'il soit une fois 
nommé Isaac de Dampierre 4 . 



XIV 



NOTE ADDITIONNELLE. 



Pendant que je corrigeais les épreuves de cet article, j'ai reçu, 
par l'entremise de M. Halberstam, un ms. du -p^ïi -iso qui est 
sa propriété et qui contient sur Simson de Sens plusieurs détails 
qui méritent d'être relevés. 

A en juger par le contenu, ce ms. 5 ressemble au n° 400 des 
mss. de Rossi ; il est écrit sur parchemin, petit in-4°, 171 ff. avec 
de nombreuses notes marginales. Il a été copié vers 1391 par 
Juda b. Jacob de Yermanton G (Yonne) pour Joseph b. Matatia 
(Trêves) 7 . Il porte comme suscription les mots rrobïrj ipos « dé- 
cisions halachiques » ; mais il contient un passage (p. 118 b) que 
Joseph Colon s cite comme provenant du n^3îi iso. C'est un rituel 
qui est certainement distinct de l'ouvrage du même nom 9 que cite 
Mordekhaï Pinzi. Cet ouvrage a été composé après 1319, car il s'y 



1 Comment. Kilaïm, VIII, 5; voy. Zunz, Le, p. 53 ; Wiener, Monatsschrift, 
1863, p. 166. 

* Comment, sur Sifra, p. 78 b : &n l^mb Mt)p^ )nbTt pmr* Yttî voy. 
Luria, l. c. ■ Zunz, Z. G., p. 33, 50. 

3 Or Zarua, I, p. 183 a. 

4 Schibbolê Haléqet, II, ms. Halberstam, n° 43, p. 106 : 'TDiYTE "pbïl pnSfV 
Cette désignation me paraît suspecte, et je crois pouvoir émeltre l'hypothèse que 
*pbri est une altération de "JpTïl î de cette façon notre Isaac serait Isaac b. Samuel 
mentionné peu avant (n° 40) : *"PB} 1*772 pf!^ '* ,b 3'"% 

3 Voy. Azulaï, Schem Hagedolim, II, 5. v. ; Rabbinowicz, Varice lectiones, II ; 
Neubauer, Rapport sur une mission dans l'Est de la France, p. 22. 

6 Des Juifs au moyen âge y habitaient. Voy. Simonnet, Mémoires de l'Acad. de 
Dijon, année 1865, p. 189. 

7 Cf. Halberstam, Rabbinowicz, l. c. ; Brûll, Jahrbûcher, I, p. 99. 

H Consultations, n° 162 ; ibid., n° 76. Il faut probablement corriger "■pïDîl 'O en 
"V^ÏT 'q (cf. Bn'ill, L c). La dernière citation ne se trouve pas dans le ms. Hal- 
berstam. C'est une note qui est peut-être dans un autre ms. 

nDSlDîl T* 1 !] ; cf. Cat. des ms. héb. Michaël, p. 376 ; Zunz, JRitus, p. 31, où il 
identifie les deux ouvrages. 



ÉTUDE SUR S1MS0N BEN ABRAHAM DE SENS 75 

trouve une lettre de divorce écrite à cette date à Gondom *, dép. du 
Gers. L'auteur inconnu de ce livre a peut-être vécu en Pro- 
vence, et son ouvrage est une simple compilation de nombreux 
écrits de savants de noms français. La plus grande partie est ex- 
traite d'un livre de Baruch Hayim 2 , auteur assez peu connu et 
qui a été probablement un élève de Juda de Corbeil 3 . Le père de 
Baruch était le savant Menahem de ewin 1 ^ (Nevers 4 ou Niort 5 , 
dép. des Deux-Sèvres), contemporain de Moïse et de Samuel 
d'Evreux, dont il rapporte des décisions orales, et élève de Sim- 
son 6 . Ce dernier est vraisemblablement Simson de Sens si souvent 
cité dans l'ouvrage mentionné plus haut 7 . On trouve dans cet 
ouvrage un grand nombre de ses explications talmudiques, de 
longs extraits de ses Tosaphot sur Jffullin 8 et diverses décisions 
qui ne sont pas connues autrement. 

Menahem a transmis des enseignements oraux de Simson à son 
fils Baruch 9 , et ce dernier n'appelle Simson son maître que par 
vénération 10 . Il le nomme aussi une fois « mon maître le fort '* », 
probablement dans le même sens que Jacob ibn Aksai le compare 



I ab^ ira ban «rafti ira hy tfamn Nntt ûVrtïpia. M. Neubauer, i. c, 

suppose que c'est Condes (Condé en Brie) et corrige le nom des cours d'eau en 
SWPNN (Aisne) et ^b" 1 "! (Vesle). Cette correction est forcée ; de plus, l'endroit ne 
s'appelle pas OTli"|p, comme a lu M. Neubauer, mais dl^Slp, que je crois être 
Condom sur la Baise, dans le voisinage duquel coule la Gelise. Ce nom, dans 
Schébet Tehuda, éd. Hanovre, p. 5, est écrit ^Tftlp, d'après l'ancienne orthographe 
Condon. 

» Page S a, b"T d^H l^ld 'iM T prtffitt ; p. 14 5, 131 31Î1 T WTÔM 

b"pi£T d^n T/na. 

3 Page 128 a, b^l^?: l"lïl (1. vtà) 11153 ; cf. p. 25 3. 

4 Les Tosaphot, Pesahim, 34 a, nomment Moïse de 'ŒJi'ViDS, Nevers. 

5 Baruch Hayim fait allusion (p. 45 5) à un usage religieux de V^ittlîd, probable- 
ment Thouars, au nord de Niort, dans le même département. 

s Page 88 b, \y®ï2-® 'i "rttbn. 

7 Tantôt il est nommé y^Nlûtt "plOEtt) '1, comme p. 51 a, 150 a, 168 « à la fin, 

wi latipa ï-rci» **an (ttjaimn 'o) itd "m d"r mt» û^iin nba bd 

V'n D w *l yîWBM yyWnW ; tantôt pNÏÏJ3 lian, comme p. 9 b, 103 a, 161 a, et 
quelquefois simplement T£5 ou 'ptiJfàtfi 1. 

8 Par exemple, p. 47 b. Le même passage se trouve, sans nom d'auteur, dans 
Tosaphot, Aboda Zara, 34 a, comm. "p33?nfà. 

9 Page 88 b. La citation de Simson se termine ainsi : '"plia Un JtîTtà ÏT^Ït "pi 

•picau) ^ni Ttobn dnatt 'itt Ta«53 ito nrr»rt nbnp ^ d^n. C'est ainsi 

qu'il faut comprendre le passage, p. 95 b : 'iJH iDfà d^H "1113 'lïl 3nd 

10 Page 47 a, 1U5Ï1 *>11!Q. 

II Page 59 a. Baruch termine les citations de R. Simson par les mots vn^ 'ptïîb 
TD^. Cf., 30 5, lin^lni " , 3sb N3 ÎTtû^tt, où l'on parle vraisemblablement de 
Simson. C'est peut-être encore R. Simson qu'il faut reconnaître dans les mots de 
R. Méir de Rothenbourg : un^ïl in^fa "Tl^M (Consultations, éd. Prague, 
n°155). Cf. Zunz, Litg., p. 274. 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à Samson, le héros de la Bible. A côté de Simson est nommé aussi 
son frère Isaac en plusieurs endroits et, entre autres, dans une 
vigoureuse discussion ' sur une question rituelle dans laquelle il 
combat l'opinion de Simson et lui oppose l'avis de son maître 
Isaac l'Ancien. 

Des nombreux savants français que cite le ms. je ne veux men- 
tionner que les suivants : 

1° Isaac l'Ancien qui a correspondu avec un Simon 2 , peut-être 
son disciple, Simon de Joinville. Il invoque aussi, comme le rap- 
porte Simson en son nom, une décision rituelle 3 qui a été prise 
pendant son séjour dans la maison de son grand-père maternel, 
R. Méir ; il a donc encore connu son grand-père et avait déjà l'es- 
prit assez mûr, à cette époque, pour se rendre compte de décisions 
talmudiques. Or, Isaac est mort à un âge avancé, vers 1190, 
mettons en 1185 ; il est donc né vers 1115. Son grand-père Méir, 
le père de R.Tam, était donc probablement encore en vie en 1130. 
Il y a une Réponse 4 de R. Isaac qui est d'un intérêt considérable; 
dans cette réponse il s'appuie sur une information orale de sa 
tante, la veuve de son oncle Ri (Isaac b. Méir), et de la femme de 
Eléazar de Worms qui, du côté maternel, avait été la petite-fille 
d'une fille de Raschi qui avait eu pour gendre Yehuda (b. Natan 5 ). 
Nous pouvons maintenant compléter ces données et dire que la 
femme de Eléazar, tuée à Worms en 1196 par les croisés, s'appe- 
lait Dolce G et sa mère Miriam. Le célèbre mystique allemand était 
donc apparenté, ce qu'on a ignoré jusqu'à présent, avec la famille 
de Raschi. 

1 La lettre d'Isaac commence ainsi : ÛHtlb mDN 1UÎN 15*1 b3> "■nï'Pan Ï12Ï1 

bnn bii: nnamn in tr^n tpaaï» in trfcln d^aa tripjaïr- Elle se termine 
par ces mots : ^ bN'û^i "p^ mob "pai wk vibap dbiaa laprt ^an 

vb^ UJtt'CiiH mî naa. Cette lettre est sûrement la réponse à la lettre de Simson 
dans Or Zarua, 1, p. 101 a. 

1 Page 60 a. Dans nos Tosaphot, gckabbat, 57 b : pn^" 1 '"1 a^ïl. 

3 Page 162 a, Simson dit : n"-| "ON TNtt 'W n^aa '^1 tlNIE VtfEttJ. 
Le "l^m en question est son maître R. Isaac l'Ancien ; s'il désignait un '"), il fau- 
drait dire va** ■"PKB '*1 maa IS^ai InNI. Cf. Maimoniot, Consult., mbdNft 
rrmCN, n° 5, où R. Isaac l'Ancien invoque également des usages religieux de la 
maison de son grand-père Méir. 

* Page 167». La suscription npjn '"ai btfî "ira "p Na*n m'ttDn doit être 
corrigée en iniMN *|a y""H naïUîn ; car cette lettre est signée de Isaac b. Samuel 
et se retrouve dans Maimoniot, niTlON mbdNto, n° 5. Dans le ms., I. c, se ren- 
contre ce passage : a^att ODintfJ NTEnatt W^K 'iTi ntÛN ^b mttN pi 
STIÎÏT a"îl !TOK 13nm v 'un bia "inn nn fîttN. Ces mots ne se trouvent pas 
dans Maimoniot ; mais, par contre, nous y lisons ce qui suit : n'a a l paï"H3 *pT 
ï"î?ab^ "a*") bti) ira na d" 1 *^ nn72. Cette Miriam et la mère de la femme de 
R. Eléazar ne forment donc qu'une seule personne et il faut mettre en doute Tasser- 
lion de Zunz, L c, p. 253, que l'épouse de R. Yehuda b. Natan s'appelait Miriam. 

5 Sur lui et sa famille, voy. Magazin, IV, p. 174. 

6 Graetz, VI, p. 275. 



ÉTUDE SUR S1MS0N BEN ABRAHAM DE SENS 77 

2° Berakhia *, savant estimé, qui, à en juger par les mots fran- 
çais qu'il mentionne, a vécu en France après Baruch, l'auteur du 
Se fer Haterama qu'il cite. Il est peut-être le même que Baruch 
de Nicole. 

3° Joseph woimiq 2 dont nous ne savons rien si ce n'est qu'il est 
Français. 

4° Menahem surnommé Sir Léon yftjaWîan (?) 3 - 

5° Abraham b. Matatia de Troyes (?) 4 qui est aussi peu connu 
que les deux précédents. 

L'ouvrage si souvent cité ipM ne traitait pas seulement des for- 
mules de bénédictions comme le déclare Zunz, Ritus, p. 31, mais 
s'occupait aussi d'autres prescriptions rituelles et appartient au 
xm e siècle. 

Henri Gross. 



Page 5 J, b"pitT fcTOia '"1 mlTT "P 3rù. Sur Berakhia de Nicole, voir Mor- 
dekhaï, Berakhot, IV, n° 90 ; Minhat Yehvda, p. 89 etpassim. 

s Sur ce nom de "W^jlfà que je ne connais pas, cf. Simson Munai "^"ifa. proba- 
blement de la Champagne (Steinschneider, Cat. Bodl., 2638; Zunz, l. c, p. 302, 
"Wl^j. Dans notre ms. on peut aussi lire "W^SÏÎDn* 

3 Page 122 a. Ce mot est sûrement altéré ; 'nïf i5Db nnS5 1U5N Ï35Ï1 111 hï 

4 Page 30 b (i. rriNto) tokh bspu; tasmiatt ûî-ton 'nn maa anai* tnft 
T35U5N73 b*mï": rrnntt 'ni btû 1153 i-pnn?3 n"nï-r. 



LA LEGENDE D'ALEXANDRE 

DANS LE TALMUD ET LE MIDRASGH 



Après avoir montré l'origine des écrits hébreux,, postérieurs au 
ix e siècle, qui racontent l'histoire légendaire d'Alexandre ! , il me 
reste à faire un retour en arrière et à essayer de découvrir les 
sources des contes fabuleux sur le héros macédonien disséminés, 
par fragments, dans le Talmud et le Midrasch. 

Ces fragments se trouvent dans les textes suivants : Talmud de 
Babylone, Tarnid, f° 31 a b; Midrasch Bereschit Rabba, ch. 
xxxiii ; Talmud de Jérusalem, Baba Meçia, 8 c; Pesiqta de 
R. Kahna, p. 74; Vayiqra Rabba, ch.xxvn ; Tanhouma, Emor ; 
Yalqout, Psaumes, § 728, Yona, §§ 550 et 551 ; j. Aboda Zara, 
42 c; Bemidbar Rabba, ch. xm; Midrasch sur Psaumes, xciii. 



ÏAMID. 

Le passage de Tamid, qui est le plus étendu, se compose de trois 
morceaux, à savoir les dix questions d'Alexandre aux Sages du 
Midi, son voyage au pays des ténèbres et son arrivée aux portes 
du Paradis. 

Les dix questions d? Alexandre aux sages du Midi-. 
Alexandre le Macédonien adressa dix questions aux Sages du 

1 Voyez Revue, t. III, p. 238. 

' Pour l'intelligence de notre argumentation, nous imprimons en italique la traduc- 
tion de la partie rédigée en araméen ; le reste est écrit en hébreu talmudique. 



LA LEGENDE D'ALEXANDRE DANS LE TALMUD ET LE MIDRASCH 79 

Midi : Le ciel est-il plus loin de la terre que Test de l'ouest? — 
L'est de l'ouest, car lorsque le soleil est à l'est, ou peut le fixer de 
partout et pareillement quand il est à l'ouest, tandis que lorsqu'il 
est au milieu du ciel, personne ne peut le regarder. Certains rabbins 
disent que les deux distances sont égales, car il est écrit : Gomme le 
ciel est élevé au-dessus de la terre, ainsi sa grâce règne sur ses 
fidèles; autant l'est est éloigné de l'ouest, autant il éloigne de nous 
nos péchés (Psaumes, cm, 41 -12)... — Lequel du ciel ou de la terre a 
été créé en premier? — Le ciel, car la Genèse (i, 1) dit : Dieu créa le 
ciel et la terre. — La lumière a-t-elle été créée avant les ténèbres, 
ou les ténèbres avant la lumière? — Ceci n'a pas de réponse... — Qui 
doit s'appeler sage? — Celui qui prévoit l'avenir. — Qui doit s'appeler 
fort? — Celui qui maîtrise ses passions. — Qui doit s'appeler riche? 
— Celui qui est content de son sort. — Que doit faire V homme pour 
vivre? — Se mortifier. — Que doit faire l'homme pour mourir? — 
Jouir de la vie. — Que doit faire l'homme pour se rendre agréable aux 
mortels? — Haïr la royauté et le pouvoir. — Il leur dit : Mon avis 
vaut mieux que le vôtre; d'après moi il faut aimer la royauté et le pou- 
voir pour faire du bien aux hommes. — Vaut-il mieux demeurer sur 
terre ou sur mer? — Sur terre, car les navigateurs ne sont heureux que 
lorsqu'ils remontent à terre. — Quel est le plus sage d'entre vous? — 
Nous sommes tous égaux, car nous avons répondu unanimement à toutes 
tes questions. — Pourquoi vous êtes-vous révoltés contre moi? — Satan 
est victorieux. — Je vais vous tuer de par le droit des rois. — Le pouvoir 
est dans les mains du roi, mais le mensonge ne convient pas au roi. — 
Il les revêtit d'habits de pourpre et leur mit au cou des colliers d'or. 

On sait que Plutarque, dans sa Vie d'Alexandre (ch. lxxxv), 
rapporte un dialogue qui ressemble beaucoup à celui du Talmud : 

Il fit prisonniers dix gymnosophistes, de ceux qui, en contribuant 
le plus à la révolte de Sabbas, avaient causé de grands maux aux 
Macédoniens. Comme ils étaient renommés par la précision et la 
subtilité de leurs réponses, le roi leur proposa des questions qui 
paraissaient insolubles; il leur déclara qu'il ferait mourir le premier 
celui qui aurait le plus mal répondu et tous les autres ensuite, et il 
nomma le plus vieux pour être juge. Il demanda au premier quels 
étaient les plus nombreux des vivants ou des morts. Il répondit que 
c'étaient les vivants, parce que les morts n'étaient plus. Au second 
qui de la terre ou de la mer produisait les plus grands animaux. La 
terre, parce que la mer en fait partie. Au troisième, quel est le plus 
fin des animaux. Celui que l'homme ne connaît pas encore. Au qua- 
trième, pourquoi il avait porté Sabbas à la révolte. Afin qu'il vécût 
avec gloire ou qu'il périt misérablement. Au cinquième, lequel a 
existé le premier du jour ou de la nuit. Le jour, mais il n'a précédé 
la nuit que d'un jour. Et comme le roi parut surpris de cette réponse, 
le philosophe ajouta que les questions extraordinaires demandaient 



m REVUE BKS ETUDES JUIVES 

des réponses de même nature. Au sixième, quel est pour un homme 
le meilleur moyen de se faire aimer. Que, devenu le plus puissant 
de tous, il ne se fit pas craindre. Au septième, comment un homme 
peut devenir dieu. En faisant ce qu'il est impossible à l'homme de 
faire. Au huitième, laquelle était la plus forte de la vie ou de la 
mort. La vie qui supporte tant de maux. Au dernier, jusqu'à quel 
temps il est bon à l'homme de vivre. Jusqu'à ce qu'il ne croie plus la 
mort préférable à la vie. Alors Alexandre se tournant vers le juge 
lui dit de prononcer; il déclara qu'ils avaient tous plus mal répondu 
l'un que l'autre. Tu dois donc mourir le premier pour ce beau juge- 
ment, reprit Alexandre. Non, Seigneur, répliqua le vieillard, à moins 
que vous ne vouliez manquer à votre parole, car vous avez dit que 
vous feriez mourir le premier celui qui aurait le plus mal répondu. 
Alexandre leur fit des présents et les congédia. 

L'air de parenté entre le dialogue du Talmud et celui de Plu- 
tarque est indéniable. Même nombre de questions 1 , même fin, 
plusieurs détails analogues : sur la création de la lumière et des 
ténèbres, sur le moyen de plaire. Plutarque sert même à expliquer 
Tamid. En effet, c'est sans préparation que celui-ci fait dire à 
Alexandre : « Pourquoi vous êtes-vous révoltés contre moi ? » 
Dans l'auteur grec, la question est motivée par la sédition de Sab- 
bas soulevée par les gymnosophistes. — Quand, d'après le Tal- 
mud, Alexandre veut mettre à mort le dernier des sages, celui-ci 
s'écrie : « Le mensonge ne convient pas au roi! » A quoi répond 
ce mot « mensonge », sinon à la menace exprimée dans Plu- 
tarque par Alexandre qu'il fera périr le premier celui qui parlera 
le plus mal ? C'est probablement aussi en pensant à cette menace 
qu'Alexandre avait demandé quel était le plus sage et que les 
sages dirent qu'ils étaient tous égaux, ayant répondu tous d'un 
commun accord. 

Or, n'est-il pas digne de remarque que, toutes les fois que le 
récit du Talmud se rapproche de Plutarque, il emploie l'araméen, 
et l'hébreu quand il s'en écarte 4 ? L'araméen, surtout l'araméen lit- 
téraire dans lequel est écrit ce morceau 2 , lorsqu'il est mêlé à 
l'hébreu talmudique, représente toujours une couche plus ancienne 
que Thébreu, car c'est le privilège de ce dernier d'évincer l'ara- 
méen. Il y a plus : dans notre texte de Tamid, les phrases hébraï- 
ques ne sont pas des traductions de l'araméen, elles sont des 

1 Dans le titre, car en réalité il y en a douze et peut-être même treize, si, comme 
dans Plutarque, on compte pour une question la menace finale dAlexandre. 11 faut 
peut-être supprimer la l re et la 2 e , qui ne se retrouvent pas dans le dialogue grec et 
prendre la 7 e et la 8 e pour une seule dédoublée. 

* Voir Revue, t. II, p. 295-296. 



LA LEGENDE D'ALEXANDRE DANS LE TALMUD ET LE M1DRASCII 81 

substitutions. Ce sont des questions qu'un auteur juif a cru pouvoir 
substituer à celles du texte original. Ces dialogues à comparti- 
ments sont faits pour voir leur contenu sans cesse se renouveler, 
le cadre seul en est respecté et demeure. 

La première question énoncée dans Tamid se retrouve à peu 
près dans un autre endroit du Talmud l , d'ailleurs, le rédacteur se 
traîiit lui-même en ajoutant : « Certains rabbins disent. . . » 

La deuxième question est la reproduction textuelle d'une dis- 
cussion des écoles de Schammaï et d'Hillel 2 . 

Les quatrième, cinquième et sixième sont simplement extraites 
du Pirqé Aboi, iv, 1 3 . 

Une fois même, on croit trouver un tout autre motif que la fan- 
taisie au changement effectué par le rédacteur. La septième ques- 
tion : « Que doit faire l'homme pour vivre ? » est rédigée en 
araméen dans ses premiers mots. Qu'on la place en regard de la 
septième de Plutarque : le début est le même, la fin seule diffère. 
C'est qu'un Juif ne pouvait écrire le complément de la phrase : 
« pour devenir dieu? » Il eût cru se rendre complice d'une 
hérésie. 

De tout ceci, il me semble résulter que le dialogue de Tamid 
est probablement le reste d'un texte araméen qui avait originaire- 
ment une très grande affinité avec le chapitre lxxxv de la Vie 
d 'Alexandre de Plutarque. 

La ressemblance ne devait cependant pas être complète, témoin 
la phrase araméenne qui n'a pas d'analogue dans le dialogue grec : 
« Vaut-il mieux demeurer sur terre que sur mer? » Cette va- 
riante indique peut-être que la version talmudique n'était que pa- 
rallèle à celle de Plutarque, l'une et l'autre dérivant d'une même 
source. Celle du Pseudo-Callisthènes, qui se rapproche beau- 
coup de Plutarque , s'en écarte d'ailleurs aussi en plusieurs 
points 4 . 



1 Hagiga, 12 a; Sanhédrin, 38 b. 

2 Hagiga, 12 a; j. Hagiga, 77 c; Bereschit Rabba, i. 

3 Le rédacteur citait probablement de mémoire, car la première de ces trois ques- 
tions n'est pas ainsi conçue : « Quel est le sage? dit Ben Zoma. Celui qui apprend 
de tout homme. • Rapoport {Erech Millin, p. 70), croyant à la haute antiquité de 
notre morceau dans son état actuel, va jusqu'à affirmer que Ben Zoma lui a emprunté 
ses aphorismes. 

4 II est même à remarquer que le Pseudo-Callisthènes (III, 6) rapporte trois ques- 
tions consécutives qui ont la même tournure et commencent par les mots : « Quel est 
le plus...? » « Tt àpa îffX^poTepov ô ôàvaxoç V\ rj Çcoy] ; xt ouv [j.eîÇov rj yri y) y) 6à)a<j(7a; 
xi apa uàvxtov Çaitov Travoupyorepov; » Or dans notre dialogue aussi nous trouvons trois 
questions consécutives affectant cette l'orme et rédigées en araméen. Le fond n'en est 
pas le même, parce que, ainsi que nous Pavons vu, le rédacteur juif a substitué à 
l'original trois aphorismes empruntés au Pirqé Abot. 

T. VII, n° 13. 6 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



Voyage d'Alexandre an pays des ténèbres. 

Il leur dit : Je veux aller dans le pays d'Afrique. Ils répondirent: 
C'est impossible, car tu seras arrêté par les monts des ténèbres. — 
Je veux y aller, aussi vous demandé-je ce qu'il faut faire. — Prends 
des ânes lybiens, qui marchent dans l'obscurité, et emporte des 
cordes que tu attacheras à l'un des côtés (de la montagne); pour 
revenir, tu les utiliseras. 

Il fit ainsi et partit ; il arriva dans une ville peuplée uniquement de femmes et voulut 
leur faire la guerre. Elles lui dirent : Si tu nous tues, on dira que tu as tué des femmes ; 
si c'est nous qui te tuons, on dira : Voilà un roi qu'ont mis à mort des femmes ! Il 
leur demanda du pain. Elles lui en apportèrent en or sur une table d'or. — Mange-t-on 
donc du pain d'or? leur dit-il. — Si c'est du pain que tu veux, n'en avais-tu donc pas 
dans ton pays, que tu sois venu ici ? — Lorsqu'il partit, il écrivit à la porte de la 
ville : * Moi, Alexandre le Macédonien, j'étais fou jusqu'à mon arrivée au pays 
d'Afrique, où les femmes m'ont enseigné la sagesse. > 

Chemin faisant, il s'arrêta près d'une source et se mit à manger 
du pain. Or, ayant en main des poissons salés, il les lava dans la 
source; un souffle les ranima. Il s'écria : « Cette eau provient du 
Paradis ! » D'après certains, il en prit et se lava la figure. 

Le Pseudo-Callisthènes conte une histoire analogue. Alexandre 
arrive « dans des régions privées de la clarté du soleil », où « est 
la terre dite des heureux », il veut parcourir le pays ; « il emmène 
des ânesses dont les ânons restent dans le camp » ; il marche long- 
temps dans l'obscurité et « voit enfin un endroit où se trouve une 
source limpide » ; il a faim et dit à son cuisinier de lui préparer à 
manger. Celui-ci prend un poisson salé et va le laver dans l'eau de 
cette fontaine. « A peine l'a-t-il mouillé que le morceau s'anime et 
lui échappe. » Alexandre donne l'ordre aux conducteurs d'ânesses 
de revenir et, au bout de 22 jours, ils entendent la voix des ânons 
répondre à "celle de leurs mères. Beaucoup de soldats avaient 
ramassé ce qu'ils avaient rencontré et ils se trouvèrent avoir pris 
tous des objets enor 1 . 

L'épisode des Amazones écarté, la fable des deux récits est la 
même. La narration du Talmud trahit une époque de la légende 
postérieure à la rédaction du Pseudo-Callisthènes. Le conte pri- 
mitif a été abrégé et altéré, parce qu'il est tombé dans le domaine 

1 Pseudo-Callisthènes, liv. II, ch. xxxix-xli, d'après la version B, qui était la plus 
répandue (Voyez Zacher, Pseudo Callisthenes, Forschungen zur Kritik u. Geschichte 
der àltesten Aufzeichnung der Aleœandersage, p. 14 et suiv.). On trouvera la traduc- 
tion française de ce passage dans Berger de Xivrey, Traditions lératologiques, 
p. 367. 



LA LÉGENDE D'ALEXANDRE DANS LE TALMUD ET LE MIDRASCH 83 

populaire, ainsi que le montrent les caractères linguistiques du 
morceau 1 . Dans ce voyage, il a perdu quelques-uns de ses acces- 
soires et en a reçu de nouveaux. Les ânes qu'Alexandre emmène 
pour être guidé par les cris de leurs ânons sont devenus des ânes 
lybiens, qui savent marcher dans l'obscurité. Pour plus de vrai- 
semblance encore, Alexandre renouvelle le stratagème d'Ariane 
en se servant de cordes. Rien de plus fréquent dans la littérature 
populaire que ces accumulations. D'un autre côté, il est vrai, le 
récit s'est allégé du personnage du cuisinier, lequel cède sa place à 
Alexandre, qui, en vrai type héroïque, attire à lui, pour les absor- 
ber, tous les acteurs secondaires. 

La légende, en outre, s'est combinée avec celle des Amazones 2 
et celle des pains d'or 3 , qui, sans doute, circulaient déjà parmi le 
peuple. En effet, l'histoire des pains d'or était une création de 
l'imagination juive, elle existait non seulement en Babylonie, 
témoin Tamicl, mais aussi en Palestine, témoin Bereschit Rabba 4 . 
Dans cet écrit, le roi de Cassia, qui habite derrière les montagnes 
d'obscurité, offre aussi à Alexandre des pains d'or. Il paraît qu'en 
Babylonie la légende des Amazones et celle des pains d'or s'étaient 
déjà agglutinées en quelque sorte pour former un seul récit s . Or, 
comme dans le voyage d'Alexandre il est parlé de sa faim, ce récit 
babylonien devait facilement s'insérer dans la légende grecque 
comme transition nécessaire. 

L'introduction de la légende du Pseudo-Callisthènes dans la lit- 
térature juive nous montre une fois de plus l'action étonnante 
exercée par ce livre. Sans doute, il est loisible de supposer que le 
récit talmudique se rattache à la version primitive, au conte tradi- 
tionnel qui est entré dans le recueil grec. Mais à quoi bon cette 
hypothèse ? Le Pseudo-Callisthènes date au plus tard du ni siècle, 
il est par conséquent de beaucoup antérieur à la rédaction du Tal- 

1 Voir Revue, t. II, p. 297 et 298. Peut-être le rédacteur a-t-il eu une part dans ce 
travail de transformation; mais au fond lui-même ne se distinguait guère de ceux qui 
racontaient ces fables. 

2 Elle se trouve dans toutes les littératures. 

3 Est-ce une réminiscence vague de l'aventure de Midas, autre ambitieux insa- 
tiable? 

4 II est bien certain qu'elle n'est pas née simultanément dans les deux pays, il a 
dû y avoir migration, mais migration orale et non au moyen' de textes écrits, sans 
quoi on ne s'expliquerait pas les variantes considérables qu'offrent entre elles les deux 
versions palestinienne et babylonienne. 

5 Rien ne serait plus simple que de supposer que le rédacteur du Talmud a em- 
prunté ces deux récits à la Pesiqta de R. Kalma, où ils sont précisément réunis, 
mais nous montrerons plus loin que c'est au contraire la Pesiqta qui a copié certains 
passages de Tamid. 



*4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mud, deux ou trois siècles suffisent pour que ces contes, grâce à 
leur caractère merveilleux, aient pu parvenir en Babylonie. Qui 
sait d'ailleurs si ce n'est pas la traduction syriaque faite au 
v e siècle qui a servi d'intermédiaire ? 

Arrivée d'Alexandre aux portes du Paradis. 

Nous avons déjà traduit et analysé ce récit % il nous suffira donc 
de rappeler qu'il est d'origine juive et qu'il est le résumé d'une 
histoire — araméenne sans doute — qui nous a été conservée dans 
un opuscule latin, intitulé lier ad Paradisum. 



BERESCH1T RABBA. 



Alexandre le Macédonien alla chez le roi de Cassia, derrière les 
montagnes ténébreuses. Celui-ci vint à sa rencontre portant des 
pains d'or sur un plat d'or. Alexandre lui dit : « Ai-je besoin de tes 
richesses? — N'avais- tu donc pas de quoi te nourrir que tu sois 
venu? — Je ne suis venu que pour savoir comment vous jugez. » — 
Pendant qu'il était assis avec lui *, se présenta un homme portant 
plainte contre son camarade : « Cet homme m'a vendu un champ et 
j'y ai trouvé un trésor, or, j'ai acheté le champ et non le trésor. » Le 
vendeur répliquait : « Je lui ai cédé le champ et tout ce qui s'y 
trouve. » Le roi dit à l'un d'eux : « As-tu un fils? — Oui. » —A 
l'autre : « As-tu une fille ? — Oui. — Eh bien, mariez-les, et que le 
trésor soit à eux deux. » — Il vit qu'Alexandre s'étonnait : « N'ai- je 
donc pas bien jugé? — Si. — Comment chez vous auriez-vous jugé 
l'affaire?— Nous aurions mis à mort l'un et l'autre et confisqué leur 
argent. — La pluie tombe-t-elle chez vous? répliqua le roi. — Oui. 
— Le soleil luit-il sur vous ? — Oui. — Avez-vous de petits ani- 
maux? — Oui. — Eh bien, sois confondu, ce n'est pas grâce à vous 
que tombe la pluie et que luit le soleil, c'est grâce à vos petits 
animaux, car il est écrit : « L'homme et l'animal, tu les sauves, 
Eternel. » 

Ce récit est le plus intéressant de tous ceux de la légende talmu- 
dique, car, outre qu'il ne manque pas de beauté, il paraît d'origine 
juive et a rencontré une vogue singulière dans la littérature 



1 Revue, t. II, p. 298-300. 

1 D'après le ms. 149 de la Bibliothèque nationale, f° 30 a : J-pn* 3W*1 ÎW1. La 
leçon des éditions ordinaires Ift N?2"P est fautive, comme le montrent j. Baba Meçia 
S P, et Pesi'jta, p. 75. 



LA LEGENDE D'ALEXAlNDRE DANS LE TALMUD ET LE MIDRASGH 85 

midraschique aussi bien que dans celle de l'orient musulman et de 
l'occident chrétien. 

Il a pour cadre une donnée du Pseudo-Callisthènes, puisqu'il 
parle des montagnes ténébreuses et a peut-être conservé, comme 
nous le verrons plus loin, un nom géographique de ce dernier. 
Mais là s'arrête la ressemblance, et, comme aucun écrit antérieur 
ne rapporte cette légende, on est en droit de supposer, jusqu'à 
preuve du contraire, qu'elle est le produit de l'imagination juive. 
Toutefois, elle n'est pas une simple amplification dramatique du 
verset des Psaumes, comme semblerait l'indiquer l'observation 
finale, car les mots : « L'homme et les animaux, tu les sauves, 
Eternel », n'ont pu prêter à cette idée que Dieu sauve les hommes 
à cause des animaux. En outre, on ne voit pas pourquoi le mot 
« animal » serait devenu « petit animal. » Ce détail, sans rien nous 
apprendre, il est vrai, sur l'origine du récit, fait soupçonner au 
moins une autre source que le verset 1 . 

Où sont situées ces montagnes ténébreuses, cette Afrique et ce 
Cassia? On peut répondre à cette question de deux façons, ou bien 
en considérant les récits rapportés par le Talmud et le Midrasch 
comme des souvenirs de l'histoire réelle d'Alexandre et en identi- 
fiant, coûte que coûte, ces dénominations géographiques avec celles 
que fournit cette histoire ; ou bien en traitant ces narrations comme 
des légendes et en les replaçant dans leur cadre naturel, celui de 
l'histoire et de la géographie fabuleuses. Cette seconde méthode 
sera la nôtre ; et, à dire vrai, si la première a été unanimement 
choisie jusqu'à présent, c'est peut-être parce que les savants juifs 
ont négligé ou ignoré le Pseudo-Callisthènes 2 . 



1 D'après M. Lerner, Tauleur delà remarquable étude sur Bereschit Rabba, Anlage 
v,nd Qnellen des Bereschit Rabba (Berlin, 1882), les Juifs auraient voulu satiriser en 
Alexandre la rapacité romaine. La supposition n'est pas invraisemblable, mais il est 
plus probable que cette histoire est un de ces lieux-communs sur l'avidité auxquels 
le conquérant servait de prétexte et dont la légende d'Alexandre est si riche. 

2 L'âge et l'importance de ce livre ont été mis en lumière surtout par M. Zacher, 
en 1867, et presque toutes les études que nous allons citer sont antérieures à cette 
date. D'après Rapoport, JErech Millin,, 1852, p. 71-72, Africa serait l'Afrique connue; 
les montagnes d'obscurité, les déserts traversés par le conquérant pour se rendre au 
temple d'Ammon ; les femmes, les Amazones qui demeuraient en Lybie. Pour Cassel, 
Encyclopédie d'Ersch et Gruber, s. v. Juden, 1850, p. 172, Africa serait llbérie, 
Cassia le pays des Ktacrtoi. M. Harkavy, Jtidische Zeitschrift de Geiger, V (1867), 
p. 37, se range en partie à cette opinion et voit dans Africa la transcription incorrecte 
d'Iberica et dans Cassia le Caucase. M. Kohut, Aruch Completum, I, p. 95, adopte 
entièrement l'hypothèse de Rapoport et dit que, sans aucun doute, Cassia répond au 

.mont Casium en Egypte. M. Buber, l. c, p. 74, cite l'opinion de Joseph Schwartz 
qui dit également que, sans aucun doute, Cassia est Kisnia, dans les monts Taurus. 
M. Neubauer, Géographie du Talmud, p. 404, reconnaissant l'invraisemblance de 
toutes ces identifications savantes, trop savantes même, admet comme nous qu'Africa 
représente simplement un pays lointain et inconnu; néanmoins, il demande si les 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dans cet ouvrage, le pays des ténèbres, situé en Asie, c'est le 
bout du monde, la terre du mystère, l'inconnu. Les Juifs le consi- 
déraient également ainsi, aussi disaient-ils que les dix tribus, dont 
ils cherchaient en vain les traces, « ont été exilées derrière les 
monts des ténèbres l . » Chez eux, cette contrée portait un nom, 
celui d'Afrique. C'est pourquoi ils disaient, comme pendant à 
l'assertion précédente, que « les dix tribus ont été exilées en 
Afrique 5 . » Ce nom, qui, sans doute à l'origine, avait été celui 
d'une contrée déterminée, avait ainsi fini par devenir synonyme 
des régions mystérieuses de l'Asie. 

Dans le Pseudo-Callisthènes, les frontières de cet inconnu, les 
montagnes qui bornent ces contrées fantastiques s'appellent les 
Portes Caspiennes 3 . Ne serait-ce pas dans ce mot qu'il faudrait 
chercher l'origine de Cassia et ne pourrait-on pas supposer même 
que fcTD^p « Caspia », qui eût été la transcription exacte du terme 
grec, a été sciemment mutilé pour former to^p « Cassia », qui a 
l'avantage de rappeler le nom primitif et de signifier « fin 4 ?» 
Cette hypothèse n'est pas nouvelle en quelque sorte, car Guedalia 
ibn Yahia dit, parallèlement aux textes précités, que « les dix 
tribus ont été exilées derrière les monts Caspiens 3 . » 

Ces conclusions peuvent contribuer à éclaircir une autre donnée 
de la géographie des rabbins et de la légende d'Alexandre. Dans 
la table des descendants de Japhet, la Genèse (x, 2) cite en pre- 
mière ligne G orner et Magog. Or, ces deux noms sont ren- 
dus, dans Bereschit Rabba et le Targoum Jérusalmi, le premier 
par Africa et le second par Germania. Ces deux identifications 
ne reposent probablement pas sur de profondes connaissances 
géographiques, les rabbins aggadistes faisaient des étymologies 
géographiques pour se distraire, sans aucunement s'inquiéter de 
la concordance de la réalité avec leurs déductions fantaisistes. Le 



monts obscurs ne seraient pas les monts Anagombri ou le citer mons au nord de 
Phazania, et si Cassia n'est pas une lecture fausse pour "v^lp * Cyrène. » 

1 Targoum sur I Chroniq., v, 26. Jamais les Juifs n'ont pu croire que les dix 
tribus aient été transportées en Afrique. 

2 Sanhédrin, 94 a. Le Josiphon a établi également ce rapport entre le pays des 
ténèbres du Pseudo-Callisthènes et la contrée située derrière les monts d'obscurité où 
se trouvent les tribus disparues, car lorsqu'il en vient au voyage d'Alexandre dans 
la région ténébreuse, il dit (II, 10) : « Il arriva aux montagnes d'obscurité où le soleil 
ne luit pas et il voulut pousser jusqu'aux fils de Jonadab, fils de Récbab et aux 
tribus qui demeurent derrière les monts d'obscurité. » On sait que toute la partie de 
ce livre relative à Alexandre provient indirectement du Pseudo-Callisthènes; voir 
Revue, t. III, p. 246. 

3 Liv. III, ch. xvii. 

4 Un commentaire de Bereschit Rabba (ïTUÏfà 1*71) dit : N'Vjfcp "ibfà N*lp5 "p" 1 ©!? 

ïhvjn y-pi -h aiï-rc). 

5 Schalschëlet Haqabbala, éd. Venise, p. 22. 



LA LÉGENDE D'ALEXANDRE DANS LE TALMUD ET LE MIDRASCH 87 

plus souvent, ils se laissaient uniquement guider par la ressem- 
blance extérieure des mots 1 . D'après cela, on peut sans crainte 
supposer que « Germania » a été ici imaginé pour correspondre à 
« Gomer », parce que le mot, transcrit en caractères hébreux, pos- 
sède les trois lettres radicales de « Gomer. » Cette conjecture est 
confirmée pleinement par le Talmud, qui dit explicitement, à plu- 
sieurs reprises, que « Gomer, c'est Germania 2 . » M. Neubauer en 
conclut avec raison que, dans la phrase de Bereschit Rabba et du 
Targoum, on doit remplacer Africa par Germania* . Mais il faut 
nécessairement aller plus loin et, puisque Germania correspond à 
Gomer, rapporter Africa à Magog. Ici cette identification se jus- 
tifie entièrement, car Magog a toujours représenté, pour l'ima- 
gination juive, des peuples barbares et mystérieux, habitant les 
contrées inconnues de l'Asie. Or, n'est-ce pas le sens que nous 
avons vu attacher au mot Africa? C'est dans ce sens aussi, sans 
doute, que le Pseudo-Callisthènes (liv. III, ch. xxvi) raconte 
qu'Alexandre enferma Gog et Magog dans les Portes Caspiennes. 



LES TEXTES DERIVES DE BERESCHIT RÀBBA. 



Talmud de Jérusalem, Baba Meçia. 

Alexandre le Macédonien alla chez le roi de Cassia, qui lui montra 
beaucoup d'or et d'argent. Il lui dit : « Je n'ai besoin ni de ton or ni 
de ton argent; je ne suis venu que pour voir votre procédure, com- 
ment vous jugez. » Sur ces entrefaites se présenta un homme se 
disputant avec son compagnon qui lui avait acheté un champ et y 
avait trouvé en labourant un trésor de deniers. L'acheteur disait: 
« J'ai acheté le champ et non le trésor » ; le vendeur : a J'ai vendu le 
champ et tout ce qu'il renferme. » Les entendant se disputer ainsi, le 
roi dit à l'un : «As-tu un fils? — Oui. »— A l'autre : «As-tu une fille? 
— Oui. — Eh bien! mariez-les, et que le trésor soit à eux deux. » 
Alexandre se mit à rire. — « Pourquoi ris-tu? N'ai-je pas bien jugé? Si 
l'affaire s'était présentée chez vous, comment l'auriez-vous jugée? —r 
Nous aurions mis à mort l'un et l'autre et le trésor fût revenu au roi. » 
Il lui dit : « Vous aimez donc tant l'or ? » Il lui fit un repas et 
lui servit du pain en or et des coqs en or. « Est-ce que je mange 
de l'or? » dit Alexandre. — « Eh bien! sois confondu, vous ne 

1 Je citerai cet exemple caractéristique emprunté à Yebamot, 16 a : = D^IlTI 

ins -lï-ii = pTra ; ^tt ^y = i^n ; nbn = i-nbn ; mnn. 

2 fcTStt-lJl 1T nEia, Yoma, 10 a; j. Alegilla, 71 b. 

3 Géographie, p. 422. 



88 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mangez pas l'or et vous l'aimez tant! — Le soleil luit-il sur vous? 
— Oui. — La pluie tombe-t-elle chez vous? — Oui. — Peut-être 
avez-vous de petits animaux? — Oui. — Eh bien! sois confondu, 
c'est grâce à ces petits animaux que vous vivez, car il est écrit : 
« L'homme et l'animal, tu les sauves, Eternel. » 

J'ai cité tout au long ce passage pour faire toucher du doigt les 
ressemblances qu'il offre avec Bereschit Rabba. Les points de con- 
tact, les membres de phrase ou les phrases entières identiques 
sont trop nombreux pour qu'on puisse nier la dépendance de ces 
deux textes. Sans doute, il y a des variantes ou plutôt des brode- 
ries dans le texte du Talmud de Jérusalem, mais on sait bien que 
les écrivains anciens ne se piquaient pas d'exactitude, surtout 
quand ils traduisaient. Or, de nos deux textes, l'un est la traduc- 
tion de l'autre, car ils appartiennent à un dialecte différent, tout 
en étant palestiniens l'un et l'autre. Quel est celui qui a copié 
l'autre? C'est évidemment le Talmud de Jérusalem, puisqu'il a 
conservé la formule finale : « car il est écrit... », laquelle est 
à sa place plutôt dans Bereschit Rabba. En outre il a tout l'air 
d'un remaniement. En effet, à la fin, le roi dit de nouveau : 
« Vous aimez donc tant For? » puis il lui sert des mets en 
ce métal. A quoi bon cette redite, puisqu'au commencement le 
roi avait déjà montré à Alexandre beaucoup d'argent, et que ce 
dernier lui avait dit : « Je n'ai pas besoin de ton or? » C'est que le 
rédacteur a voulu avoir plus d'esprit que le texte primitif, il a 
cru bien faire de dédoubler le premier récit, et il n'a pas vu que la 
morale de la fable a bien plus de vigueur et de tranchant lors- 
qu'elle vient après qu'Alexandre a avoué cyniquement la pratique 
odieuse suivie dans son pays. 

Toutefois, on ne saurait avancer avec certitude que le rédacteur 
du Talmud de Jérusalem a eu devant les yeux le recueil actuel de 
Bereschit Rabba. Ces compilations se faisaient à l'aide de cahiers, 
d'exemplaires de la Bible annotés; on peut donc difficilement affir- 
mer que c'est l'un de ces textes ou le recueil constitué qui a été 
utilisé. Quoi qu'il en soit, le nom des docteurs qui rapportent dans 
le Midrasch et dans le Talmud ce texte prouve que celui de Beres- 
chit Rabba est antérieur de deux générations à celui du Talmud l . 

La Pesiqta de R. Kahna. 
Voici le début de ce morceau : 

1 R. Jurla b. Simon, dans Bereschit Rabba, et R. Samuel b. Sourselaï, dans 
j. Baba Meçia. 



LA LÉGENDE D'ALEXANDRE DANS LE TALMUD ET LE M1DKASCH 89 

Alexandre le Macédonien alla chez le roi de Cassia, derrière les 
montagnes ténébreuses. Il alla dans une ville nommée Garthagène, 
peuplée entièrement par des femmes. Elles sortirent à sa rencontre 
et lui dirent : « Si tu nous fais la guerre et nous vaincs, le bruit se 
répandra dans le monde que tu as détruit une ville de femmes. Si 
nous te faisons la guerre et te vainquons, le bruit se répandra dans 
le monde que des femmes t'ont fait la guerre et t'ont vaincu et tu ne 
pourras plus te tenir devant aucun roi. » Lorsqu'il partit, il écrivit à 
la porte : « Moi, Alexandre le Macédonien, j'étais fou jusqu'à mon 
arrivée à la ville de Garthagène où des femmes m'ont appris la sa- 
gesse. » Il alla dans une autre ville nommée Afrique et on lui offrit... 

La suite est la reproduction exacte, avec quelques amplifica- 
tions, de Bereschit Rabba, traduit de nouveau dans un autre 
dialecte palestinien ». 

Rien de plus transparent que ce texte. Si la Pesiqta était anté- 
rieure à Bereschit Rabba, comme le croit M. Buber 2 , on ne com- 
prendrait pas pourquoi le rédacteur de ce dernier recueil aurait 
supprimé tous les détails de la Pesiqta sur les Amazones. En outre, 
est-ce l'usage que les récits soient d'abord incompréhensibles pour 
devenir ensuite simples et logiques? Or, dans Bereschit Rabba 
l'histoire se suit très rigoureusement ; ici, au contraire, elle est 
incohérente. Ainsi, le roi de Cassia entre en scène, puis tout à 
coup s'éclipse pour reparaître inopinément à la fin. 

Comme on voit bien au contraire la main d'un auteur instruit 
qui veut faire étalage de sa science ! En copiant au début l'épisode 
des pains d'or, le rédacteur de la Pesiqta s'est rappelé le conte 
analogue de Tamid, et il les a combinés, invita Miner va. Mais il 
lui fallait procéder à des raccords ; faire apporter les pains d'or 
par les Amazones, il ne le pouvait pas, c'eût été contredire Beres- 
chit Rabba. Il a donc scindé le récit des Amazones : Alexandre se 
rend dans la ville des femmes, et le rédacteur lui connaît un nom, 
c'est Carthagène « la ville des femmes » (de amp « ville », et yuvyî 
« femme 3 »), puis le Macédonien va dans « une autre ville », à 
Afrique — nom trouvé dans Tamid — et c'est là que des mets en 
or lui sont offerts. Le raccord est effectué, et l'auteur n'a plus qu'à 
reprendre la narration originale. 

On tirera de ces résultats les conclusions qu'on voudra sur les 



1 11 s'agirait de savoir si ces traductions ne sont pas simplement des rajeunisse- 
ments. 

s Pesikta, de H. Kahna, p. xxxvm. 

3 Cette étymologie se trouve déjà dans une note marginale du Tanhouma (parschat 
Emor). Il est inutile de faire remarquer que la Pesiqta est remplie de mots grecs. 



90 REVUE DES ETUDES JUIVES 

rapports de la Pesiqta avec Bereschit Rabba * et le Talmud, nous 
n'avons pas l'intention d'entrer dans cette discussion. Toutefois, 
nous devons faire remarquer que la Pesiqta a emprunté au premier 
de ces recueils non seulement l'histoire d'Alexandre, mais tout le 
chapitre dans lequel elle est encadrée, et que l'épisode tiré de 
Tamid est rapporté presque textuellement, ce qui exclut l'idée 
d'une transmission orale. 

Vayiqra Ràbla, Tanhouma et Yalqout sur les Psaumes. 

Vayiqra Rabba est la copie textuelle de la Pesiqta. Il ajoute seu- 
lement à la réplique du second plaignant : « Je crains autant que 
toi de me rendre coupable de vol. » 

Tanhouma à son tour a repris Vayiqra Rabba, car il a aussi 
cette addition 2 . 

Quant au Yalqout, il a fondu ensemble Bereschit Rabba avec le 
Talmud de Jérusalem. 

La plus curieuse transformation de l'histoire du jugement est 
celle du Hibbour Maasiol 3 , faite d'après la Pesiqta ou Vayiqra 
Rabba. Le roi de Gassia n'ayant plus, dans ces deux œuvres, un 
rôle bien utile, disparaît entièrement, et c'est devant les Amazones 
que se plaide le fameux procès. 

Yalqout sur Jonas. 

La lecture du livre de Jonas étant d'usage dans les synagogues 
le jour des Expiations, on avait coutume dans les homélies de citer 
les actes de repentir accomplis par les Ninivites pour mériter leur 
pardon. Le Yalqout sur Jonas a conservé une de ces homélies où 
notre conte modifié sert d'exemple de pénitence. Quand quelqu'un, 
dit-il, avait trouvé dans son champ un trésor, il se rendait devant 
le tribunal pour le restituer au vendeur ; mais celui-ci refusait de 
le prendre, disant qu'il l'avait vendu avec le champ ; l'un et l'autre 
inspirés par la crainte de se charger d'une faute. Le juge alors 
remontait la série des vendeurs jusqu'au quatrième, et s'il lui 
trouvait des descendants vivants, leur rendait le trésor 4 . 



1 Voir au surplus Lerner, Anlage, p. 98, note 1. 

2 On le retrouve pareillement dans le Midrasch des dix rois (Horowitz, Bibliotheca 
Haggadica, I, p. 45 ; voy. aussi note 79). 

3 Ed. de Venise, 1605, p. 8. Voir sur cet ouvrage Rapoport, Biccouré Haittim, 
XII, p. 81. 

* Ce passage a été repris dans le Midrasch Yona (Jellinek, Bet ha-Midrasch 
I, p. 101 ; cf. Horowitz, Sammlung kleiner Midraschim, p. 12, 20, 27 et 28). 



LA LEGENDE D'ALEXANDRE DANS LE TALMUD ET LE MIDRASCH 91 

Ici se trahit l'influence de l'addition de Vayiqra Rabba que nous 
avons signalée. La fable s'est transformée dans l'homélie pour 
devenir plus naturelle et plus morale encore. 

Le Dicta Philosophorum et la Chronique de saint Hubert. 

Le récit du jugement a dû à son étrangeté et à sa beauté de 
rencontrer un égal succès dans la littérature non-juive. 

Nous le retrouvons d'abord en arabe dans le dr>nba 50WO&, 
d'Abul-Wafa Mobasschir ibn Fatik, composé en Syrie en 1053-1054. 
Cet ouvrage a été connu de bonne heure du moyen âge et a été 
traduit en espagnol, en latin, sous le titre de Dicta Philosopho- 
rum, en anglais et en français l . Nous citerons la version fran- 
çaise du passage qui nous intéresse 2 : 

Et ne croyoit pas de legier tout ce que on luy rapportoyt des faix 
de ses subgectz se il ne le veoit et congnoissoit appertement. Et pour 
ce s'en alloyt aulcunes foys secrettement visitant les seigneuries et 
enquerant des besongnes d'icelles sans estre congneu. Et une foys 
entra en une de ses villes et vit venir devant le juge d'icelle deulx 
contendans dont l'ung dist au juge en complaignant : * Sire juge, 
j'ay achapte de cest homme cy une maison et en icelle ay depuis 
trouve ung trésor en terre qui n'est pas mien, lequel je lui ai offert, 
et il l'a reffuse. Si vous requiers, sire, que il soit contrainct a le 
prendre, car je n'y ai aucun droit. » Si commanda a l'adverse partie 
qu'il respondist. Lequel dist : « Sire juge, soyez certain que oncques le 
trésor qu'il a trouve ne fut mien, ains ediffia y en icelluy lieu qui estoit 
commune place a tous ceulx qui ediffier y vouloient, et pour ce je n'ay 
point de cause de prendre ledit trésor. » Si requirent ces deux 
hommes au juge que il même le voulsist prendre. Ausquelz il respondit : 
« Puisque vous n'y avez nul droit a qui l'héritage a este ou le trésor 
a est trouve quel droit y puis je avoir qui suis estrange et oncque 
mais de ce n'ouys parler? Vous vous excusez de le prendre et m'en 
donnez la charge si faictes mal. » Et puis il demanda a celuy qui 
avoit trouve le trésor s'il avoit nulz enfans, il respondit qu'il 
avoit ung filz, et a l'aultre pareillement, lequel dit qu'il avoit une 
fille. Ausquelz le juge dist : « Soit fait de mariage d'iceluy filz et 
d'icelle fille, et ce trésor soit a eulx deux en accroissement de leur 
bien. » Et quant Alexandre ouyt ce jugement il fut moult émerveille 
et dist au juge : « Je ne cuydoye que en tout le monde f'eussent juges 
ne gens si véritables. » Si luy respondit le juge qui ne le congnois- 
soit mie : « Comment en est il aucuns qui facent autrement? » « Certes, 

1 M. Knust a publié ces quatre versions, pour la partie relative à Alexandre {Mit- 
theilungen ausdem Eskurial, Tubingue, 1879). L'original arabe se trouve à Leyde, ms. 
Warner, 515 ; Cat. Cod. orient., Leyde, 1865, t. III, p. 342, n° MCCGCLXXXVII . 

* Ibid., p. 458. 



92 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dit Alexandre ouy, en plusieurs terres. » Adouc lui demanda le juge 
en soy esraerveillant se il pluvoit en leurs terres et se le soleil y 
luysoit comme s'il voulsist dire que Dieu ne devoit envoyer pluye, 
soleil ne autre chose qui fist fructifier les biens en la terre de ceulx 
qui ne font droicturiere justice. Et adonc fut Alexandre plus esmer- 
veille que devant 1 . 

Est-ce par Mobasschir que la légende juive est entrée dans la 
littérature arabe ? Nous laissons aux arabisants le soin de répondre 
à cette question. Quoi qu'il en soit, elle a pris une nouvelle forme 
dans certains écrits. C'est devant David et Salomon que se présen- 
tent les parties, et la satire finale a disparu avec Alexandre 2 . 

La littérature occidentale n'a pas attendu la traduction de 
Mobasschir pour donner asile à notre fable. Nous la trouvons au 
xn e siècle 3 dans la Chronique de l'abbaye de Saint-Hubert, connue 
sous le nom de Cantatorium 4 . 

Un abbé, nommé Lambert, se trouvant en 1083 devant un 
prélat, lui aurait raconté, pour le distraire, entre autres anec- 
dotes, celle-ci : Alexandre se rendit auprès de Dydime, prince des 
Brachmanes, qui le reçut royalement et l'invita à assister à un 
procès pendant entre deux voisins. Le lendemain se produisit la 
scène qui nous est familière. Alexandre se mit à admirer le désin- 
téressement des plaideurs : « Hujus modi nulla esset in regno meo 
agenda disceptatio, quia omne inventum publici juris vindicaret 
violenter exactio. » Didyme lui demanda alors si la nature pro- 
duisait pour eux des biens. « Et même beaucoup », répond 
Alexandre. « Haec quidem, reprend Dydime, dona creatoris licet 
alendis ibi provenirent creaturis, scirent profecto hommes tantas 
injustitiae et cupiditatis illa non suis modo débita meritis, sed in 
eadem subsistentibus vel volatilibus vel bestiis. » Ces derniers 
mots rappellent les « petits animaux » de Bereschit Rabba. 

Par quel intermédiaire le conte palestinien est-il arrivé à l'ab- 
baye de Saint-Hubert? Est-ce par une traduction ou le récit d'un 
rabbin du nord de la France? Nous l'ignorons 5 . Une fois mis en 
latin, il allait entrer dans la littérature romane, mais nous ne l'y 

1 Le latin dit : « Pluitne in terra illorum? Et admira lus est Alexander verbi sui 
dicens. * Tali sicut hic firmantur celi et terre. • 

1 Weil, Biblische Legenden dcr Musulm&nner, p. 215. 

3 Je nesais sur quoi M. Knust [l. c, p. 297) se fonde pour prétendre que ce 
passage est une interpolation du xm e siècle. Robaulx de Soumoy, qui a édité le Can- 
tatorium, dit que le ms. de Bruxelles de cette œuvre est écrit en minuscules du 
in e siècle, et cette page s'y trouve déjà. 

4 Pertz, Monumenta gernianica, Scriptores, VIII, p. 599. 

5 II est certain qu'il a dû y avoir un grand nombre de contes juifs rédigés en 



LA LEGENDE D'ALEXANDRE DANS LE TALMUD ET LE MIDRASCH 93 

suivrons pas, ne voulant pas étendre outre mesure cette mono- 
graphie ' . 



TALMUD DE JERUSALEM, ABODA ZARA. 



R. Jona (iv° siècle) dit : « Alexandre le Macédonien voulut s'élever 
dans les airs; il monta, monta jusqu'à ce qu'il vit le monde comme 
une boule et la mer comme un chaudron ; c'est pourquoi on le repré- 
sente tenant à la main une boule et un chaudron 2 . » 

Nous avons là un souvenir bien effacé de l'ascension d'Alexandre 
dans les airs, racontée dans le Pseudo-Callisthènes (liv. II, ch. xli). 

Sa descente dans la mer, rapportée tout au long dans cet 
ouvrage (liv. II, ch. xxxviii), se retrouve pareillement dans le 
Midrasch sur les Psaumes (Ps. xcm). 

Midrasch sur les Psoâcmes. 

Adrien 3 voulut connaître le fond de l'Océan; il prit des cordes et 
les déroula pendant trois ans ; il entendit alors une voix qui lui dit : 
« Gesse, Adrien. » Puis il voulut savoir quelles louanges les eaux 
adressent à Dieu. Il fabriqua des caisses en verre, y introduisit des 
hommes et les fit descendre par des cordes dans l'Océan. Quand ils 
furent remontés, ils rapportèrent avoir entendu l'Océan chanter : 
« Dieu est fort dans les hauteurs. » (Ps. xcm, 4) 

Peut-être le premier stratagème employé par Alexandre pour 
explorer le fond de la mer — stratagème inconnu à toute la lé- 
gende d'Alexandre — est-il un dédoublement du second. S'il dure 
trois ans, c'est que l'auteur a joué sur le mot bœbra « dérouler une 
chaîne », qui vient de la racine xshw « trois ». 

La deuxième partie de ce passage est une illustration aggadique 
du verset, qui parle de la voix des flots. 

Israël LÉvr. 



hébreu et qui ont disparu. Qu'on considère combien il s'en trouve d'uniques dans le 
Hibbour Maasiot ! 

1 Citons seulement le Roman d'Alexandre, v. 494, dont la version se rattache plutôt 
à la Chronique de saint Hubert qu'à Mobasschir. En effet, elle parle d'un champ, et 
ce dernier d'une maison; elle laisse l'affaire pendante, comme la Chronique, tandis 
que Mobasschir la termine par le mariage. 

2 Ce texte est littéralement reproduit dans Bemidbar Rabba, xin. La même his- 
toire est racontée, mais d'après une source arabe probablement, dans le Midrasch des 
dix rois (Horowitz, Bibliotheca Haggadica, I (1881), p. 44-45). 

3 Mis ici par erreur pour Alexandre. 



ÉTUDE HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE 
SUR LA ROUE DES JUIFS 



DEPUIS LE XIII e SIÈCLE 



(SUITE ET FIN * 




Frédéric II paraît avoir introduit à Naples le signe vers 1233 - ; 
nous savons, d'autre part, que le signe fut imposé aux Juifs, au 
moins à ceux de la Sicile, par le concile de Piazza, célébré le 
20 octobre 1296 3 . A cela se bornent les renseignements pour le 
xm e siècle, mais il n'est pas téméraire de conjecturer que les 
prescriptions pontificales durent être appliquées de très bonne 
heure aux Juifs d'Italie. Pour une époque relativement reculée, 
nous possédons encore les textes des canons des deuxième et qua- 
trième conciles de Ravenne, de 1311 et 1317. 

Il y a lieu de croire aussi que, comme partout ailleurs, les Juifs 
d'Italie furent plus ou moins rigoureusement astreints au port du 
signe; malheureusement les documents que j'ai pu recueillir con- 

1 Voyez tome VI, p. 81. 

* Graetz, Geschichte der Juden, t. VII, p. 30. 

3 Zunz, Zur Geschichie nnd Literatur, t. I, p. 488. 



ÉTUDE SUR LA ROUE DES JUIFS DEPUIS LE XIII e SIÈCLE 95 

cernent un petit nombre de régions ou de villes. En voici l'énumé- 
ration, avec l'indication des dates qui s'y rapportent : 

Sicile, 20 décembre 1369, 1395 et 1428 1 ; 
Venise, 1395, 5 mars 1408, 26 septembre 1423, 22 janvier 1429 
et 1496 2 ; 
Padoue, 22 janvier 1429, 1434 et 1443 3 ; 

Vérone, 1422, 22 janvier 1429, 1433, 1434, 1443, 1480 et 1527*; 
Todi, 1438 5 ; 

Novare et Verceil, 16 avril 1448 G ; 
Parme, 1473 7 ; 
Pirano, 1484 8 ; 
Rome, xv e siècle 9 ; 
Asolo, 1520 10 ; 
Gênes, 1629". 

La forme du signe et les éléments constitutifs qui le composent 
ne sont pas toujours précisés; il n'est désigné sous le nom de roue 
que dans les canons des deux conciles de Ravenne 12 ; dans la 
Sicilia sacra 13 , il est une fois appelé rouelle, ailleurs encore 
cercle 14 . La dénomination générique sous laquelle il sera connu 
sera presque toujours celle d'0 1S , à cause de la ressemblance de la 
lettre avec la roue. En ce qui concerne la forme, il ne paraît pas 
y avoir eu de différence essentielle entre le signe des Juifs de 
France, d'Espagne, de Portugal et d'Allemagne et celui des Juifs 
d'Italie. Cependant à Vérone, l'O fut remplacé, en 1433, par une 
étoile qui, à son tour, fit place, en 1480, à l'O primitif 10 . 

Le chapeau jaune fut aussi, dès la fin du xv e siècle, une des 
marques qui servirent à distinguer les Juifs d'Italie des chrétiens; 
il fut prescrit à ceux de Venise, en 1496, à ceux d'Asolo, en 1520, 



» Zunz, Z. &., p. 490, 492 et 495 ; — Sicilia sacra, t. II, p. 907. 

2 Educatore israelita, 1871, p. 48 ; — Steinschneider, Hebraeische Bibliographie, 
t. I, p. 17, et t. VI, p. 66. 

3 Hebraeische Bibliographie, t. VI, p. 66. 

* Ibid., t. VI, p. 66 ; — Educatore israelita, 1863, p. 202 ; 1871, p. 49. 

5 Archivio storico italiano, série IV, n°19 ; — Revue des Etudes juives r .U 11, p. 319. 

6 Hebraeische Bibliographie, t. VI, p. 66. 

7 Mucatore israelita, 1870, p.. 170. 

8 Bévue des Etudes juives, t. II, p. 191. 

9 Schudt, Jûdische Denhvûrdigkeiten, 1. VI, p. 244-245. 
*° Revue des Etudes juives, t. V, p. 223. 

11 Educalore israelita, 1871, p. 171. 

» J Sacrosancta concilia, t. XV, col. 58 et 193. 

'3 T. II, p. 907. 

i« Schudt, 1. VI, p. 244. 

15 A Parme, à Pirano, à Venise et à Vérone. 

16 QU Ebrei di Verona, art. de D. Fortis dans YEducatore israelita, 1863, p. 202. 



96 REVUE DES ETUDES JUIVES 

et à ceux de Vérone, le 15 mars 1527 l . A Venise, le chapeau 
remplaça la roue que les Juifs tenaient cachée ; de jaune il devint 
roux; plus tard, il fut entouré de cheveux rouges ou d'une étoffe 
rayée 2 . 

J'ignore à partir de quel âge le port du signe était généralement 
obligatoire en Italie; à Pirano, il est fixé à treize ans 3 . 

Le signe devait être porté en lieu apparent, sur la poitrine 4 , 
au dessous de la barbe 5 et sur le vêtement de dessus 6 . Les canons 
des deux conciles de Ravenne ordonnent que les Juives auront la 
roue sur leur coiffure 7 ; à Rome, elles portaient deux raies bleues 
sur leurs manteaux s . 

La roue était de toile, de drap ou de fil 9 . Elle fut primitivement 
de couleur jaune safran 10 ; elle était rouge en Sicile en 1395 ll . En 
Sicile, elle avait la grandeur et la forme du sceau royal 12 ; à Ve- 
nise, elle était de la dimension d'un pain de la valeur de quatre 
sous 13 ; à Vérone, le pourtour avait un doigt de largeur : le dia- 
mètre était celui d'un pain de quatre deniers 14 ; à Rome, le dia- 
mètre du cercle devait avoir au moins un doigt d'homme 15 . 

En Italie aussi, quand les Juifs cherchaient à se soustraire à 
l'obligation de porter le signe, ils étaient punis. En Sicile, les 
délinquants étaient passibles de quinze jours de prison 16 ; de même 
à Venise, où ils pouvaient être, en outre, condamnés à une 
amende 17 . A Vérone, la peine était de vingt-cinq livres pour chaque 
contravention; il n'en était fait remise sous aucun prétexte 1S . 
Cependant, il y avait des adoucissements à ces rigueurs ; par 
exemple à Pirano, les Juifs n'étaient pas condamnés quand ils 

I Educatore israelita, 1871, p. 140 ; — Bévue des Etudes juives, t. V, p. 223; — 
Educatore israelita, 1863, p. 202. 

* Educatore israelita, 1871, p. 140. 

3 Revue des Etudes juives, t. II, p. 191. 

4 Du Cange, au mot Jud,ei; —Educatore israelita, 1871, p. 48 ; — Scbudt, 1. VI, 
p. 244. 

5 Sicilia sacra, t. II, p. 907. 

6 Sacrosancta concilia, t. XV, col. 59 et 193 ; — Schudt, 1. VI, p. 244. 

7 Ibid. 

8 Ibid. 

9 Conciles de Ravenne, dans les Sacrosancta concilia, t. XV, col. 58 et 193 ; — 
Sicilia sacra, t. II, p. 907 ; — Du Cange, au mot Jud^ii ; — Schudt, 1. VI, p. 244. 

10 Sacrosancta concilia, t. XV, col. 58 et 193 ; — Du Cange, au mot Jud^ii; — 
Educatore israelita, 1871, p. 48 ; — Schudt, 1. VI, p. 244. 

II Sicilia sacra, t. II, p. 907. 
« Ibid. 

13 Educatore israelita, 1871, p. 48. 

14 Ibid., 1863, p. 202. 

»s Schudt, 1. VI, p. 244. 

16 Sicilia sacra, t. II, p. 907. 

17 Educatore israelita, 1871, p. 48. 

18 Ibid., 1863, p. 202. 



ETUDE SUR LA ROUE DES JUIFS DEPUIS LE XIII e SIÈCLE 97 

cachaient le signe, pourvu toutefois qu'ils le portassent 1 ; en 
voyage par terre et par eau, ils n'étaient pas tenus de l'avoir 2 ; 
de môme, les Juifs d'Asolo n'étaient pas obligés de se couvrir du 
chapeau jaune quand ils voyageaient 3 . 

Les Juifs de Novare et de Verceil furent exemptés par le duc de 
Milan de l'obligation de porter l'O sur leurs vêtements (16 avril 
1448 4 ) ; ceux de Parme obtinrent la même dispense de Galéas- 
Marie Sforza (20 septembre 1473) 5 . Enfin, à côté de ces exemp- 
tions générales, il y a des dispenses particulières ; nous en trou- 
vons une en faveur de Moïse Rap, médecin, en récompense des 
services rendus par lui à la République de Venise G . 

Enfin il semble résulter d'un texte donné par la Sicilia sacra 7 
qu'un prélat ou un ecclésiastique d'un rang élevé était chargé 
spécialement de veiller à l'observation des règlements relatifs 
à la roue. Nous connaissons par un acte du 10 août 1395 un fonc- 
tionnaire investi de cette charge, il se nommait Nicolas de Pa- 
lerme. 

Les Juifs furent chassés d'Angleterre en 1290 ; ce que nous 
pouvons savoir du signe qu'ils étaient contraints de porter se 
réduira donc forcément à peu de chose. 

Il leur fut imposé, dès 1222, dans un concile provincial tenu par 
Etienne.de Langton, archevêque de Cantorbéry. Il se composait, 
pour les deux sexes, d'une bande d'étoffe de deux doigts de largeur 
et de quatre de longueur ; elle devait être d'une couleur différente 
de celle du vêtement 8 . D'après Tovey 9 , le signe fut d'abord blanc; 
sous Edouard I er , en 1274 ou 1275, il fut changé en jaune, par 
acte du Parlement instituant le Statutum de judaismo et prescri- 
vant que, dès l'âge de sept ans, les Juifs des deux sexes seraient 



1 Revue des Etudes juives, t. II, p. 191. 

2 Ibid. 

3 Ibid., t. V, p. 231. 

4 Hebraeische Bibliographie, t. VI, p. 66. 

5 Edticatore israelita, p. 170. 

6 Hebraeische Bibliographie, t. VI, p. 67. 

7 ... Porro signum hoc rotellae rubeae, quibus fungebatur quod defferre solebant 
Judaù in Siculo regno sub custodia alicujus prsesults vel viri ecclesiastici dignitate 
praefulgentis satis declaratur in diplomate dàto Catanae 10 aug. 1395, ind. 3 a : 
F. Nicolaus de Panormo cognoscere debuerat de observatione Judaeorum rotellae de 
panno rubeo in forma et quantitate majoris regii sigilli, per dependentiam barba? et 
palmi distantiam in eorum exteriori veste semper et ubicumque in pectore portando, 
in distinctionem a Christi fidelibus manifestam et mulierum eorumdem in earum 
veste exteriori sub pœna quindenae carceris eisdem utriusque sexus inferendae, etc. 
T. II, p. 907. 

8 Tovey, Anglia judaica, or the history and antiquities of the Jews in England, 
p. 82. 

9 Ibid., p. 205. 

T. VII, n°13. 7 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tenus d'avoir sur leurs vêtements extérieurs deux bandes d'étoffe, 
ad instar tabularum, d'un palme de longueur 1 . Cette disposition 
fut confirmée, le 24 mai 12T7, par Edouard I er , dans un mandement 
à Hugues de Digneneton, qui remplaça l'étoffe par le feutre de cou- 
leur safran, de six pouces de longueur sur trois de largeur 2 . Enfin 
le concile d'Exham, célébré en 1219, prescrit également aux Juifs 
l'usage de deux banderolles d'étoffe de laine d'une couleur diffé- 



*i 




rente de celle du vêtement et cousues sur la poitrine. Les dimen- 
sions fixées sont d'au moins deux doigts pour la largeur et de 
quatre pour la longueur 3 . 

Le document le plus ancien que nous possédions sur le signe 
des Juifs d'Allemagne est une dispense accordée par Gérard, 
archevêque de Mayence, à ceux d'Erfurth. Cette dispense, du 
16 octobre 1294 4 , fut purement locale; peut-être même fut-elle 



1 Du Cange, au mot Jud^ji. 

s Tovey, p. 202 ; — Rymer, Fœdera, conventiones, litera, etc., t. II, p. 83 : Rex 
Hugoni de Digneneton, salutem... quod unusquisque ipsorum (Judaeorum), post- 
quam œtatem septem annorum compleverit, in superiori vestimento quoddam si- 
gnum déférât, ad modum duarum tabularum, de feltro croceo, longitudinis videiicet 
sex pollicum et latitudinis trium pollicum. .. 

3 Ad haec districte prsecipimus ut Judsei utriusque sexus super vestes extcriores 
duas tabulas laneas habeant alterius coloris ad pectus consutas ; quarum latitudo 
digitorum duorum et longitudo quatuor sit ad minus ; ut sic per diversitalem habitus 
a catholicis discernantur et damnatse commixtionis excessus inter hos et illos valeant 
evitari. 

4 . . . nec eosdem Judeos ad portandum signa judaïca, nec ad alia que de Judeis 
in statutis nostris specialiter sunt expressa, artabimus quoquo modo [Codex diploma- 
iicus ecohibens anecdota Moguntiaca, t, II, p. 886] . 



ETUDE SUR LA ROUE DES JUIFS DEl'UIS LE XIII e SIÈCLE 99 

rapportée peu d'années après, en vertu des prescriptions édictées 
dans le concile tenu à Mayence, en 1310, car tous les Juifs des 
deux sexes de la ville, du diocèse et de la province ecclésiastique 
de Mayence étaient astreints de reprendre, clans le délai de deux 
mois, et de porter les signes et des vêtements qui pussent les 
distinguer des chrétiens 1 . A Strasbourg, dès le xiv e siècle, les 
Juifs étaient forcés de se vêtir autrement que les chrétiens ; ils 
devaient notamment avoir le chapeau pointu « Judenhut 2 ». Il 
est probable que le chapeau, prescrit par le concile de Vienne, 
en 1267 3 , fut, jusqu'au xv e siècle, le signe distinctif des Juifs 
d'Allemagne; ainsi, le chapeau rouge fut porté par ceux de Nurem- 
berg jusqu'en 1451, époque où il fut remplacé par une roue jaune 
pour les hommes. La découverte de nouveaux documents pourrait 
seule apprendre si la roue fut en usage en Allemagne avant le 
xv e siècle. 

Je la trouve mentionnée, pour la première fois, dans une ordon- 
nance de l'empereur Sigismond, de 1434, concernant les Juifs 
d'Augsbourg et confirmée, la même année, par le conseil de la 
ville 4 . Elle est de couleur jaune et doit être fixée sur la poitrine; 
les femmes auront des coiffures pointues 5 . La roue jaune pour les 
hommes, le voile ou manteau, avec deux raies bleues pour les 
femmes, sont prescrits par le concile de Cologne de 1442, comme 
pour les Juifs de Rome G ; il en sera de même à Nuremberg 7 et à 
Bamberg, dès 1451 8 , et à Francfort dès 1452 9 . D'après les canons 



1 . . . unanimi approbatione hujus concilii irrefragabiliter duximus statuendum ut 
in universis civitatibus, oppidis, castris et in villis civitalis, dioceseos et provincial 
Moguntinensis gens Judœorutn utriusque sexus infra duos menses post publicationem 
hujus statuti talia signa et habitum quibus sine qualibet ambiguitate a christiano 
populo distinguatur, sibi eligat et déférât manifeste. . . (Sacrosancta concilia, t. XIV, 
col. 1512). 

2 Communication de M. Scheid, de Haguenau. 

3 Sacrosancta concilia, t. XIV, col. 365; — Pertz, Monumenta Germania historica, 
t. IX, p. 702; — Kollar, Analectamonumcntorum omnis œvi Vindobonensia, 1. 1, p. 18. 

4 Gengler, Codex jaris municipalis Germanice medii cevi, t. I, p. 89. 

5 Soumit, 1. VI, p. 245. 
« Ibid., p. 243. 

7 Wùrt'el, Nachrichten von der Judcngemcindc, p. 95. 

8 Stumpf, Denhwûrdigkeiten der dculschen Geschichte, p. 151. 

9 Nicolaus miscratione divina tituli S. Pétri ad vincula S. R. E. presbyter cardi- 
nalis, etc. Cum nos alias in civitate Maguntium provinciali synodo preesideremus, 
inter cetera quoddam slatutum de Judaeis et crucis Christi inimicis in eadem synodo 
innovatum existit in quo sub cessationis divinorum et sub yacationis communionis 
pœnis districle mandatur quod Judœi de cœtero signa déferre debeant conformiter ut 
in urbe Roma. Et nonnulli dubitare videntur quomodo in urbe Roma JucUei déférant. 
Hinc nos prout in aliis nationis locis ordinavimus, praesentium tenore declaramus 
signum hujusmodi esse debere circulum de croceis filis visibiliter consutum, cujus 
diameter communis bominis digito minor non sit. ante pectus quoad masculos in veste 
extrinseca, ita quod omnium eos intuentium oculis appareat; et duœ rigœ blavei coloris 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du concile de Bamberg, la roue sera de fil et aura un doigt de dia- 
mètre ' ; en plusieurs endroits, elle a la dimension d'un florin ou 
d'un écu 2 ; mais rien n'a été plus variable que ces dimensions. 

Outre la dispense accordée, en 1294, aux Juifs d'Erfurth, nous 
en connaissons une autre donnée à ceux de Mayence et de Bingen, 
en 1457 3 . 

Un modus Vivendi donné, au mois de mars 1547, par Ferdinand, 



roi des Romains, landgrave et landvogt d'Alsace, aux Juifs du 
haut Rhin vivant sous la domination autrichienne, stipulait qu'ils 
se vêtiraient autrement que les chrétiens et qu'ils porteraient la 
roue jaune 4 . Ceux de Haguenau durent aussi, en vertu d'une 
ordonnance du même prince, de Tannée 1551, prendre la roue 
jaune. M. Scheid, connu des lecteurs de la Revue par son savant 
travail sur les Juifs de Haguenau, a bien voulu m'envoyer spon- 

in peplo mulierum in signum differentiaR ut a Christianis discernantur. Verum, uti 
accepimus, nonnulli Judœi in opido vestro Francof'urtensi et extra habitantes, ac 
ipsum opidum fréquenter visitantes, liane ordinationem minime servare curant. Hinc, 
etc,... Datum in opido nostro Brunneck..., die 2 a mensis maii, anno a nativitate 
D. 1452, etc. (Schudt, 1. VI, p. 244-245). 

1 Stumpf, p. 151 . 

2 Schudt, 1. VI, p. 243. 

3 Stumpf, p. 151 ; — Schaab, Diplomatische Geschichte der Stadt Maint, p. 121. 

4 Archives de Strasbourg, L 174, n° 27 ; communication de M. Scheid. 



ETUDE SUR LA ROUE DES JUIFS DEPUIS LE XIII" SIECLE 101 

tanément une copie de la roue dont le modèle figure d'un côté de 
l'ordonnance 1 . Nous la reproduisons ci-contre à titre de spécimen, 
en représentant par des hachures la couleur jaune. 

Schudt, dans ses Jiïdische Dentuoùrdiglieiten- , a donné trois 
fac-similés de la roue des Juifs de Francfort. Le premier, d'après 
une édition d'un règlement des Juifs de 1613 et 1614, a 92 milli- 
mètres de diamètre ; le cercle de la roue a 12 millimètres de lar- 
geur ; le deuxième, d'après l'édition de 1616, a à peu près les 
mêmes dimensions ; le troisième, de moindre grandeur, a 48 milli- 
mètres de diamètre ; le cercle 8 millimètres. Dans le cercle jaune 
des deux derniers il y a, à gauche, la lettre S, qui signifie sans 
doute signimi. 

La réglementation du signe des Juifs d'Allemagne n'offre, à vrai 
dire, qu'un intérêt secondaire, puisqu'elle a été, à peu de chose 
près, la même que partout ailleurs. Dans l'Empire, l'esprit public 
à l'égard des Juifs se manifestait sous de tout autres formes. 

Dans les- gravures allemandes de la fin du xv° siècle, ils sont 
représentés avec la roue, surtout lorsque l'artiste veut les rendre 
ridicules ou odieux. Schudt donne, dans son livre, une gravure 
reproduisant un dessin fait après 1475 et qui se trouvait autrefois 
sur la tour d'un pont à Francfort. Elle représente quatre Juifs et 
une Juive ; l'un est à rebours sur une truie ; un autre la tète ; un 
troisième reçoit dans la bouche les déjections de l'animal ; le 
quatrième, debout, porte deux cornes de bouc. Tous ont la roue, 
le premier et la femme sur le bord de leurs manteaux ; le second 
et le quatrième sur la poitrine ; le troisième sur la manche, près 
de l'épaule 3 . De même les gravures de Wohlgemuth de l'édition 
in- fol. du Uiber chronicarum mundi, publiée à Nuremberg, 
en 1493, qui représentent le crucifiement de l'enfant Richard par 
les Juifs à Pontoise et celui de l'enfant Simon à Trente, nous 
montrent les Juifs, trois dans la première et huit dans la seconde, 
avec la roue 4 . 

En ce qui concerne le signe des Juifs établis en Suisse, les ren- 
seignements connus se réduisent aux suivants. Un Juif reçu, 
en 1435, à Schaffouse, est soumis à l'obligation de porter sur le 
devant de son vêtement un signe de drap rouge de la forme d'un 
chapeau pointu 5 . Sur une gravure d'Urse Graff, qui vivait à Bâle 

1 L'original est aux archives de Haguenau, sous la cote GG, n° 68. 

2 P. 118, 155 et 165. 

3 Entre les p. 256-257. 

4 Ces gravures ont été reproduites par M. Paul Lacroix, Mœurs, usages et coutumes 
au moyen-âge et à Vépoque de la Renaissance, p. 473 et 475. 

5 Ulrich, Sammlung jildischer Gcschichten in dcr Schweiz, p. 463. 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vers 1508, on voit, parmi les auditeurs qui écoutent le Christ prê- 
chant, un Juif représenté avec une roue sur le dos *. 

La même pénurie de documents existe pour les Juifs d'Autriche, 
de Hongrie et de Pologne. Aux termes des canons du concile de 
Vienne tenu en 1267, les Juifs d'Autriche devaient, comme je l'ai 
déjà dit, porter le chapeau pointu 2 . Le concile d'Ofen, en 1279, 
prescrivit la roue de drap rouge, sur le côté gauche de la poitrine 3 . 

Les Juifs de Pologne étaient obligés de se coiffer de chapeaux 
ou de bonnets vert foncé, sauf en voyage où ils en étaient dis- 
pensés 4 . 

Enfin il semblerait résulter d'une exemption accordée, en 1462, 
à un Juif de Crète, Maurogonato, que les portes des maisons des 
Juifs établis dans l'île devaient être marquées d'un ou d'un 
{thêta) s . 

Telle est la substance des documents que j'ai pu recueillir sur le 
signe des Juifs. Il y en a assurément beaucoup d'autres encore 
enfouis dans les dépôts d'archives ou disséminés dans des ouvrages 
imprimés. J'espère que mon modeste travail aura pour résultat de 
les faire sortir de la lumière et de fournir un appoint important 
à des recherches que je n'ai pas la prétention d'avoir épuisées ; 
j'espère surtout avoir fourni aux archéologues des éléments utiles 
pour la détermination de l'origine et de la date des monuments où 
des Juifs seraient représentés avec le signe. 

En terminant j'adresserai encore une fois l'expression de ma 
sincère reconnaissance aux érudits qui ont bien voulu m'adresser 
des communications ; je n'hésite pas à avouer que si cet essai a 
quelque mérite, je le dois surtout à l'inépuisable bienveillance et à 
la vaste érudition dé M. Isidore Loeb. 

Ulysse Robert. 



1 Dans un recueil conservé au département des estampes de la Bibliothèque natio- 
nale, sous la cote E a 25, p. 82. 

2 . . . districte prtecipimus ut Judaei qui discerni debent in habitu a Christianis 
cornutum pileum quem quidam in istis partibus consueverunt déferre et sua temeritate 
deponere prsosumpserunt, résumant,... [Sacrosancta concilia, t. XIV, col. 365). — 
Cf. Pertz, t. IX, p. 702, et Kollar, t. 1, p. 18. 

3 Graetz, t. Vil, p. 164. 

4 Du Cange. au mot Judaei. 

5 Sathas, TSXMjvtxa àvsxooxa, p. xxvi. 



LE EABBINAT DE METZ 

PENDANT LA PÉRIODE FRANÇAISE (1567-1871) 



Metz, cette belle et ancienne communauté, qui servait, pour 
ainsi dire, de trait-d'union entre les Juifs de France et du Midi et 
ceux de l'Allemagne, a été illustrée pendant le moyen âge par 
des sommités du judaïsme, telles que Rabbénou Guerschon meor 
hagolah, « la lumière de la captivité », R. Machir Léonti, son 
frère, Eliézer, le célèbre auteur du Se fer Yeréim, R. Méir, son 
frère, les tosaphistes David, Juda, Yom Tob et tant d'autres dont 
les noms ne nous ont pas été conservés, mais qui étaient connus 
sous le titre collectif et célèbre d'Anciens, de Sages ou Grands de 
Lothair 1 (Lorraine, -pmb •'b'm , ^sn ,"^pt). Les ouvrages casuis- 
tiques de l'époque nous parlent souvent de leurs écoles, de leurs 
livres, de leurs traditions, de leurs mœurs et coutumes, et 
surtout de leurs décisions religieuses, qui faisaient et font en- 
core autorité dans le monde rabbinique. Le xi e et le xn e siècles 
sont les moments les plus florissants de cette pléiade de savants 
lorrains et messins. Le xm e siècle voit le commencement de la 
décadence de ces écoles, et, bientôt après, la communauté juive de 
Metz perd tout son éclat avec l'expulsion des Juifs de France 
(1306). Enfin elle tombe dans l'oubli, et toute trace de Juifs dispa- 
raît de cette ville. Pendant près de deux siècles, il est très peu 
question d'eux dans les annales de cette cité, et quand il s'y trouve 
des Juifs, ils sont si peu nombreux et de si peu d'importance 
qu'ils ne peuvent plus former de communauté et encore moins 
avoir des savants de renom. 

Ce n'est que dans la seconde moitié du xvi e siècle, et après que 

1 Voy. Tosaphot B. Batra, 74 a, Ittur, 90 a, Kolbo, 117; Consultations de Sal. 
Luria, n° 29. 



10 i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la France s'est emparée de la ville de Metz, que les Juifs y repa- 
raissent comme habitants autorisés à y établir leur demeure. Les 
quatre premières familles qui y sont admises en 1567, avec l'agré- 
ment du Maréchal de Vieilleville, se multiplient au point que, 
moins de trente ans après, elles s'organisent en communauté. 
C'est en 1595 que les Juifs de Metz se réunissent pour la première 
fois en assemblée générale et qu'ils élisent un conseil, auquel ils 
délèguent tout pouvoir et toute autorité en ce qui concerne l'ad- 
ministration, la police et la justice des ca,s civils. Des six hommes 
qui composent ce conseil, les trois premiers portent le titre de 
Rahbi : ce titre, nous le verrons plus loin, n'est pas un simple 
terme de politesse, équivalent à celui de Monsieur, mais bien un 
nom de dignité religieuse ; ces trois hommes formaient donc le 
premier tribunal rabbinique qui s'était établi de nouveau dans la 
ville de Metz. 

Nous voyons donc qu'à cette date (1595) la nouvelle commu- 
nauté juive de Metz se trouve reconstituée avec une population de 
vingt-cinq ménages ou cent-vingt personnes. Elle ira toujours 
en augmentant dans une proportion très forte : moins de vingt 
ans après (1614), elle se composera de cinquante-huit ménages 
(trois cent-cinquante personnes environ), et en 1624 elle atteindra 
le chiffre de soixante- seize ménages (quatre cent soixante per- 
sonnes environ). 

Nous nous proposons dans ce travail d'étudier la constitution 
du rabbinat de Metz et la vie des différents titulaires de cette 
haute fonction religieuse, en même temps que l'œuvre qu'ils ont 
accomplie. Nous raconterons les luttes que les rabbins eurent 
souvent à soutenir contre les prétentions de certains habitants de 
la ville, demi-savants qui voulaient en remontrer à plus docte 
qu'eux, comme aussi contre les exigences parfois outrecuidantes 
des syndics ou administrateurs, et enfin contre certains esprits 
indépendants, désireux de s'affranchir de la juridiction des 
rabbins et même de l'application du droit juif, parce que le droit 
juif et ses interprètes ne se prêtaient point à leurs injustes récla- 
mations. 

On sait comment étaient, en général, administrées les commu- 
nautés juives au moyen âge. Un conseil élu était chargé de ré- 
partir les impôts le plus équitablement possible, et de les per- 
cevoir ; il avait à faire la police du quartier juif, à exercer une 
surveillance active pour que des imprudents, des égoïstes ou des 
malveillants ne compromissent point l'existence de la commu- 
nauté. Ces fonctions n'allaient pas sans de vastes pouvoirs : le 
conseil avait une autorité presque absolue, qui allait quelquefois 



LE RABBINAT DE METZ DE 1567 A 1871 105 

jusqu'à l'arbitraire, et qui ne trouvait de limite que clans la courte 
durée du mandat des conseillers et dans le soin que prenaient les 
électeurs d'empêcher la prédominance exclusive, dans le conseil, 
de certaines classes ou de certaines familles. Les fonctions de 
conseiller étaient obligatoires et gratuites. 

Les pénalités d'ordre religieux, telles que privation d'hon- 
neurs, excommunication, etc., ne pouvaient être consignées dans 
les règlements qu'avec l'autorisation du rabbin, ni exécutées sans 
une décision rabbinique. Il fallait donc que cette autorité fût 
absolument' indépendante et à l'abri de toute influence. C'est 
ce qui explique pourquoi, jusqu'à la fin du xvin siècle, on 
eut soin, à Metz, de choisir le grand rabbin sans aucun lien de 
famille ou même d'amitié avec les habitants de la ville. Le rabbin 
était, pour ainsi dire, le gardien vigilant de la loi religieuse et de 
l'existence de la communauté. Il n'entrait pas dans les détails de 
l'administration ; mais quand on lui avait prouvé que les circons- 
tances exigeaient telle ou telle mesure de rigueur, il ne pouvait 
se soustraire à l'obligation de l'appliquer sans faillir à ses devoirs. 

Le rabbin était donc toujours appelé du dehors; il venait d'Alle- 
magne ou de Pologne, et à mesure que la communauté devenait 
plus importante et plus nombreuse, elle pouvait prétendre à de 
plus grands savants, à de plus hautes célébrités rabbiniques. 
Aussi ne faut-il point s'étonner si les premiers rabbins de la com- 
munauté de Metz ont peu de renom et laissent de faibles traces 
dans l'histoire de la casuistique ou de la littérature hébraïque ; 
mais cette période dure à peine un demi-siècle. Dès le milieu du 
xvn e siècle, le rabbinat de Metz est occupé par des hommes qui 
ont une grande notoriété dans le monde israélite, par leur science 
et leur caractère. 

Deux notices ont déjà été publiées sur le rabbinat de Metz : l'une 
est de M. Terquem (sous le pseudonyme tsarphati et le chiffre at, 
initiale de ce pseudonyme) et a été publiée dans les Israelilische 
Annalen d'abord * , puis dans les Archives Israélites-. L'autre tra- 
vail sur les rabbins de Metz est de M. Carmoly, et a paru également, 
à titre de rectification et d'addition au travail de M. Terquem, 
dans les Israelitische Annalen*. Nous avons réuni un certain 
nombre de documents inédits qui jettent un jour nouveau sur 
l'établissement et l'histoire du rabbinat de Metz, sur les lois et 

1 Année 1839, n os 48 et 49. 

* Première année (1840), p. 25-31. M. Terquem était un professeur de mathéma- 
tiques fort distingué, il a fait une notice sur le calendrier juif, dans la Bible Canon. 
Son travail sur les rabbins de Metz contient beaucoup d'erreurs. 

3 Année 1840, pages 61, 80, 96 et 185. 



106 REVUE DES ETUDES JUIVES 

règlements qui le concernaient, sur les luttes qu'il eut à soutenir, 
sur l'autorité" et le pouvoir qui lui étaient attribués ; nous venons 
les exposer dans cette notice *. 



C'est en 1595, ainsi que nous l'avons dit, que se reconstitua la 
nouvelle communauté juive de Metz. Les quatre premières familles 
admises en 1567 s'étaient augmentées par des mariages, des nais- 
sances et, sans doute aussi, par l'immigration, et les Juifs for- 
maient à cette date un groupe de cent vingt personnes ou vingt 
ménages. Sentant la nécessité d'établir un lien réel entre eux, 
comme il existait déjà pour eux une solidarité fiscale et morale 
pour leurs relations avec les autorités du pays, les chefs de famille 
se décidèrent à confier leurs intérêts matériels et religieux à un 
conseil qu'ils nommèrent à l'élection. Le procès-verbal de cette 
première réunion générale, dont nous possédons une copie authen- 
tique écrite en langue française, avait d'abord été rédigé dans leur 
langage ordinaire, le judéo-allemand, et il ne fut traduit en fran- 
çais que lorsqu'on voulut le soumettre à l'agrément de l'autorité 
et faire reconnaître les élus comme les représentants officiels et 
les intermédiaires régulièrement institués de la communauté juive 
de Metz. La traduction française en fut déposée au greffe de la 
Prévôté des Trois-Evêchés et on ajouta plus tard dans le texte 
même les changements qui se firent dans le conseil. En voici la 
copie textuelle, telle qu'elle a été collationnée en 1628 sur l'original 
même 2 . 

Le 12 juillet 4 595. 

Par la grâce de Dieu et consentement de Sa Majesté et de Monsei- 
gneur le Duc de d'Espresnon, permission nous a esté donnée pour ré- 
sider en ceste ville de Metz, et en se multipliant de jour en jour, il 
est convenable de choisir et eslir quelques hommes d'entre nous à 

1 Nous n'avons pas cru devoir citer chacun des faits, dates ou récits qui, rap- 
portés dans les notices de Terquem et de Carmoly, ont été rectifiés par nous, nous 
avons conservé seulement les données de ces deux auteurs que nous avons pu véri- 
fier et contrôler. Pour éviter un trop grand nombre de citations, nous prions nos 
lecteurs de se reportera ces deux études de nos devanciers. 

2 Cette pièce, comme toutes celles dont nous n'indiquerons pas la source, se trouve 
entre nos mains, et nous en garantissons l'authenticité. Nous tenons d'ailleurs les 
pièces originales à la disposition de nos lecteurs. 



LE RABBINAT DE METZ DE 1567 A 1871 107 

ce de nous gouverner, juger et terminer les actions qui se trouveront 
estre faictes par le corps de la communaulté, mesmes de tenir police 
et décider des cas civils, en outre les choses sainctes et toutes autres 
choses qui s'y rencontreront. De ces causes nous nous sommes assem- 
blés grandz et petits le jour susdit. Si qu'avons faict eslection des six 
hommes bas dénommés ausquelz pouvoir leur est attribué de nous 
gouverner, juger et terminer noz actions comme sus est exprimé. 
Aux dires et relation de la bouche d'iceux toutes choses arresteront 
sans que nous y puissions contrevenir, changer ni diminuer aucu- 
nement. A l'instant ont lesditz six hommes esleuz accepté ladite 
charge avec promesse par eux faicte sur la foy céleste d'ordonner et 
terminer toutes les choses pourquoy ils sont choisiz selon leur 
bonne conscience et pouvoir à eux donné par la grâce de Dieu et 
selon leur loy convenable sans cercher aucune advantage a eux 
particulière. 

Telz sont lesditz esleuz : 

Le chef et premier Rabby, Isaac fils de Lazar Lévy. 

3 décembre 1620. Après sa mort fut miz son filz en sa place, 
Alexandre Lévy. 

Second Rabby, Joseph Lévy. 

Le tiers Rabby Salomon fils de Gerson Zey. 

8 novembre 1627. Après sa mort fust receu son filz en sa place 
Maram Zey. 

Le quatriesme, Mayer filz de Isaac Gerotwol. 

3 décembre 1620. Après sa mort a esté receu en sa place Isaac 
Walache, médecin. 

Le cinquième, Jacob Lévy. 

Et le sixième, Lazare l'ayné. 

Tel estait le rest de ladite communaulté alors dudit jour 
12 juillet 1595. 

Gerson filz de Lazare, 
Serfz filz de Joseph, 
Mayer filz de Jacob, 
Ephraïm filz de Mardochée Cohem, 
Judas filz de rabi Michel Lévy, 
Mayer Lévy, 
Abraham Lévy, 
Abraham Lévy, 
Mayer filz d'Aaron, 
Mardochée filz de Isaac Halphen, 

Salomon Xintzenaue (avec signe d'abréviation sur les deux der- 
nières lettres), 
Hayem filz du Rabi Mayer, 
Lazare filz du Rabi Isaac Lévy, 
Goussiel filz du Raby Isaac Lévy. 



108 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce document officiel et authentique nous fait connaître, en 
même temps que la constitution de la communauté, les noms des 
premiers rabbins. Le premier élu, dit notre texte, chef et premier 
rabby fut Isaac, fils de Lazare Lévy et après sa mort (3 dé- 
cembre 1620), son fils Alexandre lui succéda. Nous avons trouvé 
la confirmation de ce renseignement dans le Memorbuch 1 de 
Metz, où se trouvent consignés et son titre de Grand Rabbin et 
la date de sa mort dans la note suivante : iD">m anîi irrnto ,£>"$ 
bn yjfci brtpn nN awn ta;n y>n w md ïmn ymnîi w^â nn prat* 
tnbran 'pia OînD wnrt W « An 380 (= 1619-1620). [Que Dieu se 
souvienne de l'âme] de notre maître le Rabbin Isaac, fils d'Eliézer 
ha Lévi, qui a répandu l'enseignement de la loi ici, dans la ville 
de Metz et qui, tant qu'il fut administrateur, fit marcher la commu- 
nauté dans le chemin de la paix. » C'est là évidemment notre 
rabbin Isaac, fils de Lazare (Lazare en français était l'équivalent 
ordinaire de l'hébreu Eliézer). Dans les deux documents il est 
porté comme mort en 1620. Nous n'avons du reste aucun autre 
renseignement à ce sujet. 



II 



A la mort de Rabbi Isaac ha Lévi, son fils le remplaça comme 
membre du conseil ; son assesseur Joseph, qui portait également 
le nom de Lévi et qui, en 1595, avait été élu « second Rabby », 
lui succéda dans ses fonctions religieuses. Nous pouvons môme 
établir comme certain que le rabbin Isaac ha Lévi, de son vivant, 
lui avait déjà délégué une partie de ses fonctions et de son auto- 
rité. Car, à la date du 1 février 1619, le rabbin Joseph et le troi- 
sième élu de la liste rapportée ci-dessus, R. Salomon Zé, passèrent 
avec Abraham Fabert, échevin de Metz, le bail suivant pour 
l'établissement d'un cimetière juif aux portes de la ville. 

Par bail passé par Jérémie Grand. Jambre Amant de Saint-Marcel 
le 7 février 1 61 9, le sieur Abraham Fabert, Escuyer conseiller du Roy, 



1 Ce 3femorbuch de la communauté de Metz ne remontait guère au delà de cette 
date. Il y a quinze ou seize ans, grâce à M. Morhange et à M. Simon Cahen, 
chamass de la communauté, nous en avons pris un certain nombre d'extraits que 
nous' avons utilisés dans cette notice. Lorsqu'il y a quelques mois nous avons de- 
mandé à M. Morhange la communication de ce mémorial pour collationner nos 
extraits, nous avons eu le regret d'apprendre qu'il avait disparu depuis la mort de 
M. Simon Cahen. 



LE RABBÏNAT DE METZ DE 1507 A 1871 109 

maître Esehevin de Metz, et consorts Eschevins treize, en conséquence 
du résultat de M rs du Grand Conseil du 21 janvier 4 619, à Rabi 
Joseph et à Salomon Zé, juifs résidents enladitte cité, tant pour eux 
que pour toute la communauté des Juifs de Metz, une pièce de terre 
comme elle se contient gissante derrière Ghambière proche les grilles 
de Rumport (Rhinport) sur le bord de la rivière, que les héritiers de 
feu Remy Jambin le batelier ont eu tenu de la cité, joindant le pâtu- 
rai commun et la cimetière desdits Juifs d'une part et la rivière de 
Mozelle et le fossé de la ville d'autre, de laquelle ditte pièce lesdits 
juifs jouiront et posséderont à l'effect d'une cimetière pour y enterrer 
leurs morts et non autrement, pour joindre à celle qu'ils ont desjà 
au long et de ragrandissement d'icelle. Ce bail fait à charge de dix 
livres messeins de loyer que lesdits Joseph et Salomon preneurs et 
leurs successeurs seront tenus chacun an, durant le temps qu'ils 
tiendront ladite pièce, payer et porter au cler et receveurs desdits 
trésoriers de ladite cité au jour St-Remy chef d'octobre, et ne pour- 
ront ladite pièce vendre, engager ni mettre hors de leurs mains en 
vertu du présent bail pour le temps que les juifs habitants de cette 
ville y résideront et habiteront 1 . 

Cette pièce, il est vrai, ne prouverait rien au sujet de ses fonc- 
tions religieuses ; il serait même possible que, vieux et infirme 
peut-être, Isaac ha Lévi eût délégué ses collègues pour la signa- 
ture de cet acte. Mais une lettre d'approbation écrite par Joseph 
ha Lévi en 1616 prouve que le signataire était déjà à ce moment 
considéré, surtout au dehors, comme le véritable grand rabbin de 
Metz. Cette lettre - qui porte en tête yyft p"pi Y'n"N "P^ii niaaoîT, 
datée de i^^ (376 = 1615-1616), et signée par Joseph, fils d'Isaac 
ha Lévi Aschkenazi, se trouve imprimée en tête du livre fa *isû ïiî 



1 Ce texte est donné par nous d'après une copie que nous avons trouvée dans les 
Archives du Consistoire de Metz (Voir Mémoires de la Société archéologique lorraine 
et du musée historique lorrain, troisième série, t. III, p. 140). Ce bail est aussi 
mentionné dans l'Inventaire général de tous les titres de la ville de Melz, fait par les 
ordres de Colbert, en 1663 (manuscrit de la Bibliothèque nationale, cinq cents de 
Colbert, n° 76), où il se trouve inscrit sous la rubrique suivante : « B. 24. Autre bail 
que le sieur Abraham Fabert, M e Esehevin et les sieurs Jeacques Febery et Jean de 
Lartigue, trésoriers, ont fait à Joseph et Salomon Save, Juifs, acceptant pour toute la 
communauté des Juifs : Une pièce de terre comme elle se contient, gisant derrière 
Chambière, proche des grilles du raimport sur le bord de la rivière, et ce, pour et 
moyennant dix-huict livres de loyer annuel, ledit bail passé par devant Jérémie Grand- 
Jambre, Amant de Saint-Marcel, le 7 febvrier 1619, cotte B. 24. » 

s En voici le texte : 

yyft p"^ ^"aa ■p*«ii nttdDîi 
•pa aiia .iib^b ^am maran o^nb ija^on nbia m:a? "mai "nna 
■haï i-iba ïibtta nb?3 armai bab a^aott ■»»?! d"^ ;i-ibpnb œima ma 
pri^i Tnn»s a"ab ■ja tp^ ppn nbiaub ïibi&tt pa ysn y"? ns ûmnn 

.p"sb ij>"u) rY'nbî ■nsduîN nVrt 



110 REVUE DES ETUDES JUIVES 

■>n»m Tw\s »a« '■p ■nrwi nnssta wro d^ trbïin b^ mania awm n*ti 
■nb rPM tfiv K"»ba "j^n raibfcn ian b^osa (Hanau, 1G1G, in-4°). 

C'est sans doute aussi notre rabbin Joseph Lévi qui est men- 
tionné sous le nom de y*n tpv iï'Xn dans le Séder Haddorot (p. 64, 
col. 4, ligne 5 de l'édition in-foiio de Carlsrulie). Sa science talmu- 
dique et casuistique était grande : nous trouvons de lui une lettre 
de polémique religieuse mentionnée dans le catalogue de la biblio- 
thèque Oppenheimer, lettre dans laquelle il combat, l'opinion émise 
par le rabbin Moïse Bourgil de Bonn, et adoptée par les rabbins 
de Prague. Il était aussi en correspondance fréquente avec beau- 
coup de rabbins et notamment avec R. Méir de Lublin, qui le cite 
dans ses Consultations. Il mit beaucoup de zèle et de dévouement 
au service de la communauté de Metz. Il fut l'un des promoteurs 
de la construction d'une synagogue. Dès avant 1610, de nombreux 
dons sont mentionnés dans le Memorbuch pour l'érection de cette 
synagogue ; grâce à l'activité déployée par R. Joseph Lévi, les 
travaux furent exécutés avec rapidité et on put construire, sans 
obérer la jeune communauté, un temple digne du culte et appro- 
prié aux besoins multiples d'une agglomération fort importante. 
En Tannée "û"?"v "n (5319 == 1618-1619) l'inauguration de la nou- 
velle synagogue eut lieu ; et à partir de ce moment, l'organisation 
de la communauté se perfectionna de jour en jour. 

Le rabbin Joseph Lévi, qui venait de signer la location du cime- 
tière, songea immédiatement à établir d'une manière convenable 
le service des inhumations : il se forma alors, sous ses auspices et 
par son impulsion, une confrérie dite des d^nsp, fossoyeurs '. Les 
premiers statuts de la confrérie de Metz, connus sous le nom de 
ntata ou acte de fondation, furent rédigés en 16*21 et adoptés par les 
membres de la communauté que le grand rabbin avait choisis et 
convoqués à cet effet dans une réunion tenue en n"d"iï} ran - (juin- 
juillet 1621.) 

D'après ces statuts, les membres de la confrérie devaient se 
réunir tous les jours ouvrables après la prière du soir (man*)» pour 
entendre l'explication d'un passage de la Bible ou de la Mischna, 



1 II en existait et il en existe de pareilles dans presque toutes les communautés 
juives ; elles portent généralement le nom de NttJ^p jS"~lDri et font gratuitement le 
service du cimetière et le transport des morts. Souvent aussi elles font l'ablution des 
corps. A Metz cette confrérie n'avait dans ses attributions que le service de la fosse et 
de tout ce qui concernait le cimetière. 

2 Ces statuts ont été revisés et votés à nouveau avec quelques modifications : 1° en 
nsn 10">D (482 = avril 1722) ; 2° en N">pn T^N (oll = mai 1751). Ces derniers 
sont encore aujourd'hui en vigueur. AI. Elie Dennery, président de la société, nous 
a communiqué toutes ces pièces, ainsi que les registres de la confrérie dont nous 
parlons plus loin. 



LE RABBINAT DE METZ DE 1567 A 1871 111 

sous peine d'une amende d'un sol. Exception était faite pour les 
jours suivants où la réunion n'avait pas lieu : le mois de Nissan 
tout entier, les huit premiers jours de Siwan, la veille et le jour 
du neuf d'Ab, tout le mois de Tischri, les huit jours de Hanouca, 
le jeûne d'Estlier et les deux jours de Pourim. Ils devaient aussi se 
réunir le samedi matiii, une demi-heure après la sortie de l'office, 
excepté les samedis où l'on disait des Pioutim (Néoménies, quatre 
Paraschiot, etc.) et lorsqu'il y avait un mariage dans la com- 
munauté l . 

A chaque décès, les membres convoqués devaient se rendre au 
cimetière pour creuser et préparer la fosse et prendre part à 
l'inhumation, sous peine d'une amende de cinq sous de Francfort. 
Huit ou dix membres devaient être convoqués pour chaque décès. 

Ceux qui avaient dépassé l'âge de soixante ans étaient dis- 
pensés de tout travail. 

Il était défendu d'apporter dans l'intérieur du cimetière aucune 
boisson ou nourriture, quand on ne devait pas y rester au-delà de 
midi. 

Dès qu'un malade de la ville avait été béni dans la synagogue, 
avec changement de nom (d^ïi vdtd) ou même par un simple Mi- 
Schebérach la société envoyait trente sols dans la maison du 
moribond ; elle avait aussi le droit et le devoir de faire remettre 
la somme de trois livres aux personnes qui se mariaient. 

La société tenait aussi un registre, rédigé en hébreu, où était 
rapporté tout ce qui concernait le cimetière et les inhumations, 
avec les dates de la plus scrupuleuse exactitude. La communica- 
tion qui nous a été faite de ces registres, qui se continuent encore 
de nos jours, nous a permis de contrôler bien des faits et de réta- 
blir bien des dates qui doivent être regardées comme authen- 
tiques. 

Pendant le rabbinat de Joseph Lévi (1624), la communauté 
obtint du duc de La Valette, gouverneur de Metz, une ordon- 
nance qui, en autorisant le séjour de quatre-vingt-seize familles 
dans la ville de Metz, parlait de la juridiction à laquelle les Juifs 
devaient se soumettre : « Et outre ce que cy dessus, y est-il dit, 
» leur avons accordé et accordons de pouvoir faire juger, décider 
» et terminer tous les différends entre eux touchant leur religion 
» et police particulière en cas civils seulement ainsy et par qui 
» ils ont accoutumez de tout temps depuis leur établissement en 
» cette ville. » 

1 La tradition voulait que tous les membres de la communauté, et surtout la con- 
frérie qui s'occupait des cimetières, allassent faire une visite aux fiancés le samedi 
qui précédait le mariage, samedi appelé Grand Sjpinnholz. 



112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce passage va devenir le point de départ de certains privilèges 
que rabbins et administrateurs revendiqueront toujours contre 
les prétentions des tribunaux ordinaires et qui, maintenus par 
l'autorité royale, assureront aux sentences rabbiniques une sanc- 
tion absolue, comme nous le verrons par la suite. 

Le rabbin Joseph Lévi quitta Metz en 1633, selon M. Carmoly, 
qui ne nous dit point sur quel document il appuie son assertion. 
C'est là une erreur évidente, puisque la nomination de son succes- 
seur remonte à Tannée 1627, comme nous le verrons plus loin. 
D'un autre côté, d'après une note que notre vénérable et savant 
maitre M. Louis Morhange a bien voulu nous communiquer, le 
rabbin Joseph Lévi serait mort en nctt (388 = 1627-1628) à 
Francfort, où il s'était retiré depuis quelques temps. Il est donc 
évident qu'il quitta le rabbinat de Metz dans le courant de l'an- 
née 1626. 

A cette époque vivait un rabbin, R. Moïse Metz, yifc fnûja '■% 
sans doute originaire de cette ville, qui, devenu le disciple favori 
de Joseph Del Medigo, acquit une certaine notoriété, grâce à 
l'amitié que lui témoignait son maître. Nous n'avons aucun détail 
biographique sur ce R. Moïse Metz : son nom et sa réputation ne 
sont arrivés jusqu'à nous que par la réponse qu'il fit à Zerah ben 
Nathan, caraïte qui avait soumis à Joseph Del Medigo un certain 
nombre de questions sur lesquelles il désirait être édifié. Le 
maître ne voulant pas sans doute répondre directement, chargea 
son disciple préféré de donner les explications demandées. La 
lettre de R. Moïse Metz se trouve tout au long dans le livre de 
Del Medigo 1 , parce qu'elle représente certainement avec exacti- 
tude l'enseignement du maître. 



III 



Après le départ de R. Joseph Lévi, le choix de son successeur 
suscita de grandes difficultés aux administrateurs et des dissi- 
dences dans la communauté. On avait fait appel aux rabbins de 
Pologne et d'Allemagne, et le choix des administrateurs et d'une 
grande partie du corps électoral se porta sur le rabbin Moïse 
Cohen, qui occupait à Prague les fonctions de Dayan, yvn, ou asses- 
seur du grand rabbin. Cette élection mécontenta ceux qui avaient 



Voy. fc-^N '0. 



LE RABBINAT DE METZ DE 1567 A 1871 113 

patronné d'autres candidatures, et il se forma un parti qui fut 
hostile au nouveau grand rabbin, avant même son arrivée à Metz. 
Aussi craignant que l'autorité de leur nouvel élu ne fût point 
suffisamment reconnue par tous, les administrateurs de la commu- 
nauté firent des démarches auprès du duc de la Valette pour qu'il 
voulût bien sanctionner le choix fait de R. Moïse Cohen comme 
rabbin et lui accorder, par cette nomination, aide et protection 
contre ceux qui voudraient méconnaître son autorité. Le gouver- 
neur du pays messin, très bien disposé en faveur des Juifs, ne s'y 
refusa point et rendit l'ordonnance suivante : 

Le duc de la Valette, pair et collonel général de France, comman- 
dant et lieutenant général du Roy en ses ville et citadelle de Metz, 
pays, eveschez et gouvernement desditz lieux, Toul et Verdun. 

Sur la remonstrance qui nous a esté faicte par les Juifz habitans de 
ceste ville qui sont choisis et esleus du consentement de leur com- 
munaulté pour les gouverner selon leurs loix et coustumes, qu'ilz 
avoient besoing d'un Rabby pour les instruire et enseigner leurs 
loix et cérémonies, nous requérant à ceste fin vouloir permettre à 
Rabby Moyse Cahen, de Prague, de faire sa résidence en ceste ville, 
Nous avons permis et permettons audit Rabby Moyse Cahen de 
résider en ceste ville et s'y habituer pour faire la dicte charge et 
fonction de Rabby comme il se pratique de tout temps entr'eux, à la 
charge de vivre et se conformer aux édictz de Sa Majesté et ordon- 
nances de Monsieur d'Espernon et les nostres. 

Faict à Metz le huictiesme jour d'aoust mil six cens vingt sept. 

Ainsi signé : Le duc de la Valette, et plus bas : Par Monsseigneur, 
Hiéronémus. 

Pour coppie collationnée à l'original de papier sain et entier, 
signé, comme dessus, par moy soubsigné greffier de Monsieur le 
Prévost principal de Metz Toul et Verdun, le douziesme jour de 
juillet mil six cens vingt huict, ce faict le dict original rendu. 

Jourdain. 

A son arrivée à Metz, le rabbin Moïse Cohen fut loin de se 
douter de la sourde hostilité qui existait contre lui. Rien ne l'avait 
prévenu que les partisans des concurrents malheureux cherche- 
raient le plus vite possible une occasion pour engager une lutte 
avec lui. Mais il fut bientôt forcé de s'apercevoir de toutes ces 
menées. On poussa même l'esprit de révolte jusqu'à refuser de se 
soumettre aux décisions du grand rabbin et des Elus de la com- 
munauté. Ces turbulents trouvèrent, comme cela arrive toujours, 
des gens qui les encouragèrent secrètement à persévérer dans 
cette opposition systématique et leur promirent leur assistance à 
T. VII, n° 13. 8 



11 i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la première manifestation. Quand les administrateurs virent que 
cette opposition pouvait créer de graves embarras et compro- 
mettre l'intérêt matériel et moral delà communauté, ils n'hésitèrent 
point à recourir de nouveau au gouverneur du pays messin et à 
solliciter de lui une nouvelle ordonnance qui s'appuyât sur les 
termes de celle de 1624 citée plus haut. M. le duc de la Valette 
accueillit cette demande avec sa bienveillance ordinaire et, con- 
tresignant la requête suivante du 5 décembre 1627, donna en 
termes explicites une sanction inattaquable aux décisions du 
rabbin et des Elus. 

A Monseigneur le Duc de la Valette Pair et Colonel général de 
France, Gouverneur et Lieutenant général pour le Roy en ses 
ville et citadelle de Metz, Pays, Duché et Gouvernement dudit 
Metz Toul et Verdun. 

Supplient humblement les très sujets et très obéissans eslus par 
cy devant par le consentement de toute l'entière communauté des 
Juifs habitants de cette ville de Metz sous la protection de Sa Ma- 
jesté et iceux eslus pour les gouverner selon Tordre et loix desd. 
Juifs. 

Disants que par la faveur de votre Excellence il vous a plu, de votre 
très bonne miséricordieuse et favorable grâce, d'accorder le pouvoir 
auxd. eslus déjuger et terminer les différends qui pourroient naître 
entre lesdits Juifs, le tout comme il est voulu par votre ordon- 
nance donnée le cinquième septembre mil six cents vingt quatre, et 
d'autant, Monseigneur, que les suppliants ayants quelques vents 
d'aucuns particuliers se remuant de troubler et empescher lesd. 
Eslus et leur Raby comme à dire de faire une sédition entre lesdits 
Juifs et se deslier du aliance faite entre lesdits Juifs et contrevenir 
aud. pouvoir dud. Raby et eslus qu'ils ont eu du tout tems, fut 
pratiqué et usagé selon les coutumes anciennes d'entre lesdits 
Juifs. 

Ce considéré, Monseigneur, les suppliants vous requerront humble- 
ment les vouloir maintenir et accorder, s'il plaît à Votre Excellence, 
leurs dits privilèges et de vouloir expressément ordonner que tout 
ce que leur Raby joint avec lesd. eslus jugeront et termineront sur 
les différends cydits, sera respective, et en ce faisant que deffenses 
seront faittes auxdits Juifs de contrevenir auxdits jugemens, soit 
qu'ils soient du total desdits Raby et eslus ou bien du plain des 
voix d'entre led. Raby et eslu, le tout conformément de point en 
point a laditte Ordonnance, et ils prieront Dieu pour la prospérité et 
santé de Votre Excellance. 

Nous avons maintenus et maintenons les suppliants en leurs pri- 
vilèges, et en ce faisant ordonnons que les jugemens qui seront 
rendus entre eux par leur Raby et eslus ou par la plus part desdits 



LE RABBINAT DE METZ DE 1567 A 1871 115 

Raby et eslus seront exécutez avec deffenses d'y contrevenir. Fait 
à Metz ce cinquième jour de décembre mil six cents vingt sept. 

Signé : Le Duc de la Valette, et plus bas : Par mond. Seigneur, 
signé, Thérouenne, avec paraphe. 

Gollationné à l'original en papier et à iceluy trouvé conforme de 
mot à mot, apparu puis rendu par les Notaires du Roy establis à 
Metz et y residens soussignez, ce jourd'huy seize avril mil sept cent 
quarante cinq. 

Scellé à Metz (avec paraphe). 

ROUCELLE. VERNIER. 

Mais le rabbin savait trop bien ce qu'il en coûtait à l'autorité 
religieuse de s'appuyer exclusivement sur les pouvoirs publics au 
lieu de rechercher l'affection et l'estime de la communauté ; il 
savait aussi qu'il se perdrait ainsi entièrement dans l'esprit des 
autres communautés juives d'Allemagne et de Pologne. Aussi 
obligea-t-il le conseil de la communauté, nommé à l'élection, à 
faire renouveler son mandat et confirmer le pouvoir qui lui 
avait été délégué. Le conseil convoqua alors en une réunion plé- 
nière tous les membres de la communauté et leur soumit la révi- 
sion de la première délibération constitutive de la communauté. 
Dans cette assemblée générale, tenue le 17 décembre 1627, les 
fidèles réunis au nombre de quarante-neuf votèrent une résolution 
conforme au désir du grand rabbin et la consignèrent dans un 
procès-verbal, dont le conseil de la communauté transmit à l'au- 
torité locale une expédition avec la traduction suivante : 

La Communauté des Juifz se sont assemblez ce jourd'huy dix- 
septiesme jour de décembre mil six cens vingt sept, ont déclaré que 
tout ce que les esleux font selon leur loy et police et cérémonies, ilz 
le tiennent pour bien faict, le tout suivant la élection et condition 
qu'a esté faicte par cydevant le mois de juillet 1595 et approuvent 
les esleux présentement. 

Vaynesse Lévy. David Lévy. 

Maieur Gaie. Mardouché Halfoune. 

Mardouché Zey. David Lévy. 

Samoel Trêve. Messoulam filz de Mardouché. 

Salomon Cahen. David Gahen filz d'Elie. 

Moyse Zey. Jacob le jeune. 

Abraham Geronbache. Salomon Hanau. 

Moysse Lévy. Lion Halfoun. 

Mayer Lévy. Aaron Gerotwol. 

Jacob filz de Hemme. Lazare Outeze. 

Raphaël filz de Lazare. Salomon May. 



116 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Mouysse Lévy. 
Moysse filz de Isaac. 
Abraham Halfoune. 
Goudchaux Halfoun. 
Salomon Lévy. 
Lazare Halfoune. 
Lion nepveu de Salomon. 
Mayer Halfoune. 
Mardouché. 
Hemne Rainbach. 
Lazare de Wormes. 
Raphaël. 
Lazare Zey. 
Gousiel Lévy. 



Mardochée Cahen. 

Samson. 

Jacob le filz de Moyse. 

Aaron. 

Abraham Lévy. 

Lazare Lévy. 

Anchelle Mayer. 

Samuel Ghevaube. 

Daniel. 

Michel Lévy. 

Abraham Prisée. 

Heurtz Lévy. 

Manuelles filz de Salomon Zey. 



Pour coppie collationnée à l'original en papier sain et entier, à costé 
duquel et des deux pages cy devant sont escritz les noms cy dessus 
en lettre hébraïque comme aussi le dessus de la déclaration à quoy 
le tout se conforme, par le soubsigné greffier de Monsieur le prévost 
provincial de Metz Toul et Verdun, ce douzième de juillet mil six 
cens vingt huict, ce faict ledit original rendu. 

Jourdain. 



Ab. Cahen. 



(A suivre.] 



NOTES ET DOCUMENTS SDR LES JUIFS DE BELGIQUE 



SOUS L'ANCIEN REGIME 



Peu de renseignements sont parvenus jusqu'à nous sur les juifs 
qui ont résidé, au moyen âge et même plus tard, dans les divers 
états qui ont formé les Pays-Bas catholiques et le pays de Liège, 
et dont la plus grande partie compose aujourd'hui les territoires 
de la Belgique et du grand-duché de Luxembourg. Tout, ou à peu 
près tout ce que l'on en sait, se réduit à quelques faits recueillis par 
le baron de Reiffenberg * et, après lui , par le grand rabbin Garmoly - . 
M. H.-J. Koenen 3 , dans son ouvrage consacré plus spécialement 
aux juifs des Pays-Bas du nord, n'a cependant pas négligé de 
rapporter ce que l'on connaissait de ceux des Pays-Bas méridio- 
naux. M. Félix Hachez 4 a publié une notice sur l'établissement des 
juifs à Mons et dans le Hainaut, et M. Ch. Rahlenbeek 5 a recueilli 
quelques particularités sur leur séjour à Anvers. 

C'est là tout ce que l'on a écrit sur l'histoire des juifs de 
Belgique, à part de rares mentions dans quelques histoires locales 
ou particulières, à part aussi les notices consacrées à l'affaire du 
Saint Sacrement de Miracle, arrivée en 1370, et à la suite de 
laquelle les juifs furent bannis à perpétuité du Brabant et du 
Limbourg. 

Les éléments principaux manquent d'ailleurs pour une histoire 

1 Nouv. archives hist. des Pays-Bas, t. V, Bruxelles, 1830, p. 1-27, 297-333; 
t. VI, Bruxelles, 1832, p. 130-135, 164-165, 381-382. 

* Bévue orientale, t. I, Bruxelles, 1841, p. 42-46, 82-89, 168-176, 260-272, 316-323, 
421-425, 539-542; t. III, Bruxelles, 1843-1844, p. 293-303, 445-448. 

3 Geschicdenis der Joden in Nederland, Utrecht, 1843, xvin et 520 pages in-8°. — 
M. Koenen a encore publié un article intitulé : Lotgevallen der Joden, vooral in Neder- 
landen, gedurende de middenceuwen, dans les Bijdragen voor vad. gesch. en ondheidkunde, 
verzameld en uitgegeven door Is. An. Nijholf, VI de deel, Arnhem, 1848, p. 75-92. 

4 Essai sur la résidence à Mons des Juifs et des Lombards, Mons, 1853, 37 pages 
in-8». 

5 Les Juifs à Anvers, dans la Revue de Belgique du 15 juin 1871, p. 137-146. 



1 18 REVUE DES ETUDES JUIVES 

proprement dite des juifs de Belgique et l'on doit se borner à ne 
recueillir que des documents épars sur leur séjour dans ce pays. 
Ces documents feront même mieux connaître leur véritable situa- 
tion que les quelques faits relatés par les historiens, et appor- 
teront en môme temps un petit contingent à l'histoire des mœurs 
et de là civilisation. 

Malgré l'ignorance presque complète où l'on est sur les juiveries 
belges d'autrefois, des souvenirs assez nombreux en subsistent 
encore de nos jours, cari'on retrouve en des points très divers du 
territoire des noms de lieu, remontant presque tous au moyen âge 
et y rappelant le séjour des juifs. Tels sont dans l'ancien Brabant : 
les Joden trappen ou escaliers des Juifs, nom général donné à 
cinq petites rues en pente et terminées par des degrés, situées 
près de la Montagne de la Cour à Bruxelles ; la Joden straet, rue 
des Juifs, à Anvers; la Joden straet à Louvain ; le Castel ou Cas- 
teïberg, appelé aussi autrefois le Joden castel, château des Juifs, 
sans doute l'ancienne synagogue , à Tirlemont * ; la Jodestrate , 
chemin qui traverse Cumptich, la banlieue de Tirlemont, Haeken- 
dover et Neer-Heylissem ; le chemin des Juifs à Rosières-Saint- 
André, village du Brabant wallon. Dans l'ancien Hainaut : la rue 
des Juifs à Mons, la rue des Juifs à Wasmes, la rue des Juifs à 
Grosage, la rue des Juifs à Bavai, la rue des Juifs à Maroilles, 
la rue des Juif s à Sains 2 , la maison de Jonathas* dans l'inté- 
rieur de la ville d'Enghien, et le jardin de Jonathas, nom d'un 
vaste champ situé en dehors de l'ancienne enceinte de cette ville. 
En Flandre : la Jodenstraetje, petite rue des Juifs, à Gand. Dans 
l'ancien comté de Looz : Joden-Slraet, autrefois commune dis- 
tincte sous la paroisse de Stevoort et la justice de Spalbeek, par- 
tagée aujourd'hui entre ces deux communes, dont elle ne forme 
plus qu'un hameau 4 . Dans l'ancien Limbourg : la Jôschstroot ou 
Judenstrasse, rue des Juifs, à Eupen. 

Il y avait encore anciennement d'autres noms de lieu du même 
genre qui sont aujourd'hui disparus. C'est ainsi qu'on trouve men- 



1 Bets, Eist. de la ville et des institutions de Tirlemont, t. I, Louvain, 1860, 
p. 58-60. — Wauters, Gréog. et hist. des communes belges : Ville de Tirlemont, 
Bruxelles, 1874, p. 8. 

* Bavai, Maroilles et Sains sont aujourd'hui dans le département du Nord, arron- 
dissement d'Avesnes. 

3 t D'après une tradition locale, elle aurait servi d'habitation à ce juif opulent 
accusé d'avoir pris part au sacrilège perpétré à Bruxelles sur les saintes hosties. » 
(Ernest Matthieu, Hist. de la ville d'Enghien, l rc partie, Mons, 1876, p. 28.) 

4 Chev. de Corswarem, Mémoire hist. sur les anc. limites et circonscr. de la prov. 
de Limbourg, dans le Bull, de la Commission centr. de statistique, t. VII, Bruxelles, 
1857, p. 273 et p. 275. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 119 

tionnés : à Bruxelles, le Jodenpoel, étang des Juifs, sur l'empla- 
cement actuel de la place du Musée, auquel conduisait la Joedepoel 
strate, rue de l'étang des Juifs 1 ; à Louvain, la synagogue appelée 
Jodenberch ou Joedenborcli, château des Juifs, situé dans la 
Joden straet-; à Wommersom, près de Tirlemont, le lieu dit 
Op Doensvoirt ou de Joedsvoirt 3 , qui tire peut-être son nom de 
juifs du voisinage; à Cumptich, également près de la même ville 
et près de la Jodëstrate que nous avons citée plus haut, la Joeden 
borne, source des Juifs, et les Joden beempde, prairies des Juifs 4 ; 
à Mons, la Juiverie' 6 ; à Luxembourg, la rue des Juifs , aujour- 
d'hui rue de l'Arsenal 6 , et la Jadenp forte ou porte des Juifs, 
ainsi nommée parce que ceux-ci avaient leur cimetière à proxi- 
mité 7 . Jusqu'au démantèlement récent de la forteresse de Luxem- 
bourg, la caserne située dans cette rue de l'Arsenal était désignée 
vulgairement sous le nom de caserne des Juifs. 

Enfin l'historien liégeois Foullon rapporte que la CMnstrée, 
c'est-à-dire la rue des Chiens, à Liège, et la rue du même nom à 
Hui devaient, selon quelques-uns, leur appellation au séjour des 
juifs 8 . 



TRANSACTIONS DES JUIFS. 



Les documents relatifs aux transactions entre juifs et chrétiens 
sont extrêmement rares en Belgique. Nous en connaissons cepen- 
dant quelques-uns qui nous font connaître les rapports des chrétiens 
avec les juifs, lorsque ceux-ci jouissaient encore d'une sorte de 
sécurité légale et avant que des édits de bannissement ou un 
régime d'oppression ne leur eussent enlevé toute existence civile. 



1 Henné et Wauters, Hist. de la ville de Bruxelles, Brux., 1845, t. IH, p. 361-3G2. 

2 Van Even, Louvain monumental, Louvain, 1860, p. 95. 

3 Wauters, Géog. et hist. des comm. belges : Canton de Tirlemont, Communes 
rurales, l re partie, Bruxelles, 1875, p. 40. 

4 Ibid., 2° partie, Bruxelles, 1876, p. 140. 

5 Hachez, Essai sur la résid. à Mons des Juifs et des Lombards, Mons, 1853, p. 8. 
— De Betlignies, A travers les mes de Mons, Mons, 1864, p. 92. 

6 Wùrth-Paquet, Noms de la ville de Luxembourg, etc., dans les Publ. de la So:. 
pour la rech. et la conservât, des mon. hist. dans le gr,-duché de Lux., année 1849, 
V,p. 108. 

7 Ibid., p. 121-122. 

8 Foullon, Historia Leodiensis, t. I, Leodii, 1735, p. 380. 



120 REVUE DES ETUDES JUIVES 

M. van Even, dans son Louvain monumental* , cite un passage 
d'une charte de l'abbaye d'Averbode, datée de 1311, où il est dit 
que le rabbin Moïse vend à l'avocat Jean van Rode une maison 
située dans la rue des Juifs, près du cimetière de Saint-Pierre à 
Louvain. 

Moyses Judeus, Judeorum presbyter, cum débita effestucatione 
tradit domum et curtem cum suis pertinentiis sitam in vico in quo 
Judei nunc commorantur, juxta atrium S. Pétri, Johanni de Rode 
causidico. 

Il est encore question du même rabbin Moïse dans un acte du 
3 octobre 1312 par lequel Arnold de Koninck (Reœ), clerc de 
Louvain, transporte à Radulphe van Erpse, pléban de Saint-Pierre, 
représentant la table des pauvres dite du Saint-Esprit 2 , cinq livres 
de rente annuelle qu'il avait sur la maison du dit Moïse, située près 
de celle de Godefroid van der Vesten (de Fista). Cet acte est passé 
par devant les échevins Godefroid (Goort) van den Berghe (de 
Monte) et Louis (Loyck) de Vos {Vulpes). En voici le texte : 

Nolum sit universis quod Arnoldus dictus Rex, clericus Lova- 
niensis, supportavit cum débita effestucatione quinque libras annui 
census hereditarii pagamenti quolibet termino solutionis in bursa 
currentis, mediatim in Natali Domini et mediatim in festo beati 
Johannis Baptiste amodo persolvendi, quem idem Arnoldus habebat 
ad domum cum caméra contigua et curte attinente Moysis presby- 
teri Judeorum in Lovanio, sitam juxta atrium beati Pétri Lova- 
niensis,inter domum ipsius Arnoldi contiguam et domum Godefridi 
dicti de Fista, brassatoris Lovaniensis, ipsoque Arnoldo per juris 
ordinem exposito et penitus abjudicato cum jure quod habebat in 
eisdem bonis impositus est jure hereditario dominus Radulphus de 
Erpse, plebanus ecclesie beati Pétri Lovaniensis, nomine et ad opus 
mense Sancti Spiritus Lovaniensis, per licentiam et monitionem 
domini fundi et sententiam scabinorum. Et si quid amplius ad hoc 
esset faciendum, hoc semper ad monitionem ipsius domini plebani 
prefatus Arnoldus perficere promisit, prout ipsi mense Sancti Spi- 
ritus Lovaniensis modo debito possit valere. Testes Godefridus de 
Monte et Ludovicus dictus Vulpes, scabini Lovanienses. Datum 
anno Domini M CCC ,no duodecimo, feria tertia post festum beati 
Remigii episcopi 3 . 



» Louvain, 1860, p. 95, note 6. 

1 Les tables du Saint-Esprit étaient au moyen âge, dans le Brabant, des institu- 
tions de bienfaisance, placées généralement sous la direction d'un ecclésiastique. 

3 L'original, en parchemin, appartient à M. Edward van Even, archiviste de la ville 
de Louvain, qui Ta obligeamment mis à notre disposition. Des deux sceaux éche- 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 121 

Dans un autre acte du 22 mars 1313 (1314, nouveau style), la 
béguine Maria van Werchter transporte à la table du Saint-Esprit, 
représentée par Godefroid, sacristain ecclésiastique de Saint- 
Pierre, dix sous d'une rente annuelle de cinquante sous qu'elle 
avait sur la même maison du rabbin Moïse. L'acte est reçu par les 
échevins Walter ( Wouter) Gricstien et Louis (Lodewyck) Uuytter- 
Lyeminghe {Ex Lyeminghe). 

Notum sit universis quod Maria dicta de Werchteris, beghina, 
stando et ambulando quantum sufTecit et eo tempore quod hoc bene 
facere potuit, supportavit cum débita effestucatione decem solidos 
annui census quolibet termino solutionis in bursa currentis, me* 
diatim in festo beati Johannis Baptiste et mediatim ad Natale Domini 
amodo persolvendi, de illis quinquaginta solidis census annui quos 
se asseruit habere ad domum et curtem cum suis attinentiis 
Moysis presbyteri Judeorum in Lovanio, sitam juxta atrium sancti 
Pétri Lovaniensis, in proximo domus Godefridi dicti de Fista, bras- 
satoris Lovaniensis, ipsaque Maria per juris ordineminde exposita 
et penitus abjudicala impositus est jure hereditario dominus Gode- 
fridus presbyter, custos nunc ecclesie sancti Pétri Lovaniensis, 
nomine et ad opus mense Sancti Spiritus Lovaniensis, per licentiam 
et monitionem domini fundi et sententiam scabinorum. Et si quid 
amplius ad hoc esset faciendum, hoc semper dicta Maria perficere pro- 
misit quandocunque fuerit requisita, prout ipsi mense modo debito 
possit valere. Testes Walterus dictus Gricstien et Ludovicus dictus 
Ex Lyeminghe, scabini Lovanienses. Datum anno Domini M CGC 
tercio decimo, feria sexta post dominicam Letare Jérusalem 1 . 

L'acte suivant en parchemin, conservé aux archives générales 
du royaume, renferme le seul document hébreu qui existe, à notre 
connaissance, dans les dépôts belges d'archives 2 . C'est une obli- 
gation contractée le 26 octobre 1344, en présence des échevins de 
Perwez en Brabant, par Wilhemote délie Porte, de Rosières- 
Notre-Dame, au profit de maître Sanse, juif de Blaton, et au verso 
de laquelle celui-ci a écrit quelques lignes en hébreu pour lui 
servir de mémorandum. Cette pièce provient de l'ancien fonds de 

vinaux qui y étaient appendus, il ne reste plus que celui, en cire brune, de Loyck 
de Vos, où Ton voit un écusson à trois pals, à un chef chargé à dextre d'un grelot. 

1 Nous ignorons où est conservé l'original de cet acte. Nous le transcrivons d'après 
une copie que nous devons à l'obligeance de M. Alphonse Wauters, archiviste de la 
ville de Bruxelles. 

1 C'est M. Alexandre Pinchart, chef de section aux archives générales du royaume, 
à Bruxelles, qui a attiré notre attention sur ce précieux document. C'est lui aussi qui 
nous a signalé le sceau hébreu et la patente de mendiants accordée à des juifs con- 
vertis, que l'on verra plus loin. Nous le remercions d'avoir par là contribué à aug- 
menter l'intérêt que notre travail pourrait présenter. 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la trésorerie des chartes des ducs de Brabant, et nous ne pouvons 
nous en expliquer la présence dans ce fonds que par suite d'une 
confiscation faite sur les juifs, probablement celle de 1370. 

Voici d'abord le texte de l'obligation : 

A tous chias ki ces présentes lettres vieront et oront. Nos li eske- 
vin délie franke ville de Pereweis faisons a savoir que par devant 
nos vint Wilhemote con dist délie Porte de Rosires Nostre Dame, 
d'une part, et maistre Sanses li juis de Blaton demorant a Pereweis 
dautre part. Et cognut li dis Wilhemote par se plaine volenteit quilh 
doit a devant dit maistre Sanse ou a son remanant quarante deus 
livres lescut a le flour de lis por quarante owit sous, a paijr a le 
volenteit de dit maistre Sanse ou de son remanant. Por les queles 
quarante deus livres deseur dites a paijr ensi que dit est li dis 
Wilhemote en at obligiet luy et le sien par tôt ou quilh lait a champ 
et a ville par devant nos. Et por ce que ce soit ferme chose et estable 
nos li eskevin deseur nomeit avons nos appendut a ces presens 
lettres nostre comon sayal en tesmongnage de veriteit. Fait et 
doneit lan de grasce mil trois cens et quarante quatre le mardi 
devant le Tossains. 

A cet acte est appendu le sceau, avec contre-sceau, de l'éche- 
vinage de Perwez, en cire verte. Le sceau porte un écu écartelé 
de Lothier (à une fasce) et de Brabant (à un lion couronné), 
sommé d'une couronne, et la légende en caractères gothiques : 
* m SIGLVM M m DE # PERWEIS ®. Le contre- 
sceau a un lion couronné dans un cercle et la légende, également 
en caractères gothiques : * SIGIL- CONTRA : SEGILLVM. Nous 
insistons sur ces détails, afin qu'il soit bien établi qu'il s'agit ici 
du bourg de Perwez, situé près de Rosières-Notre-Dame, aujour- 
d'hui Grand-Rosière, et non pas du bourg de Péruwelz en Hai- 
naut, situé précisément tout près du village de Blaton, où maître 
Sanse avait sans doute résidé avant d'aller s'établir en Brabant. 
Péruwelz, dont le nom a subi la plupart des mêmes variantes 
orthographiques et se prononce encore aujourd'hui de la même 
manière que celui de Perwez en Brabant, avait un sceau qui ne 
peut être confondu avec celui que nous venons de décrire. Cette 
particularité et la situation de Rosières, voisine de celle de Per- 
wez, prouvent, à toute évidence, que l'obligation a bel et bien été 
contractée en Brabant, et qu'au milieu du xiv e siècle les éche- 
vins de ce pays recevaient les engagements passés entre juifs et 
chrétiens. 

Au milieu du revers de la pièce on lit : « .ij. vies gros et .j. a 
cler », et, dans un coin, la note hébraïque suivante : 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 123 

l -lD1^!l ^l^m '^U3> 

to ûmnn ï-it b* n^n 

Voici, aussi littérale que possible, la traduction de cette note : 

« C'est le contractant Wïlmote del Porte demeurant à Rosière ; 
il s'est entièrement libéré jusqu'à concurrence de 7 couronnes, 
plus la dette de l'intérêt, plus la dette de 3 vieux gros pour le vin 
des échevins. 

« Wilmeh del Porte redoit encore sur cette obligation 23 écus 

et demi ; le 6 de Kedôschîm 106 du petit comput - ; et Colart 

s'est obligé pour lui. » 

Par l'expression 3 vieux gros pour le vin des échevins, il faut 
entendre le salaire payé pour la passation de l'acte aux échevins, 
ou, comme dit l'hébreu, aux jurés, ce qui revient au même. Le 
mot vin s'employait fréquemment autrefois dans le sens de salaire, 
d'honoraires ; les exemples qu'en donne du Gange le prouvent 
surabondamment 3 . Tout cela concorde parfaitement avec la note 
française écrite à côté du compte hébreu et qui indique à combien 
se sont élevés les frais : deux vieux gros aux échevins et un à 
leur clerc ou greffier. 

Remarquons en outre la façon dont maître Sanse rend les noms 
des monnaies de l'époque : il traduit couronnes par atârîm, écus 
par mâghinnîm, et gros par ghedôlîm, littéralement grands. 

Un mot, pour finir, sur le porteur de cette obligation. Son nom, 
sa manière de transcrire en caractères hébreux les mots vulgaires, 
son écriture même, dénotent que ce juif devait être d'origine 

1 1 et *) d'une part, 2 et i> d'autre part, se confondant dans récriture de maître 
Sanse, nous ne pouvons répondre de la transcription de ce mot, qui est certainement 
un nom de famille ou de localité. 

2 C'est-à-dire vendredi, 6 e jour de la semaine où on lit dans la synagogue la sec- 
tion du Pentateuque appelée Kedôschîm, en l'an 106 du petit comput. Cette date con- 
corde avec le 28 avril 1346. 

3 Du Cange, Grloss. med. et inf, latinitatis, digessit Henschel, t. VI, v° vinum, 
p. 841-844, passim. 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

française, comme presque tous, sinon tous les juifs qui résidaient 
alors en Belgique. Il était probablement l'un de ces juifs français 
qui étaient venus chercher un refuge en Hainaut et que le comte 
Guillaume II prit sous sa sauvegarde en 1337, à charge par eux 
de lui payer un cens annuel i : On trouve en effet dans la liste de 
ceux qui payèrent cette redevance trois juifs du nom de Sanse, 
dont deux sont qualifiés de maîtres 2 . 

La nature de la pièce que nous venons d'examiner nous fournit 
l'occasion de signaler ici l'existence, dans les archives de la Côte- 
d'Or à Dijon, de deux registres de comptes en hébreu 3 , tenus par 
une association de juifs, probablement franc- comtois, qui, vers la 
fin du xin* siècle et le commencement du xiv e , faisaient dans le 
nord et l'est de la France, en Allemagne et en Belgique, des tran- 
sactions de tout genre, en blés, vins, chevaux, bestiaux, habits, 
bijoux, etc. On pourrait y trouver des détails intéressants sur le 
commerce des juifs au moyen âge dans les pays belgiques. Les 
noms des monnaies de l'époque, traduits ou transcrits en hébreu 
dans ces comptes, présentent aussi de curieuses particularités. 

Les archives seigneuriales du Luxembourg allemand, notamment 
celles du château de Clervaux 4 , renferment plusieurs documents 
originaux, en parchemin, du xm e et du xiv e siècle, où il est 
question de prêts d'argent faits par des juifs à divers seigneurs. 
Par l'un de ces actes 5 , rédigé en latin et daté du 5 janvier 1378 6 
(ou 4 janvier 1379?), Jacob von Gulche, juif, demeurant à Coblentz, 
déclare que Frédéric Walpode de Waltmanshusen, Herman de 
Brandenbourg, Henri Meynfelder von dem Rhine, chevaliers, et 
Rolman Schilling de Nyderlanstein, écuyer, lui doivent 150 flo- 
rins ; il acquitte Herman de Brandenbourg de sa part de ladite 
créance. 

Un sceau à légende hébraïque est appendu à cette pièce 7 . Il porte 



1 Archives du royaume : Chambre des comptes, reg. 51 , intitulé : Deuxième cartu- 
laire de Haynnaut, Second volume (copie faite en 1770 sur un registre de la chambre 
des comptes de Lille), pièce n° 285, fol. 980 r° - 983 v°. 

* Ibid., pièce n° 286, fol. 983 v* - 986 r». 

3 Chambre des comptes de Dijon : Confiscations sur les juifs, registres B 10410 et 
10411. 

4 Archives de Clervaux, analysées et publiées par M.-F.-X. Wûrth-Paquet et N. 
van Werveke, Luxembourg, 1883 (Publications de la section hist. de V Institut R. G.-D. 
de Luxembourg, XXXVI), 1 vol. gr. in-8°, n" 31, 128, 136, 174, 180, 184, 180, 188, 
190, 209, 503J 549, 569. 

s N« 503. 

6 « Feria tertia proxima post circumcisionem Domini ». 

7 La collection sigillographique de l'État, au musée de la porte de Hal à Bruxelles, 
possède un moulage de ce sceau, empreinte n° 20663. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 123 

dans le champ une tête de face, barbue et à longs cheveux, coiffée 
d'un chapeau de juif et surmontée d'une espèce de dais d'où re- 




tombe une draperie encadrant la tête. Malgré la déformation de 
plusieurs lettres de la légende, nous croyons pouvoir la lire de 
cette manière : 

fiobi:* • ba-p • © • p'n'a ♦ apan • 

c'est-à-dire, Jacob fils du saint Joël GulcJie. 

Gulche est une ancienne orthographe de Jûlich, nom allemand 
de la ville de Juliers, entre Cologne et Aix-la-Chapelle. 

L'épithète de ump (hâdôsch, par abréviation 'p), saint, dont 
Jacob, par piété filiale, a fait précéder le nom de son père, avait 
le plus souvent chez les juifs d'Allemagne et du nord de la France 
le sens de martyr, et indiquerait ici que Joël fut mis à mort pour 
sa foi ». En établissant un rapprochement de dates, nous sommes 
porté à supposer que Joël subit le martyre de 1348 à 1350, lors de 
la terrible persécution dont la peste noire fut l'occasion ou plutôt 
le prétexte, ou peut-être en 1336, quand le fanatique Armleder 
souleva le peuple des bords du Rhin contre les juifs. 

Ce que M. le D r A. Kisch a avancé au sujet du chapeau ou bonnet 
que les juifs étaient forcés déporter dans la plupart des états et 
qui était devenu en quelque sorte leur symbole national, se con- 
firme encore par la figure de notre sceau. Nous ajouterons que 
non seulement des juifs et des juiveries - le prenaient dans leurs 
sceaux de la même façon que les chrétiens avaient d'autres 
emblèmes, mais que des familles de juifs convertis devenues nobles 

1 Cependant elle peut aussi être appliquée à un mort dans le sens d' homme pieux et 
dévoue' à la religion. 

2 Au moyen âge, la juiverie d'Augsbourg avait dans son sceau une aigle éployée 
entre les têtes de laquelle se trouve un chapeau de juif; le contre-sceau du para/je 
de Jurue à Metz portait une tête de juif avec chapeau. Voir Carmoly, Revue orientale, 
t. II, Bruxelles, 1843, p. 328-330. 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'ont adopté dans leurs armoiries en souvenir de leur origine. 
Telles sont les familles allemandes des Jikiden, Juden ou Judei, 
chevaliers de Cologne, des Judmcinner zaAffelwig und Aernbach 
et des Juden von Brucliberg en Bavière, etc. Le chapeau que le 
roi de Prusse Frédéric-Guillaume I er faisait encore porter par les 
juifs au commencement du siècle dernier, comme marque d'infa- 
mie commune à ceux-ci et aux banqueroutiers », n'a donc pas tou- 
jours été considéré comme telle. 



II 



SEPULTURES DES JUIFS. 



Malgré de patientes recherches, nous n'avons pu trouver que 
bien peu d'indices sur les lieux d'inhumation des juifs, lorsque au 
moj-en âge ils formaient des communautés relativement nombreuses 
dans nos contrées. 

L'abbé d'Echternach Jean Bertels, qui écrivait au commence- 
ment du xvii c siècle, en parlant de l'ancienne porte des Juifs, 
Judenp forte, à Luxembourg, dit qu'elle était ainsi appelée parce 
qu'anciennement, avant l'extension de la ville de ce côté, les juifs 
avaient leur sépulture à proximité 2 . 

Le P. Guillaume Wiltheim, mort en 1636, qui cependant était 
fort au fait des antiquités de Luxembourg, se borne à une simple 
mention de cette porte et du cimetière d'où elle prenait son nom, 
dans un de ses ouvrages restés manuscrits 3 . 

Ce cimetière des juifs de Luxembourg devait être antérieur à 
1370, car, si l'on s'en rapporte au P. Bertholet, les juifs furent 
alors bannis de cette ville, en même temps qu'ils le furent du Bra- 
bant et du Limbourg, à la suite de l'affaire du Saint Sacrement 
de Miracle*. D'un autre côté, la Jadenpforte, encore désignée 
ainsi en 1430, est déjà sur le point de changer de nom, puisque dans 
un acte de Philippe-le-Bon du mois de janvier 1443 (vieux style), 
elle est appelée porte Horion, et plus tard porte d'Arlon 5 ; ce qui 

1 Koenen, Gesch. der Joden in Nederland, p. 148, note 1. 

2 Bertelius, Historia Luxemburgensis, Coloniac, 1G0o, p. 117. 

3 Historiae Luxembttrgensis antiquariae disquisitiones, manuscrit 7140 de la biblio- 
thèque royale de Bruxelles, folio 170, reclo. 

\ Hist. ecclésiast. et civile du duché de Luxembourg et comté de Chiny, Luxembourg, 
t. VII, 1743, p. 70. 
* Wûrth-Paquet, Nomsde la ville de Luxembourg, etc., mémoire déjà cité, p. 121-122. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 127 

tendrait à prouver que le souvenir de l'existence du cimetière voi- 
sin commençait dès lors à se perdre. 

Un vestige de sépulture juive du moyen âge est cependant par- 
venu jusqu'à nos jours. C'est une pierre blanche avec inscription 
hébraïque, trouvée en 1872, avec quelques ossements humains, 
dans le verger de l'hôpital civil de Tirlemont, lors de la création 
en cet endroit du cimetière particulier des religieuses de cet éta- 
blissement. On la découvrit à un pied et demi environ de profon- 
deur, en pratiquant l'excavation pour les fondements de la petite 
chapelle de ce cimetière. 

Cette pierre est conservée aujourd'hui avec soin à l'hôpital de 
Tirlemont, où nous en avons pris un estampage. Sa plus grande 
hauteur est d'à peu près 63 centimètres, et sa largeur de 64. Elle 
est encadrée à sa partie supérieure et sur ses côtés d'une moulure 
en fornie de tore, d'environ 9 centimètres de large. Le haut de la 
pierre est cintré; le bas a été brisé, sans que l'inscription ait néan- 
moins été entamée. Quoique rongée par le temps, cette épitaphe 
est encore bien lisible, sauf la dernière ligne qui est quelque peu 
fruste. 

nnmtjfa ■ 
î-Sfib &r'm lk ifiN 'pa 
ra npsn ifta îaanb 
s ûuîn rffaèats rtèb 'n 

vv vw vvvv 

Traduction : Une pierre a été gravée, et elle a été placée à la 
tête de dame Rebecca, fille de R. Moïse, laquelle trépassa en [bon] 
renom, l'an cinq mille et seize du comput. Que son repos soit dans 
le jardin d'Éden. 

L'an 5016 de l'ère juive correspond à 1255-1256 de l'ère chré- 
tienne. 

La découverte de cette pierre tumulaire a une grande impor- 
tance, car ce n'est point par une cause fortuite qu'elle a été 
apportée à l'endroit où elle fut trouvée. Les ossements, entre autres 

1 ^ÏIN est une faute ; il faudrait nttN. 

s La dernière lettre pourrait aussi être un 2, mais dans ce cas nous ne saurions ce 
que signifie ce mot. Il est possible que nous ayons ici un mot dont une partie sert à 
remplir la 4 e ligne de l'inscription et qui est ensuite repris en entier, sauf la prépo- 
sition 2, au commencement de la 5 e ligne, de sorte qu'il faudrait lire tTitûDDtï) 
rrtZJ^n rijtD3 etc. On trouvera deux exemples de cette sorte de réclame dans l'ins- 
cription hébraïque publiée dans la Revue des études juives, t. II, p. 135. 



12S REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

un crâne humain, qui furent exhumés en même temps, prouvent 
évidemment qu'elle recouvrait encore la sépulture de la femme 
dont elle rappelle le souvenir. Nous avons tout lieu de supposer 
que cette tombe n'est pas isolée et que le cimetière des religieuses 
de l'hôpital est établi dans le lieu même de sépulture de l'ancienne 
communauté juive de Tirlemont. De nouvelles fouilles y feront 
probablement découvrir d'autres tombes. 

La ville de Tirlemont possédait au moyen âge une juiverie 
importante sur laquelle M. Bets 1 , qui, par parenthèse, confond 
les juifs avec les lombards, et M. W.auters 8 ont fait connaître 
quelques particularités intéressantes. 

Tels sont les seuls souvenirs que nous avons pu recueillir sur 
les sépultures du moyen âge, et il nous faut franchir plusieurs 
siècles avant de trouver de nouvelles traces de cimetières israélites. 
Expulsés successivement des différents pays belgiques, les juifs 
n'y eurent plus d'existence légale; s'il arrivait que l'un- d'eux 
de passage ou de résidence en quelque sorte clandestine venait à 
y décéder, sa dépouille mortelle trouvait apparemment une sé- 
pulture dans quelque terrain vague ou dans les fortifications des 
villes. 

A Bruxelles cependant, où malgré la rigueur des édits, quelques 
familles juives étaient parvenues à s'établir dans le cours du 
xvm e siècle, un lieu de sépulture leur fut réservé près de la porte 
de Namur. « Suivant une requête présentée au gouvernement 
autrichien, en 1783, par un habitant de Bruxelles, nommé Philippe 
Nathan, la sépulture des juifs occupait, de temps immémorial, un 
petit terrain compris dans les fortifications, hors de la porte, à 
gauche. Vers l'an 1778, à la suite de travaux de nivellement faits 
en cet endroit, un nouveau lieu de sépulture fut désigné à Nathan, 
à droite de la porte, et les cadavres du cimetière israélite y furent 
transportés 3 . » 

Quelques années plus tard, ce nouveau cimetière dut néces- 
sairement disparaître, par suite du démantèlement des fortifica- 
tions de Bruxelles commencé en 1782, et il n'en est resté aucun 
vestige. 

Il fut bientôt remplacé par un autre sur l'établissement duquel 
nous nous étendrons avec quelques développements, afin de mon- 



1 Hist. de la ville et des institutions de Tirlemont, t. I, Louvain, 1860, p. 58-61, 
73-74. 

1 Géog, et hist. des communes belges : Ville de Tirlemont, Bruxelles. 1874, p. 8, 
17-18, 33. 

3 Wauters, Hist. des environs de Bruxelles, Bruxelles, 1855, t. III, p. 284-285. — 
Cf. Henné et Wauters, Hist. de la ville de Bruxelles, Bruxelles, 1845, t. III, p. 609. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 129 

trer quelles furent les dispositions prises au sujet des sépultures 
juives dans les dernières années de l'ancien régime. 

Par son édit du 26 juin 1784 % l'empereur Joseph II défendit les 
inhumations dans l'intérieur des villes et ordonna l'établissement 
de nouveaux cimetières en dehors de leur enceinte. Il mettait à la 
charge des administrateurs des paroisses, catholiques bien entendu, 
l'acquisition des emplacements désignés pour les nouveaux cime- 
tières (art. X), leur ordonnait de procéder à la vente publique des 
anciens (art. XV), et, au moyen des sommes à provenir de cette 
vente, de se charger des frais de construction et d'entretien des 
nouveaux (art. XI). 

Cet édit avait été en grande partie copié sur celui que Joseph II 
avait décrété pour l'Autriche le 10 mai précédent. Dans ce der- 
nier, un article spécial prescrivait de désigner aux Juifs et aux 
Turcs un emplacement hors des lignes pour l'établissement de 
leurs cimetières. Le conseil privé aux Pays-Bas, appelé à se pro- 
noncer sur le projet d'un édit analogue applicable à ces pays, 
avait émis l'observation suivante, dans l'avis adressé le 2 juin 1784 
aux gouverneurs généraux, Marie-Christine et Albert de Saxe- 
Teschen 2 : 

« Nous n'avons point fait mention dans l'édit des Turcs et des 
Juifs, parce que, pour le peu qu'il s'en trouve dans ce pays, il nous 
paroît que la défense générale, faite dans l'édit, d'enterrer dans les 
villes doit suffire à leur égard. 

» Nous nous en remettons néanmoins à tout ce qu'il plaira à 
Vos Altesses Royales d'y disposer. » 

C'était laisser la question indécise ; aussi l'édit du 26 juin 1784 
ne la trancha-t-il pas et resta-t-il muet au sujet des sépultures 
des juifs; mais voici ce que l'article XXI dit de celles des pro- 
testants : 

« Il sera réservé dans chaque nouveau cimetière pour les pro- 
testans, une place séparée destinée à enterrer leurs morts, à 
moins cependant qu'ils ne préférassent avoir un cimetière parti- 
culier ; en quel cas les magistrats leur désigneront à cet effet un 
emplacement gratis hors la ville. » 

A défaut de dispositions particulières les concernant, on appliqua 
aux juifs de Bruxelles la première disposition de cet article, et 



1 Cet édit a été publié, entre autres, par M. Ch. Duvivier, à la suite de son mémoire 
intitulé : De la propriété des anciens cimetières, Bruxelles, 1878, in-i° {Deuxième 
mémoire pour la ville de Grand). 

2 Archives du royaume : Chancellerie des Pays-Bas à Vienne, D, 108, ad litt. E, 
6 (n° 5). Cet avis du conseil privé a été publié in extenso par M. Ch. Duvivier, à la 
suite du mémoire indiqué dans la note précédente. 

T. VII, n° 13. 9 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

un enclos leur fut réservé pour la sépulture de leurs morts l , de 
même qu'un autre fut accordé aux protestants, sur une partie du 
terrain que les administrateurs de la paroisse de Sainte-Gudule 
furent obligés d'acquérir en vertu de l'article X dont nous avons 
parlé plus haut. 

Ce nouveau cimetière, établi en partie sur le territoire de Saint- 
Josse-ten-Noode, en partie sur celui de Schaerbeek 2 , servit non 
seulement pour la paroisse de Sainte-Gudule, mais encore pour 
celles de Coudenberg, de Saint-Nicolas et du Finisterre : telle était 
la circonscription de Sainte-Gudule pour les enterrements des 
catholiques. Deux autres cimetières reçurent les morts des autres 
paroisses de la ville. Mais tous les protestants et tous les juifs, 
décédés dans tout le territoire de Bruxelles, furent enterrés dans 
les parties du cimetière de Sainte-Gudule réservées pour eux 3 . 
Gela résulte de l'examen des registres mortuaires de cette paroisse, 
qui, à partir de 1785 jusqu'à la fin de l'ancien régime, présentent 
une particularité peut-être unique dans les registres paroissiaux, 
c'est que les actes d'enterrement des protestants et des juifs y sont 
enregistrés parmi ceux des catholiques. 

Cette circonstance cependant paraîtra moins étonnante lorsqu'on 
aura reconnu que les registres paroissiaux, surtout les registres 
mortuaires, sont au fond des livres de comptes 4 plutôt que des 
registres d'état civil, tels qu'on les considère maintenant. Les 
juifs et les protestants, transportés au cimetière dans le char 
funèbre de Sainte-Gudule 3 et même inhumés par les soins de 
l'administration de cette paroisse, étaient soumis, sauf les pauvres, 
aux mêmes droits de transport et d'enterrement que les catho- 
liques. La preuve s'en trouve dans les actes mortuaires eux- 
mêmes qui présentent assez d'intérêt pour être examinés avec 
attention. 

Depuis le 1 er mars 1785, date du plus ancien acte d'enterrement 
juif que nous ayons rencontré 6 , jusqu'au 20 juillet 1795, date du 



1 Ce cimetière a, dans œuvre, 20 m ,77 de long sur 8 m ,10 de large. 

* Il est compris dans le territoire de la ville de Bruxelles depuis la loi du 7 avril 1853, 
qui a annexé à cette ville une partie des quatre communes limitrophes suivantes : 
Saint-Josse-ten-Noode, Schaerbeek, Etterbeek et Ixelles. 

3 Avant l'établissement du nouveau cimetière de Sainte-Gudule, les Alexiens se 
chargeaient d'inhumer dans leur couvent les protestants, du moins ceux de qualité, 
décédés à Bruxelles. Voir Wehelyks nieuws uyt Loven, 22 Meert 1778, p. 188, et 
Archives du royaume : Conseil privé, carton n° 1401, intitulé : Enterremens. 

4 Cf. Musée des archives départementales, Paris, Imp. natioD., 1878, texte gr. in-4*, 
p. XXXIII, 317 et 327. 

5 Cf. les art. IX et XII de l'édit du 26 juin 1784. 

6 Nous n'avons pas trouvé d'enterrement protestant mentionné dans les registres 
de Sainte-Gudule antérieurement à cet enterrement juif du l or mars 1785. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 131 

plus récent ! , nous avons trouvé dans les quatre derniers registres 
mortuaires de Sainte-Gudule mention du décès de 36 ou 37 per- 
sonnes appartenant au culte israélite, la plupart enfants en bas 
âge. Le plus grand nombre habitait le voisinage de la chapelle de 
Notre-Dame-aux-Neiges et la rue du Marais dans la paroisse de 
Sainte-Gudule, la rue des Jardins-aux-Choux et la rue du Chant- 
d'Oiseaux dans celle du Finisterre. Quelques-unes demeuraient 
dans le ressort de la paroisse de Sainte-Catherine et d'autres 
paroisses, et une au village d'Etterbeek, dans la banlieue de 
Bruxelles. 

Il y a ceci de particulier dans ces actes rédigés en flamand, c'est 
que tous, excepté les trois premiers, portent en marge, tout aussi 
bien que ceux des vrais protestants, le mot Protestant, Protes- 
tante, ou Gereformeert. Dans le texte même de la plupart on 
trouve les désignations suivantes : protestant, — van de protes- 
tante religie, — gereformeert, — eene protestante sinchinge, — 
eene gereformeerde begraeffenisse, — begraven door de pro- 
testanten, — op het gereformeert Uerckhoff begraverr 2 , etc., 
bien qu'il résulte à toute évidence par le contenu de l'acte, 
le nom et le domicile, que le défunt appartenait au culte mo- 
saïque. 

La teneur des actes de sépulture dans les registres de Sainte- 
Gudule est généralement conforme à l'article XIII de l'édit de 
Marie-Thérèse du 6 août 1778 3 , sauf qu'ils ne sont pas signés, 
ainsi que le prescrivait cet article, par l'ecclésiastique chargé de 
tenir ces registres. Il faut cependant remarquer que cet édit, non 
plus que les autres sur la même matière, ne parle ni des protes- 
tants ni des juifs, bien qu'il paraisse ne pas désigner exclusive- 
ment les seuls catholiques. 

Pour la confirmation de ce que nous venons d'avancer, il nous 
suffira de publier les cinq premiers des actes dont il s'agit 4 . Nous 
traduisons littéralement : 



1 Nous ne nous rappelons plus s'il y a encore des enterrements de protestants 
enregistrés postérieurement à cette date dans le dernier registre mortuaire de Sainte- 
Gudule, clos le 9 thermidor an IV (27 juillet 1796). 

2 Protestant, — de la religion protestante, — réformé, — un enterrement de pro- 
testant, — un enterrement de réformé, — enterré par les protestants, — enterré dans 
te cimetière des réformés. 

3 Relatif aux registres de baptêmes, de mariages et d'enterrements. On trouve le 
texte flamand de cet édit dans le Zesden Placcaert-boek van Vlaenderen, vergadert door 
Serruys, Gand, 1786, p. 337-343. 

4 Archives de l'état civil de Bruxelles : Doodt register der collégiale ende parochiale 
hercke van de H : E : Michaèî ende Gudila ende van het district der selve beginnende 
van dm jaere 1783. 



132 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



1 



Mars 1785. 

Une enfant réformée dans la partie non bénite 
en dehors du cimetière de S te -Gudile (S : Gu- 
dilae), qui y fut enterrée le 1 dito au soir, 
nommée Catharina, âgée de neuf mois, décédée 
le 1 dito à minuit, fille d'Elias Munis, graveur 
de son état, et de Jaquelina Salomonis, con- 
joints, demeurant rue des Jardins-aux-Choux, 
au Bataillon carré. 



1. 



Avril 1785. 

Un enterrement juif dans la partie non bénite 
en dehors du cimetière de S te -Gud. : Léo 
Moyes (sic), de la religion juive, qui fut en- 
terré le 1 dito au soir dans le dit cimetière non 
bénit par les juifs avec l'aide de mes deux fos- 
soyeurs, lequel juif était graveur de son mé- 
tier, décédé le 31 mars 1785 à midi, demeurant 
chaussée de Schaerbeek, au Léopard. 



1. Nota. Fut enterré 
par les juifs, avec l'aide 
de mes deux fossoyeurs 
qui ont creusé et comblé 
la fosse, et fut trans- 
porté dans notre char 
funèbre de S^-Gudule. 



Août 1785. 

Un enterrement juif dans le cimetière non 
bénit de S te -Gud. : David Bamberg, de la re- 
ligion juive, qui est décédé le 30 juillet 1785 
à 4 heures 1/2 après midi, dans la maison du 
sieur Cuoeckaert, aubergiste, demeurant à 
l'Empereur, dans la rue du Marais, au Petit 
Marais. 



15. Protestante. 
Ex parochise (sic) 
Stse Cathse. 



24. Protestante. 
Gratis. 



Octobre 1786. 

Une enfant de la religion juive dans le cime- 
tière non bénit de S te -Gud. : Bachaël, âgée 
d'un an, décédée le 13 dito à 9 heures du soir, 
fille d'Abraham Hongroi et de Guittio Monhein, 
demeurant rue du Curé-de-S te -Catherine, dans 
la paroisse de S te -Catherine. 

Une enfant réformée dans le cimetière non 
bénit de S te -Gudile [S : Gudilaë) : Gudila l , 



1 II est peu probable que cette enfant ait été appelée Gudila ou Gudule, nom 
inconnu chez les juifs. 11 y a sans doute ici une corruption du nom de N^tTA Gitle, 
estropié naturellement par le prêtre de Sainte-Gudule chargé de tenir le registre 
mortuaire. Nous aurons un peu plus loin l'occasion de faire une remarque du même 
genre. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 133 

âgée de 13 mois, décédée le 23 dito, fille de 
Gabriel Heymans et de Rosalie Abraham, de- 
meurant près de la petite chapelle de N.-D.- 
aux-Neiges. 

L'article XXII de Fédit du 26 juin 1784 permettait de placer à la 
mémoire des défunts dans les nouveaux cimetières des épitaphes, 
pierres sépulcrales ou autres monuments, mais seulement contre 
les murs. Il existe encore, enfoncée dans le sol contre le mur du 
cimetière juif de Sainte-Gudule, une pierre tumulaire de la fin du 
siècle dernier. Elle a 60 centimètres de largeur sur 53 de hauteur 
hors du sol. On y lit l'épitaphe suivante : 

iipira m û-ntt ïtiib Voa 

"pin nass riw ïtd nm 

pbS :i5pn anuî rhy 1 "ïpa 

Traduction : Ici est enterrée une femme vertueuse ; elle fit 
de bonnes oeuvres comme Abigaïl, Sarah Miriam, fille de Salomon, 
épouse de Bendit ; elle trépassa, et elle fut enterrée le 3 e jour veille 
de la néoménie de schebat, 555 du petit comput. Que son âme 
soit liée dans le faisceau des vivants. 

Le 3° jour veille de la néoménie de schebat, ou 29 e et dernier 
jour de tébeth, de l'an 555, correspond au mardi 20 janvier 1795. 

Rapprochons de cette épitaphe l'acte mortuaire de la défunte ! ; 
il est en flamand comme ceux donnés plus haut. 

Janvier 1795. 

2i. Protestant. Un enterrement protestant : Maria Anna Sa- 

lemans, épouse de Franciscus de Benois Aber- 
ham (sic) 2 , décédée le 19 dito, à une heure après 
midi, demeurant rue des Jardins-aux-Choux. 

Les contradictions apparentes entre les noms de ce document et 
ceux de l'épitaphe s'expliquent facilement : Le nom de Miriam 
(Marie), inconnu en dehors du judaïsme et que les juifs prononcent 
généralement Mariam, Marient^ Meriem, selon la prononciation 



1 Archives de l'état civil de Bruxelles : Dernier registre mortuaire de Saint-Michel 
et Sainte-Gudule, sans titre, commençant le 17 avril 1794 et finissant le 25 juillet 1796. 

2 « Huysv r « van Franciscus van Benois Aberham ». 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

araméenne 1 , devenait inévitablement pour une oreille chrétienne 
Marie Anne-, en flamand Maria Anna. Salemans est évidem- 
ment Salomon, Benois est une traduction de Bendit, et le nom 
de Francisons paraît s'être glissé dans l'acte par erreur 3 . Quant à 
la différence d'un jour pour l'enterrement, entre la date exprimée 
sur la pierre et celle de l'acte, c'est une erreur insignifiante, qui 
ne vaut pas la peine d'être relevée. 

L'établissement définitif des Français depuis 1794 dans les pays 
belgiques, n'avait en rien modifié la législation existante pour ce 
qui concernait les lois et les coutumes particulières et les règle- 
ments de police de ces pays, « en tout ce à quoi » il n'avait pas été 
dérogé par les arrêtés des représentants du peuple 4 . A l'époque du 
décès de Sarah Miriam, et même plus tard, l'ancienne législation 
était encore en vigueur pour ce qui regardait les sépultures et les 
registres paroissiaux. C'est le 23 prairial an IV (17 juin 1796) que 
le directoire exécutif rendit obligatoires en Belgique les premières 
lois françaises sur l'état civil, et spécialement sur la tenue des 
registres, et ce n'est que le 23 prairial an XII (12 juin 1804) que 
parut le décret impérial sur les sépultures. Aucune disposition à 
ce sujet n'avait été publiée en Belgique, pensons-nous, durant 
l'intervalle qui sépare ce décret de redit du 26 juin 1784. 

A Gand aussi, un tout petit enclos, attenant au grand cimetière 
catholique de la porte d'Anvers, fut établi sous le règne de 

1 Lowe, The Memorbuch of Niirnberg, dans the Jewish Chronicle, n° 643, July 22, 
1881, p. 13. — Avé-Lallemant, Bas Deutsehe Gaunerthtm, 111 er Theil, Leipzig, 18G2, 
p. 411. 

s Nous avons trouvé bien d'autres exemples de cette confusion, notamment dans le 
registre aux actes déclaratoires des juifs de Bruxelles, ouvert en exécution du décret 
impérial du 20 juillet 1808 concernant les noms des juifs, où des femmes qui signaient 
D" 1 "!^, Mariant, Mariamm, sont appelées Marie Anne dans le corps des actes. 

3 Veut-on se faire une idée des variations de noms juifs à cette époque? Cette 
même Miriam, fille de Salomon, est appelée clans les mêmes registres paroissiaux de 
trois manières différentes, dans les actes mortuaires de trois de ses enfants : Maria 
Anna tout court (26 mars 1787), Maria Anna Lantbore (26 juillet de la même année), 
Maria Anna Salmon (6 lévrier 1793). Son mari est nommé dans le premier et le 
troisième de ces actes Benoit Abraham, dans le deuxième Benvoit Abraham. Dans les 
pièces relatives à la demande d'admission de celui-ci à la bourgeoisie de Bruxelles 
en 1785 (Arch. du royaume : Conseil privé, carton n° 1293) on lit Benedictus Braham, 
Benoit Bramm ; il signait Benois Bramm. Heureusement que l'état civil a mis un 
terme à de telles fantaisies! 

4 Voir l'arrêté des représentants du peuple près les armées du Nord et de Sarnbre 
et Meuse, donné à Bruxelles le 27 thermidor an II (1 4 août 1794) , art. X. — Aux termes 
de l'arrêté du directoire exécutif du 16 frimaire an V (6 décembre 1796), tous les actes 
insérés au Bulletin des lois, publié à Paris, ont, à partir de cette époque, la même 
force obligatoire en Belgique qu'en France. Les lois françaises antérieures à cet arrêté 
n'étaient obligatoires en Belgique que lorsqu'elles y avaient reçu une publication par- 
ticulière. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 135 

Joseph II pour les inhumations, des juifs 1 . Il ne renferme qu'un 
seul monument funéraire, de 80 centimètres de hauteur sur 60 de 
largeur et 2 d'épaisseur, composé de trois ais de chêne assemblés, 
découpé en forme de tables de la loi et fixé au mur par des cram- 
pons. On y lit les deux épitaphes suivantes, gravées en creux, 
l'une en flamand, l'autre en hébreu : 



HIER LIGT 

BEGRAVE ,° D * 

COSEL LEVY mÏ*5?L 

OPDEN27 .û'V'n^W'3. 

MAERTE .Wft«-«WS 

1786 '^' 



Au-dessous est gravé un sablier posé sur deux tibias croisés. 





TRADUCTION. 


Ci gît 


Ici est enterré 


enterré 


Gezschlick, 


Cosel Levy 


fils de R. Lôw (ou Leib), dans le jour 


le 27 


2 e (lundi), 27 du deuxième adar 546 


mars 


du petit comput. 


4786. 





Que son âme soit liée Que son âme soit liée dans le faisceau des vivants, 

dans le faisceau des vivants . 



Cosel correspond à Gezschlich qui lui-même est un nom vulgaire 
(■>"û5 hinnoui) équivalant à û^ba Eliakim. Lôw ou Leïb n'est ici 
qu'une variante de Levy. Les dates de l'ère chrétienne et de l'ère 
juive concordent parfaitement. 

Cette double épitaphe et l'épitaphe de Bruxelles sont, outre celle 
de Tirlemont, les seules inscriptions judaïques, antérieures au 
xix e siècle, qui existent en Belgique 2 . La destruction des cimetières 



1 Ce petit cimetière Israélite a 8 m ,90 de long sur 7 m ,50 de large, dans œuvre. 
On n'y avait accès que par l'intérieur du cimetière catholique. 

2 C'est bien avec intention que nous disons judaïques et non pas hébraïques, car, 
pour notre part, nous connaissons en Belgique deux anciennes inscriptions en 
hébreu, qui n'ont d'autre rapport que la langue avec le judaïsme. Nous les ferons 
connaître à titre de curiosité. 

La première est une sorte d'inscription cabalistique, gravée sur une pierre bleue 
encastrée dans la façade d'une maison de la rue de Namur à Louvain : 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

supprimés où elles se trouvent étant imminente, elles sont fatale- 
ment destinées à disparaître prochainement, et il n'en restera 
peut-être bientôt plus d'autre souvenir que la présente description. 

Une mention bien vague nous apprend qu'en vertu d'un décret 
du 14 mars l^é, antérieur par conséquent à la grande réforme de 
Joseph II en matière de sépultures, il avait été permis aux juifs 
d'avoir un cimetière à Ostende l , mais ce cimetière ne paraît pas 
avoir jamais été établi. 

Enfin nous avons appris qu'à Mons, vers la fin de la domination 
autrichienne, des obsèques publiques furent faites à une femme 
juive par ses coreligionnaires. Ceux-ci, couverts du talleth (voile 
pour la prière), accompagnèrent le corps de la défunte en dehors 
de la ville. Nous n'avons pu savoir si elle fut inhumée dans la 
banlieue de Mons ou transportée ailleurs. On avait laissé les juifs 
profiter de la permission récemment accordée aux protestants par 
l'article 3 du décret des gouverneurs généraux du 15 décembre 1781 : 
« Les enterremens des acatholiques pourront se faire publiquement 
et avec l'assistance de leurs ministres 2 . » 

Voilà les seuls souvenirs que nous avons pu recueillir sur les 
sépultures des juifs en Belgique jusqu'à la fin du xvm e siècle. Bien 

ÎTÏÎT 

ÏTH23ÎT 

ce qui semble vouloir signifier iTHJ ï-prT ÎTlï-p, l'Eternel Dieu tout-puissant. 

Autour des mots hébreux il y a l'inscription latine suivante disposée en cercle : 

Joannes Sexagius in fundo ab avo materno pauperibus addicto construxit A° 4567. 

La maison qui porte ces inscriptions était primitivement l'école des pauvres de la 
paroisse de Saint-Quentin, que Jean van 't Sestich {Sexagius) fit construire en 1567 
sur un terrain provenant de son aïeul maternel (Van Even, Louvain monumental, 
Louvain, 1860, p. 284). 

L'autre inscription hébraïque se trouve dans l'église de la petite ville de Chièvres, 
en Hainaut. Elle est gravée sur le mausolée de dame Charlotte d'Elmont, femme de 
messire Jean Laurent, chevalier, seigneur de Preumontaulx et d'Audregnies, premier 
conseiller du prince en son conseil à Mons et bailli de la ville et pairie de Chièvres, 
trépassée à Mons en 1604. Cette inscription est ainsi conçue DNÏ HrPn ÏTirP. DttO> 
qu'il faut lire évidemment nNT ïirPït ïlirp ntf?3, ce fut la volonté de l'Éternel ; 

T : T T 

cf. Josué, xi, 20. D'autres pensées et devises en latin et en français accompagnent 
l'inscription hébraïque. 

1 Nous trouvons cette mention dans la Liste chronol. des édits et ordonn. des Pays- 
Bas autrichiens de 1751 à 1794, 2 e partie, Bruxelles, 1858, p. 55. Cette liste, qui n'in- 
dique ni l'autorité d'où ce décret est émané, ni l'endroit où il fut donné, se borne à 
dire qu'il existe aux archives de la ville d'Ostende et qu'il figure sur une liste envoyée 
par l'administration communale de cette ville à la commission royale pour la publica- 
tion des anciennes lois et ordonnances de la Belgique. Nous savons de source certaine 
que les archives d'Ostende ne sont plus en possession de ce document. 

* Il faut cependant bien remarquer que le mot acatholiques ne désigne ici que les 
seuls protestants. Le décret en question est ampliatif de celui du 12 novembre précé- 
dent concernant la tolérance civile à l'égard de ceux-ci. Une copie de ce décret se 
trouve dans le registre aux consultes du conseil de Brabant n* 58, fol. 230, aux 
archives du royaume. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 137 

qu'il n'entre pas dans notre dessein de dépasser les limites de l'an- 
cien régime, nous ne croyons cependant pas hors de propos 
d'ajouter quelques mots sur les cimetières israélites du siècle 
actuel. 

Le cimetière juif de Sainte-Gudule servit de lieu d'inhumation à 
la communauté de Bruxelles jusqu'en 1829. Outre la tombe de 
Sarah Miriam décrite plus haut, il s'y trouve encore aujourd'hui 
dix-huit pierres de notre siècle : la plus ancienne est de 1804, la 
plus récente de 1828 ; la plupart des épitaphes sont exclusivement 
en hébreu. 

Comme il ne s'y trouvait plus de place vide, la communauté 
demanda un nouvel emplacement; la fabrique de l'église de Notre- 
Dame-de-la-Chapelle ayant consenti à lui céder un terrain dépen- 
dant de son cimetière à Saint-Gilles, la régence de Bruxelles 
transféra le cimetière israélite en cet endroit par une résolution du 
11 février 1829 l . On y enterra jusqu'en 1877. Cette année, l'admi- 
nistration communale ayant décrété l'établissement d'un cimetière 
général sur le territoire de la commune d'Evere, tous les cime- 
tières paroissiaux et particuliers furent supprimés et celui des 
juifs fut compris dans la mesure générale. Le consistoire israélite 
pria le conseil communal de Bruxelles de lui assigner une place 
particulière dans le cimetière général pour servir de lieu d'inhuma- 
tion aux israélites, mais sa demande fut unanimement rejetée dans 
la séance du 29 novembre 1877. Depuis lors, un assez grand nombre 
d'israélites de Bruxelles furent enterrés dans une partie réservée 
du cimetière communal d'Uccle, localité voisine de cette ville, et 
quelques-uns furent transportés à Nivelles, à quelques lieues de la 
capitale. 

Nous ignorons quand cessèrent les inhumations dans le petit 
cimetière juif établi à Gand sous le règne de Joseph II. Il fut sans 
doute supprimé de bonne heure à cause de son exiguïté. En 1847, 
la ville de Gand fit don à la communauté israélite d'un lieu de 
sépulture attenant au grand cimetière catholique de la porte de la 
Colline. Avant cette époque, les juifs décédés à Gand étaient trans- 
portés à Saint -Gilles, près de Bruxelles. En 1877, les cimetières 
des divers cultes furent aussi supprimés par l'administration com- 
munale de Gand, et, depuis lors, quelques inhumations de juifs de 
cette ville eurent lieu dans d'autres localités, notamment dans le 
Brabant hollandais. 

« Un arrêté du maire de Mons, Edmond Du Pré, daté du 18 sep- 
tembre 1815, accorda au sieur Elias Schenberg, chef de la religion 

1 Wauters, Hist. des environs de Bruxelles, Bruxelles, 1855, t. III, p. 29. 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

israélite en cette ville, un terrain dans un angle du cimetière 
général, pour y enterrer les morts de cette religion, à la condi- 
tion d'enclore de murs la partie non fermée de ce terrain et d'y 
faire une porte d'entrée. C'est ce qui fut exécuté d'après les 
dimensions données par l'architecte de la ville 1 . » Un nouveau 
terrain fut accordé aux juifs, en 1839, dans le même cimetière 
agrandi, et ils y ont transféré leurs morts. Il était séparé des 
autres sépultures par une haie morte qui a été abattue il y a peu 
d'années, lorsque le cimetière de Mons eut cessé d'être divisé par 
cultes. 

Le cimetière des juifs de Namur fut établi sous la domination 
hollandaise par les membres de la communauté de cette ville, près 
d'un endroit appelé le Beau Vallon 2 . 

A Anvers, le cimetière actuel fut accordé à la communauté en 
1828. 

Le cimetière de Liège est plus récent. La plus ancienne épitaphe 
qui s'y trouve est de 1842; elle est en hébreu. 

Celui d'Arlon ne remonte qu'à 1856. La première en date des 
épitaphes qu'il renferme est du 20 novembre de cette année; elle 
est en hébreu et en français. Auparavant les morts de la commu- 
nauté d'Arlon étaient transportés à Luxembourg. 

Les israélites décédés dans cette dernière ville, à la fin du siècle 
précédent et au commencement de ce siècle, étaient transportés à 
Freudenbourg, petite bourgade de l'électorat de Trêves, située près 
de Saarbourg, à six lieues environ au S.-E. de Luxembourg. Ce 
n'est que vers 1806 qu'un cimetière israélite fut établi près de cette 
ville. Les deux plus anciennes épitaphes encore lisibles que l'on y 
voit sont en français et datent de 1822 et de 1824; il y en a d'anté- 
rieures en hébreu, mais les caractères en sont tout à fait frustes. 
Durant le blocus de la forteresse par les troupes hessoises, dans 
les premiers mois de 1814, alors que le typhus exerçait d'épouvan- 
tables ravages dans la ville, les cadavres des israélites, ne pouvant 
être transportés dans le cimetière situé au milieu des lignes d'in- 
vestissement, furent enterrés dans les fossés de la place, où la trace 
de leurs sépultures fut bientôt perdue. 

Emile Ouverleaux. 
[A suivre.) 



1 Bernier, Dict. géog., hisior., archéol., biogr. et bibliogr. du Eainaut, Mons, 1879, 
p. 353, en noie. 

2 Annales de la Soc. archéol. de Namur, t. IX, 1865-1866, p. 308. 



NOTES ET MÉLANGES 



DOCUMENTS RELATIFS A L'HISTOIRE DES JUIFS 
DANS LE GOMTAT VENAISSIN 



Nous reproduisons ci-dessous deux documents relatifs à l'his- 
toire des Juifs dans le Comtat Venaissin. 

Le premier document est un acte notarié, délivré, en présence 
du cardinal de Foix et avec son autorisation, à la requête des syn- 
dics de Mazan, par Guillaume Bonicordis, notaire public à Car- 
pentras. La partialité du légat est encore très visible dans cet acte. 
Le cardinal de Foix ne cache point son intention d'être agréable à 
la commune de Mazan, qui a mérité son indulgence par les dons 
qu'elle a gracieusement fournis, par les services qu'elle lui a 
rendus pendant la peste qui sévit en ce moment, et par ceux qu'il 
espère bien qu'elle continuera de lui rendre encore. Ainsi, à ses 
yeux, le zèle et le dévouement que les habitants de Mazan ont 
montré pendant l'épidémie régnante, les efforts qu'ils font, les 
dépenses qu'ils s'imposent journellement et celles qu'ils pourront 
s'imposer à l'avenir, sont des raisons suffisantes pour motiver 
le pardon des excès commis. 

.Ce document est précieux parce qu'il en contient un autre très 
important, à savoir l'enquête faite le 15 juin 1460, sur la plainte 
portée devant la Cour majeure du Comtat Venaissin, c'est-à-dire 
devant la Cour du Recteur par l'avocat fiscal du dit Comtat. Les 
divers chefs de l'accusation sont reproduits, sans doute textuelle- 
ment, dans cette enquête ; les motifs qui ont déterminé Honorât 
Astoaud à préserver la vie menacée des Juifs y sont aussi expo- 
sés. Honoré Astoaud a voulu empêcher les crimes de Carpentras 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de se reproduire à Mazan ; il a rempli son devoir de vassal fidèle 
en prenant la défense des Juifs, placés sous la protection et la sau- 
vegarde du pape ; enfin il a résisté bravement aux criminels des- 
seins des syndics de sa commune ; d'où il est permis de conclure 
que ce gentilhomme ne partageait pas les sentiments hostiles dont 
les municipalités du Corntat commençaient alors à être animées 
envers les Israélites. L'enquête se plait à faire ressortir sa belle 
conduite, comme aussi l'illégalité de la désobéissance des syndics. 
Les divers chefs d'accusation qu'elle énumère sont les suivants : 
trahison envers leurs seigneurs, menaces de mort contre les Juifs, 
mépris de la juridiction du Recteur, sédition armée, violences pu- 
bliques, rébellion ouverte. 

Le Recteur est qualifié de conservateur des Juifs, ce qui semble 
prouver que les Israélites du Corntat Venaissin n'avaient pas alors 
de conservateur particulier, puisque le soin de les protéger et de 
les défendre était remis au gouverneur du pays. 

Nous ferons observer, à l'occasion de cette note, qu'Honoré 
Astoaud ne possédait que la moitié de la seigneurie de Mazan. 
Pour être plus exact, nous aurions dû mettre, dans notre article 
{Revue, t. VI, page 32, ligne 28), co-seigneur de Mazan [condo- 
minus), au lieu de seigneur. 

Le second document que nous reproduisons est un bref, comme 
l'indique la formule sud annulo Piscatoris. Nous l'avons trouvé 
dans la volumineuse Collection Tissot, à la bibliothèque de Car- 
pentras. C'est la pièce 4 e du tome II, qui porte en titre : Choix de 
différentes pièces. Nous ne reproduisons pas ce bref d'après l'ori- 
ginal, que nous n'avons point vu, mais d'après une copie dont 
l'écriture est assez moderne. Nous avons conservé l'orthographe 
de cette copie, mais nous avons dû mettre la ponctuation qui n'est 
pas indiquée, et rétablir deux mots omis, Judœis etjurgium. 

Léon Bardinet. 



/. Remise, par le cardinal de Foix, 

des peines encourues par les habitants de Mazan, 

à cause des excès commis contre les Juifs. 

In nomine Domini amen. Noverint universi et singuli, pré- 
sentes * pariterque futuri, seriem, mentem et tenorem hujus 
instrumenti inspecturi, visuri, lecturi, quinymo etiam audituri, 

1 Nous conservons l'orthographe, et la latinité du document. 



NOTES ET MÉLANGES 141 

quod, anno a Nativitate ejusdem domini millésime» quadringente- 
simo sexagesimo, indictione octava cum eodem anno more Romane 
curie sumpta, et die décima octava mensis Augusti, Pontificatus 
sanctissimi in Christo patris et domini nostri Domini Pii divina 
providentia pape secundi anno secundo, quod ' cum universitas 
loci de Mazano diocesis carpentoractensis, seu nonnulli particu- 
lares ejusdem loci, dicantur fore et esse intitulati pênes et erga 
curiam Rectoriatus, sive majorem comitatus Venayssini, ad ins- 
tanciam venerabilis et circumspecti viri domini Alziari Autardi, 
in legibus licenciati, advocati fiscalis dicti comitatus Venayssini, 
prétexta et occasione nonnullorum excessuum per eos seu eorum 
aliquos, ut dicebatur et sibi imponebatur, perpetratorum nuper in 
dicto loco contra et adversus nonnullos Judeos, in dicto loco 
habitantes et moram facientes, et aliis de et super contentis in ti- 
tulis in et super dicta materia consertis, et pênes notarium in- 
quisitionum Garpentoractis existentibus ; quorum quidem titu- 
lorum ténor sequitur in hune modum. 

Contra omnes et singulos qui de infrascriptis ope, opère, con- 
silio, favore aut adjutorio culpabiles reperientur. 

Anno a Nativitate Domini millesimo quadringentesimo sexage- 
simo, et die décima quinta mensis Junii, Pontificatu sanctissimi 
in Christo patris domini nostri domini Pii divina providentia pape 
secundi, anno ejus secundo, venerit ad noticiam curie majoris 
Reverendi in Christo patris domini Rectoris comitatus Venayssini, 
fama publica refferente et facti notorietate 2 ac etiam clamore et 
instigatione domini advocati fiscalis pro domino nostro papa et 
sanctissima romana ecclesia in comitatu Venayssini, quod, licet 
nobilis et potens vir Honoratus Astoaudi, condominus loci de 
Mazano, considerans intollerabilia scandala, noviter in civitate 
Carpentoractis per nonnullos coadhunatos in personis et bona 
Judeorum dicte civitatis perpetrata, omicidia et i'urta inde sequta, 
ac sciens Judeos presentis comitatus esse sub protectione et salva- 
gardia 3 sanctissimi domini nostri pape, et illam, ut fidelis vas- 
salis, manutenere cupiens, preconisari fecerit in dicto loco de 
Mazano, sub certis et formidalibus pénis in eadem preconisatione 
contentis, ne aliqua persona, extranea vel privata, cujuscumque 
gradus seu condictionis existât, auderet seu presumaret 4 dictos 
Judeos, sic in salvagardia existentes, verbo nec in facto ofl'endere, 

1 II y a dans l'original deux quod. Le second est probablement mis, pour plus de 
clarté, comme ci-dessous. 
8 Notorietas, pervulgata notitia. gall. notoriété. (Ducange.) 

3 C'est le mot sauvegarde latinisé. 

4 Prsesumeret. 



142 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nec aliquam injuriam in ferre ; quinymo, si esset aliquis qui ali- 
quod ab eisdem Judeis, seu eorum altero, petere vellet aut inten- 
deret, quod hoc per justiciam faceret, quam quidem nobilis 
do-minus se offerebat eisdem conquerere l volentibus bonam, bre- 
vem et expeditam de dictis Judeis ministrare : hoc nonobstante, 
scindici dicti loci de Mazano, quo spiritu moti nescitur, absque 
causa seu ratione, aut légitima obligatione, precedentem dictam 
preconisationem, cum quanta potuerunt instancia, revocari pe- 
cierunt et requisiverunt, quod tamen idem nobilis dominus, ut 
fidelis vassalus, facere pro tune recusavit. Item, quod prefati 
scindici, et alii diversi ad hoc congregati et in comitiva dictorum 
scindicorum existencium, non contenti de inani et indebita re- 
quisitione per eos facta, videntes quod idem nobilis dominus 
dictam preconisationem revocare noluit, nec suis maliciosis appe- 
tibus consentire, in eorum dampnato proposito et infidelitate erga 
dictum suum dominum existentes, se jactarunt quod, si ipsi scin- 
dici et complices dictos Judeos reperire possent et habere, quod 
illos morti traderent.et occiderent, aut facerent se Ghristianos. 
Item, quod delati supra et infrascripti, semper in eorum neglec- 
tione et malicia existentes, dum dicta preconisatio fiebat de non 
offendendo, nec injuriam inferendo in Judeos predictos, in vilipen- 
dium, neglectum et contemptum predictorum verba sequencia 
dicebant et proferebant, videlicet : Digas bonbara, non faray 
encaras 2 , verba ipsa diversis et geminatis vicibus dicendo et 
proferendo in contemptum juridictionis dicti domini Rectoris, 
dictorum Judeorum conservatoris, et ipsius domini de Mazano et 
sue curie, sic impremissis deliquendo. Item, quod de premissis 
non contenti, quanquam Judei ipsi sint in protectione et salva- 
gardia predictis quod 3 quelibet collusio, seu adhunatio, iilicita 
et ipso jure [imjprobata presertim taliter quod tumultum, seu 
seductionem, contra rem publicam dominorum locorum dicti comi- 
tatus et prefati domini nostri pape, sapiat, et cum armis, nichi- 
lominus tamen ipsi scindici complices et infrascripti, collusione in- 
ter ipsos habita, coadhunati fuerunt cum armis, tam universaliter 
quam particularité!*, in dicto loco de Mazano, et nonnullos Judeos, 
sic et ibi salvagardia predicta existentes et in domo dicti nobilis 
domini, ad quam reffugium habuerant ut ad verum eorum domi- 
num immediatum, de facto in predictorum domini de Mazano et 
sanctissimi domini nostri pape vilipendium 4 et contemptum, morti 

1 Conqueri ? 

* Ces paroles sont dites en provençal. 

3 Encore deux quod. 

4 Vilipendium, contemptus. (Ducange.) 



NOTES ET MÉLANGES 143 

tradere et eos occidere voluerunt, sic vim publicam ac seductio- 
nem et infidelitatem comictendo et in pénis a jure super hoc 
editis incidendo. Item, quod predicti coadhunati, eorum dampna- 
tum propositum ad effectum totaliter perducere volentes, domum 
predictam dicti domini, scientes prefatos Judeos in illa esse, in- 
vaderunt 1 , quodque predicto domino dixerunt, quod, si eis pro- 
mictere vellet dictos Judeos non extrahere per fenestras, quod ad 
eorum domos recédèrent, alias ipsi coadhunati scubias 2 , tam extra 
quam intra locum predictum, facerent, taliter quod non évadèrent, 
Judeosque ipsos neci traderent si a domo ipsa exirent, ac sem- 
per etiam ausibus themerariis enormiter deliquen/ào. Item quod, 
non contenti de premissis, cum idem nobilis dominus requisita 
promictere nollet, prefati coadhunati in eorum malicia et infi- 
delitate percistentes 3 , tota nocte predicta, tam intra quam extra 
locum predictum et cum armis, adeo deliberati ut, si predicti 
Judei a domo dicti nobilis domini exirent, ipsos [occiderent vel 
morti traderent], contra dictum dominum eorum immediatum 
ac contra dictum dominum nostrum papam et rebellionem comic- 
tendo, in penisque [editis] jure predicto temerarie incidendo. 
Item, quod premissa omnia et singula sunt vera, notoria et mani- 
festa, et de eis est publica vox et fama in dicto loco de Mazano, 
et inter noticiam habentes de eisdem. 

Quare, cum talia enormissima crimina, digna punitione asse- 
rima 4 , transire non debeant impunita, ut ceteris talia vel similia 
intemptare presumentibus cedat exemplum ad terrorem, quia, si 
nocentes pena non plecteret et cultus justicie obnoxios juxta culpe 
démérita non punirent, satis promptim eorum perversa auclacia in 
sui malicia triumpharet; igitur, mandato preifati Reverendi in 
Ghristo patris et Domini domini Rectoris, prelibati instant, quod 
predicto domino advocato fiscali inquisitum fuit et informationes 
secrète rescripte, prout sequitur et continetur in libris et regestris 3 
magistri Bertrandi Bastide alterius ex notariis inquisitionum Gar- 
pentoractis, quarum ténor, causa brevitatis et propter earum pro^ 
lixitatem, hic inseri obmictitur. 

Tandem hinc fuit et est quod, anno et die predictis, existens et 
persorialiter constitutus Reverendissimus in Christo pater et Do- 
minus Petrus, divina miseratione Albanensis episcopus, sancte 
Romane ecclesie Cardinalis de Fuxo vulgariter nuncupatus, par- 

1 Pour invaserunt. 
* Pour excubias. 

3 Persistentes. 

4 Acerrima. 

5 Pour regestis. 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tibus in istis Vicarius et Legatus apostolicus specialiter depputa- 
tus, me notario et testibus infrascriptis presentibus, volens et 
cupiens dicte communitati de Mazano et particularibus ejusdem 
complacere et respectum habere erga dictam communitatem, 
propter multa grata et servicia * eidem domino cardinali dudum in 
jam dicto loco, tempore mortalitatum tune vigentium, ut dicebat, 
impensa, dietim impendunt et que etiam sibi imposterum impendi 
sperat, igitur gratis, et ex ejus scientia, et ex deliberato proposito, 
et motu proprio, nemine, ut dicebat, eum indicente, omnes et sin- 
gulas penas per dictam universitatem et singulares personas ejus- 
dem loci conjunctim et divisim datas, ut supra incursas occasione 
premissorum, quathenus concernit interesse fisci, eisdem universi- 
tati et singularibus personis ejusdem, de gratia et clementia specia- 
libus, mediantibus personis et ad humilem suplicationem 2 virorum 
discretorum Pétri Barberii et Guillaudi 3 Guillaudi, procuratorum 
scindicorum ejusdem loci de Mazano, ut dicebant et asserebant, 
ibidem presentium, stipulantium solempniter et recipientium no- 
mine, vice et ad opus dicte universitatis et singularum personarum 
ejusdem, pure et libère ac penitus et omnino remissit et clementia- 
liter concessit atque donavit, eamdem universitatem et singulas 
personas ejusdem loci de Mazano, tam conjunctim quam divisim, 
quictavit et liberavit ac quictos et immunes esse voluit decernens, 
mandans et precipiens quibus intererit, omnes et singulos proces- 
sus, titulos et informationes contra eosdem de Mazano in generali 
vel particulari formatos, cancellari et aboleri per notarios, pênes 
quorum dicti processus et informationes existere dicuntur. In si- 
gnum remissionis et quictationis predicte, etiam et dicto advocato 
fiscali de et supra premissis silentium perpetuum imponendo, et 
imposuit, et litteras sive instrumentum publicum eisdem fieri man- 
dando, et quas seu quod dicti scindici seu procuratores, preceden- 
tibus humilimis regratiationibus 4 , eidem Reverendissimo Domino 
Cardinali Vicario et Legato factis nomine et vice suis ac dicte uni- 
versitatis et singularum personarum ejusdem, pecierunt et instante 
requisiverunt per me notarium publicum infrascriptum. Acta fue- 
runt hec Carpentoracti, videlicet in domo Rectoriatus, in caméra 
paramenti 5 , presentibus ibidem Reverendo in Christo pâtre et 
Domino Domino Domino Angelo de Geraldinis de Amelha 6 , sedis 



1 Servitium, redditus, tributuin, qusevis prœstatio. (Ducange.) 
1 Supplicationem. 

3 Peut-être faudrait-il lire Guillelmi 9 

4 Regratiato, Gratiarum actio. (Ducange.) 

5 Pour parlamenti, probablement. 

6 Pour de Ameria. Voir ci-dessous le bref de Pie II, du 4 janvier 1458. 



NOTES ET MELANGES 145 

apostolice prothonotario, Rectore, et Garcia de Mota, in decretis 
baccalario, canonico Olorensi, thesaurario dicti comitatus Venays- 
sini pro domino nostro papa et sancta romana ecclesia, Petro 
Bensoni in legibus baccalario, judice Carpentoractis, magistro 
Anthonio Amadesii, notario, etpluribus aliis ad premissa vocatis, 
specialiter rogatis. 

Et me Guillelmo Bonicordis, clerico diocesis Biturricensis, habi- 
tatore civitatis Carpentoractis, notario auctoritatibus apostolica et 
imperiali publico, qui premissis omnibus et singulis, dum sic, ut 
premissum est, agitarentur et facerent, una cum prenominatis tes- 
tibus, coram supra nominato domino nostro Vicario et Legato, 
presens interfui et de eis notam sumpsi, ex qua hujusmodi instru- 
mentum, mandato ejusdem Reverendissimi domini nostri Gardi- 
nalis Vicarii et Legati, per alium extrahi feci, et hic, me subscri- 
bens, signum antepositum consuetum, in fidem et testimonium, 
veritatem premissorum, a dicta universitate et mediantibus perso- 
nis ante nominatorum Pétri [Barberii] et Guillaudi requisitus, etc. 



II. Bref du pape Pie 11 contenant diverses mesures 
concernant les Juifs. 

Dilecto filio magistro angelo de ameria, protonotario ac comi- 
tatus nostri Venaissini rectori, pius papa II. 

Dilecte fili, salutem, apostolicam benedictionem. Dudum dilec- 
torum filiorum communitatis et hominum civitatis nostrse Carpen- 
toractis, ac incolarum et habitatorum comitatus nostri Venaissini, 
indemnitatibus providere cupientes, eis nonnulla, tune expressa 
per quasquam litteras nostras, concessimus, te super his execu- 
tore deputato, prout in eisdem litteris plenius contïnetur ; et quia 
super aliquibus, in illis litteris insertis, capitulis per Judaeos 
dicti Comitatus excitatum fuit [jurgium], volumus et nostrse inten- 
tionis fuisse et esse declaramus ut, omnia etsingula in dictis litteris 
contenta ; alias juxta earum continentiam hoc adhibito modera- 
mine, videlicet quod redditus et introitus camerse apostolicae etiam 
dictis Judseis, si hoc in utilitatem ipsius camerse cedat, valeant 
arrendari » ; per omnia exequaris et facias observari : adjicientes 
ut Christiani prsefatis [Judaeis] 2 in personis vel bonis nullo modo 
debeant obligari, quodque Judsei ipsi rotam, sive signum crocei 

1 C'est le verbe arrenter, latinisé. 

* Il y a dans la copie un renvoi à la marge, mais le mot indiqué par ce renvoi est 
omis : c'est évidemment Judœis. 

T. VII, n° 13. 10 



146 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

coloris adeo latum, quod duas plicas vestis intus et extra amplec- 
tatur ! , in hoc patulo consucum déferre teneantur. 

Datum Mantua sub annulo Piscatoris, die quarta januarii 
MGGGGLVIII, Pontificatus nostri secundo. Ja. Lucen. . . 



ENCORE QUELQUES MOTS SUR LES SECTIONS DU PENTATEUQUE 



La savante étude 2 de notre collaborateur M. Loeb a répandu une 
lumière inattendue sur la matière obscure de la distribution des 
paraschiôt 3 , ou péricopes, entre les sabbats de l'année religieuse. 
Cette étude nous a suggéré quelques réflexions que nous allons 
soumettre aux lecteurs de la Revue. 

On sait qu'un petit nombre de paraschiôt sont tantôt séparées 
en deux, tantôt réunies pour une seule lecture sabbatique 4 . Pour 
un seul couple de paraschiôt, celui de Nissâbîm-Vayyêlech, nous 
avons démontré, il y a déjà plusieurs années, qu'il ne faisait à 
l'origine qu'une paraschâ, dont on détachait la seconde moitié 
lorsque la première quinzaine de Tischrî renfermait deux same- 
dis ordinaires, au lieu de n'en contenir qu'un seul; ce qui a lieu 
toutes les fois que Rôsch-haschânâ tombe un lundi ou un mardi 5 . 
Mais on se demande : N'en est-il pas de même pour d'autres pa- 
raschiôt qui présentent les deux genres de lecture? En d'autres 
termes : Vayyaqîiêl-Peqoudé, TazricC-Mesôrâ, etc., formaient- 
elles à l'origine deux sections différentes qu'on a accouplées lors- 
que le nombre des sabbats est moins considérable, et divisées 
quand, comme cela arrive, par exemple, dans les années embo- 
lismiques, le nombre des sabbats exige un plus grand nombre de 
sections? 

De prime abord, en considérant la brièveté de chacune de ces 
paraschiôt lorsqu'elles, sont divisées, on serait disposé à penser 
que la réunion en est l'état primitif. Puis, dans le cycle de dix- 
neuf ans adopté pour le calendrier juif, il y a douze années 



1 La ligne 17 de la page 8 du t. "VI de cette Revue doit être ainsi restituée : 
« ... et assez large pour couvrir deux plis extérieurs et intérieurs de leurs vê- 
tements. » 

* Revue, t. VI, p. 250. 

3 Pluriel usité depârâschâh, au lieu de pârâschôt. 

4 Nous ne répéterons pas ici ce qu'on peut facilement voir dans l'article de M. Loeb. 
s Manuel du lecteur, p. 224, note. 



NOTES ET MELANGES 147 

simples et seulement sept années de treize mois ; en reparaissant 
les lectures sabbatiques entre les samedis de l'année, il parait 
naturel qu'on ait pris pour base l'année simple qui est beaucoup 
plus fréquente, et qu'on ait fait ensuite des coupures pour les 
années embolismiques l . 

Mais cela résulte encore d'un autre ordre d'idées que nous 
allons exposer. 

Au lieu de prendre, avec M. Loeb et les inventeurs des règles 
mnémotechniques 2 , la fête de Pâque, celle de Pentecôte et le 
neuf d'Ab comme points de départ de la distribution, nous choisi- 
rons de préférence comme tels le premier Nisan, le premier 
Siwan et le premier Ab. On a alors les cas suivants : 

1° Le plus grand nombre de jours possible entre le 24 Tischri, ou 
lendemain de la fête qui clôt l'année religieuse, et le 1 er Nisan, 
dans une année simple, est de 155 jours 3 = 22 semaines et 1 jour ; 
ce seul jour peut représenter un samedi, lorsque le premier Nisan 
tombe un dimanche. Les 23 samedis, fournis par les 155 jours, 
répondent alors exactement aux 23 sections de la Genèse et de 
l'Exode, quand Vayyaqhêl et Peqoudé sont séparés. Cependant il 
est fort rare que le premier Nisan tombe un dimanche, et qu'en 
même temps le mois de Hesclrwan et celui de Kislêw aient chacun 
30 jours ; si le premier Nisan tombe un tout autre jour, ou bien, 
si les deux mois nommés n'ont ensemble que 59 ou 58 jours, l'in- 
tervalle entre le 24 Tischri et le premier Nisan n'est plus que 
de 153 ou de 154 jours, ce qui ne fait jamais que 22 samedis, aux- 
quels répondent les deux premières sections du Pentateuque, mais 
seulement lorsque Vayyaqhêl et Peqoudé ne forment qu'une pé- 
ricope 4 . 

2° Les mois de Nisan et d'Iyyar ont ensemble 59 jours = 8 se- 
maines et 3 jours, ce qui répond à 8 ou 9 sabbats. La fête de Pàque 
enlève tantôt un, tantôt deux sabbats à l'ordre régulier des lec- 

1 On pourrait trouver un indice, pour soutenir que Aharê-môt était une péricope 
spéciale, dans la lecture du jour de Kippour. En ce jour on lit, le matin, le commence- 
ment de cette section, le chapitre xvi, et, l'après-midi, la fin de la même section, savoir 
le chapitre xvm. Le choix de la lecture de Minhâ ne peut s'expliquer, d'après 'nous, 
que par le désir qu'on avait de terminer la section du matiD, tout en sautant le 
chapitre xvn. Le Rituel offre plus d'un exemple de ces suppressions, où l'on se 
contente de ne retenir que les deux extrémités d'un morceau. Dans la lecture des 
jours de jeûne ordinaires on passe de xxxu, 14, à xxxrv, 1. Mais on sait que la 
lecture actuelle du Kippour est relativement moderne. 

s L. c. p. 251. 

3 7 + 30 + 30 + 29 + 30 + 29 = 155. 

4 Ainsi dans ce siècle la division n'aura lieu qu'en 1896, où Pâque tombe un 
dimanche, en même temps que Hesclrwan et Kislêw ont ensemble 60 jours. En 1900, 
où Pâque tombe aussi un dimanche, lesdits mois n'ont que 58 j. et le total des jours 
n'est que de 153, ce qui ne fait jamais plus de 22 samedis. 



148 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tures ; la moyenne restant pour les lectures ordinaires est donc de 
7 samedis. Ceci répond exactement aux paraschiôt du Lévitique, si 
les paraschiôt qu'on divise quelquefois en deux étaient à l'origine 
unies. 

3° Les mois de Siwan et Tammouz ont ensemble 59 jours 
=-= 8 semaines et 3 jours, et renferment 8 ou 9 samedis. Un seul de 
ces samedis peut accidentellement être occupé par la fête de Pen- 
tecôte, ce qui réduit le nombre de sabbats à 7 ou 8. En effet la 
quatrième section du Pentateuque fournit 8 sections, lorsqu'aucune 
des paraschiôt primitives n'est divisée en deux. Cependant, pour 
Houqqat et Bàlâq seuls, nous pensons qu'ils étaient primitive- 
ment divisés, car leur réunion ne dépend aucunement de la nature 
de l'année. Que celle-ci soit simple ou embolismique, dès que la fête 
de Pentecôte ne renferme pas de samedi, on ne les réunit pas ; 
ajoutons qu'en Palestine, où cette fête n'est célébrée qu'un jour, ce 
cas ne se présente jamais. 

4° Les mois d'Ab et d'Elloul, qui ont ensemble 59 jours, peuvent 
contenir 8 ou 9 samedis. Cependant la cinquième section, qui est 
consacrée à ces deux mois, ne leur offre que 8 péricopes, les deux 
dernières du Deutéronome ayant un autre emploi. Aussi, s'il en 
faut 9, ce qui a lieu lorsque le neuf d'Ab est précédé de deux 
samedis, il faut faire un emprunt au livre des Nombres et en 
couper la dernière paraschâ en deux \. 

On voit, par ce qui précède, que les divisions des lectures 
concordent avec les divisions du Pentateuque et que, dans les 
années simples, la coupe d'une paraschâ en deux n'est qu'un moyen 
forcé pour avoir dans les cas exceptionnels un nombre suffisant de 
péricopes. On comprend ainsi que la Genèse, dont les péricopes 
sont cependant fort longues, ne présente pas de coupures. Comme 
elle occupe la même époque que l'Exode, on a rejeté la division 
éventuelle à la dernière paraschâ de ce livre 2 . 



1 Les paraschiôt de la cinquième section sont certainement asseî longues pour 
permettre une coupure. Si néanmoins on a eu recours à la quatrième section afin de 
compléter le nombre des péricopes, cela provient de la nécessité qu'il y avait de lire 
Debârim immédiatement avant le neuf d'Ab. La relation entre les trois êchâh (il^jtf), 
celui de Deut., i, 12, qui se lit dans la péricope, celui (Vlsaïe, i, 21, qui est récité 
dans la haphtârâh du samedi qui précède le jeûne, et celui qui commence les La- 
mentations et s'y répète si souvent, paraît fort ancienne. 

a Dans les années embolismiques, on s'est demandé, paraît-il, si Waâdâr devait 
être ajouté à la première ou à la seconde division. Dans le premier cas, on aurait eu 
une première division de cinq mois, et toutes les coupures auraient dû être faites 
dans la section de L'Exode. On l'a peut-être tenté, et les diverses indications éparses 
à ce sujet ressemblent à des épaves d'une tentative qui a échoué. Car, finalement, on 
s'est décidé à joindre ce mois intrus à Nisan «t Iyyâr, et à faire les coupures dans le 
Lévitique. 



NOTES ET MÉLANGES 149 

Nous ne pensons pas qu'on doive attacher de l'importance aux 
passages talmudiques de Megillâh, fol. 30, cités par M. Loeb. Les 
docteurs babyloniens exerçaient souvent la sagacité de leurs 
auditeurs en leur présentant des éventualités difficiles, sans se 
préoccuper si ces cas étaient possibles. Ni les problèmes ni les 
solutions ne doivent être pris au sérieux. Ainsi, à la page qui a 
tant préoccupé M. Loeb, on voit Râb soutenir que pendant les 
quatre samedis extraordinaires de Scheqalîm, de Zachôr, de 
Pâràh, et de Hahôdesch, on interrompt les lectures ordinaires 
des sabbats. Quels seront alors les paraschiôt qu'il faudra réunir 
afin de pouvoir, dans une année simple, terminer le Pentateuque 1 ? 
Personne ne fait cette objection au célèbre docteur. Nous pensons 
bien, avec notre ami, que le rituel des synagogues ne présentait 
pas encore la fixité cpi'il a gagnée plus tard ; mais pour la môme 
raison, il est souvent difficile de retrouver le système qui fut suivi. 

J. Derenbourg. 



TRADITIONS MAL COMPRISES PAR LE TALMUD DE BABYLONE 



Le Talmud Bêça (f° 13 b) rapporte une Miscbna sous cette 
forme : ^inb imn t^bp dan nttK nna tjbpa tp-n^ Bjbpttîi dnii pn 
natab "pi wba '-] -itta n^n YT\ « Celui qui monde des orges 
peut les monder un à un, mais s'il les monde et les réunit dans sa 
main, il est obligé d'en donner la dîme. » R. Eléazar ajoute : « Il 
en est de même pour le Sabbat. » Cette addition de R. Eléazar 
donne naissance dans le Talmud à une discussion étendue. Or 
est-il plausible qu'il soit défendu, le jour du Sabbat, de manger 
des orges mondés plusieurs à la fois, et permis lorsqu'on les 
mange un à un? Le Talmud reconnaît lui-même cette impossibilité 
et dit que Rab et Hiya, deux autorités incontestées, permettent 
l'une et l'autre action. Il cherche ensuite à donner une autre ex- 
plication qui prête aux mêmes objections. 

Or, jetons un coup d'oeil sur l'ensemble du paragraphe de la 
Mischna d'où est extrait notre passage (Maaserot, iv, 5). Voici 



1 L'opinion de Rab n'était applicable qu'aux années embolismiques, où les lectures 
des quatre samedis extraordinaires auraient suffi pour laisser toutes les paraschiôt de 
l'année à treize mois dans le même état que celles d'une année simple. 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ce qu'on y lit : « Celui qui monde des orges. . . Celui qui les 
triture. . . » Jusqu'ici le nom de R. Eléazar ne paraît pas. Puis : 
« La coriandre plantée... pour la verdure, doit être dîmée. 
R. Eléazar dit : Le sabbat doit être dîmé pour la graine, la ver- 
dure et l'écorce (des graines). Les Hakhamim disent qu'ils n'ont 
pas besoin d'être dîmes. » 

Ici le mot nw», sabbat, est un nom de plante, comme d'ailleurs 
en arabe, ainsi que le fait remarquer Maïmonide. 

On voit, par ce .simple coup d'œil, que l'auteur babylonien qui 
a cité ce passage l'a tronqué et qu'au lieu de : rûttîîi '-ittiN -)ï?ba 'n 
« R. Eléazar dit : Le sabbat », il a mis : narab pi 'a 'i 'ntttf 
« R. Eléazar dit : Il en est de même pour le Sabbat. » Tel quel, le 
passage n'avait plus de sens et les docteurs babyloniens en sont 
réduits à y faire des corrections *. Mais pas un ne s'avise qu'ici 
*« sabbat » est un nom de plante. Les commentateurs ne l'ont pas 
remarqué davantage. 

Voici un autre exemple, plus frappant encore, d'une tradition 
palestinienne mal comprise des rabbins babyloniens : 

Le Talmud de Babylone, Gittin, 20 a, dit : y'3>iD nnss nsthd 729 
■nrû'nsNi SiM X'yw arûa ab bsN m-iinb Nit-> DpiQi abnu. Ce dernier 
mot a déjà donné beaucoup de tablature aux lexicographes. On 
est allé en chercher, comme M. Kohut, l'étymologie dans la langue 
persane, oubliant que l'atmosphère, en quelque sorte, qui entoure 
cette tradition, est celle de la Palestine et qu'il faut par consé- 
quent que ce terme soit emprunté à la langue usuelle du pays, 
c'est-à-dire au grec, ou à celle de la jurisprudence, c'est-à-dire 
au latin. . 

Le sens du mot n'est pas moins obscur que son étymologie. 

On croit communément, d'après le contexte, qu'il doit s'en- 
tendre d'un -vêtement qui, lorsqu'il porte des mots gravés dans 
l'étoffe, est une preuve de l'affranchissement de l'esclave. 

Avant d'essayer, à notre tour, de résoudre ces deux questions, 
qu'on nous permette de citer deux passages parallèles à celui de 
Gittin, qui nous rendront la tâche plus facile. 

Dans j . Gittin, IV, 45 d, il est dit : o^ifiou p-mî-ni wsa wirft 
'"ût ù^btt bu) mnai. Que signifie o^iaora pwitt? D'après M. Lévy, 
le second de ces mots s'entend d' « un morceau de glaise. » Que 
d'étrangetés les lexicographes font dire au Talmud ! Quant à 
pWitt, M. Lévy nous renvoie à ■nrôiniN : c'est aller de Ponce à 

1 "IttrYW "^îl "lIomN *»N NbN, d'après le ms. de Munich. 



NOTES ET MÉLANGES 151 

Pilate. Voici heureusement un troisième passage qui a consprvé 
à notre mot une forme intelligible, sinon exacte. Il se trouve dans 
le traité Abadim, en. m, p. 30, de l'édition Kirchheim : jjppi 
d^btt bus ^e^a Nit-n i^ni , opïtn Nbaam N'jpvjufrn. Ici, il est 
vrai, le traité Abadim est en contradiction avec le Talmud, puis- 
qu'il dit que l'esclave n'est pas affranchi par ces moyens, tandis 
que le Talmud l'émancipé dans ces cas. Mais cette divergence n'a 
pas lieu de nous étonner, car les lois juives, dans leurs relations 
avec la législation romaine, ont varié avec la situation politique 
des Juifs par rapport aux Romains. Quoi qu'il en soit, le parallé- 
lisme des termes doit être pris en considération. Or, examinons- 
les. M. Pinnelès (Darhah schel Torah, p. 75) a reconnu dans 
&ttûp"iL]5N le mot latin vindicla. Ce passage signifie donc : « L'es- 
clave (d'un Juif de Palestine) devient libre (même sans lettre de 
manumission) : 1° quand la vindicta a eu lieu (c'est-à-dire quand il 
a fait, en forme légale, la déclaration d'usage devant un magistrat); 
2° quand l'acte d'émancipation est enregistré dans les livres de 
compte ou dans le testament (tabula ou pinaoo) du maître. Mais il 
ne devient pas libre par le seul fait d'avoir pu se coiffer d'une 
calotte 2 sans opposition de la part de son maître, ou quand il en 
appelle à un acte du gouvernement 3 . » 

Or, dans le Talmud de Jérusalem, le terme qui correspond à 
«apiïïïN est D^n&ra p*Wii-J. Qui ne voit la ressemblance graphique 
de ces deux expressions? Supposons le mot latin transcrit en 
lettres grecques, il devient oOivoixxa ou pivsc*™, et celui-ci en carac- 
tères hébreux, nous avons aap^ii-nN ,$ttppïïjn:3 ou Kûp^ia^û. La 
syllabe finale d^ du mot D^iara p"Wiïi est une dithographie mal 
déchiffrée. Il est inutile de faire remarquer combien de fois la 
'lettre a a été décomposée en ^, ou combien de fois il faut lire à 
la fin des mots n pour o et vice versa. 

Pour mieux comprendre la forme du mot o^ma^a, on pourrait 
peut-être supposer une forme vindicatio, oùivoixomwv, ■p^ap'^n, 
ou avec l'accusatif 'piarap^i::^ ou •pi^ap^na, ce qui nous 
rappelle un peu la corruption barbare •nrùTrtN." 



1 II est évident qu'ici le mot mfDl qu'on lit dans j. Gittin a été omis et qu'il 
faut ainsi rétablir cette version : Û^btf blZ3 ITHrm ÏID^S^ NltT "l^iSl. 

* Smith, Greek and Roman Antiquitie-i, s. v. Pileus : « Chez les Romains, la 
calotte était l'emblème de la liberté. Quand un esclave obtenait son affranchissement, 
on lui coupait les cheveux et il portait à leur défaut une calotte de feutre. Cette opé- 
ration se faisait dans le temple de Feronia, déesse des hommes libres. La figure de la 
Liberté, sur quelques monnaies d'Antonin le Pieux, frappées en 145, tient cette calotte 
dans la main droite. » 

3 Le passage du Talmud de Jérusalem montre que nous avons raison d'insérer ici 
le mot rn^fm. Quant au sens du mot, voy. Qiddouschin, 24 b. 



152 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le passage de Gitlin, 20 a, nous montre donc la tabula («bâta), 
le pinax (op^s), le pileus (iws) et il n'est pas douteux que 
•nrcnsN doit répondre à la vindicta ou vindicatio. 

Ce n'est pas seulement le mot qui a été corrompu par les Baby- 
loniens, la législation entière de la loi romaine à l'égard de l'es- 
clave leur resta inconnue. Le terme abnt: a"*rc nro ne signifiait 
pas pour eux un testament ou une indication commerciale du tes- 
tateur, mais une gravure faite sur une tablette. La question de 
droit ne portait donc pas sur l'absence d'une manumission spé- 
ciale, mais sur la légalité de la forme de l'écriture. Guidés par une 
analogie trompeuse, ils ont cru qu'il s'agissait pour la calotte 
(pileus) de l'écriture, comme si la manumission y était cousue, et 
pareillement la vindicta ("nnsinia) devint pour eux un habit brodé 
ou, suivant une tradition de l'Aruch, une natte de palme teinte. 

C'est ainsi qu'une loi qui avait pour les Juifs palestiniens une 
importance pratique devint, pour les rabbins de Babylonie, le 
sujet d'un exercice de dialectique. 

Habent sua fata lïbelli nec non verba. 

Philadelphie, mai 1883. 

M. Jastrow. 



LE NEVEU DE MAIMONIDE 



Dans son catalogue des mss. arabes de la bibliothèque ducale de 
Gotha, p. 478, le D r Wilhelm Pertsch nous apprend que le ms. 
1937 renferme le texte arabe des Aphorismes de Maïmonide et le 
nom de son neveu, Abu-1-Laâni (sic) Yussuf ibn Abdallah. Je dois 
à l'amitié de M. Pertsch la communication du texte arabe qui 
donne ces renseignements littéraires. A la fin du ms. le copiste 
s'exprime ainsi : 

ov ■■3N*ttbN i3N -j^2 îï5d3 [l^ nbp3 ïi5o:j f»] ïïsoibN rrin nbpa 
mrûtt nî-pd rmn nwttbN tpsti&ba roN "pa im ïrbba in* p 
o-nba "ïbittba ïtobi i3»n ïniiijbfcn ïïottfibbN îïbNp»bN rnrr paro 
-nnn nmb Nii*»i biNba nNbKpttbto b*E> waa Nïiarrp ûbn ibjfâ 
f^a-i rrr pa «ï-mn&n Kiwis ^ -i^an rnaàa ^nba p^bN^nb» 
nttnbtt î-rbbi fraranûi ffln* no bw ^ rrbapTabN t-rin ^03 

nOTaban 



NOTES ET MÉLANGES 453 

Ce texte, dépourvu souvent des points diacritiques, signifie ce qui 
suit : « J'ai copié cet ouvrage d'un exemplaire écrit de la main de 
Abu-1-Maâni Yussuf Ibn Abdallah, fils de la sœur de notre auteur; 
j'y ai trouvé la déclaration suivante : J'ai transcrit seulement le 
vingt-cinquième chapitre après la mort de mon oncle, sans qu'il 
l'eût rédigé comme il le faisait d'ordinaire pour les autres. Il avait, 
en effet, l'habitude de corriger d'abord les cahiers de sa propre 
main ; ensuite je les corrigeais et les rédigeais devant lui ; cette 
copie date de l'an 601 de l'hégire : grâce et louange à Dieu ! » 
M. Pertsch m'a dit expressément que le nom, qui a seul de l'impor- 
tance pour nous en ce moment, est écrit Abu-l-Maâni. Malgré le 
témoignage d'un écrit qui date de l'année 1204/5, nous sommes 
obligé de corriger ce nom. Nous savons par Al-Kifti que la sœur de 
Maïmonide était mariée en Egypte à un Israélite haut placé du 
nom de Abu-1-Maâli. Maïmonide lui-même, dans une lettre à Ibn 
Aknin, le nomme « le cheikh Abu-1-Maâli (Voy. Munk, Notice 
sur Joseph Ben Iéhouda, p. 32, note 3). Nous pouvons donc 
compléter le nom du beau-frère de Maïmonide et l'appeler Abdal- 
lah Abu-1-Maâli. Il nous est également permis de supposer que 
notre Joseph peut être identifié avec son fils, désigné par Al-Kifti 
sous le nom de Abu-1-Ridhâ. 

Nous devons peut-être considérer le vingt-cinquième chapitre 
des Aphorismes, avec ses pensées profondes et ses critiques contre 
Galien, comme le dernier ouvrage de Maïmonide, qu'il n'a même 
pas eu le temps de châtier. Joseph Ibn Abdallah Abu-1-Maâli, 
comme collaborateur et neveu de Maïmonide, mérite également un 
souvenir dans l'histoire de la littérature juive. 

David Kaufmann. 



R. MATTATYA HA-YIÇHARI. 

La famille des Yiçhari, qui compte entre autres, parmi ses 
membres, le célère Zérahya Hallévi, est originaire de France. On 
n'a pas encore pu identifier avec certitude le nom de Yiçhari, qui, 
d'après les uns, désignerait la ville de Grasse \ d'après d'autres, 
Montolivet 2 . On connaissait jusqu'à présent le nom de Mattatya 

1 Cf. Steinschneider, Caîal. BodL, p. 1684. 
» Rabbins fr. % p. 740. 



1S4 F.EVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Yiçhari et le titre de quelques ouvrages qui lui sont attribués. Ce 
rabbin est nommé, parles auteurs juifs et chrétiens, parmi ceux 
qui ont assisté au fameux colloque de Tortose en 1413-1414 S et il 
demeurait à cette époque à Saragosse. Les ouvrages qui portent 
le nom de Mattatya sont : 1° Des deraschôt ; 2° commentaire au 
psaume CXIX (imprimé à Venise en 1546 et traduit en partie par 
Philippe Daquin, Paris, 1620 2 ) ; 3° commentaire aux Pirhé Aboi; 
4° commentaires sur Ibn Ezra 3 . On lui attribue en outre un 
commentaire sur le Pentateuque, qui aurait été écrit en 1380 et 
porterait, comme le grand ouvrage philosophique de son contem- 
porain Hasdaï Grescas, le titre de '% -na 4 . De Rossi cite 5 une 
Disputation entre un juif, un chrétien et un turc, d'un Mattatya 
b. Moïse, qui est sans doute identique avec notre rabbin. Il résulte, 
en effet, de la pièce que nous allons publier que Mattatya Yiçhari 
s'appelait Mattatia b. Moïse b. Mattatya ha-Yiçhari. M. Graetz 6 
veut également identifier notre Mattatya avec Duran Yiçhari de 
Saragosse, avec lequel Isaac b. Schéschet était en correspondance. 
Il nous paraît fort probable que quelques-uns des ouvrages que 
nous avons cités plus haut appartiennent au grand-père de Mat- 
tatya b. Moïse, qui s'appelait également Mattatya Yiçhari, puisque 
notre Mattatya, dans la préface de son commentaire sur les 
Pirké Abot que nous publions ci-dessous et qu'il écrivit à un âge 
avancé, ne parle d'aucun autre ouvrage qu'il aurait composé. 
Voici cette préface. Elle est tirée d'un manuscrit in-4° papier, 
écriture carrée, appartenant à M. le D r Ad. Jellinek, de Vienne, 
qui a bien voulu nous en donner copie. Voici ce morceau : 

♦ ilîWft trnntt "nî-ib mari natû» tûrpd 

■maso 13 ,Vï ^stsmi mnniï <n ddfiïi "p riwn Ya îrnrTB ten 
lacapiû nVi -laibra ab mman y^aïi mba. d"ptt mani msi rrm 
mEn^ yiNs touj -maTù nsnst *& d^ad» tûîn s-ttïi bhft mbai 
Yittbnft n»dm "» ff i nN Wi ynNïi Nbttm bNiOTa miaam d^dba 
iva dï) na^na ^iaw "pip^ înçwnap SRKjn»jj B'^ata s-mn **m 
amp "ni ma anÀa ïris ni aia^na !■» a^nbab Mb-na ma* rtsiaia 
■na^a na> ,vt*7Kïti hTiti nbraîi tto^ a^biiai a^ai a^am ,mab:ab 
baa fflêna aswi dmïi ttnp ba> lisse dï-nai ^OTia ma "fla mai? 
dnmaîi ^ma» i-nptt np*n /ttttoia nba nsiai: yn« Jn&rcjai yi&a m-iirp 

1 Voir, pour les détails, Graetz, VIII, p. 125 et 417. 

* Wolf, I, n° 1678. 

3 Zunz, ^wr G-eschickte, p. 461 ; cf. p. 181. 

4 Wolf, IV, n<> 1678, et cf. cod. D« Rogsi, n» 1417. 

5 Dizionario, II, p. 44. 

• L. c, p. 417, note 1. 



NOTES ET MELANGES 155 

,nYa i'-dm im&bn *& iib nnft ab du) ûa ii^ni fcMïbûp y-ifcn ■ûtt'w 
nabb imna ^-n pT, wa is:n w 13» iéwei !"mii ^ Tn ms^ 
^rma nnap^a ^mb bsia iVw ,-iriN d:> ba Ftobfttti T^b wtt 
hYi ttsa riftiro t*w *s maa '073a 'pyb ira ïna ^rraio vbpî "'di 
un triôiD ^sn dN "'rwaîi im nso bs> Ti^b^ïTi iim^Ma na^iaii 
b^ ■nu) ^a lïrnaœa s^b ptô vin xmi wusitia ïvj aan , trisD ^stt 
iny^ awn nnaHa fiia^ "p^ abtt «lira ^ob Titrai ^at» rtnstt 
dirmpiafcfcfc ibsn ûra-ii D73*» dttîi mniKii aba lab -rta&o rtfi •ja u^n ba> 
arian^i own dipuï îtta iiaaab ymfc a£tt"> !r;a ■p'-OTîi ndd^ïi nan 
Wi naitf -hdn na tin ^d d^ îrs-n ™m ^b ûiain ,-15*0 -ia:> b^ 

: TittKin ira!n wa ^briïi 

Il résulte de cette introduction que la famille de Mattatya Yiçhari 
était originaire de Narbonne, où ses ancêtres s'étaient établis. Le 
Naçi de la maison de David, qui était alors le chef de la commu- 
nauté juive de Narbonne et qui occupait une haute position auprès 
de l'autorité civile, est évidemment un de ces Calonymos de Nar- 
bonne dont la famille, d'après Benjamin de Tudèle, se vantait de 
descendre de David. Mattatya ne nous apprend rien de nouveau 
lorsqu'il dit qu'il y avait, à cette époque, des milliers de Juifs en 
France et, parmi eux, de savants rabbins. L'auteur parle "d'une 
expulsion des Juifs de France après laquelle le reste de ses an- 
cêtres, que la persécution et les massacres avaient épargnés, 
allèrent s'établir en Catalogne et en Aragon, où ils ne trouvèrent 
point le repos. Cette expulsion est sans doute celle de 1306, sous 
Philippe-le-Bel, et non celle de 1394, sous Charles VI, où les an- 
cêtres de l'auteur, si l'auteur est réellement le Mattatya du col- 
loque de Tortose, ne vivaient plus. On pourrait, il est vrai, supposer 
que le Mattatya du colloque de Tortose est le grand-père de notre 
auteur. La préface nous apprend encore que l'auteur « alla de 
ville en ville et d'un pays à l'autre », et que ce fut dans sa 
vieillesse qu'il composa son commentaire des Pirliê Abat, pour 
trouver, dans cette étude, des consolations contre les maux du 
temps et un soulagement pour son âme « brisée de douleur. » Ces 
paroles sont probablement une allusion aux terribles persécutions 
contre les Juifs d'Espagne qui ont commencé en 1391 et qui ont 
duré un grand nombre d'années. Le colloque de Tortose n'est 
qu'un épisode de cette persécution où Vincent Ferrer, Geronimo 
de Santa-Fe et le pape Benoît XIII ont joué un rôle si regrettable. 

Isidore Loeb. 



BIBLIOGRAPHIE 



Par suite de V abondance des matières, la publication de la 
Revue bibliographique du 3 e trimestre 1885 est ajournée au 
prochain fascicule. 



Jus primse noctis. Eine geschichtliche Untersûchung von D r Karl Sghmidt. 
Freiburg, librairie Herder, 1882, in-8° de 397 pages. 



Voici un livre d'une érudition immense. La liste des ouvrages con- 
sultés par M. Schmidt et qui se trouve en tête de son livre n'indique 
pas moins d'un millier d'auteurs anciens et modernes, de tous les 
pays et de toutes les langues, inédits et imprimés. Nous allons 
donner une idée de ce gigantesque travail et de ses conclusions, 
relativement à l'antiquité juive. 

On sait quel vif débat M. Dupin l'aîné a soulevé, le 25 mars 1854, 
en pleine Académie des sciences, par sa déclaration que le jus primœ 
noctis a été véritablement exercé au moyen âge par les seigneurs 
et même par les ecclésiastiques. M. le D r Schmidt se range du parti 
de ceux qui se refusent à charger d'une iniquité aussi monstrueuse 
le régime féodal. 

Mais si ce prétendu droit du seigneur n'a point existé au moyen 
âge, n'en trouve-t-on pas du moins les traces dans l'antiquité? L'au- 
teur, après avoir soumis à une critique sévère et minutieuse toutes 
les preuves invoquées par les écrivains, estime que toutes ces 
preuves ne reposent que sur une interprétation outrée des textes, 
sur des équivoques et des malentendus. 

Un fait cependant semble se mettre en travers des idées de l'auteur 



BIBLIOGRAPHIE 157 

et donner raison à ses contradicteurs. Ce fait est rapporté non seule- 
ment dans les deux Talmuds, mais encore dans différents Midiaschim, 
la Tosiphta, la Megillat Taanit, la Megillat Antiochos et dans toutes 
les relations haggadiques sur la fête de Hanouca ou des Macchabées. 
Nous lisons, en effet, dans le Talmud de Jérusalem (Ketoubôt, 
en. i, 8) : « Dans les temps antérieurs, une épouvantable persé- 
cution sévit en Judée. On subjugua les Judéens, on violenta leurs 
filles et l'on décréta que le stratios (stratège) aurait le droit d'en 
user d'abord. Pour parer à cet outrage et à ses suites juridiques, 
il fut institué que le fiancé pourrait s'unir à sa fiancée dans la maison 
de son beau-père, et cet usage se maintint lorsque la persécution 
eut déjà pris fin. C'est ainsi que la fille de R. Hoschya entra dans 
les liens de l'hymen, après avoir eu déjà des rapports intimes avec 
son futur dès les fiançailles. » Le Talmud de Babylone, dans le même 
traité (Ketoub., f° 3) explique par un motif semblable une dérogation 
faite, à une certaine époque, à un antique usage relaté par la 
Mischnâ. La Mischnâ dit : Une vierge se marie le mercredi et une 
veuve le jeudi. A cela une Beraita ajoute : « Mais depuis l'époque 
du danger, l'usage s'était introduit chez le peuple de se marier déjà 
le mardi, sans que les Sages y aient trouvé à redire. Quel est ce 
danger? Aurait-on livré au supplice les femmes qui auraient con- 
tracté mariage un mercredi? Non, dit Rabba, mais l'ennemi avait 
décidé que Tawsar (princeps) pourrait exercer sur toutes les jeunes 
filles, se mariant le mercredi, le droit de prélibation. Pour échapper 
à la honte, la" célébration des noces fut fixée secrètement au mardi, 
et cette coutume, une fois introduite, fut maintenue à l'avenir. » 
Dans une scolie au vi e chapitre de la Megillat Taanit, nous trou- 
vons l'information suivante : « En quoi consistaient les mesures 
vexatoires des rois grecs? Ceux-ci avaient installé dans les villes 
des questeurs, avec le pouvoir de déshonorer les vierges, avant leur 
entrée dans le lit nuptial, de sorte que les unions étaient devenues 
fort rares en Israël. Or, Mathathias, fils de Johanan, le grand-prêtre, 
avait une fille qui était fiancée, mais au moment où le mariage allait 
se consommer, voilà qu'un questeur survint et prétendit l'enlever. 
Saisi d'une sainte indignation, Mathathias et ses fils se précipitent 
sur lui et le mettent à mort. Ce jour de délivrance devint un jour de 
fête. & Cette relation se retrouve, avec certaines variantes dans la 
littérature postérieure des Juifs. Dans un Midrasch sur Hanouca, 
édité par M. Jellinek, on raconte au nom de R. Simon b. Johai : 
« Vers le temps de la révolte macchabéenne, un grec, un rouleau de 
la Loi à la main, eut l'impudeur d'assouvir sa passion sur la belle 
Hanna, fille du grand-prêtre Johanan et promise à Eléazar, fils de 
Haschmonaï, à la barbe de son fiancé et de son père. Furieux, Eléazar 
saisit son épée et terrassa le libertin. » Ailleurs dans une autre 
recension, on lit : « Comme les gréco- syriens voyaient que les Israé- 
lites ne se souciaient point de leurs mesures, ils rendirent un édit 
singulièrement cruel. L'édit portait que chaque fiancée devait passer 



1S8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la première nuit près du Hegemon (officier royal de son endroit). Les 
Grecs en usèrent ainsi à leur aise pendant trois ans et huit mois, 
jusqu'au jour où Hanna, fille de Maihathias, allait célébrer son hymen 
avec Eléazar, le Haschmonide. Au jour des épousailles, lorsque tous 
les grands d'Israël, pour honorer la noble famille, étaient réunis dans 
la salle du festin, Hanna, jusque-là impassible, se lève soudain de son 
sopha, se tord les mains, déchire son vêtement et se découvre ainsi 
devant toute la noce. Confus de cette posture, les frères baissèrent le 
regard, tremblèrent de dépit et voulurent la tuer : «Mesireres, s'é- 
cria Hanna, puisque vous brûlez d r un si beau courroux parce que je 
me suis découverte devant cette assemblée de gens vénérables, 
pourquoi le souci de mon honneur vous touche-t-il si peu en pré- 
sence de ces barbares qui, dans un instant me feront subir le der- 
nier outrage ! » 

De tous ces témoignages ne semble-t-il pas résulter que le droit 
du seigneur était déjà en vigueur dans l'antiquité? Ce n'est point 
l'avis de M. le D r Schmidt. Rabba, dit-il, parle d'une époque si 
reculée qu'il n'a pu recevoir de données positives sur ce qui s'était 
passé alors ni de témoins oculaires ni d'autres contemporains. Il ne 
cite pas non plus à l'appui de son dire, une source authentique. Son 
dire, fondé uniquement sur une tradition orale, ne saurait donc 
avoir de valeur historique. D'ailleurs, quand môme l'explication du 
docteur de Pumbedita serait exacte, on ne saurait lui attribuer le 
sens restreint et moderne du jus primœ noctis. Le même raisonne- 
ment, l'auteur l'applique aux faits analogues, rapportés dans le 
Megillat Taanit et dans le Beth ha-Midrasch de Jellinek. Tout 
cela serait du pur roman et devrait être relégué hors de l'histoire. 
Nous ne sommes point de cet avis. Sans doute, nous n'irons pas 
jusqu'à dire, avec quelques écrivains de notre siècle, que la guerre 
des Juifs contre Antiochus a eu son principe dans l'exercice du 
droit du seigneur contre une fille de Mathathias, mais il est hors de 
doute pour nous que de telles infamies ont été décrétées contre les 
Israélites, puisque d'anciennes coutumes religieuses ont été modi- 
fiées pour cette raison. Avant Rabba (270-330), Josué fils de Lévy dé- 
clarait déjà que les femmes sont tenues également de célébrer la 
fête des Illuminations, puisque elles aussi ont été miraculeusement 
affranchies et vengées. (Sabbat, 23 a , Dsri into m fil B]K.) Jellinek, 
Herzfeld et autres ont donc raison de prétendre que tous ces récits 
qui s'échelonnent du n° au vin siècle et qu'on retrouve, pour le 
fonds, chez des écrivains arabes, tels que Albiruni et Albulleda ren- 
ferment, avec certains procédés d'amplification, un noyau historique 
indéniable. 

Relevons encore, dans ce savant travail de M. Schmidt, quelques 

s curieux et intéressants. Telle est la légende des Musulmans 

sur le roi Salomon et la reine de Sabba. Sur l'invitation d'Abraham, 

qui lui parut en songe, le roi Salomon fit un voyage à Médine et à la 

Mecque, en compagnie d'hommes de génie et d'animaux. A son 



BIBLIOGRAPHIE 159 

retour vers Jérusalem, un oiseau avait disparu du cortège ; c'était la 
huppe. Ramenée par l'aigle, elle apporta au roi des nouvelles sur le 
pays de Sabba (Yemen) et sur la reine Balkis ou Belkisa. Celte 
légende, qui a sa source dans le Coran, se retrouve sous une autre 
forme, dans les écrits talmudiques. Là aussi la huppe, ou, comme 
disent les textes, le poulet de bois, *nn NblWin = na-Oïi, est mise en 
rapport direct avec Salomon. C'est elle qui l'aurait mis en possession 
du fameux Schamir, à l'aide duquel furent taillées les pierres qui 
entrèrent dans la construction du Temple. (Gittin, 68 a et ~b; Hullin, 
63 #; Sôtâ, 48 à; Yalqut, I R. 6, § 182; Midrasch Rabbâ, Exode, ch. lu ; 
Beth ha-Midrasch, de Jellinek, II, 86.) Ailleurs, on nous raconte, au 
nom de R. Schiméon, qu'elle avait aussi le secret de brûler le bois 
avec une certaine herbe, fait dont le rabbin fut le témoin oculaire 
(Midr. Rabb. Lévitique, cil. xxn.) On sait que le même oiseau jouait 
aussi un grand rôle dans la mythologie des autres peuples. 

Fort intéressant est encore le chapitre de M. Schmidt, relatif aux 
prescriptions religieuses qui réglaient l'accomplissement du mariage ; 
on y découvre facilement quelques traits d'affinité avec certaines 
pratiques juives, relevées dans le Talmud. Nous souhaitons à l'auteur 
tout le succès que mérite une si docte et patiente étude. 

Colmar, juillet 1883. 

Isidore Weil. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



Tome VI, p. 191. — M. Friedlœnder aurait pu citer le passage suivant 
du Talmud (Sukka, 52 b) : « Il est écrit dans Zacharie (II, 3) : L'Eternel me 
montra quatre ouvriers. R. Hanna bar Bizna dit au nom de R. Simon le 
Hasid : Ces quatre ouvriers sont : le Messie, fils de David, le Messie, fils de 
Joseph, Elie et Melchisédec » (d'après le ms. de Munich ; ou « le prêtre de 
justice » d'après les textes imprimés). On voit par là qu'à une certaine 
époque des rabbins ont cru que Melchisédec devait aussi jouer un rôle dans 
le drame messianique. Cette assertion de R. Simon est surtout intéressante 
parce qu'elle n'est pas un jeu exégétique fondé sur l'existence du mot 
« ouvrier » appliqué ailleurs à ces quatre personnes. R. Simon, partageant 
l'avis général des rabbins que le passage de Zacharie se rapporte aux temps 
messianiques- veut déterminer quels sont ces quatre ouvriers, et pour cela 
nécessairement il choisit des personnes que la croyance faisait intervenir 
dans l'épopée messianique.- — Il n'y a certainement aucun rapport de res- 
semblance ou d'opposition entre cetie croyance et celle des Melcbiscdéciens. 
Noire texte prouve seulement que les noms de Messie et de Melchisédec 
pouvaient se liouver côte à côte. — M. Fr. pense que les docteurs juifs, en 
disant que Melchisédec n'est autre que Sem, voulaient protester contre 
l'Epître aux Hébreux qui prétend qu'il n'avait ni père, ni mère. . . Il est 



160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bien plus probable qu'ils ont obéi là au môme besoin de simplification qui 
leur faisait dire que Cousch, Nemrod et Amrafel, Cyrus, Darius et Artaxercès 
sont une même personne. D'ailleurs Abraham, d'après la tradition, ayant 
été en relations avec Sem, homme de Dieu, et, d'après la Bible, avec Mel- 
chisédec, prêtre du Très-Haut, il n'en fallait pas plus pour affirmer que ces 
deux personnages sont un seul homme. — Israël Lévi. 

Ibid., p. 281. — Lisez nonnullos au lieu de nunnullos (p. 24), perpetrata au 
lieu de perpetuata (1. 42), 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SÉANCE DU 28 JUIN 1883. 

Présidence de M. Zadoc Kakn. 

M. le Président informe le Conseil que le Bureau de la Société, s'étant réuni 
après la conférence de M. Ernest Renan, a décidé de se rendre auprès de l'éminent 
conférencier pour lui porter l'expression des sentiments de vive reconnaissance de la 
Société. Cette démarche a été faite par MM. les vice-présidents et secrétaires. 

Le Conseil remercie le Bureau de s'être ainsi fait son interprète. 

Le Conseil décide que l'Annuaire de la troisième année sera préparé de manière à 
pouvoir paraître quelque temps après l'Assemblée générale, dont il donnera le compte- 
rendu. Il contiendra aussi la reproduction sténographique des conférences de M. le 
D r Leven et de M. Renan. 

Le Conseil se sépare pour se réunir au mois d'octobre. 

Les Secrétaires, Albert-Lévy et Th. Reinagh. 



LISTE DES NOUVEAUX MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 

DEPUIS LE 1 er JUILLET 1883 



Consistoire d'Oran (le Président du). 
O'Neill (John), villa de la Combe, Cognac. 
Vidal-Naquet (Jules), rue du Quatre -Septembre, 16. 



Le gérant responsable, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 



INSCRIPTION GRECQUE DE SMYRNE 



LA JUIVE RUFINA 



L'inscription grecque que nous publions ici a été découverte à 
Smyrne : elle fait partie de la collection d'antiquités de M. Lawson, 
contrôleur de la Banque ottomane dans cette ville. M. W. Ramsay, 
d'Exeter Collège, Oxford, m'a signalé cet intéressant document 
en 1880, et le propriétaire a bien voulu me permettre d'en prendre 
copie. L'inscription est gravée, en caractères très lisibles, sur 
une plaque de marbre longue de m 36, large de m 26 et épaisse 
de m 02. Des lignes horizontales sont tracées au-dessous de chaque 
rangée de lettres, sans doute pour en^flxer la direction. 

T'ÇY'f-EÏNÀ lo¥ ^Aia ATXI 
CYtiArCOroCKATECkEYA , 
' C E A/ TQ £ A/ CO F lorv TOIC ATTE 
À T Y ô È ? I C A-A 10 PEMACi rv 
M H "h E NO C A A OY E ÏOYC I AN E 
Xo N TQ LQAfAl TINA El h ETlCToA 
M H EElà CÔEE I TU) IEPLOTATU) TA 
ME lùj ^Af K A I Téo Eê A/Ei TU/V loY 
hAlùJN^'A TAYTHETHE ËTTirPA<?HL 
To AA/r/TP/Af QN A TT OKE ITA t 
f /C TO A FX£ /O/V 

T. VII, h» 14. 11 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Povcpeîva 'loviïoiïx apyj- 
oyvaywyoç xareaîceua- 
aey to Ivaoptov toîç ewre- 
XeuQépoiç xat 8p£(^)^aoty 

5 pxdzvoç, aX(X)ou l£ov<Jiay I- 
^ovroç Qa^at riva, et $é Ttç toà- 
fj-Wei, doicti tw tspwraTco ra- 
p.Etw fevapia âcj> zat tw e9vet twv Iou— 
#aiW ^yjyapia 5. Tavr/îç t>5ç etttypacpfë 

to avnypacpov aTîoxeîrai 

etç to ap^eîbv. 

Traduction : « La juive Rufina, archisynagogue, a construit 
ce tombeau pour ses affranchis et les esclaves élevés dans sa 
maison. Personne n'a le droit d'y ensevelir un autre corps ; si 
quelqu'un se permet de le faire, il payera 1500 deniers d'amende 
au trésor sacré et 1000 deniers à la nation des Juifs. Une copie de 
cette inscription a été déposée aux archives publiques. » 

La forme des caractères de l'inscription suffît à prouver qu'elle 
appartient à une époque assez basse. Le s carré, l'r traversé par 
une barre horizontale, enfin l'a semblable à celui de l'écriture 
cursive, ne se rencontrent guère à Smyrne avant le troisième 
siècle après J.-G. L'orthographe de l'inscription est assez dé- 
fectueuse : 6pé[X[xac7iv y est écrit avec un seul y. et àXXou avec un 
seul X. Ces incorrections sont l'effet de la prononciation populaire 
du grec, qui, alors comme aujourd'hui, ne tenait pas compte des 
consonnes doubles. 

Les sigles numériques '*£ et a, pour 1500 et 1000, ne sont pas 
ordinaires, mais les inscriptions grecques de l'Asie-Mineure en 
ont déjà fourni quelques exemples '. L'évaluation en monnaie ac- 
tuelle des deux sommes de 1500 et 1000 deniers présente quelque 
incertitude. Si notre texte est contemporain de l'édit de Diocté- 
tien, alors que le denier ne valait guère que 6,2 centimes 2 , le 
montant des deux amendes stipulées s'élèverait à 93 et 62 francs ; 
mais si, comme nous le pensons, l'inscription remonte au Haut- 
Empire, on arriverait aux sommes de 1050 et 700 francs en éva- 
luant le denier à 70 centimes. Le total des deux amendes est de 
2500 deniers, le taux le plus ordinaire dans les inscriptions funé- 

1 Voy. Franz, Elementa epigraphices graccae, p. 351 ; Corpus, n°« 2758, 3400, etc. 
» Waddington-Le Bas, Inscriptions d'Asie- Mineure, 3 e partie, p. 147. 



INSCRIPTION GRECQUE DE SMYRNE ' 163 

raires de Smyrne qui énoncent à la fois la défense et la sanction l . 

Parmi les épitaphes judéo-grecques publiées par l'Académie de 
Berlin à la fin du quatrième volume du Corpus Inscriptionum 
Graecarum (n 08 9894-9926), il n'en est aucune que l'on puisse 
rapprocher de celle que nous publions. Mais un grand nombre 
d'inscriptions païennes trouvées à Smyrne et dans les environs 
contiennent des dispositions identiques à celles de notre texte. 
La défense de violer une sépulture de famille pour y introduire 
un mort étranger, défense corroborée par la fixation d'une 
amende, se rencontre très souvent dans l'épigrapliie de la Ma- 
cédoine et de l' Asie-Mineure 2 . Le recueil d'inscriptions grecques 
de Le Bas, le Corpus de Bœckh et le Musée de V Ecole Evangê- 
lique de Smyrne en fournissent de très nombreux exemples qu'il 
est inutile de signaler. 

Les fondateurs paraissent avoir été libres de désigner le trésor 
auquel le produit des amendes devait être versé 3 . A Smyrne, on 
les trouve attribuées tantôt au temple de la Mère des Dieux du 
Sipyle, c'est-à-dire à Cybèle \ tantôt au temple des Smyrnéens 5 , 
tantôt à celui des Augustes , à la ville de Smyrne 7 , au Conseil des 
anciens, au Sénat, etc., ou simplement tu xa^cp 8 , t« ^^ 9 . On 
comprend pourquoi ceux qui élevaient un tombeau rendaient res- 
ponsables les profanateurs et les intrus devant les trésoriers d'un 
temple, de la cité ou du fisc : ils intéressaient ainsi de puis- 
santes administrations à surveiller l'accomplissement de leurs 
volontés 10 . Par les dispositions que rappelle notre texte, Rufina 
place le tombeau de ses affranchis et de ses tliremmata sous la 
double protection du trésor sacré, îeptôTatov Tap.siov, et de la commu- 
nauté juive de Smyrne. La mention du Tapeiov isporcatov se rencontre 
ailleurs dans des inscriptions analogues ll : il est impossible d'y 



i Corpus, n°» 3265, 3266, 3272, 3276, 3281, 3286, 3401 ; cf. Le Bas, op. cit., p. 15. 

2 Voy. Bayet, Archives des Missions, 3° série, III, p. 218 ; Vidal de La Blache, 
Commenlatio de titulis funebribus graecis in Asia Minore, 1872 ; Newton, Fssays on 
art and archœology, 1880, p. 201. 

3 Le Bas, Inscriptions de l'Asie- Mineure, 3° partie, n° 25, commentaire. 
* Corpus, nos 326O, 3285, 3286, 3287, 3386, 3401. 

3 Ibid., n°3289. 

6 Rid.. n° 3266. 

7 Ibid., n°* 3265 et 3276. 
s Ibid., n° 3359. 

9 MovgsÏov xoci BipXtoOyjxy) tyj? E\j(xyye\iY.y\c, I^ ^» Smyrne, 1873-75, n° 61, 
p. 85 ; Corpus, n°* 3265, 3295, 3384, 3400. 

10 Les inscriptions funéraires d'Aphrodisias sont particulièrement instructives à cet 
égard {Corpus, n°* 2824, 2826, 2827, 2829). 

11 Ross, Inscript, ined., fasc. III, n° 295 (île de Chalcé) : ©soocopoç Bàjxioç 
TcapaYyeXXco cnjyyevetffi xal 7ràatv àvOpamoiç [xou tyjv QrjxY;v |xy] },u[j.aiv£<jOoa. c O Se 
Trapaxoùcras ôwoet tw leptùtàTio Ta[X£tco, x. t. >. — A. Aphrodisias, Corpus, n° 2829 ; 



16.4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

voir autre chose que le trésor impérial, aerarium sacrum. Dans 
d'autres inscriptions funéraires, l'amende doit être versée au fisc 
impérial l , à Y aerarium du peuple romain 2 , au trésor du peuple 
romain, etc. 3 ; c'est toujours l'Etat ou le prince qui intervient 
pour garantir l'inviolabilité du tombeau. 

« Le mot 6p£[A{JuxTa, en latin alumni, désigne, dit Philippe Le 
Bas 4 , les enfants libres qui, après avoir été exposés ou abandonnés 
par leurs parents; étaient recueillis par des étrangers dont ils 
devenaient, en quelque sorte, les enfants adoptifs, mais qui 
souvent aussi les élevaient dans l'esclavage. Cette position si 
différente qui pouvait leur être faite nous explique pourquoi, sur 
les inscriptions qui leur reconnaissent le droit d'être ensevelis 
dans le tombeau de la famille qui les a élevés, ils figurent tantôt 
avant les affranchis, et tantôt après. » Quelquefois, dans une 
même inscription, il est fait mention des Bpe'u.u.aTa du mari et de 
ceux de la femme 5 . Il est difficile d'affirmer que les affranchis et 
les threynmata de Rufina appartinssent, comme elle, à la religion 
judaïque ; mais ce que nous savons de la condition des esclaves 
chez les Juifs rend cette hypothèse très vraisemblable. En tous 
lés cas, ils étaient considérés par elle comme des membres de sa 
famille. Les épitaphes grecques, en particulier celles de l' Asie- 
Mineure, sont pleines de dispositions témoignant de la sollicitude 
des maîtres pour le repos éternel de leurs affranchis et des 
domestiques qu'ils avaient élevés 6 . 

Le titre d'àpxwuv*Ywroç est bien connu par les textes et les ins- 
criptions 7 . Mais la nôtre est la première où l'on trouve ce titre 
donné à une femme. M. Emile Schùrer, dans sa remarquable étude 
sur l'organisation communale des Juifs à Rome, a essayé de clis- 



à Adramyttium, Mou<reïov, 1873-75, p. 137, n° çV ; à Teira, Movaetov. 1876-78, 
p. 31 v n° <?)>y', etc. t To îepwTatov ta(J.eîûv » videtur fiscus esse, quidquid dicant alii » 
(Bœckh, Corpus, n° 3509 ; cf. Vidal de La Blache, op. laud., p. 64). 

1 Corpm, n" 3265, 3295, 3384, 3400 (Smyrne). 

2 Eîç t© èpàpiov Ayjfxou 'Paju-attov (Le Bas-Waddington, Inscriptions d^ 'Asie- 
Mineure, 3° partie, n° 25, Smyrne). 

3 ïw Tajjieico toù 6yj(aou 'Pco^aiwv (Waddington-Le Bas, op. cit., n° 1632 ; Aphro- 
disias). D'autres inscriptions d'Aphrodisias donnent les formules eîç tov xvpiaxov 
çCorxov (1639) > eîç xeî[Aaç x&v Seêairxwv (1640), etc. 

4 Le Bas-Waddington, Inscriptions de V Asie-Mineure, 3° partie, p. 14. Cf. Bœckh, 
Corpus inscr. graecarum, n° 8 3318, 3358, 3385, 3388. 

5 Corpus, n° 3356. Le 6pé(jL[xa peut aussi correspondre au verna des Romains 
(l'esclave né dans la maison), bien que les termes propres pour désigner ces per- 
sonnes fussent oîxoyeveïç, sîxoxpiêeç, èvooyeveïç, oîxoxpaçeîç. Cf. Hermann-Blûmner, 
Lehrbuch der grkchischen Privatalterthûmer , 1882, p. 86. 

c Newton, Essays on art aud arckœology, p. 201. 

7 Schùrer, Die G-emdndevtrfassung der Juden in Rom, Leipz., 1879, p. 25 ; Ascoli, 
Iscrizioni di antichi sepolcri çiudaici, Torino, 1879, n° 6. 



INSCRIPTION GRECQUE DE SMYRNE 165 

tinguer nettement Yarchisynagogue du père de la synagogue, 
distinction dont Cassel signalait à juste titre la difficulté *. Selon 
M. Schùrer, le titre Yarchisynagogue désignerait une véritable 
fonction, tandis que celui de père ou mère de la sijnagogue serait 
une simple qualification honorifique. Le savant allemand, pour 
arriver à cette conclusion, insiste surtout sur ce fait que Yarchi- 
synagogue est toujours un homme, tandis qu'on trouve à la fois 
des Ttaréps? et jiïiTépeç auvaycôyaiv 2 . « Demi dass Frauen eine eigent- 
lich amtliche Stellung in der jûdischen Gemeinde beUleidet 
haben, ist sicherlich nicHt auzunehmen. » Cette objection de 
M. Schùrer, qu'une femme ne peut avoir revêtu une fonction 
véritable dans une communauté juive, pourrait maintenant se 
retourner contre son explication du titre & arcUisynagogue, 
puisque Rufina de Smyrne est un exemple certain de l'attribution 
de ce titre à une femme. Mais il faudrait se garder de partir de là 
pour considérer la désignation en question comme purement ho- 
norifique. Nous savons au contraire d'une manière certaine que 
ràp^vâycoyoç (en hébreu nD3iïi toan) désignait, alors que le temple 
de Jérusalem était encore debout, le ministre qui s'associait au 
grand-prêtre pendant le service divin 3 . Hors de Jérusalem, il 
était à la tête de l'administration et dirigeait le culte, ayant sous 
lui l'ûicTipéTTiç. Un archisynagogue est mentionné dans une inscrip- 
tion d'Égine comme ayant présidé à la construction d'un temple 
juif 4 . Mais plus tard àp^tauvâywyoç devint un titre honorifique, qui 
se transmettait de père en fils et se donnait même à de tous 
jeunes enfants 5 . Distinct en principe de celui de Ttaxrjp auvaywyriç, il 
prit alors un sens plus vague et plus général, analogue au titre 

1 Article Juden (Cfeschichte der) dans l'Encyclopédie d'Ersch et Gruber, 2 e section, 
27 e partie, p. 45. Un passage du code Théodosien (XVI, 8, 4) prouve que cette dis- 
tinction était faite à Rome : Hiereos et archisynagogos et patres synago g arum et ceteros 
qui synagogis deserviunt, ai omni corporali munere liberos esse praecipimus. 

2 M. Schùrer a réuni les textes concernant ces derniers, op. laud., p. 29. Dans 
une inscription latine de la catacombe juive de Venosa, publiée par M. Lenormant 
dans la Revue (t. VI, p. 203), il est fait mention d'une certaine Alexandra pateressa. 
Pateressa correspond évidemment au titre de Mater synagogae dans les inscriptions 
juives de Rome. Cf. Ascoli, Iscrizioni di antichi sepolcri, n° 6. 

3 Cf. Derenbourg, Essai de restitution de l'ancienne rédaction de Masséchèt Kip- 
pourim, dans la Revue, t. VI, 1883, p. 56 : « Alors le grand-prêtre doit faire la 
lecture du jour, habillé de vêtements de byssus et couvert d'un manteau blanc... 
Le bedeau prend le rouleau, le donne au chef de la synagogue, etc. • 

4 Corpus, n° 9894 : 0éo5wpo? àp/iauvàycoyoç <ppovTi<jaç ety) xsasepa ex BejteXCco 1 *, 
t^v ouvaywyriv oîxoô6;j(.Y](ya. 

5 Ascoli, op. laud., n° 12 : 'Io<7Y]<p àp/tauvàycoyoç uioç 'Iwariç àpyicruvaytoyou 
(Venosa). P. 49 : « L'àp/iauvàytoyoç. . . è dignità che non solo si vede andare da padre 
in figlio, ma anche attribuirsi à fanciulli cosi corne nelle giudaiche di Roma abbiamo 
/'àpxcov vrJTUo; e il ypau.u.axsù; vrVrcioç. • On trouve en effet ràçoç KaXXiaxou vituou 
[sic) àpxtauvaywyou (Angelis et Smith, cités par Ascoli, l. I.). 



[66 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de wrijp ou {«ÎTTfip auvav(6YT ( ç. Les archisynagogues sont les principes, 
les notables de la communauté juive, auxquels leur position privi- 
légiée conférait sans doute le droit d'exercer un certain contrôle 
sur les pratiques religieuses de leurs coreligionnaires. C'est à 
cette catégorie d'archi synagogues honoris causa qu'appartenait 
la Rufina de notre inscription. 

L'inscription de Rufina n'est pas, à proprement parler, une 
épitaphe : c'est un avis au public, destiné à. assurer la propriété 
d'une tombe à ceux pour lesquels elle a été construite. Ceci ex- 
plique pourquoi les formules en sont exactement conformes à 
celles que l'on trouve dans les inscriptions païennes de la même 
époque, ainsi que l'absence de toute formule proprement juive, 
telle que dibtt , èv eipVjvg -f) xo^a^ sou. C'est un document officiel 
rédigé sur un modèle convenu et dont une copie, suivant un 
usage fréquent, doit être déposée aux archives de Smyrne. Une 
inscription de cette ville nous apprend que les archives (tô àp^siov) 
s'appelaient aussi le Musée 1 ; dans d'autres cités, le dépôt d'actes 
semblables doit être fait au /pscxp^âxiov 2 . Cette formalité était im- 
portante, car l'administrateur des archives pouvait refuser le dé- 
pôt de l'acte s'il était irrégulier ou entaché de quelque fraude. 

Une famille de Rufini est connue par plusieurs inscriptions de 
Smyrne et paraît y avoir occupé une grande position. C'est là que 
florissait, au 11 e et au m siècle ap. J.-C, le sophiste et rhéteur 
M. Claudius Rufînus 3 . Il n'est pas impossible qu'une personne de 
cette famille se soit convertie au judaïsme. Quoi qu'il en soit, on 
ne doit point s'étonner de voir une Juive habitant une cité gréco- 
romaine porter un nom qui n'a rien de sémitique. L'onomastique 
juive de cette époque présente beaucoup de noms grecs et romains 
qui n'ont pas d'équivalent en hébreu, comme Alfius, Justus, 
Valeria, etc. Ajoutons que la communauté actuelle de Smyrne ne 
date guère que du xvn e siècle et que notre inscription paraît être 
le seul document qui atteste, dans les premiers siècles de l'ère 
chrétienne, l'existence de Juifs dans la métropole de l'Ionie. On 
sait d'ailleurs qu'ils étaient fort nombreux à cette époque dans 
toute l' Asie-Mineure, notamment à Ephèse, à Tarse, en Arménie 
et en Cappadoce *. 

Salomon Reinacii. 

1 Mouoreîov */.al Pi5).io0r,y-'/p 1870-78, p. 37, n° a\vr\'. T<xuty]ç xfjr, 'avTiypaçrfë 
avriypaçov 'eaxl 'ev toi 'ev ZfJtupvifl 'apxeiw tw xaXoufiiva) Moucretw. 

2 . Le Bas-Waddington, Inscriptions d'Asie- Mineure, n os 1630, 1632, 1634, 1636, 
1637, 1639, 1641-1643; Dareste, Bulletin de Correspondance hellénique, VI, p. 241. 

3 Le Bas-Waddington, Inscriptions de l'Asie- Mineure, n° 12 ; Corpus, n os 3162, 
3176, 3178. 

* Gassel, art. cité, p. 174. 



ESSAI 

SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MÉDINE 



Les principaux traits de l'histoire des Juifs de l'Arabie du Nord 
ont déjà été esquissés par Caussin de Perceval dans son Essai sur 
V histoire des Arabes avant V Islamisme. C'est de ce livre qu'ils 
ont passé dans le Jiquième volume de Y Histoire des Juifs de 
M. Graetz. Mais des publications plus récentes, qui ont puisé à 
des sources importantes et sûres, nous mettant en mesure de 
mieux préciser certaines parties de cette histoire, nous croyons 
pouvoir aujourd'hui reprendre cette question. pNons voulons, en 
outre, étudier mieux qu'on ne l'a fait jusqu'à ce jour les pro- 
ductions poétiques des Juifs avant et après l'Islamisme; aussi 
insérerons-nous dans notre travail une collection, aussi complète 
que possible, de ces poésies, dont une partie a déjà été publiée 
par M. Noeldeke dans ses Beitràge zur Kenntniss der Poésie 
der ait en Araber. 



HISTOIRE DES JUIFS DE MEDINE JUSQU A LA FUITE DE MAHOMET. 



On ne peut rien dire de certain sur les premières immigra- 
tions des Juifs dans le Hedjâz ', car, d'une part, les relations 
arabes que nous possédons sur ce sujet sont fort rares, d'autre 
part, leur véracité est très difficile à établir : ce sont en grande 
partie des histoires inventées pour suppléer au silence des chro- 

1 Côte nord-ouest de la péninsule arabique. 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

niques, les mahométans ayant une grande aversion pour le vide 
historique. Les divergences trop considérables qui existent dans les 
diverses traditions sur les circonstances qui ont accompagné l'en- 
trée des Juifs dans la Péninsule arabique ne nous permettent pas 
d'accorder à ces traditions la moindre confiance et nous forcent à 
avoir recours à d'autres sources plus sures, quoique moins abon- 
dantes. 

La littérature juive même nous fournit sur l'établissement de 
Juifs en Arabie à une époque antérieure à celle que l'on admet 
d'ordinaire un renseignement qui n'est pas à dédaigner. En effet, 
la Mischna dit : « Il est permis aux femmes arabes de sortir voilées 
(le Sabbat)» *; or, quelque tard que l'on veuille placer la rédaction 
de cette ordonnance, on ne peut la reculer au-delà du n e siècle de 
Fère chrétienne. Il n'est, du reste, pas invraisemblable qu'à la 
suite de la destruction du second temple et des tristes événements 
qui en résultèrent, de nombreuses familles juives, en se dirigeant 
vers le Sud par la route qui conduit en Egypte, se soient ré- 
pandues peu à peu sur la région assez fertile de la côte nord- 
ouest de la presqu'île de l'Arabie, jusqu'à Yathrib, ancien nom de 
Médine. 

Cette émigration a donné naissance à de nombreuses légendes 
dont nous ne mentionnerons que la suivante : « Lorsque Moïse et 
Aron firent le grand pèlerinage à la Mecque, ville déjà déclarée 
sainte par Abraham, un grand nombre d'Israélites de leur suite 
restèrent à Médine, qui se trouvait sur leur route. Moïse et Aron 
continuèrent leur chemin, mais, à leur retour, Aron mourut sur 
le mont Ohod situé près de Médine. » En mettant « Palestine » au 
lieu de « La Mecque », on trouvera, dans le fond très obscur de 
cette légende, un souvenir confus du voyage des Israélites à tra- 
vers le désert, de l'établissement dans la région cisjordanique des 
tribus hébraïques de Ruben, Gad et Manassé, et de la mort d'Aron 
sur la montagne de Hor. Nous passons sous silence d'autres 
légendes, qui sont racontées au long dans les ouvrages cités plus 
haut 2 . 

La présence des Juifs à Médine est d'une plus grande importance 
qu'on ne le suppose d'ordinaire, car il est très probable que Ma- 
homet ne se rendit dans cette ville que parce qu'il s'y trouvait des 

» Sabbat, VI, 6 : mblSH mNifcT nTSI^. Cette disposition peut se rapporter 
à la population nabatéenne de l'Arabie septentrionale qui était en fréquentes relations 
avec les Juifs. Cf, Grittin, I. 1 ; l^m dpi ; Tarççoum sur Genèse, xvi, 14 ; Neubauer, 
Géographie du Talmud. p. 20 ; Levy, s. v. N12HTI. 

1 Caussjn de Perceyal, Essai, II, p. 641 et suiv.; Graelz, Gfeschichte, V, p. 68 et 
suiv. 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MÉDINE 1-69 

Juifs auprès desquels il espérait s'instruire, et parce qu'il trouvait 
que les habitants arabes de Médine étaient le mieux préparés pour 
accueillir les nouvelles idées de l'Islam, grâce à leur contact sécu- 
laire avec les Juifs. Les habitants de la Mecque n'étaient que de 
mauvais païens qui le persécutèrent et attentèrent à sa vie. Ses 
regards se portèrent involontairement sur Médine, et, comme nous 
le verrons plus tard, les Médinois, tant Juifs qu'Arabes, se tournè- 
rent vers lui. IL est donc peut-être permis de dire : sans l'hégire 
(fuite de Mahomet) point d'Islam; sans Juifs à Médine, point 
d'hégire. 

Quelle que soit la façon dont les Juifs sont arrivés à Médine, 
nous trouvons cette ville entre leurs mains quelques siècles avant 
Mahomet. 

Ils étaient les propriétaires des terres et des plantations de 
palmiers et exerçaient une sorte de souveraineté sur leurs con- 
citoyens arabes 1 . Il ressort d'un grand nombre de poésies, qui 
datent de cette période et de périodes postérieures, qu'ils ressem- 
blaient complètement aux Arabes par les mœurs et les habitudes; 
selon la coutume du pays, ils se divisèrent en de nombreuses tri- 
bus, qui ne sont probablement que des subdivisions de grandes 
tribus. 

Je nommerai d'abord les Banou Keinoliâ, qui paraissent avoir 
été les premiers à prendre possession du territoire médinois. Ils 
formaient une tribu puissante et possédaient un marché très 
fréquenté, appelé marché des Banou Kelnokâ. Ils justifiaient 
peut-être cette prérogative en s'appuyant sur un droit ancien, car 
ce même marché était déjà désigné par la légende comme la place 
où les compagnons de Moïse dont il est question plus haut ont dû 
s'établir. Plus tard, les Banou Koreiza, les Banou-l-Nadhîr et 
les Banou Hadal- se joignirent à eux. Les Koreiza et les An- 

1 Kitâb-al-Aghâni, XIX, p. 94; Aboulféda, Hist. anieislam., p. 178; Wûstemeld, 
Geschichte der Stadt Médina (Samhoudi), p. 20. Divan de Hassan b. Thâbit, p. 87 : 
« Ils (les Juifs) bâtirent à Yathrib des châteaux-forts avec des murailles en plâtre au 
milieu de leurs bois de palmiers, où ils élevèrent des chamelles, qui portaient l'eau 
nécessaire à l'arrosage des palmiers. Les Juifs leur avaient appris (à dire) : « Je 
suis à votre service » et le mot : « Me voici. » Cf. Yâcout, Geogr. Wôrierbuch, édit. 
Wùstenfeld, IV, p. 461 et suiv. 

2 La légende s'est emparée de l'histoire de ces trois tribus et a donné naissance au 
récit suivant : Le roi de Roum, après avoir soumis les Juifs et conquis la Syrie, 
demanda à épouser une femme juive. Sous l'empire de la peur, i's y consentirent en 
le priant de les honorer de sa visite. Mais à peine fut-il arrivé, que les Banou Koreiza 
et les Banou An-Nadhîr l'attaquèrent et se réfugièrent ensuite, accompagnés des 
Banou Hadal (appelés aussi B. Handal et Bahdal), auprès de leurs frères dans le 
Hedjâz. Le roi de Roum les fit poursuivre, mais ses troupes périrent de soif près 
d'une petite source (thamad) entre le Hedjâz et la Syrie. La source reçut plus tard le 
nom de Thamad-ur-Roum. Cf. Samhoudi, p. 28; Yâcout, I, p. 63o ; IV, p. 462. 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nadhir étaient des descendants d'Ahronides (Al-Kâliinân, les 
descendants des deux prêtres) 1 et jouissaient d'une haute estime 
stupres de leurs coreligionnaires. 

Tous ces Juifs s'approprièrent à leur gré les terres de Médine 
et des environs et se comportèrent comme les maîtres du pays. 
Outre leurs marchés, les Banoa Keinoliâ possédaient encore deux 
châteaux-forts aux confins du Wâdi Bothân, au nord de la ville, 
où se trouvaient aussi les possessions des Banou-l-Nadhîr ; ces 
derniers, avaient les districts de Boéira (petit puits) et An-Nawâim 
(jardins), où naquit le poète Cab b. Al-Aschraf ; ils possédaient en- 
core entre autres Modseinil), les châteaux de Al-Boveila, Baradj, 
Ghars et Fâdidja 2 . Les résidences des Banou Koreiza étaient Al- 
hân, Mahzour, Bîr Abbâ (Bîr Ounnâ), Boâth, dans la partie orien- 
tale de la ville, et plusieurs châteaux, dont l'un appartenait au 
poète Cab b. Asad. 

Les Banou Hadal demeuraient avec les Banou Koreiza. 

Voici les noms d'autres familles juives et des lieux qu'ils habi- 
taient : A Kobâ, au sud de la ville, demeuraient les Banou-l-Kaçîç, 
les Banou Nâdjiça; plus loin dans la banlieue de la ville, les Banou 
Mozeid, les Banou Mâzilia, les Banou Mahammam^, les Banou 
Zâourâ, les Banou Houdjr, les Banou Thalaba et la famille 



1 Aghâni, ibid.; Noeldekc, Beitrâge, p. 54; Yâcout, IV, p. 462. Ibn Hischâm, Vie 
de Mouhammed, éd. Wùstenf'eld, p. 660, rapporte une élégie du poète arabe Abbâs b. 
Mirdâs (beau-fils de la célèbre poète Al-Khansâ), dans laquelle il pleure sur l'expulsion 
des deux tribus susnommées : 

t Tu exhales des invectives contre ceux qui sont, d'extraction noble, apparentés aux 
» prêtres ; méconnaissant les bienfaits dont, en tout temps, ils te comblaient. — 
» N'ont-ils pas surabondamment mérité que tu te lamentes sur leur sort et que ton 
» peuple les pleure, s'il veut s'acquitter de sa dette de reconnaissance. La reconnais- 
» sance est la plus belle action à laquelle aspirent les gens d'honneur. Tu ressembles 
» à celui qui, pour acquérir de la gloire, se fait couper la tête, à laquelle il était uni 
• jusque-là. Pleure les fils d'Ahron, souviens-toi de leurs actes; quand tu croupis- 
» sais dans la misère, ils apaisèrent ta faim. » 

Le Juif Cab b. Asad de la tribu des Koreiza chanta : « Pendant que vous nagiez 
» dans l'abondance, vous viviez en sécurité dans vos maisons par les deux prêtres. 
» Qu'est-ce donc qui vous pousse maintenant au loin dans la plus grande fatigue ? » 

Le mot Kâhin doit être traduit incontestablement dans ces vers par prêtre; cette 
remarque est d'une certaine importance, car on le trouve plusieurs fois dans le Koran 
et là il signifie sorcier (Soura 69, 42; 52, 29.) On voit clairement par là que les Juifs 
avaient conservé absolument tous leurs privilèges traditionnels et que ce De fut que 
bien longtemps après leur établissement dans l'Arabie qu'ils adoptèrent leurs noms 
arabes. — Sur Kâhin, cf. encore Kamous, Yâc, IV, 44, 384; Maçoudi, Les prairies 
d'or, éd. Barbier deMeynard, III, p. 396; Aboulféda, Hist. anteislam., p. 136. 

* Yâcout I, p. 549, 662, 765 ; III, p. 785, 844 ; Samh., p. 30 (Fâdhidja). 

3 Un des Banou Mouhammam (aussi nommés Mouhammad, Mouhammar) avait par 
accident coupé la main à quelqu'un. Gomme rançon, ce dernier demanda la ferme de 
Khonâf'a, mais le coupable ne pouvant s'y résoudre, fit un trou dans le mur de sa 
maison, y passa sa main en criant au mutilé : « Frappe! » et ce dernier lui coupa la 
main. 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MSDINE 171 

Zohra (ces deux derniers à Zohra), enfin les Banou Aliwa et les 
Banon Mozâta 1 . Les résidences de ces tribus s'étendaient pour la 
plupart vers le nord d'où celles-ci étaient arrivées et se prolon- 
geaient jusqu'à Kheibar, à quatre journées de distance. Suivant 
plusieurs documents, il y avait là en tout environ vingt tribus 
possédant cinquante-neuf châteaux- forts 2 . 

Ces petites tribus s'unirent étroitement aux grandes qui les pro- 
tégeaient, et c'est pourquoi il n'est question, dans l'histoire, que 
de ces dernières. Mais, à part cela, quelques tribus arabes s'étaient 
aussi placées sous la protection des tribus juives en se convertis- 
sant en partie au judaïsme : c'étaient les Banou Oneif, les Banou 
Mozeid, les Banou Mouâwiya, les Banou Djadzmâ, les Banou 
Marthad, les Banou Schoteiùa, les Banou Hisclmâ, les Banou 
Djafna et quelques autres. 

Tel était l'état des Juifs de Médine, lorsque, vers l'an 300 de 
notre ère, deux tribus arabes, qui avaient pris part à la grande 
migration des peuplades qui se portaient du Yémen en Syrie, vin- 
rent s'établir à Médine en passant par le Hedjâz. C'étaient les 
Banou-l-Aous et les Banou ~ l-Khazradj , des familles Azdites, 
appelés les Banou Keila d'après leur aïeule 3 . Elles vinrent se 
fixer au milieu des Juifs et élevèrent comme eux des châteaux- 
forts, dont le nombre toutefois ne dépassa pas treize 4 . Pour se 
garantir contre les Juifs qui leur étaient supérieurs en nombre et 
qui possédaient les terres, elles contractèrent avec eux une 



1 Nous manquons absolument de documents sur l'origine des noms des tribus juives, 
et ce que laisse deviner leur étymologie se réduit à très peu de chose. Le seul nom 
des Banou Zâoura offre quelque peu de certitude, en ce qu^l a du rapport avec le mot 
araméen N^Tl^T, petit, i'aible. Celui des Banou Keinokâ est composé de Kein, « es- 
clave » et Kâ « terre pierreuse ». Yâcout dit, dans son dictionnaire géographique : 
« Kâ, terre pierreuse unie, sans sable, mais renfermant de l'eau potable. » (IV, p. 17.) 
Kâ est encore le nom d'un château près de Médine (Samhoudi, p. 41.). Il existe en 
outre encore plusieurs Kâ. Il n'est du reste pas impossible qu'un certain nombre de 
familles juives, portant le nom de « Fils de l'esclave (de) Kâ », aient fait remonter leur 
origine à un ancêtre commun. Cf. Ibn Coteiba, éd. Wùstenfeld, p. 51 et Aghâni, x, 
p. 34 « Ka'kâ », nom d'homme; cf. Har., 2 e éd., p. 247. An-Nadhîr veut dire 
« brillant » ; cf. Divan de Hass. b. Th., p. 38. Abou-1-Nadhîr est le nom d'un poète 
arabe (Agh., x, p. 100) Koreiz est le nom d'un endroit dans le Yémen (Yâc, IV, 
p. 79); il en est de même de Koreiz b. Rabîa (Wùstenfeld, Begister der Stcimme- 
namem, p. 264). Peut-être aussi les membres de celte tribu se nommaient-ils « les 
fils de Koreiza », d'après une aïeule commune, comme les deux tribus Al Aous et 
Al Khazradj furent appelées foi fils de Keila. Cf. Agh., X, p. 41, Koreiz b. Mabad. 
— La généalogie établie chez Hischâm, p. 13 à la manière arabe — et remontant 
jusqu'à Ahron et Abraham — n'a naturellemeut aucune valeur scientifique. Sur 
Kein, voy. encore Z. D. M. Gr., XXXIII, p. 568. 

2 Samhoudi, p. 31. 

3 Caussin de Perceval, Essai, III, p. 646 et suiv.; Hischâm, p. 140 ; Samhoudi, 
p. 35 et 56. 

4 Samhoudi, p. 31. 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

alliance et se mirent sous leur protection. Mais, quand les Juifs 
s'aperçurent que Je nombre et la puissance de leurs nouveaux 
voisins augmentaient de jour en jour, ils guettèrent l'occasion de 
rompre cette alliance et de subjuguer les Arabes. 

Sur ces entrefaites parut un homme d'une des familles habitant 
Zohra qui s'arrogea un certain pouvoir sur ses coreligionaires. Il 
avait nom Al-Ficjaoun 1 . Il usait de son autorité pour abuser de 
l'honneur des jeunes épouses. Un chef Khazradjite, nommé Mâlik 
b. Al-Adjlân, ne pouvant supporter que pareil outrage fût fait à 
sa sœur, se déguisa en femme et se rendit chez Al-Fitjaoun et l'as- 
sassina 2 . Il prit la fuite et envoya un messager en Syrie au prince 
Ghassanide Abou Djobeila, qui avait sous sa domination la partie 
delà tribu Al-Khazradj habitant son territoire. Abou Djobeila s'in- 
forma auprès du messager du sort de ses frères à Médine. Au récit, 
sans doute exagéré, que ce messager fît de leur misère et de l'op- 
pression que leur faisaient subir les Juifs, Abou Djobeila s'écria : 
« Par Dieu! jamais mes hommes ne sont arrivés dans un pays 
sans le soumettre. Va et annonce à ton peuple que je m'y rendrai 
en personne. » Le messager nommé Ar-Ramak rapporta cette 
réponse à Mâlik ; celui-ci fit annoncer aux autorités juives la pro- 
chaine arrivée d'Abou Djobeila, en les priant de lui faire un ac- 
ceuil hospitalier. Le prince en effet, ne tarda pas à paraître devant 
Médine, il établit son camp à Dzou Houroudh, petit endroit situé à 
proximité de la ville. Il en informa les Al-Aous et les Al-Khazradj, 
et, en leur rappelant le motif qui l'avait amené à Médine, il 
leur proposa de chercher à vaincre les Juifs par la ruse et de se 
débarrasser de leurs chefs; car il craignait, avec raison, que 
s'ils les traitaient ouvertement en ennemis, les Juifs ne se retiras- 
sent dans leurs châteaux-forts, où il eût été difficile de les attein- 
dre. Il fit informer les Juifs qu'il était sur le point de marcher sur 
le Yémen et les pria de venir le trouver dans son camp. Un grand 
nombre de Juifs notables se rendirent sans défiance à cette invi- 
tation avec leurs femmes et leurs enfants, pour recevoir les pré- 
sents qu'on leur avait également annoncés. Quand ils furent 

1 On trouve encore dans d'autres sources les noms de Al-Fatiwâm, Al-Kibtiyoun, 
Al-Ghitrouii, qui ne sont évidemment que des fautes de copistes. Voy. Ibn-al-Athîr, 
Chronicon, éd. Tornberg, I, p. 492 , Ibn Doreid Kitâb-al-lschtihâk, éd. Wûstenfeld, 
p. 259 ; Samh., p. 31 ; Yâc., IV, p. 463 ; « Al-Fitjaoun ». Le nom de Al-Ghitroun, 
qui a été pris par Caussin de Perceval, et d'après lui aussi par M. Graetz, comme 
un titre, n'est que le nom Al-Fitjaoun, défiguré sans doute par la ressemblance que 
quelques lettres arabes ont entre elles. 

2 Agh, XIX, p. 96 ; Yâc, IV, p. 463 ; lbn-al-Athîr, I, p. 493 avec ces vers : 

« La volonté absolue de Al-Fitjaoun était-elle seule juge du prix de la virginité de 
» vos femmes? Ah! quel outrageant arbitrage du juge! Enfin, Mâlik vint et en fit 
» justice par une blessure béante d'où s'échappèrent des Ilots de sang noirâtre. » 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MÉDINE 173 

arrivés devant la porte de la tente du perfide Ghassanide, on les 
conduisit un à un derrière une cloison cachée par un rideau et là 
ils furent massacrés l'un après l'autre. Cette trahison consommée, 
les Al-Aous et les Al-Khazradj s'emparèrent des femmes et des 
biens des Juifs ainsi que de leurs forteresses 1 . 

Le messager de Mâlik qui, par ses mensonges, avait amené 
cet acte de perfidie du Ghassanide, composa les vers suivants 
adressés à ce dernier : 

Abou Djobeila est le meilleur parmi ceux qui habitent la terre et le 
plus fidèle à tenir sa parole; il est le plus charitable, connaissant bien 
les coutumes de ceux qui se rendent agréables à Dieu. 

Puissent les jours du combat nous le laisser, et l'approche des 
temps difficiles ne pas nous le ravir ! 

Prince intrépide en face de l'adversaire, il brise de son épée le 
glaive étincelant de son ennemi. 

Le poète arabe Aç-Çâmit b. Aschram s'inspire de cet événe- 
ment dans ces vers : 

Koreiza demande : qui cédera les femmes (prises) dans la journée 
d'Oreidh ? , et qui voudrait rendre le butin (conquis)? 

Des guerriers couverts d'armes resplendissantes assaillirent les 
Juifs ; une troupe redoutable, ployant sous les armes, poussant le 
cri : rendez-vous! 

Un puissant 5 s'est adressé au héros* pour écraser les Juifs dans 
un combat meurtrier. 



1 Suivant un autre récit, Mâlik vint lui-même trouver Abou-Kariba, dernier prince 
de la famille royale des Tobba de Yémen. Abou-Kariba arriva à Médine pour détruire 
la ville: mais deux savants rabbins juifs l'en dissuadèrent en lui disant : 

« Eloigne-toi, prince, de ce pays, c'est une terre sainte, protégée par Dieu ; chaque 
» page de nos livres nous en donne la preuve. 

» Cette ville sera un jour l'asile d'un prophète de la maison dlsmaël du nom de 
» Mahomet. 

» Il arrivera du midi, de cette région sainte qui abrite le temple de la Mecque* 

» C'est ici qu'il séjournera et ce sera ici son dernier asile. » 

Le roi obéit et s'éloigna» On rapporte que ces paroles des rabbins firent une telle 
impression sur l'esprit du prince qu'il les emmena, et lui et tout son pays se con- 
vertirent au judaïsme. Le judaïsme effectif du Yémen est rattaché ainsi à cet .événe- 
ment. Caussin de Perceval, I, p. 93 et II, p. P53, a déjà signalé cet anachronisme. 
Cf. Hischâm, p. 13 et suiv.; Samh., p. 36; Guidi, La littera di Simeone Vescovo dt 
Bêtk- Aschram, (Acad. di Lincei), Rome, 1881 ; Graetz, Gesch., V, p. 77 et 397. 

s Oreidk, localité à proximité de Médine, au nord, pour Dzou Houroudh, à cause 
du rhythme. Voy. Yâc, III, p. 661 ; Al Becri, dictionnaire géograph., éd. Wùstenfeld, 
p. 654. Samh., p. 31, dit : « La famille Zohra, dont descendait Al-Fitjaoun, possédait 
deux châteaux sur la route de Al-Oreidh. • Voy. Caussin de Perceval, II, p. 638 ; 
Hischâm, p. 552. J'ai cité ces vers d'après Agh., ibid. 

3 Mâlik. 

4 Abou Djobeila. 



17 i REVUE DES ETUDES JUIVES 

La Juive Sara, de la tribu de Koreiza, gémit sur les morts dans 
les strophes suivantes : 

Ma vie pour mon peuple qui a succombé à Dzou Houroudh et qui 
en ce moment, hélas ! est le jouet des vents, 

Hommes de Koreiza, emportés par les glaives, décimés par les 
lances des Al-Khazradj ! 

Nous avons subi une énorme perte ; pour tous ceux qui l'ont 
éprouvée, le goût de l'eau limpide se change en amertume ! 

Ah! s'ils avaient usé d'artifice, une armée équipée en noir les au- 
rait entourés, pour les protéger 1 . 

Un Juif dont le nom n'est pas connu reprocha en ces termes son 
ingratitude à Mâlik : 

Ingrat! C'est leur sein qui t'a nourri. Parmi quel peuple te 
trouves-tu maintenant, et dans quel milieu domines-tu? 

Mâlik répondit en ricanant : 

— Je suis un homme des BanouSâlim b. Aous, et toi, tu es un 
Juif 2 . 

On pourrait inférer des strophes de la Juive Sara que la plupart 
des victimes avaient appartenu à la tribu de Koreiza ; cependant la 
puissance des Juifs essuya un choc si rude qu'elle ne s'en remit 
plus, car après le départ d'Abou Djobeila, Mâlik invita chez lui à 
des agapes de réconciliation tous ceux qui s'étaient méfiés d'Abou 
Djobeila et en tua un grand nombre. 

La haine des Juifs contre cet homme deux fois traître s'exhala 
en de violentes imprécations. Ils dressèrent dans leur synogogue 
un bloc de bois qui devait représenter l'effigie de Mâlik, et en 
entrant et en sortant, ils l'accablèrent de coups et de malédictions. 

Mâlik, en apprenant cette vengeance des Juifs, dit : 

Quand les Juifs dans leurs imprécations se tournent l'un vers 
l'autre, c'est comme quand les ânes s'éclaboussent réciproquement 
de leur urine 3 . 

Que peuvent contre moi leurs malédictions ? le destin n'a-t-il pas 
décidé leur ruine ? 



1 Yûc, II, p. 243: IV, p. 465 ; Aghâni, ibid. Voy. Nccldckc, Beitrâge, p. S4. 

1 Aghâni ; voy. Noeldeke, l. c. La pointe se trouve dans le mot Yahoud qui rime 
avec tasoud * gouvernes-tu ? » 

3 Samh., p. 38 : « Les Ilimyar (se défendent) par leur nombre. » Cette traduction 
n'est pas possible, car la mesure exige al-hamîr, « ânes. > Cf. Noeldeke, l. c. p. 84. 



ESSAI SUfl L'HISTOIRE DES JUIFS DE MÉDINE 175 

C'est par ce coup de main d'AbouDjobeila que les Arabes com- 
mencèrent à arracher petit à petit des mains des Juifs la domi- 
nation sur Mécline, domination qui depuis longtemps déjà leur 
paraissait un joug insupportable. 

Cet événement est, en outre, le premier de l'histoire des Juifs 
de Médine dont la date puisse être déterminée approximativement. 

Mâlik, fier de son exploit, se montra très hautain envers ses 
compagnons et offensa les Al-Aous. Une guerre éclata qui dura plus 
de vingt ans. Au moment de conclure la paix, on tomba d'accord 
de choisir le Khazradjite Al-Moundzir comme arbitre. Al-Moundzir 
était le grand-père du poète Hassan b. Thâbit, contemporain de 
Mahomet. Hassan naquit vers l'an 563, et comme, suivant des 
relations arabes, son père et son grand-père atteignirent un âge 
fort élevé, on peut placer l'épisode de Dzou Houroudh vers la fin 
du v e siècle de notre ère *. A partir de ce moment, les sources histo- 
riques relatives aux Juifs de Médine nous manquent totalement 
pour un siècle entier. Leur pouvoir déclinait. Toute cette période 

1 La fixation de l'époque à laquelle cet événement doit avoir eu lieu fait l'objet 
d'une longue recherche dans Graetz, V, p. 410-413. Il cherche à réfuter la date de 
l'année 492 adoptée par Caussin de Perceval, II, p. 562, en indiquant l'année 530. 
Toutefois les preuves qu'il invoque sont insuffisantes et la date de Caussin de 
Perceval doit être maintenue, car, bien qu'un arrière-petit-fils de Mâlik, Al-Abbàs b. 
Oubâda (Gxaetz, /. c, p. 410 ; Hischàm, p. 288) fit partie de ceux qui invitèrent Maho- 
met, en 621, à venir à Médine, il se peut fort bien que Mâlik ait été 130 ans aupara- 
vant chef de sa tribu et même à un âge relativement jeune, vu qu'il soutint après une 
guerre qui dura vingt ans. Cette guerre de Someiha s'est terminée par l'arbitrage de 
Al-Moundzir, grand-père du poëte Hassan, et non de Thâbit son père. Cf. à ce sujet 
Yâc, III, p. 147, et les gloses dans Hischâm, II, p. 150 sur les vers de Hassan, Div., 
p. 89 : « Mon père était chargé de la parole et du jugement, quand les combattants 
de Someiha vinrent le trouver. » (Hischâm, p. 625). Père est pris ici dans un sens gé- 
néral pour ancêtre. Voy. aussi les gloses sur le même vers dans le Div. de Hassan 
où Hischâm paraît avoir puisé. Ibn-al-Athîr, I, p. 503, raconte enfin que la guerre 
de Hâtib (voy. plus loin) a eu lieu 100 ans après la guerre de Someiha (appelée aussi 
guerre de Someir). C'est pourquoi il est fort possible que Thâbit, qui doit avoir 
atteint l'âge de 120 ans, ait été fait prisonnier dans cette guerre qui éclata en 583. Le 
prince qui a massacré les Juifs près de Dhou Houroudh, s'appelle selon Graetz Harith 
b. Aboie Schammir; mais il est hors de doute que c'était Abou-Djobeila. Il n'est question 
de Al-Hârilh que 50 ans plus tard dans l'histoire du Juif As-Samaoual et nous ne 
voyons pas la nécessité d'admettre que « Abou-Djobeila » et « Ibn-Djabala » soient iden- 
tiques D'ailleurs rien ne prouve que « Hârithb. Djabala » ou « Hârithb. Abou-Scham- 
mir », ait fait la guerre aux Juifs arabes (p. 412). Voici le passage de lbn Coteiba 
Handb. d. Greschichte, éd. Wûstenfeld, p. 314 : « I1(A1-Hârith b. Abi Schimr. — sur 
la manière dont ce dernier nom doit être lu, voy. Hischâm, p. 971 avec anachronisme ; 
Yâc, II, p. 325 ; Ibn-al-Athir, I, p. 381. Ibn Coteiba, ibid.) entreprit une expédition à 
Kheibar et fit prisonniers quelques-uns de ses habitants. Il leur rendit ensuite la 
liberté à son retour en Syrie. Plus tard, le roi Al-Moundzir de Hîra marcha contre 
lui avec une grande armée, mais il y perdit la vie (562, voy. Caussin de Perceval, 
II, p. 98.) Cette campagne de Al-Hârith à Kheibar eut lieu vers le milieu du 
vi° siècle, et ne fut guère autre chose qu'une expédition de pillage ; à tout le moins, 
il n'est dit nulle part qu'il fit la guerre aux Juifs de la Péninsule. Il faut distinguer 
complètement Abou Djobeila et Al-Hârith. 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fut remplie par les guerres entre les deux tribus arabes. Les Juifs, 
quelquefois restèrent neutres, mais parfois aussi ils prirent partie 
pour l'une ou l'autre tribu ; de sorte qu'il leur arriva souvent de 
se combattre dans les camps opposes. 

Vers le milieu de ce siècle florissaità Teimâ, à huit journées de 
distance de Médine, un Juif, nommé As-Samaoual, qui devint tel- 
lement célèbre parmi les Arabes qu'ils rattachèrent plusieurs pro- 
verbes à sa personne. On dit que son père, Gharîd b. Adijâ, était 
un descendant d'Aron, tandis que sa mère était une fille issue de 
la famille royale des Ghassanides. Son grand-père Adijâ avait 
déjà bâti à Teimâ un château-fort qui portait le nom de Al-AUak 
ai-Fard, à cause de sa couleur gris-clair. As-Samaoual disait de ce 
château : 

Seul Al-Ablak ai-Fard est ma maison; mais autres sont les mai- 
sons des Banou-1-Nadhîr que Al-Ablak (c'est-à-dire ne sont pas à 
comparer à Al-Ablak). 

Ce château était situé sur le sommet d'une montagne où As- 
Samaoual avait établi un marché et creusé un puits, et où les 
marchands arabes avaient coutume de camper en allant en Syrie 
et en en revenant. 

Les Arabes ont dû avoir une vague connaissance de la construc- 
tion du temple de Salomon, car ils le confondirent — séduits peut- 
être par la similitude du nom — avec le château du Juif de Teimâ. 
Le célèbre poète Al-A'scha dit à ce sujet : 

Ses richesses ne purent éloigner la mort de Adijâ; quoiqu'il pos- 
sédât une maison à Al-Ablak dans Teimâ qui appartient au Juif. 

Salomon, fils de David, l'a construite dans les temps passés, elle a 
un portique voûté très élevé et ses murs sont inébranlables. 

Ses flèches atteignent le ciel, un bâtiment s'élevant sur un carre- 
lage avec des édifices en chaux *, et une fosse. 

Le terrain de son sommet est mou; là on trouve des lieux pour 
se rafraîchir, du musc, des plantes aromatiques et du vin versé aux 
buveurs. 

Là on voit de belles filles aux yeux noirs (aux joues rouges) comme 
du sang, des domestiques, des ustensiles de cuisine, un cuisinier, 
une place de divertissement propre et spacieuse et un réservoir 
d'eau* ainsi 

Que d'autres choses semblables. Mais leur maître n'échappa pas au 
trépas. La mort l'a frappé sans que rien n'ait pu le sauver 3 . 

1 Littéralement : des édifices et de la chaux. 

5 Voy. Al-Djaouh, s. p. deisah, où ce vers est cité. 

3 Yàc. I, p. 96, 907. 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MÉDINE 177 

Le Kindite Imrou'lkeis, le plus illustre des poètes arabes, qui 
fut contemporain de As-Samaoual, fut obligé de fuir devant Al- 
Moundzir III, roi de Hîra ; il se rendit avec sa fille Hind et tous ses 
trésors, parmi lesquels se trouvaient cinq cuirasses célèbres, auprès 
d'un Arabe de la tribu de Fazâra. Le Fazârite l'apostropha ainsi : 

fils de Hodjr, je te vois malheureux et je voudrais bien te pro- 
téger; mais nous, Bédouins, nous vivons dans des plaines ouvertes 
et n'avons pas de citadelles où pouvoir mettre nos hôtes en sûreté. 
Va à Teimâ chez le Juif As-Samaoual, là tu trouveras protection. Tu 
réciteras quelques vers à son éloge, par exemple : 

Et je suis arrivé auprès des Banou-1-Miçâç pour me couvrir de 
gloire; auprès de As-Samaoual, que je suis allé trouver à Al-Ablak. 

En lui j'ai trouvé le plus noble des hommes; il accueille avec bien- 
veillance l'intercession en faveur de celui qui est accablé de dettes 
et plongé dans l'affliction. 

Les hommes lui reconnaissent toutes les vertus, il réunit les 
plus précieuses qualités, il a le pas sur (tous), n'est surpassé par 
personne. 

Ils se rendirent chez As-Samaoual : le Fazârite débita sa poésie 
et Imrou'lkeis répondit par une autre qui débute ainsi : 

Hind vient à toi à minuit encore d'un pays lointain, tandis que 
jamais elle n'avait l'habitude de voyager la nuit 1 . 

As-Samaoual fit dresser une tente en cuir pour Hind et assigna 
aux compagnons du poète une place pour se reposer, à la belle 
étoile ; il remit, en outre, au fugitif une lettre de recomman- 
dation pour le Ghassanide Al-Hârith b. Abî Schimr, afin qu'il le 
recommandât à Fempereur de Byzance. Imrou'lkeis se mit en 
route et laissa sa fille ainsi que sa fortune entre les mains de son 
hôte juif. 

Quand le roi Al-Moundzir apprit que son ennemi avait trouvé un 
asile à Al-Ablak, il y envoya une armée pour s'emparer des trésors 
et surtout des cinq cuirasses. Son général, Al-Hârith 2 , assiégea le 

i Agh., XIX, p. 98; cf. Noeldeke, l. c, p. 59. 

J Suivant des relations arabes, c'était Al-Hârith b. Zâlim; mais, comme le dé- 
montre déjà Caussin de Perceval, II, p. 323, note, celui-ci n'était pas encore né à cette 
époque. A sa place, Caussin de Perceval met Al-Hârith b. Abî Schimr, « lieuteuant de 
l'empereur à Damas », et Graetz, ibid, est du même avis. Noeldeke, l, c, p. 60, croit 
que c'était plutôt Al-Hârith b. Zâlim. En tout cas, il est certain que Al-Hârith b. Abî 
Schimr n'était pas l'assiégeant ; car jamais il n'a été le général du roi Al-Moundzir, 
il était, au contraire, parent de Samuel, et c'est à lui que ce dernier recommanda 
le poète en fuite. D'un autre côté, il est très probable qu'Al-Moundzir, en voyant 
que son ennemi lui avait échappé, aurait, au moins, voulu s'emparer de ses biens et 
T. VII, N° 14. 12 



178 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

château sans pouvoir le prendre. Par hasard, un fils d' As-Samaoual 
tomba entre ses mains comme prisonnier. Il le prit, se plaça devant 
le château à portée de voix et s'écria de toutes ses forces : 
« As-Samaoual, si tu ne me livres pas les cuirasses, je ferai 
mourir ton fils. » Après avoir réfléchi un moment, As-Samaoual 
répondit : « Je n'ai pas l'habitude de trahir mon alliance, agis 
à ta guise. » Al-Hârith saisit le glaive Dzou-1-Hayyât et trans- 
perça le fils sous les yeux du père. Convaincu par cette fermeté 
de caractère qu'il n'obtiendrait jamais la reddition du château, il 
leva le siège. Et As-Samaoual dit : 

J'ai gardé fidèlement les armures du Kindite; je suis fidèle à ma 
parole quand d'autres sont parjures. 

Ils disent : Ah ! quel magnifique trésor ! mais, par Dieu, je ne 
me rendrai pas coupable de félonie, aussi longtemps que la terre me 
portera. 

Mon père Adijâ un jour me recommanda : ne détruis pas, ô Samuel, 
ce que j'ai édifié ! 

Adijâ m'a élevé un château-fort et creusé un puits, et aussi sou- 
vent qu'il me plaira je donnerai à boire. 

Mon château s'élève haut dans les airs, il brave le vol des aigles ; 
si je vois une injustice, je ne la souffre pas 1 . 



surtout de ses armures qui avaient pour lui une très grande valeur. Le nom d'Al- 
Hârith est, du reste, extrêmement fréquent; et il y a tout lieu d'admettre que le Al- 
Hârith de Samuel n'est ni l'un ni l'autre. Les Arabes rapportent volontiers plusieurs 
faits remarquables, quoique appartenant à différents personnages du même nom, à la 
même personne; et c'est ainsi, sans doute, que le célèbre aventurier Al-Hârith b.Zâlim 
sera devenu lassiégeant de Al-Ablak. Une indication assez directe se trouve dans 
le nom de l'épée Dzou-l-Hayyât, avec laquelle le fils de Samuel aurait été tué. Le 
véritable Hârith b. Zâlim parle de ce même glaive dans une petite poésie, où il se 
glorifie de s'en être servi pour tuer le fils de son ennemi Nomân V, roi de Hîra •' 
f Dzou-l-Hayyât a fendu sa tête à l'endroit où les cheveux se séparent... » Il est, en 
effet, assez transparent que ces deux meurtres à'un fils ont donné lieu à une con- 
fusion de personnes et ont ainsi fait de Al-Hârith b. Zâlim le meurtrier du fils de 
Samuel, et partant l'assiégeant d' Al-Ablak, tandis que ce furent là des actes d'un 
guerrier inconnu. 

1 Les strophes suivantes, qui, par la rime et le rhythme, sont en parfaite harmonie 
avec ce morceau, en font vraisemblablement partie. L'apostrophe à une femme, usitée 
dans les poésies arabes, montre que probablement elles étaient placées au commen- 
cement de la pièce : 

« O femme, qui me censures, cesse de me blâmer ! Que de fois ai-je été rebelle 
» au blâme ! 

» Laisse-moi et marche dans la droiture, si moi je m'égare ; et ne t'égares pas comme 
» moi! 

» O femme, ton blâme est si énergique qu'il m'aurait fait fléchir, si je savais fléchir. 

» Plus d'une femme au poignet jaunâtre m'invita à la réconciliation; mais je re- 
» pondis : je ne veux. 

» J'ai traîné plus d'une outre dans la société des buveurs ; je bus dans plusieurs et 
» je donnai à boire. » 

A vrai dire on n'y trouve pas de rapport bien manifeste avec l'événement en ques- 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MEDINE 179 

La tradition nous a conservé un long et fier poème de As- 
Samaoual qui respire tellement le vieil esprit arabe, qu'il pourrait 
tout aussi bien avoir pour auteur n'importe quel chef bédouin ; et 
en effet, nous ne pouvons dissimuler que déjà des compilateurs 
anciens ont émis des doutes sur son authenticité. Cependant, 
d'anciennes sources dignes de foi lui attribuent réellement plu- 
sieurs parties de ce poème, sans exclure toutefois la possibilité de 
l'interpolation d'autres vers ayant la même rime et la même 
mesure (ces interpolations se produisaient très souvent lorsqu'on 
recueillait d'anciens poèmes dont l'auteur avait été oublié). 

Voici ce poème : 

Si l'honneur de l'homme n'est pas terni, tout manteau dont il se 
drape est beau. 

Et s'il ne sait pas supporter avec patience les injustices dont on 
l'accable, il n'existe aucun motif de le combler de louanges. 

Elle nous blâme de ce que notre nombre est infime ; mais moi j e dis : 
les hommes généreux sont peu nombreux. 

Mais ils ne sont pas nombreux ceux dont les plus distingués 
mêmes, jeunes et vieux, nous ressemblent. 

Peu nous importe que nous soyons peu nombreux, tandis que 
nos voisins disposent de beaucoup d'hommes, et qu'on n'estime pas 
le voisiD des puissants. 

Nous possédons une montagne, refuge de tous ceux que nous pre- 
nons sous notre protection; (elle est) haute, et se dérobe à la vue 
de celui qui regarde comme (s'il avait) la vue courte. 

Sa racine est sous la terre, mais sa cime touche les étoiles ; une 
hauteur immense qu'on ne peut atteindre. 

C'est Al-Ablak ai-Fard, dont la renommée est grande et honorée, 
qui est grand ouvert à celui qui le cherche. 

Certes, nous sommes un peuple auquel le meurtre n'a pas causé 
de honte, bien qu'il ait couvert d'infamie Amir et Saloul. 

L'amour de la mort nous rapproche du but de la vie ; tandis que 
ceux qui l'ont en horreur prolongent leur existence. 

Un seigneur des nôtres ne meurt jamais de mort ordinaire, 
mais jamais non plus la vengeance ne manque à l'un des nôtres qui 
a été tué. 

Le sang de notre vie coule par dessus le tranchant du glaive, 
mais jamais par dessus autre chose que des tranchants de glaives. 

Nous sommes d'un sang pur, et non impur ; et notre origine a été 
maintenue pure par de chastes femmes et de nobles pères 1 . 

tion; mais dans les productions arabes cela se voit bien souvent. Voy. Yâc, I, p. 94 
et 908. Caussin de Perceval, II, p. 323, n'a que les vers 1, 3, 6. Ci. Hamâsa, p. 49, 
note; Freytag, Prov. arab., II, p. 828; Agbâni, ibid , p. 98, et VI, p. 88. Voy. 
Noeldeke, l. c, p. 62: Ibn-al-Atbir, I, p. 381. 

1 Nous avons passé ici un vers d'une incongruité trop naïve. 



ISO REVUE DES ETUDES JUIVES 

Nous ressemblons en pureté à l'eau des nuages, aucun défaut 
n'entache notre origine et parmi nous on ne rencontre pas d'avare. 

Si nous voulons, nous reprochons aux hommes leurs propos ; mais 
personne n'oserait nous reprocher les nôtres. 

Si l'un de nous n'est plus, un autre, homme disert, se lève, prêt 
à exécuter les ordres des magnanimes. 

Notre feu brûle constamment pour celui qui arrive la nuit, et nul 
hôte ne blâmera notre hospitalité. 

Nos jours de bataille sont célèbres parmi nos ennemis, et fameux 
comme des chevaux avec des taches blanches au front et aux pieds. 

De même (sont connus) nos glaives du levant au couchant; ils sont 
ébréchés à force de frapper sur les armures ; 

Habitués à ne pas être remis dans le fourreau avant que la foule 
des ennemis ne soit soumise. 

femme, interroge les gens sur nous, si tu ne nous connais pas : 
le savant ne ressemble pas à l'ignorant. 

Car les Banou-1-Dayyân sont le pivot de leur peuple autour duquel 
tourne en tous sens leur meule 1 . 

La défense héroïque de son château et sa fidélité envers le poète 
fugitif ont donné naissance à ce proverbe : « Plus fidèle que As- 
Samaoual 2 . » On ne sait rien de plus sur son histoire 3 . 

1 Ce dernier vers, dont l'explication présente de grandes difficultés, ainsi que le 
quatrième avant la fin, ont déjà paru suspects aux anciens critiques. Il est possible 
qu'il faille retrancher quelques vers, qui, il est vrai, remontent à une époque antéisla- 
mique. Cependaut on peut admettre avec assez de certitude l'authenticité des vers les 
plus importants. Le compilateur de la Harnâsa, à laquelle cette pièce est empruntée, 
dit qu'on l'avait attribuée en entier à As-Samaoual à cause du vers 6 ; tandis qu'il ne 
donne le vers 8, qui peut corroborer cette hypothèse, que dans une note. Cependant 
les vers 6-8 se trouvent chez Yâcout — dont les citations peuvent être considérées 
comme exactes — qui les attribue à notre poète. Fort de l'autorité de Yâcout, je n'ai 
pas hésité à les incorporer dans le texte. Le vers 2 peut aussi être regardé comme 
une allusion à la perte du fils. Autour de ces 3 vers se groupent les autres d'une 
manière incohérente. Ils glorifient dans des vers sans suite, à la façon qui caractérise 
les poésies arabes, les principales vertus d'un Arabe libre : naissance noble, senti- 
ment viril, bravoure et hospitalité. 

1 Un autre proverbe, dont l'origine est obscure, se rattache encore à As-Samaoual 
ou plutôt à Al-Ablak. « Emeute de Mârid et puissance d'Al-Ablak. » Ce proverbe 
doit se rapporter à un siège tenté vainement par la reine Sabâ de Mésopotamie devant 
Ab-Ablak. Cf. Maçoudi, Prairies d'or, III, p. 198; Freytag, Prov. ar., I, p. 218; 
Al-Bekri, p. 62 et 208 ; Har., p. 515. 

8 Un écho intéressant de l'histoire de ce juif arabe nous a été conservé dans l'his- 
toire du célèbre poète Al-A e schâ. Celui-ci, ayant la langue quelque peu mordante, 
avait persiiilé un Arabe de Banou Kelb. Un peu plus tard, l'offensé, dans une incur- 
sion, fit prisonniers plusieurs Arabes, parmi lesquels se trouvait aussi le railleur, 
sans qu'il le connût cependant personnellement. Le Kelbite se rendit à Teimâ avec 
ses prisonniers auprès de Scho:eih, le fils de Samuel, pour passer la nuit chez lui. 
L'hôte s approcha par hasard, d'Al-A'schà ; celui-ci ayant été très lié avec son père, 
l'idée lui vint de se rappeler au souvenir du fils. Il le fit en ces termes : 

Schoreih, ne m'abandonne pas, moi qui ai suspendu aujourd'hui mes ongles à tes 
cordages, déjà coupés une fois pour moi. 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE WÉDI1NE 181 

A Médine cependant les deux tribus arabes étaient en hostilités 
continuelles, mais les Juifs s'y mêlèrent rarement. Ces démêlés, 
généralement d'un caractère peu sanglant, mais sans cesse renou- 
velés par l'antique usage de la vendetta, se videaient plus souvent 
par des coups de langue que par des coups d'épée, et prouvent 
clairement combien chez les Arabes la poésie était considérée 
comme l'expression de l'opinion publique. On acquérait de la gloire 
quand, dans une violente satire, on raillait son adversaire avec 
sa famille et sa tribu d'une façon peu tendre, en se prodiguant des 
éloges à soi et à sa tribu. Le fait suivant montre que cette coutume 
s'était aussi introduite chez les Juifs. 

Environ quarante ans avant l'hégire, un homme de la tribu des 
Banou-1-Naddjâr avait tué un jeune homme des Banou Kodhâa. 
L'oncle de la victime était client du Aousite Moâdz b. Nomân, et 



Je parcours la contrée entre Bânikiyâ et Aden, mes voyages ont été longs et fré- 
quents parmi les barbares. 

Ton père était le plus noble par son aïeul, le plus éprouvé à cause de son serment; 
il est célèbre par ce dernier, et personne ne peut le démentir. 

Sois comme As-Samaoual, lorsque le héros l'enveloppa d'une nombreuse armée, 
suivie de nombreux convois, noirs comme la nuit (à cause du nombre ou encore à 
cause de leurs équipements noirs). 

Al-Ablak Ai-Fard, à Teimâ est sa demeure! une citadelle forte ; il est un protec- 
teur qui ne trahit point. 

Lorsque celui-là (l'assiégeant) lui avait causé une double douleur en lui disant : 
« Parle! que choisis-tu? je t'écoute attentivement. » 

Et quand il ajouta : « Choisis entre deux choses, la mort de ton fils ou la trahison ! » 
Ah! quel triste partage pour l'infortuné qui devait choisir! 

Son hésitation ne fût pas longue. « Fais mourir ton prisonnier; moi je défends mon 
protégé. 

Il y a un successeur pour mon fils quand tu l'auras tué; quoique, en le faisant 
périr, tu tues un jeune homme généreux sans tache. » 

Mais l'autre fit avancer le fils et s'apprêta à l'assassiner : » Sois magnanime, ô 
Samuel, en voyant couler le sang. Veux-tu que je le garrotte pour le livrer au 
trépas, ou veux-tu avec lui venir à moi et faire ta soumission?» 

» Non ! répondit-il » ; ah! de quelle façon prononça-t-il ce non! 

Sur cette réponse, il trancha les jugulaires du fils, pendant que le cœur du père 
plongé dans l'affliction se consumait dans une douleur cuisante. 

Il veilla sur les cuirasses pour écarter de lui tout reproche et pour ne pas trahir son 
alliance en cette occurrence. Et il dit : Je n'échangerai pas la honte pour une action 
noble. 

Il préféra l'action noble à la honte; la constance est une vieille qualité de son carac- 
tère, et sa fidélité ardente brûle sans jamais s'éteindre. 

Schoreih avait écouté avec attention cet éloge de son père et reconnut le poète. Il 
alla trouver le Kelbite : « Donne-moi ce prisonnier », lui dit-il. Il y consentit. « Reste 
avec moi, dit Schoreih à l'affranchi, je te comblerai d'honneurs. » — « Donne-moi un 
chameau et laisse-moi partir », dit de son côté le poète. Il obtint le chameau et 
s'éloigna. — Voy. Aghani, VI. p. 58 ; VIII, p. 82; XIX, p. 99; Yàcout, I, p. 95; Ibn- 
al-Athîr, I, p. 381 ; de Sacy. Ckrestomathie, II, p. 474 ; Freytag, Prov., II, p. 829: 
Caussin de Perceval, II, 396 a les vers 4, 7, 8. Sur le nom et la famille de As- 
Samaoual, voy. Ibn Doreid, Kitâb al-Ischtikûk, p. 259 ; Aboulféda, Hist. anteisl., 
p. 135 ; lbn Khallikân, trad-. Slane, III, p. 343, IV, p. 360. 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

celui-ci exigea pour son client soit une rançon, soit la personne du 
meurtrier. La famille de ce dernier refusa l'un et l'autre. « Si vous 
ne donnez pas satisfaction à notre demande, riposta-t-il, nous 
mettrons à mort Amr b. Al-Itnâba. » Lorsque ce dernier, qui 
était un des chefs des Kliazradj, eut connaissance de cette menace, 
il répondit par une longue poésie en protestant contre la demande 
de rançon. Mais le Juif Ar-Râbî b. Abi-1-Houkeik * , de la tribu des 
An-Nadhîr, lui reprocha son refus, qu'il taxa d'avarice, dans les 
termes suivants : 

Qui parlera de moi aux amis? Loin de moi toute injustice et tout 
mensonge. 

Jamais ma colère ne frappe à tort mes compagnons, mais quand 
on me blâme, je me donne satisfaction. 

Jamais je ne tîs quelqu'un couvert de honte pouvoir paraître de- 
vant le monde et mériter son estime. 

Déjà le plus court séjour dans un lieu qui a été le théâtre d'une 
humiliation lui cause de l'affliction. 

Mainte parole ne peut plus se réparer, et ressemble à une étendue 
d'eau privée de récipient. 

Chez bien des gens le naturel constitue une maladie, telle la ma- 
ladie de l'avarice 2 , qui n'a pas de guérison. 

A toute maladie on trouve un remède; mais la folie est incurable. 

L'homme recherche les faveurs de la fortune ; mais Dieu rejette ce 
qui est contre sa volonté. 

Qui est assez prévoyant pour qu'aucun malheur ne le frappe et ne 
lui arrache jamais des gémissements dans sa demeure? 

Les filles du temps (les années) l'anéantissent, le brisent, comme 
on brise un vase. 

Mais, certes, après chaque malheur qui vient fondre sur une 
tribu, luira bientôt le soleil du bonheur. 

1 La présence du poète dans ce récit sert à fixer, en même temps que la date de 
cet événement, son époque propre. Car, comme nous le verrons plus loin, son frère 
Sallâm et ses trois fils appartenaient aux adversaires déclarés de Mahomet après 
sa fuite. Sallâm fut même mis à mort sur l'instigation de Mahomet. Nous sa- 
vons, en outre, que, vers 585, Amr b. Al-ltnâba a été fait prince de Médine par le 
roi Al-Moundzir. Dans la Hamâsa, p. 528, la moitié des vers, 4, 6. 8, 13, 15, 14, 17 
sont donnés sous le nom du poète Keis b. Al-Hatîm ; mais les gloses les attribuent à 
Ar-Rabî, et cette assertion est confirmée par Ibn al-Athîr dont nous avons reproduit 
le texte lequel offre quelques variantes avec la Hamâsa. Yâcout, II, p. 384 rapporte 
les trois vers suivants du même poëte, qu'il prend à tort pour un des Banou Koreiza 
(Cf. à ce sujet Noeldeke, l, c, p. 72) : 

Dans les villages de Khâbour, les habitations sont détruites, tombées en ruine sous 
les rafales et la pluie, après le départ des amis. 

Si ta demeure est dépeuplée de ses habitants, ce n'est là que l'effet de la révolution 
des temps. 

Là se repose chaque chamelle aux clavicules blanches, comme la vache entre les 
tas de sables. 

* Hamâsa : du ventre. 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MÉDINE 183 

Dis à celui qui craint l'approche de la mort : Prends garde, mais 
tes précautions ne serviront à rien. 

L'avare ne touche pas à son trésor par avarice 1 , mais la générosité 
répand la richesse à pleines mains. 

La fortune ne profite pas à l'avare; mais la munificence fait hon- 
neur à celui qui l'exerce. 

Elle est riche, l'âme qui sait s'imposer des privations, mais l'âme 
découragée restera misérable à jamais 2 . 

L'homme aime ce que les nuits lui apportent, quoique leur dispa- 
rition amène aussi sa disparition. 

Les autres épisodes de cette guerre n'ont pas d'importance ; aussi 
bien leur récit n'entre pas dans le cadre de notre étude ; mais le 
poète appelle notre attention par quelques belles productions qui 
assurent à son nom une place honorable dans les rangs des anciens 
poètes arabes 3 . Les poètes de cette époque se plaisaient à certain 
exercice poétique qui rappelle les tournois : un poète composait 
un premier hémistiche, pendant qu'un autre devait s'occuper de la 
confection d'un second ayant la même mesure et la même rime et 
s'adaptantau premier. Un pareil jeu eut lieu entre Ar-Rabî et le 
célèbre An-Nâbigha : 

An-NâUgha : Au seul bruit des voix, ma chamelle s'effarouche, 
Ar-Rabî : Et, au moindre éveil 4 , elle gagne le large par instinct. 
An-Nâbigha : Si je ne la retenais pas avec mon fouet, la bride 
Ar-Rabî : M'échapperait, quoique je sois un habile cavalier. 
An-Nâbigha : Elle supporte avec peine la prison des châteaux et 

désirerait ardemment 
Ar-Rabî : Se porter vers les lieux où elle se désaltère, si elle était 

libre. 

A la suite de cette épreuve An-Nâbigha a sans doute déclaré son 
collègue le plus grand des poètes. 
On attribue de même à notre poète les beaux vers suivants : 

Retenu captif au lit, les fautes et les égarements de mon peuple 
me rebutent. 

Malgré son intelligence et toutes les exhortations, il persiste dans 
sa folie et s'écarte du bon chemin. 

1 Hamâsa emploie le passif « n'obtient pas » (la jouissance de sa richesse). 

2 Voy. Prov., xi, 24, 25. 

3 Je rapporte les autres productions d'A.r-Rabî, d'après les citations de Noel- 
deke, l. c, p. 73. Voyez Ahlwardt, The Divans of the six ancient Arabie poets, 
p. 173. 

4 J'ai suivi la conjecture de M. Noeldeke, l. c, note 7; le texte a aouhaschat, 
« quand elle se trouve dans la solitude (du désert] » . 



184 REVUE DES ÉTUDES-JUIVES 

Si mon peuple avait écouté les avis des sages, la mesure n'eût pas 
été dépassée et aucune injustice n'aurait été commise. 

Mais l'insensé dédaigna le conseil de l'homme intelligent, et les 
hommes avides de sang eurent à décider l . 

Ensuite : 

A la mort d'un de nos princes, aussitôt un successeur éminent se 
lève qui est à la hauteur de cette dignité 2 . 

C'est un de nos fils ; la racine pousse sa sève vers la branche, la 
racine tend à atteindre la cime. 

En outre : 

Il m'accable des dards de son mépris ; tandis que ma monture de- 
vient impatiente, dès qu'il l'enfourche 3 . 

Je suis ton parent quand le malheur te courbe; mais ma parenté 
cesse dès que ta cheville a repris ses forces. 

Enfin : 

Tu mets ton espoir dans le fils, et son père déjà a trompé tes espé- 
rances; l'arbre pousse cependant dans ses racines 4 . 

Peu de temps après ces derniers troubles, une nouvelle guerre 
éclata à Médine, provoquée en partie par un Juif. Un hôte Thala- 
bite arriva à l'Aousite Hâtib b. Al-Hârith. Ils se rendirent ensemble, 
un matin, au marché des Banou Keinokâ, où ils firent la rencontre 
du Khazradjite Yazîd b. Al-Hârith, nommé Ibn Foushoum, d'après 
sa mère. Celui-ci haïssait le Thalabite; il dit à un Juif qui se trouvait 
près de lui : « Mon manteau est à toi, si tu frappes le Thalabite 
par derrière. » Le Juif frappa. « Homme de Hâtib, s'écria le Tha- 
labite, on vient d'outrager votre hôte en le frappant par derrière. » 

J J'avoue que j'éprouve quelque hésitation à attribuer ces vers à Ar-Rabî ; car 
d'après leur nature, ils semblent exprimer des regrets sur un malheur que l'on s'est 
attiré soi-même. On les comprendrait bien mieux en les rapportant aux expulsions et 
massacres des Juifs par Mahomet. Dans ce cas, l'expression les hommes de sang trou- 
verait une application convenable, car, après la soumission de Koreiza, Mahomet fit 
juge de leur sort Sad b. Moàdz, lequel demanda leur mort. Au surplus, Ar-Rabî avait 
aussi un fils du même nom qui fut atteint par cette catastrophe avec eux. Lui-même 
n'étant pas nommé, il est à présumer qu'il n'était plus en vie alors. 

1 Comparez à ce vers, v. 11 dans le long poëme de As-Samaoual. Cette poésie, ainsi 
que les deux suivantes, sont d'après la Hamâsa de Al-Bouhtouri, p. 317, 119 et 318; 
cf. Noeldeke, L c, p. 75. 

3 C'est-à-dire : tandis que je n'ai pas à lui obéir et que lui ne peut disposer de mon 
bien. 

* Le Kitâb-Al-Arjhâni de Gotha a encore trois strophes dont le texte n'est pas en- 
tièrement sûr et dont, pour ce motif, la traduction n'est pas possible. Voy. Noeldeke. 
/. b, p. 76. 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MEDINE 185 

A ce cri, Hâtib furieux arriva en hâte et de son épée fendit la 
tête au Juif. Pour venger cette mort, Ibn Foushoum pénétra dans 
le quartier des Aousites et tua Hâtib. Ce fut le signal d'une nou- 
velle guerre. Les Al-Aous succombèrent plusieurs fois et s'adres- 
sèrent aux An-Nadhîr et aux Koreiza, pour s'allier avec eux contre 
les Khazradj. Ceux-ci, ayant eu vent de cette demande, mena- 
cèrent les Juifs de la guerre, s'ils contractaient cette alliance; 
comme garantie ils exigèrent en otages quarante jeunes gens juifs. 
Les Juifs consentirent, et les otages furent répartis parmi les fa- 
milles Khazradjites. Un jour le Kliazradjite pris de vin chanta 
dans son ivresse : 



Si quelque compatriote recherche ta protection, accorde-la lui; 
mais aux Juifs nous enlevons les chameaux. 

Nous avons ravi aux principaux des Juifs un grand nombre (de 
jeunes gens), parce qu'ils étaient perfides-: ils sont devenus nos 
otages. 

Ils sont humiliés jusqu'à se livrer à nous enchaînés comme otages ; 
(à cause de leur hypocrisie) ils craignent notre inimitié. 

Ainsi, quand nous attaquons notre ennemi, nous nous préci- 
pitons furieux sur lui, et d'un choc nous le subjugons en l'hu- 
miliant. 

L'attitude hostile des Al-Khazradj envers les Juifs se fit encore 
jour dans un discours de Amr b. Al-Nomân à ses hommes, lors- 
qu'il dit : 

« Vos pères ne vous ont laissé que de méchantes masures, mais, 
» par Dieu, aucune eau ne touchera ma tête, que je ne vous aie 
» procuré les maisons des Koreiza et An-Nadhir et massacré leurs 
» otages. » 

Là-dessus il envoya un message à ces deux tribus juives et leur 
enjoignit d'abandonner leurs demeures, sous peine du massacre 
de leurs fils. Saisis de frayeur par cette sommation, les Juifs se 
consultèrent avec Cab b. Asad, le chef des Koreiza. Informés 
des propos d'Amr, les Al-Aous vinrent trouver Cab et lui renouve- 
lèrent leur proposition d'alliance contre les Al-Khazradj. Cab 
comprit très bien que ceux-ci n'épiaient qu'une occasion de rup- 
ture qui éclaterait inévitablement tôt ou tard, et il s'adressa à ses 
frères en leur disant : 

« Mon peuple, défendez vos maisons au prix de la mort des otages, 
» une nuit près de vos femmes vous donnera des fils pareils à 
» ceux-là. » 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

On répondit aussitôt aux Al-Khazradj : « Nous n'abandonnerons 
pas nos maisons; agissez à votre guise. » Amr commença, en effet, 
par mettre à mort les jeunes gens qui se trouvaient entre ses 
mains. Les Juifs, à cette vue, firent dire aux Al-Aous : « Venez en 
hâte, que nous les attaquions de concert. » Amr se rendit auprès 
de Abcl-Allâh b. Obey, chef très considéré des Al-Khazradj et 
l'invita à massacrer aussi ses otages. « Par Dieu, répartit Abd- 
Allâh, ils ne mourront pas sans amener la destruction de nous 
tous ! — Par Dieu, s'écria Amr, tu fais un très grand effort de 
poumons! —Je ne veux rien avoir de commun avec toi, inter- 
rompit Abd-Allâh, mais il me semble te voir mort et quatre 
hommes porter ton cadavre sur un drap. » Lorsqu'Amr l'eut 
quitté, le magnanime Abd-Allâh renvoya ses otages dans leurs 
familles, et cet exemple fut suivi par plusieurs autres chefs Khaz- 
radjites. Puis les Koreizaetles An-Nadhîr firent cause commune 
avec les Al-Aous, ils appelèrent à eux les Banou Nabît qui s'étaient 
retirés à Kheibar, en leur offrant une résidence au milieu d'eux 1 . 
Les Al-Khazradj proposèrent le commandement à Abd-Allâh ; 
mais celui-ci déclina cet honneur et blâma ses frères de leurs 
injustices. Ils avaient déclaré que, s'ils avaient été victorieux, ils 
auraient massacré tous les vaincus, y compris ceux qui étaient 
réfugiés dans des habitations. « C'est une odieuse bassesse, dit-il, 
de vouloir préparer ainsi la trahison de vos frères, le ciel vous pu- 
nira et protégera les Juifs contre vous. Si vous voulez persister avec 
opiniâtreté dans cette fatale guerre civile, respectez au moins la 
loi que vous avez juré d'observer. » Les Al-Khazradj répondirent à 
ces paroles par des railleries, et Amr dit : « Aboul-Hârith, il paraît 
que l'alliance des Juifs avec les Al-Aous a abattu ton courage ! » 

Amr prit ensuite lui-même le commandement et Hodheir b. Si- 
mâk Al-Aschhali, surnommé Al-Catâib (l'homme des armées), 
commanda en chef les alliés. Les deux armées en vinrent aux 
mains près du bourg de Boâth, sur le territoire des Koreiza, à 
deux milles de Médine à l'est. Longtemps la bataille resta indécise, 
et les Al-Aous commençaient à faiblir, lorsque Hodheir, pris de 
désespoir, saisit sa lance et en cloua son pied au sol en s'écriant : 
« Je meurs ici, enfants de Aous, voulez-vous m'abandonner?» Ceux 
qui étaient déjà prêts à prendre la fuite se retournèrent subi- 
tement à ces paroles ; ils recommencèrent la lutte avec une nou - 
velle ardeur et remportèrent la victoire. Les Al-Khazradj furent 
taillés en pièces; Amr lui-même tomba sous les coups de ses en- 

1 Les Banou Keinokâ ne sont mentionnés nulle part ici, mais il paraît qu'ils étaient 
avec les Al-Khazradj. Voy. Hischâm, p. 372. 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MEDINE 187 

nemis, et les relations arabes n'omettent pas d'ajouter que son 
cadavre, couché sur un drap, fut porté à Médine par quatre 
hommes. Cette bataille, la plus grande de toutes celles qui furent 
livrées entre les deux tribus médinoises, eut lieu cinq années 
avant l'hégire, et est le dernier fait important de cette pé- 
riode *. 

Pendant que ces événements se passaient à Médine, de grandes 
choses se préparaient à la Mecque, d'une telle portée que les carac- 
tères ainsi que les vieilles habitudes, jusque là si pieusement conser- 
vées, en subirent une transformation complète. C'est la révolution 
dont le prophète Mouhammed, rejeton de la famille desKoreisch 2 , 

iSamhoudi, p. 50; Ibn al-Athîr, I, p. 509 et suiv. ; Yâc, I, p. 670. Cf. Caus- 
sin de Perceval, II, p. 678, et d'après lui, Graetz, Gesch., V, p. 93. 

2 On devrait croire que rien n'est plus clair et plus sûr que le nom de cet homme 
que des millions de bouches prononcent journellement. Mais on n'a qu'à jeter un 
regard sur le Koran et les traditions pour voir que le nom du prophète est en- 
touré d'obscurité et que son nom de jeunesse est entièrement inconnu. On lit bien 
dans une tradition, chez Beidhâwi : « A l'occasion delà cérémonie de la coupe des 
cheveux, son grand-père (son père était déjà mort) l'appela Kotham (Ibn al-Ath., II, 
p. 2], mais sa mère le nomma Mouhammad ». Toutefois, à première vue, on voit avec 
évidence que cette tradition n'est pas authentique. La tradition l'appelle généralement, 
et aussi lorsqu'elle parle de ses années de jeunesse, » l'envoyé de Dieu ». Dans une 
poésie — d'authenticité fort douteuse — attribuée à Abou Tâlib, l'oncle et précepteur 
du prophète, on trouve les mots : « Ahmad est pour nous un monument brillant, 
contre lequel la puissance des arrogants ne peut rien. » (Hisch., p. 176; cf. p. 520.) 
Quelques-uns, eu effet, prennent Ahmad pour le nom de jeunesse du prophète ; 
cependant rien ne justifie cette opinion. 11 faut considérer, en outre, que ce nom 
se présente une fois dans la partie médinoise du Koran (sour. 61, 6) : « Et Jésus, 
fils de Mariam, dit : enfants d'Israël, je suis l'envoyé de Dieu pour vous confirmer 
ce que vous possédez déjà de la Tora et pour annoncer un messager qui viendra 
après moi ; son nom est Ahmad. » Si Ahmad eût été effectivement le nom de jeunesse 
du prophète, on l'aurait certainement déjà mentionné auparavant. D'autres traditions 
— qui sont loin de présenter toutes les garanties d'authenticité — racontent que 
Mahomet, dans, sa jeunesse, portait le nom de Al-Amîn (Hisch., p, 125) à cause de 
sa sincérité. Ce n'est naturellement qu'un surnom. Ce qui seul peut être avancé avec 
certitude, c'est qu'après que Khadidja lui eut donné un fils, il porta le nom de Abou- 
l-Kâsim, conforme à la coutume arabe; et ce nom, on le lui donna encore plus tard à 
Médine. (Hisch., p. 410.) Une tradition rapportée dans Bokhâri (éd. Krehl, II, p. 278) 
raconte : « Un homme voulait donner à son fils le nom de Al-Kâsim et les Ansâr ( « as- 
sistants », nom des musulmans médinois) lui dirent : Nous ne te nommerons pas 
Abou-1-Kâsirn (parce que c'est le nom du prophète). Mahomet, en apprenant cette dis- 
cussion, approuva les Ansâr en disant : « Nommez- vous de mon nom, mais non de ma 
Kounya (Abou, du nom du fils). » — Bokhâri, III, p. 352, rapporte qu'Abou-1-Yaman 
disait : « Un jour j'entendis dire à l'envoyé ce qui suit : Je suis Mahomet, je suis 
Ahmad, je suis le Mâhi (purificateur) par qui Dieu effacera l'incrédulité, je suis le 
Hâschir (conciliateur), parce que tous les hommes se réuniront en suivant mes traces, 
je suis le Akib (dernier prophète, cf. Koran, sour. 33, 40, Sceau des prophètes). » Voyez 
dans Maçoudi, l. c, IV, p. 119, la même tradition, avec ces vers : 

« Gloire à Allah qui a créé des êtres purs, la génération la plus pure est celle des 
Hâschim (ancêtres de Mahomet). Et le rejeton sans tache de cette famille pure est 
Mahomet, Aboul-Kâsim, la lumière. » 

Sans aucun doute le nom de jeunesse du prophète est tombé dans l'oubli, ce qui 
pouvait arriver d'autant plus facilement que le nom d'enfance de tout Arabe en général 



188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fut l'auteur. Depuis plusieurs années il prêchait la croyance à un 
Dieu Un. Nous n'ignorons plus aujourd'hui ni les sources où 
Mouhammed a puisé les principes de sa nouvelle religion, ni la 
manière dont il apprit à les connaître ; car ils ne sont autres 
que ceux du judaïsme adaptés aux mœurs arabes 1 . Son plus 

est relégué à l'arrière-plan aussitôt qu'un fils lui est né ; d'autant plus encore que, 
pour Mahomet, de bonne heure déjà la tradition lui donna ce dernier nom ou celui de 
« Messager de Dieu » . Le nom de Mouhammad ne se trouve que quatre fois dans le Ko- 
ran et seulement dans les sourates révélées de Médine : (3, 138 ; 33, 40 ; 47,2; 48, 29) 
et il est probable qu'auparavant il était tout à fait inconnu ou très rare à la Mecque. 
Il est toutefois remarquable que Mouhammad et Ahmad dérivent d'une même racine 
( h 773n en hébreu) et signifient tous les deux glorifié. Il y a, en outre, une troisième 
forme de ce nom de la même racine, c'est Mahmoud « loué » ; ce qualificatif provient, 
sans doute, de la transformation de l'un des deux autres noms pour la facilité du rhy- 
thme (Hisch., p. 659, deux fois). Cette manière de jouer avec la racine hamada dé- 
montre clairement que le nom de Mouhammad était moins un nom propre qu'une dési- 
gnation épithétique, et nous rappelle ce passage du livre de Daniel, où ce prophète porte 
le surnom de mil» H WN, x.11, 19 et 23, nYTlftn tout court (cf. Gen., xxxvi,26, 
'pfàn n. pr). On est fortement tenté d'établir un rapprochement entre la connaissance de 
ce nom chez les Juifs et l'origine des dénominations Mouhammad, Ahmad et Mahmoud. 
Au demeurant, les Juifs de Médine connaissaient déjà le nom de Mahmoud avant 
l'arrivée du prophète dans cette viLle. Par exemple, Mahmoud b. Seihân et Mah- 
moud b. Dahjâ, l'un et l'autre de la tribu des Keinokâ (Hisch., p. 351). En considé- 
rant un peu attentivement le passage où le nom de Mouhammad se trouve pour la 
première fois dans le Koran, on découvrira une espèce de généralisation dans l'idée 
qui y est exprimée. Voici ce passage (47, 2) : « Ceux qui croient accomplissent de 
bonnes œuvres ; et ceux qui ajoutent foi à tout ce qui a été révélé à un Mouhammad, 
possèdent la vérité de leur maître (cf. Hisch., p. 379). » On ne peut se défendre de 
penser que le prophète fait ici allusion aux Juifs, en parlant en des termes généraux de 
personnes distinguées qui ont été jugées dignes d'une révélation céleste. SM1 n'avait 
voulu parler que de sa propre personne, il aurait bien pu dire : Al- Mouhammad 
• le très exalté ». On voit dans les vers ci-après de son poète favori Hassan b. Thâbit 
combien peu ce nom avait pris l'acception étroite du nom propre : 

t N'as-tu pas vu qu'il a envoyé son serviteur avec ce témoignage? Dieu est le Très- 
Grand et le Très-Haut. Il lui a imposé son nom pour l'honorer; le possesseur du trône 
est glorifié (Mahmoud), mais lui est exalté (Mouhammad). » (Suivant Al-Baghâwi 
sur Kor., 3, 138 ; la seconde strophe se trouve aussi dans le Divan, p. 23.) 

Voy. encore, sur le nom de Mouhammad, Sprenger: Das Leben die Lehre des Moham- 
meds, I, p. 155 et III, 31 note où toutes les traditions y relatives se trouvent réunies; 
ainsi que les commentaires sur les passages cités du Koran. Il porte enfin le nom de 
Al-Moustafâ^Vte/ mais cette épithète ne daie que de plus tard. 

1 II paraît certain que les premières paroles que le prophète a proclamées comme 
ayant été révélées par Dieu sont celles de la soura 96 : Ikrâ bismi rabbika. Ces mots 
sont habituellement traduits ainsi : « Lis au nom de ton maître ». Les commentaires 
et les traditions se sont fondés là-dessus pour raconter que l'ange Gabriel — dont, 
soit dit en passant, le prophète ignorait alors totalement l'existence — l'a forcé à lire 
cette soura. Mais il faut remarquer ici que Mahomet, au commencement de son 
entreprise, s'est attaché à imiter servilement les patriarches et Moïse. Les mots que 
nous avons cités plus haut ne sont donc qu'une fidèle copie des expressions bi- 
bliques que, dans les temps les plus reculés, les hommes isolés au milieu d'une popu- 
lation païenne employaient pour proclamer l'unité de Dieu [Q-enèse, xn, 8, Nlp^l 
'H ÛUJ3, ibid., xxi, 33 et iv, 26 ; II, Rois, v, 11 ; haie, lxiv, 6. Cf. Soc., xxxi, 2). 
Nous ne croyons pas trop nous avancer en admettant que Mahomet a voulu ressem- 
bler complètement aux patriarches et que les mots qui indiquent sa mission prophé- 
tique doivent être traduits : « Annonce au nom de ton maître ». Cette expression 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MÉDINE 189 

grand mérite consiste à avoir eu le courage de proclamer haute- 
ment l'idée monothéiste au milieu d'une population foncièrement 
hostile à cette idée, malgré le peu de consistance de son paganisme. 
Les Arabes n'ont jamais été un peuple religieux et leur amour 
profond de la liberté absolue ne leur rendait supportable que 
jusqu'à un certain point la domination d'un ou de plusieurs dieux. 
Il y en avait bien quelques-uns qui, doués d'un sentiment religieux 
plus profond, avaient adopté une espèce de christianisme; mais, 
comme nous l'avons vu, le plus grand nombre s'était tourné 
vers le judaïsme. C'était surtout le cas à Médine, où leur contact 
incessant avec les Juifs exerça une grande influence sur leur 
sentiment religieux. A la Mecque, où le judaïsme était peu connu, 
la doctrine de l'unité de Dieu que le Koreischite voulait imposer à 
ses frères rencontra une vive résistance; mais cependant la puis- 
sante idée du monothéisme se fraya un chemin étroit et trouva 
accès dans le cœur de quelques hommes d'élite. Les réfractaires 
s'aperçurent bientôt qu'une plus grande extension de l'influence 
du prophète pourrait mettre leur liberté en danger, et dans leur 
détresse leurs regards se portèrent vers les Juifs de Médine. 

A la Mecque vivait un homme, nommé An-Nadhr b. Al-Hârith. 
Il avait fait de grands voyages et appris à connaître l'histoire des 
rois de Perse. Or, chaque fois qu'il voyait Mahomet prêchant au 
milieu de nombreux auditeurs, il s'approchait et, le discours fini, 
s'écriait : « Je sais des histoires bien plus belles que celles 
qu'Abou-1-Kâsim vient de vous raconter. » Les Arabes aimaient 
de tout temps à entendre raconter des histoires, et les habitants 
de la Mecque prirent beaucoup de plaisir aux récits de An-Nadhr, 
quand il leur parla des rois de Perse et des aventures de 
Roustam et Isfendijâr. En terminant, il demandait malicieuse- 
ment : « En quoi ses récits diffèrent-ils des miens? Il vous régale 
de vieilles histoires qu'il a entendues de la bouche de gens bien 
plus savants que lui l . » Le prophète furieux prononça contre son 
ennemi dangereux les discours les plus violents et s'écria dans son 
indignation : « Quand on leur parle de nos miracles, ils disent : ce 
sont là de vieilles histoires 2 . » Pour se convaincre de la vérité des 
proclamations du prophète, les habitants de la Mecque décidèrent 
d'envoyer une députation aux rabbins juifs de Médine, qui pas- 
saient pour la plus haute autorité en matière religieuse. Gomme 

et d'autres expressions analogues ont donné naissance plus tard à la formule lisrni- 
llâhn arrahmâ arrahîm qu'il a placée au commencement de ses documents et des 
sourates du Koran. 

1 Hischâm, p. 192; cf. Caussin de Perceval, I, p. 380, sqq. 

2 Koran, 68, 15. 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

délégués furent désignés An-Nadhr lui-même et Okba b. Abi-Moeit, 
avec la mission d'informer les rabbins des discours et des qualités 
de Mouliammed et de prendre leur avis, en tant qu'ils possédaient 
mieux la connaissance des livres saints et étaient plus instruits 
qu'eux sur les prophètes. Les deux députés se mirent en route 
pour Médine afin de se rendre auprès des rabbins. Ceux-ci leur 
répondirent : « Posez à Mouliammed trois questions ; s'il sait y ré- 
» pondre, il est un vrai prophète ; sinon, il n'est qu'un imposteur. 
» Questionnez-le d'abord sur les gens qui s'en sont allés dans les 
» temps passés, car on en raconte des choses merveilleuses. Inter- 
» rogez-le ensuite sur ce voyageur, qui est arrivé jusqu'auxextré- 
» mités de l'Orient et de l'Occident; et, enfin, sur l'esprit et sur son 
» essence. » 

Munis de cette réponse, An-Nadhr et Okba retournèrent à la 
Mecque et rapportèrent leur entretien avec les rabbins aux gens 
de Koreisch. On alla trouver le prophète et les trois questions lui 
furent soumises. Il promit d'y répondre le lendemain ; mais ce ne fut 
que quinze jours plus tard qu'il le fît, en débitant la dix-huitième 
Soura du Koran 1 . A en croire les récits musulmans, ce ne seraient 



1 Le prophète fut très aftligé de ne pas pouvoir trouver de réponse; aussi, pour le 
disculper, les traditions racontent très naïvement que Mahomet fit des reproches à 
Tange Gabriel sur son absence et que ce dernier s'excusa par un ordre de Dieu. 
Les questions, de même que les réponses faites par le prophète, sont obscures et in- 
complètes. Il est même douteux que ces questions soient bien celles que les Juifs trans- 
mirent aux messagers, car la réponse des sept dormeurs et du Saint-Esprit trahit 
plutôt une origine chrétienne. Il paraît certain, dans tous les cas, qu'on se servit de 
questions diverses comme d'un moyen très efficace pour mettre à l'épreuve la puis- 
sance prophétique de Mahomet ; et Fembarras comme l'ajournement des réponses, 
constaté même par les traditions, est trop significatif pour ne pas être accepté comme 
historique. Des questions de ce genre se répétèrent plus tard très souvent, et ce sont 
justement ces questions qui firent de Mahomet l'ennemi irréconciliable des Juifs. 
Bokhâri, III. p. 196, raconte : « Le Juif Abd-Allâh b. Salâm avait appris que le pro- 
phète était arrivé à Médine. Il alla le trouver et lui demanda : « Quels sont les 
premiers signes de l'heure du Fatum? Quelle est la première nourriture dans le para- 
dis? Qu'est-ce qui fait ressembler l'enfant au père ou à la mère? » — « Le premier 
signe de l'heure est un feu qui dévorera les hommes de l'Orient à l'Occident; la pre- 
mière nourriture dans le paradis est le foie d'un poisson », répondit Mahomet. » Il est 
évident que Mahomet avait une connaissance vague de la légende juive du Léviathan 
réservé à la nourriture des justes dans le paradis (Cf. Weil, Muhammed, p. 93). — 
Hischâm, p. 375, parle encore de quatre autres questions, dont une relative au sommeil 
du prophète, à laquelle il fit la réponse suivante : « Mes yeux sont assoupis, mais 
mon cœur est réveillé. » (Cf. Cant. des Cant., V, 2. -|3> "obi initia n 3N- « Je som- 
meille, mais mon cœur veille. ») — Quelle est la défense qu'Israël s'est imposée lui- 
même? — Réponse : la jouissance du lait et de la chair du chameau (cf. Lév., ix, 4 ; 
Douter, xiv, 6). Mahomet avait sans doute constaté ou appris que les Juifs s'abste- 
naient de la viande de chameau qui constitue un des principaux aliments des Arabes, 
et avait bien certainement aussi entendu parler de la défense biblique. On peut consi- 
dérer ces questions et d'autres semblables comme authentiques ; car elles étaient pour 
les Juifs le meilleur moyen de mettre le prophète à l'épreuve et de surprendre son 
ignorance. Elles leur furent funestes, car étant pour la plupart des railleries mordantes» 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MÉDINE 191 

pas seulement les adversaires du prophète qui auraient consulté 
les Juifs de Médine sur la véracité de sa mission, mais aussi ses 
plus fervents adhérents de la Mecque. Peut-être y a-t-il une allu- 
sion dans ces paroles : « N'est-ce pas une preuve pour eux (les 
habitants de la Mecque) que les savants des enfants d'Israël le 
connaissent 1 ? » La Soura à laquelle appartiennent ces paroles est 
une des plus anciennes; peut-être sont-elles une sorte de com- 
plément affirmatif de la mission d'An-Nadhr qui n'avait pas suffi- 
samment élucidé cette question. Il est encore possible que des 
Juifs qui connaissaient au juste le caractère des Médinois, pré- 
voyant qu'une religion dérivée du judaïsme et s'adaptant aux 
mœurs arabes, triompherait à la fin à Médine, et qu'alors aussi la 
puissance politique serait au vainqueur religieux, auront voulu 
gagner d'avance ses sympathies. Car une tradition relate : « Les 
habitants de la Mecque envoyèrent chez les Juifs pour les con- 
sulter au sujet de Mahomet ; ils reçurent la réponse que son temps 
était arrivé et que sa description et ses qualités se trouvent dans 
la Tora. Ce témoignage était pour eux un signe de sa vérité 2 ». Il 
se peut aussi que cette tradition soit entièrement controuvée ; car 
ceux qui la rapportent ne méritent pas grande confiance ; cepen- 
dant, le fait que plusieurs Juifs adoptèrent plus tard l'islamisme, 
fait supposer qu'ils abjurèrent leur foi, contraints par des motifs 
extérieurs, ou bien induits en erreur par de fausses espérances : 
ils croyaient, en effet, voir en Mahomet le véritable Messie. Dans 
leurs différends avec les Arabes, les Juifs déclarèrent fréquem- 
ment : « Le temps est proche où un prophète surgira, nous le sui- 
vrons et avec son secours nous vous vaincrons 3 ». Sans aucun 
doute, c'est leur croyance messianique qui les fit parler de la 
sorte. Mais on s'occupa fort de la personne de Mahomet à Médine 
et les Juifs n'étaient pas de ceux qui s'en désintéressaient le plus. 
Pour satisfaire leur curiosité, ils envoyèrent de leur côté aussi 
des messagers à la Mecque pour examiner la situation 4 . Suivant 
la tradition, le rabbin Mâlik b. Al-Dheif se transporta à la Mecque, 



elles blessèrent et irritèrent le sensible prophète au dernier point. Voy. Hischâm, 
p. 351, 397-399. 

1 Koran, 26, 197. 

2 Al-Baghâwi, sur le passage du Koran cité. 

3 Hischâm, p. 286 et 374. 

* Hischâm, p. 178 : « Lorsque les nouvelles sur Mahomet commencèrent à se ré- 
pandre parmi les Arabes et pénétrèrent dans toutes les provinces, on parla aussi de lui 
à Médine. Aucune tribu arabe n'en savait autant sur son compte — avant même que 
sa renommée parvînt jusqu'à eux — que les Al-Aous et les Al-Khazradj qui habi- 
taient Médine, parce qu'ils en avaient déjà entendu parler aux rabbins juifs qui 
demeuraient avec eux comme alliés. » 



192 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pour controverser avec le prophète. Mâlik était très corpulent et 
Mahomet, en l'apercevant, l'apostropha : « Je te conjure par celui 
qui a donné la Tora à Moïse, ne trouves-tu pas écrit, que quelques 
rabbins sont très gras. » Mâlik, visiblement froissé, répondit : 
« Dieu n'a rien révélé à l'homme. » — A son retour à Médine, il fut 
critiqué avec violence par les Juifs à cause de sa réponse mala- 
droite, et ils lui dirent : « Eh quoi! Dieu n'a-t-il pas révélé la Tora à 
Moïse, et comment pouvais-tu donner une pareille réponse ? — Il 
m'a fâché, répartit Mâlik, et c'est dans mon indignation que j'ai 
parlé ainsi. — Si dans ta colère, tu profères de tels propos, tu n'es 
pas digne d'être notre rabbin. » — Mâlik fut révoqué et le poète 
Cab b. Al-Aschraf fut nommé à sa place l . 

Cependant, à l'occasion d'un pèlerinage à la Mecque, six Arabes 
médinois rencontrèrent le prophète 2 . Celui-ci leur demanda qui 
ils étaient : « Des Khazradjites. — Vous êtes les amis des Juifs? — 
Oui, nous le sommes. » — Le prophète les invita à prendre place à 
côté de lui et il leur récita quelques versets du Koran. Les Kha- 
zradjites— dont le nom s'étend aussi fréquemment aux Aousites — 
se souvinrent des espérances messianiques exprimées par les Juifs, 
et les déclarations qu'ils venaient d'entendre de la bouche du pro- 
phète leur parurent avoir une certaine connexion avec ce que, si 
souvent déjà, ils avaient entendu des Juifs. Ils eurent comme un 
pressentiment qu'ils pouvaient se trouver en présence du pro- 
phète attendu, et ils répondirent : « Nous appartenons à un peuple, 
au milieu duquel il existe beaucoup de méchanceté et de haine, 
peut-être Dieu nous enverra-t-il l'union par toi. Nous les enga- 
gerons à accepter la croyance que nous reconnaissons dès à pré- 
sent, et si Dieu veut les réunir à toi, personne ne sera plus fort 
que toi. » 

L'année suivante, douze autres pèlerins — parmi lesquels l'ar- 
rière-petit-fils de Mâlik b. àl-Adjlân — arrivèrent à la Mecque et 
rendirent hommage au prophète, à l'exemple de leurs frères. 

Il les conquit à l'islamisme en leur ordonnant « de n'associer 
aucun autre être à Dieu, de ne pas voler, de ne pas commettre 
d'adultère, de ne pas tuer leurs enfants et d'obéir au bien 3 ». On 
reconnaît facilement que, pour base de la conversion à l'isla- 
nisme, Mahomet avait fait un extrait du décalogue en tant qu'il 
convenait aux coutumes arabes. Une troisième entrevue eut lieu 
une année plus tard entre Mahomet et plusieurs Médinois, accou- 



1 Al-Baghûwi sur le Koran, 6, 31 ; Sprenger, Das Leben, II, p. 294. 
* Hischâm., p. 286-288, 293. 
3 Hischâm, p. 289. 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MÉDINE 193 

rus pour se convertir. Ils l'invitèrent à émigrer à Médine, et l'un 
d'eux ajouta : « Entre nous et eux — il désignait par là les Juifs 
— il y a des liens que nous désirons briser. Si Dieu t'accorde la 
victoire, retourneras-tu alors dans ta ville natale * ? » Mahomet 
promit de rester toute sa vie à Médine ; car il était très satisfait 
d'une offre qui donnait la sécurité à sa vie et un vaste champ à 
son œuvre. Vers le milieu du mois de juin de l'année 622, il partit 
de la Mecque, que ses adeptes avaient déjà quittée auparavant. 
Aussitôt qu'on apprit à Médine que Mahomet avait abandonné sa 
ville natale, les habitants sortirent tous les jours pour l'attendre. 
C'est un Juif qui, du haut de son château, s'aperçut un jour de son 
arrivée, et il s'écria : « fils de Keila, voici venir votre ancien 
que vous attendez 2 ! » Mahomet cependant descendit à Kobâ où il 
s'arrêta plusieurs jours. Il monta ensuite sa chamelle Al-Kaçwa 
et fit cette entrée mémorable qui a créé à un peuple inconnu 
jusqu'alors une grande histoire et une littérature inépuisable. Les 
Juifs n'eurent pas lieu de se réjouir de cette arrivée. 

HARTWIG HlRSCHFELD. 

(A suivre). 

» Hischâm, p. 296. 

2 En arabe : Djaddoukoum, ce qui signifie aussi bon heur, cependant dans la 
bouche du Juif cette acception est peu vraisemblable. Voy. Hischâm, p. 334; Sam- 
houdi, p, 56. 



T. VII, N° 14. 13 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 

A L'HISTOIRE DES JUIFS, DE GRjETZ 

(SUITE 1 ) 



P. 250. — Pour VArulih de R. Çémah gaon, voir encore Geiger 
(Zeitschr. D. M. G., 1858, p. 144, 145) et Kohut (préface à VAruhh 
completum, p. xvii-xxi). Dans un ms. de Saint-Pétersbourg de 
Réponses des gaonim (f° 82 a -84 b ) j'ai également trouvé des ex- 
plications données par R. Çémah de mots difficiles du Talmud. Il 
les avait peut-être insérées dans son AruUh. 

P. 251. — Si R. Simon Kayara, auteur des HalaUJiot Gedolot, 
a vécu vers l'an 900, comme le soutient M. Grsetz, il n'a pas été 
le premier à énumérer les 613 lois, car le gaon R. Natronaï ben 
Hilaï (d'après M. Grsetz, 859-869), dans une Réponse reproduite 
par les Halalihot Pesuqot s'exprime ainsi : )vd b&niûi in© bna 
iJnizw ils ùimasb nnirra ittib l^pn^ nmna pio^b "pb^n ■para 
ûtïi iio hv miita :mn {Meassef NiddaMm, p. 34j. Il est vrai que 
mon ami M. Halberstam, dans des lettres qu'il m'a adressées et 
dans la Monatsschrift, 1882, p. 472, a cherché à prouver que 
R. Simon Kayara a vécu longtemps auparavant. I] aurait encore 
pu trouver des preuves à l'appui de sa thèse dans Méiri et 
R. Isaac Lattes {Oçar Toi), de Berliner, I, p. 69), qui le font vivre 
avant R. Ahaï, auteur des Scheêltot. (La date de 4501 qu'ils don- 
nent concorde avec l'année 1052 de l'ère des Séleucides ; nous 
croyons cependant que Méiri a pris cette date dans le Se fer Haqàb- 
bala de Rabad.) Mais dans une Réponse de R. Haïa, ms. à Saint- 
Pétersbourg (f° 189), j'ai trouvé ce qui suit : « Ce que R. Simon 
Kayara dit de cette question a été dit également par R. Ahaï 

1 Voir, t. V, p. 199. 



ADDITIONS A L'HISTOIRE DES JUIFS, DE GRMTZ 193 

dans la Scheêlta de ^mbatfr» ... Ces paroles sont de R. Ahaï de 
Schabha et R. Schimon les a rapportées dans les Halahhot Gedo- 
lot. » Ce qui prouve clairement que, d'après R. Haïa, R. Simon 
Kayara s'est servi des Scheêltot et, par conséquent, a vécu après 
R. Ahaï ; or il est difficile d'admettre que R. Haïa se soit trompé. 
Je ferai encore remarquer que ce R. Simon n'est pas de l'Egypte, 
comme le pense M. Grsetz. Nulle part, en effet, nous ne trouvons 
écrit le nom de sa ville rniiNp ou ïTpiiNp, comme le nom de la 
capitale d'Egypte, mais tn^p ou urNPp* M. Neubauer (Letterbode, 
IV, p. 65) a déjà supposé que c'est la ville de Kayar, en Mésopo- 
tamie. M. Goldberg {Magid, 1871, p. 261) suppose que c'est la 
ville de Baçra ; cette hypothèse semble fausse. — M. Graetz croit 
que les Gaonim n'ont pas tenu en estime les HalaUhot Gedolot, 
cela n'est peut-être pas exact, quoique les Gaonim combattent 
quelquefois l'opinion de leur auteur. 

P. 253, note 1 et 254, note 3. — Au lieu de Sanach„ il faut lire 
Saïd\ voir Steinschneider, Gat. des mss. de Leyde, p. 38, 260, et 
Cat. BodL, col. 1114. 

Ibid., note 4. — Il faut lire Orient, 1850. 

P. 254, note 3. — Au lieu de Tarich ibn Hamdad, il faut lire 
Tarich ibn Hammad [Journ. Asiat., 1855, I, p. 529). Pour Isaac 
Israeli, voir Hebr. Bibl, VIII, p. 98, XII, p. 57 ; Carmei, I, p. 400. 
La traduction hébraïque (incomplète) de son Se fer Hayesodot se 
trouve en ms. à Saint-Pétersbourg. Nous y lisons, dans le deuxième 
chapitre : ïibînj^bN n^tt DNaaba ûwdn njasoîi p itt3 "-on (lire 
ûNtiïbtf ; c'est An-Natzam sur lequel on peut consulter Schahras- 
tani, traduction Haarbrùcker, I, p. 53). Ce passage prouve encore 
que les Rabbanites se sont servis de bonne heure des livres des 
Motazila. (Voir ma note sur la p. 202, t. V, p. 215.) 

P. 256. — Il faut effacer ce qui est dit au sujet des Garnîtes de 
Kertsch, Sulhhat et Caffa, ces assertions étant fondées sur de 
fausses inscriptions de Firkowitsch. 

P. 257-262 et 473-475. — Au sujet d'Eldad Hadani nous ferons 
remarquer que rien ne prouve qu'il ait été caraïte. Il est vrai que 
déjà les anciens ont douté de la véracité de ses récits. Ainsi, 
R. Çémah gaon, son contemporain, dit de lui: «Eldad a commis 
des erreurs à cause des nombreux maux qui l'ont frappé. » Et Ibn 
Ezra [Exode, II, 22) dit : « Je poserai comme règle générale que 
tout livre qui n'a pas été écrit par des prophètes. . . ne présente 
aucune autorité..., il en est de même du livre d'Eldad Hadani. » 
Mais les Rabbanites ne l'ont jamais considéré comme hérétique, 
et les Garnîtes ne l'ont pas compté comme un des leurs. Nous 
retrouvons plusieurs de ses opinions dans le Talmud, entre autres 



196 REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'obligation de couper les veines jugulaires [Hullin, 27-28), l'idée 
de faire remonter les anciennes Halakliot à Othoniel, fils de Kenaz 
(Yorna, 80; Temura, 15-16). Du reste, l'affirmation d'Eldad Ha- 
dani que la loi orale existe chez les Juifs de l'autre côté du Sam- 
bation est contraire aux principes du Garaïsme, qui nie l'existence 
de cette loi orale. Il faut cependant observer que : 1° dans le passé, 
les voyageurs même véridiques mêlaient à leurs récits des men- 
songes et des absurdités, parce qu'ils ajoutaient foi aux contes 
qu'ils entendaient des habitants des différents pays et qu'ils étaient 
dépourvus d'esprit critique ; 2° le livre d'Eldad n'a pas été écrit par 
lui-même, mais par différentes personnes qui avaient entendu ses 
récits, ce qui explique les nombreuses variantes de cet ouvrage. 
L'explication des mots dificiles qu'a employés Eldad se trouve dans 
un article de M. Frankl (Monatssch., 1873, p. 490). L'opinion de 
M. Reifmann, dans Carmel et Baboqer Or, que l'ouvrage d'Eldad 
est apocryphe, n'a aucune base, comme l'a déjà fait remarquer 
Frankl (l. a). 

P. 262, note 3. — Ce que Ibn Giat dit de R. Haïa se trouve 
dans ses Halakliot imprimées (Schaarê Simha, I, p. 63-4). 

P. 263, note 5. — La supposition que Jacob b. Natronaï est le 
même que Amram b. Schelomo n'est confirmée par aucun fait ana- 
logue de l'époque des Gaonim. En se fondant sur R. Natan Hababli, 
on pourrait peut-être établir ainsi la chronologie des Gaonim de 
Sora de son temps : Amram b. Schelomo jusqu'en 914 ; Jacob b. Na- 
tronaï (914-922), et après lui, pendant cinq ans, un gaon dont nous 
ne connaissons pas le nom (922-926). Dans la Lettre de R. Scherira, 
il s'appelle R. Yomtob Kehana b. Jacob ; dans ce passage, au lieu 
de quatre années, il faut lire cinq. Après ce gaon, vient Haïa b. 
Kioumi, 926-928 (R. Natan b. Yehuda, cité par Scherira, n'a pas 
été plus tôt gaon qu'il est mort). Reste donc, dans la lettre de 
Scherira, une seule erreur, qui consiste à laisser à R. Jacob le 
gaonat pendant 13 ans au lieu de 8 ou 9 ans. Peut-être même, à 
l'époque de leurs dissentiments, Amram et Jacob ont-ils eu la 
dignité de gaon en même temps, et chaque parti a-t-il considéré 
son chef à lui comme le véritable gaon. 

P. 266. — Natan Hababli, dont les paroles sont l'unique source 
de renseignements pour la querelle entre Ukba, David b. Zaccaï et 
Kohen-Çédek, parle ainsi de ce dernier: «11 lui paraissait dur 
d'admettre que David b. Zaccaï détînt l'autorité, parce qu'il était 
le parent de Ukba, le Rêsch Galuta précédent.» Mais il n'a pas 
voulu abolir complètement la dignité de Rêsch Galuta, comme le 
suppose M. Grsetz. 

P. 270. — On sait aujourd'hui que le premier ouvrage de 



ADDITIONS A L'HISTOIRE DES JUIFS, DE GH^ETZ 197 

R. Saadia a été le Sêfer Agron, qu'il a composé à vingt ans, en 
l'année 912 (voir la partie de la préface de cet ouvrage que j'ai 
publiée, Zeitsch. f. Wiss. d. Alt. Test., II, p. 73-94), et non pas le 
■p* *h$ mba aaro, qu'il a publié à 23 ans (en 915). 

P. 271. — Nous savons aujourd'hui que Saadia a d'abord écrit 
son grand commentaire sur la Tora ; plus tard on lui a demandé 
de traduire le Pentateuque en arabe, d'après son commentaire, et 
il l'a fait. Quelques parties de son grand commentaire se trouvent 
en ms. à Saint-Pétersbourg, et M. J. Derenbourg les a copiés 
pour les publier. Quant à la traduction arabe, M. Derenbourg et 
moi nous avons commencé à la faire imprimer à Mayence. Mo- 
hammed b. Ishak, dans son Fihrist, a intitulé cette traduction : 
mil) fcôn apoa twnnbM -nosn 3Nns. A la fin de la préface de cette 
traduction (p. iv dans l'imprimé) nous voyons que Saadia l'ap- 
pelle ïTTinbM ya ïroa -posn naro. Pour d'autres détails, voir l'in- 
troduction à cette traduction qui sera publiée par M. Derenbourg 
et moi. 

P. 272-273. — D'après la préface de l'Agron, nous savons 
que cet ouvrage a été publié d'abord en 912, en hébreu seule- 
ment; il traitait des racines hébraïques, qui y étaient transcrites 
d'après un double ordre alphabétique, c'est-à-dire d'après la 
lettre initiale et la lettre finale. L'auteur a voulu ainsi rendre 
la tâche plus facile aux poètes pour la rime et les acrostiches. 
Quelques années plus tard ('poa SNnsba vtb iw), vers 915-920, 
Saadia s'est vu obligé d'ajouter à son livre les principes gram- 
maticaux, les règles de la langue et de la prosodie et des exemples 
tirés des livres saints, des prières et des Pioutim. Il a mis tout 
cela dans une deuxième partie, écrite en arabe. Le titre hé- 
breu de l'ouvrage est Agron (Recueil). Depuis ce temps on a 
pris l'habitude de donner le nom de yrrtN aux recueils de ra- 
cines. Le titre arabe est -î^iaba sans, Prosodie, parce que l'au- 
teur a surtout voulu y venir en aide aux poètes hébreux. On 
donne encore à ce livre ou à certaines parties du livre les noms 
de -na^rt )wh mrûfc ans (Réponses de Dunasch à R. Saadia, 
n° 102, p. 27), ttipîi "p^b mrût nnrs (Ibid., n° 104, p. 29 ; n° 120, 
p. 40), mn^'û et rma* yiab'o (Ibn Ezra) ; FnTjq "i mania (Sêfer 
Hasclioham), et en arabe mbba sans (Munk, Notice, p. 15-16). 

P. 275, 373, 464, 480. — M. Grœtz a suivi l'opinion de Pinsker, 
qui fait vivre Josef Roéh trop tôt et Kirkissani trop tard. Au- 
jourd'hui nous savons que Josef Roéh a vécu plus tard, comme je 
l'ai démontré récemment (Stud. u* MittJieiL, III, p. 44). Déjà 
Geiger {Oçar Nehmad, IV, p. 30) a douté de ce qu'a avancé Pin- 
sker; voir encore Frankl, Monatssch., 1882, p. 10, 2. Plus loin 



m REVUE DES ETUDES JUIVES 

nous prouverons encore ce que nous disons ici de Kirkissani. 

P. 278. — Rien ne prouve que les événements de Perse rap- 
portés par Natan Hababli aient eu lieu après l'arrivée de Saadia 
en Babylonie. Ils se sont peut-être produits entre 920 et 929, à 
l'époque où Saadia était en Egypte et où David 1). Zaccaï était 
déjà Rêscù Galuta. Natan Hababli parle de la Perse sans nommer 
la ville de Hamadan, comme le fait M. Grsetz. — Le nom hébreu 
dlbn Sardjado est Aron et son nom arabe Khalaf. On a écrit 
quelquefois en hébreu sbs au lieu de t]bs ; mais ce nom de Khalaf 
n'a rien de commun avec celui de Kaleb. 

P. 279 et 484. — A mon avis, il faut corriger le surnom de 
Érao'na ou «i-iso "ft, aono "-n en ern5D*T&, c'est-à-dire du pays de 
Khorassan, en Perse (Stad. u. MiltïieiL, III, p. 11). 

P. 281 et 488. — M. Steinschneider a trouvé le Siddur de R. Saa- 
dia à la Bodléienne (voir son Cat., col. 2202, et Lanclshuth, Amudê 
Hadboda, p. 278-99). Une Réponse, ms. à Saint-Pétersbourg, 
prouve que ce Siddur contenait des règles concernant la lecture 
delaTora; nous y lisons en effet que « Notre maître Saadia, 
Rosch Yeschiba, de Fayyum, dit dans son Siddur que vingt et un 
versets de la Tora sont lus sans être traduits ». R. Isaac [Or 
Zaraa, I, 89, § 339) dit deux fois : « HiWiot Nidda de R. Saadia 
gaon écrites après le Siddur Berakliot de R. Saadia, qui com- 
mence par m^DON ». Nous ne savons pas si R. Isaac a en vue le 
Siddur des prières ou les Hillihot Beralihot ; nous ignorons éga- 
lement ce que signifie le mot « Aspanrit », qui a un air persan. 

P. 283, 297, 481, 485. — Le livre Emunot we-dèot est le aana 
nNiNpnswban n^NttNbN publié par M. Landauer, Leyde, 1880. 
La supposition que c'est le bNhïïNba sans mentionné par Moham- 
med ben Ishak me paraît peu fondée, comme l'a déjà fait remar- 
quer M. Bâcher [Ibn Esriïs EinL, p. 21). Ce dernier suppose 
que le bNhwKba sans désigne le commentaire sur les Proverbes. 
Mais nous savons aujourd'hui que ce commentaire est intitulé 
rtttsnbN nba (voy. Derenbourg, Jûd. Zeiisch., VI, p. 309). Peut- 
être désigne-t-il le ■nbsn 'o qui renfermait aussi des proverbes, 
comme nous le verrons plus loin. Cette hypothèse semble même 
confirmée par ces mots de Mohammed : « Il se compose de dix 
chapitres ». Il y a en effet dix chapitres dans le "nbart 'o. 

P. 295 et 485. — Il est reconnu aujourd'hui que le principal but 
du "nbsï-i 'o n'était pas de calculer l'ère messianique. Firkowitsch, 
dans Carrnel, I, 1871, p. 63-8 (voir encore Jûd. Zeitsch., X, 
p. 262) analyse ce livre, et je regrette de n'avoir pas encore pu 
mettre la main sur le ms. qui lui a permis de faire cette analyse. 
Rabad dans le Sêfer Ilaqabt>ala dit que le *&ârt 'o parle des dis- 



ADDITIONS A L'HISTOIRE DES JUIFS, DE GR^ETZ 199 

eussions de Saadia avec ses adversaires : « Pour Saadia et les 
services qu'il a rendus au peuple juif, consultez le "nbaîT'o. » 
Quant aux calculs messianiques dont parle R. Abraham b. Hayya 
(S. HaiWur, p. x), ils se trouvaient probablement dans le cha- 
pitre cinq qui parle des prophéties de l'avenir. 

P. 298. — Le nom propre -i^s paraît être arabe et doit être lu 
Kiçr (Wùstenfeld, Register zu den GeneaL, p. 268) ou Bischr 
(ibid., p. 112-113), mais le nom de Kasser, tel que l'écrit 
M. Graetz, ne paraît pas juste. 

P. 300, 311, 362, 425, 494-5. —La supposition de M. Graetz que le 
quatrième docteur captif était R. Natan Hababli, qui^e serait établi 
à Narbonne, est fondée sur un passage du Juchasin (écl.Filipowski, 
p. 174) qui dit : « Et clans l'Arukh de R. Natan Hababli de Nar- 
bonne. » Ces mots ont engagé M. Graetz à déclarer que Natan Ha- 
babli (au nom duquel R. Samuel Sullam, éditeur du Juchasin de 
Gonstantinople, a rapporté bien des faits concernant les exilarques 
et les chefs d'école de la Babyloniej aurait quitté la Babylonie pour 
Narbonne et aurait composé dans cette ville un Arukh où il serait 
question de l'histoire des quatre rabbins. Mais Geiger a déjà fait 
remarquer très justement (Hebr. BibL, III, p. 3-4) que tout cela 
n'est nullement prouvé. Ce que le Juchasin cite au nom du Arukh 
de R. Natan se trouve, en effet, dans le Arukh de R. Natan de 
Rome. S'il était vrai que R. Natan Hababli eût composé un Arukh 
à Narbonne, R. Abraham Zacuto, auteur du Juchasin, s'en serait 
servi souvent dans ses ouvrages, lui qui cite souvent le Ariikh de 
R. Çémah. Il est bien difficile aussi de comprendre que les savants 
de Provence aient pu oublier pendant des siècles qu'un homme 
aussi illustre que Natan aurait composé un ouvrage à Narbonne. 
Il faut donc admettre qu'il y a erreur dans le Juchasin de l'édition 
de Londres (on sait que le ms. sur lequel elle a été faite a des 
additions et des suppressions) et que dans la phrase citée plus haut 
les mots « Hababli de Narbonne » sont de trop. Tout récemment, 
on a émis l'hypothèse (Jûd. LitteraturbL, XI, p. 159) que le qua- 
trième docteur était Eléazar le Kalir ; c'est absolument faux. Le 
Kalir est de Palestine et plus ancien, R. Saadia le cite dans son 
commentaire du Sêfer Yeçira et dans YAgron, et le considère 
comme ancien.il a donc vécu au plus tard au vm e ou au commen- 
cement du ix° siècle. 

P. 301. — Une partie du commentaire de Sahl sur la Tora et 
de son Livre des Préceptes se trouve en ms. à Saint-Pétersbourg. 
La partie de la préface du Livre des Préceptes qui parle de Jéru- 
salem a été imprimée dans le Meassef Niddahim, p. 197-203. Le 
passage omis à la page 199 du Meassef est le suivant : Dieu, dans 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sa bonté, n'a pas livré son sanctuaire aux incirconcis, afin qu'on 
n'y élève pas de statues et qu'on n'attriste pas les Juifs qui n'au- 
raient pas pu se prosterner dans un endroit où se trouvent des 
faux dieux tn-ina fcjiîiba (ou trb^bNj. 

P. 301, 309, note 2. — Ce qui est dit ici de Jacob Tamani est 
fondé sur les paroles de Pinsker concernant le livre J'nn&M et sur 
Tépitaplie n° 98 des Abnè Zikkaron. J'ai démontré (Altjiïd. 
Denhm.iV. 258) que tout cela est faux et qu'il est impossible de 
placer un Rosch Yeschiba à Tscliufut-Kalé au x e siècle. M. Chwol- 
son a objecté qu'un simple instituteur est aussi appelé Rosch 
Yeschiba (Clrwolson, Corp. Inscrip. hebr., p. 380-381) ; mais au 
x° siècle, à l'époque où les écoles de la Babylonie existaient en- 
core, ce titre n'était donné qu'aux gaonim de Sora et de Pum- 
bedita. 

P. 302, note 4. — Les paroles de Sahl ne prouvent pas que 
les Caraïtes aient été persécutés par le gouvernement. Pinsker 
(I, p. 113) tire des mêmes paroles la preuve que les Rabbanites 
avaient, au contraire, cessé de persécuter les Caraïtes. M. Schorr 
(Haluç, VI, p. *71 ) a montré que les Rabbanites n'ont pas lancé 
leurs anathèmes contre les Caraïtes, mais contre les Rabbanites 
mêmes, pour les écarter du Caraïsme. Geiger [Oçar Nehmad, 
IV, p. 23) a proposé, à tort, de corriger ïijhfc ^in en roi» 
(marquis). 

P. 305, 466. — La date à laquelle a vécu Yépliet b. Ali est incer- 
taine. M. Grsetz suppose que c'est vers 950-990. Mais si nous nous 
en rapportons aux Caraïtes, Yéphet a déjà écrit à l'époque de Saa- 
dia, il serait donc né vers 915-920 (Pinsker, II, p. 20, 37). Certains 
indices me font cependant penser qu'il a vécu plus tard ; ainsi il ne 
parle jamais de Sahl comme d'un contemporain, mais comme d'un 
homme déjà mort. 

P. 306, 460. — Pour Menahem Giçni, M. Schorr (Haluç, VI, p. 75) 
et Geiger [Oçar NeUmad, IV, p. 28-31) ont déjà prouvé qu'il a vécu 
plus tard, qu'il est du xiv° ou du xv e siècle, et qu'il n'a pu être 
contemporain de David al Mokammec et de Saadia gaon. 

P. 307, 438. — Mokammec ne s'est pas appelé Aliraki, comme 
le suppose Fùrst, mais Al-Raki de la ville de ïip'i (Munk, Mélanges, 
p. 474). Il n'est donc pas de la ville de Kufa et ne peut pas être 
identifié avec Ibn-Alakuli, que mentionne Maïmonide. Du reste, il 
est difficile d'admettre qu'un habitant de la ville de Kufa se soit 
appelé en arabe Alakuli, par la raison qu'en syriaque cette ville 
se nomme Akula. Il y a des villes qui, en arabe même, sont appe- 
lées Akul, Akula (Yacut, Geogr. Worterb.,1, p. 219 ; III, p. 590). 
Le David en question n'a donc pas pu être surnommé Akllas hagèr,- 



ADDITIONS A L'HISTOIRE DES JUIFS, DE GR/ETZ 201 

ce dernier mot devrait, du reste, se lire hagar (Schorr, Ilaluç, 
p. 77) et il est contre toute vraisemblance de dire que David ait 
été musulman et se soit converti. Rien ne confirme non plus la sup- 
position de Pinsker que David ait été caraïte: c'est une hypothèse 
en l'air. Nulle part les Garnîtes ne le mentionnent comme un de 
leurs coreligionnaires, et R. Yehuda b. Barzilaï, qui est un parfait 
rabbanite, a vu ses ouvrages et le croit rabbanite. A l'heure ac- 
tuelle, nous savons que ce David a vécu, au plus tard, à la fin du 
ix e ou au commencement du x e siècle, puisqu'en 937 ses livres 
étaient déjà répandus et qu'il passait pour une autorité. Il a 
composé au moins deux ouvrages : 1° Vingt Chapitres ; 2° n^n^ 
Srr&nkbN. David n'a eu aucun rapport avec Saadia. 

P. 308, 503, 505. — L'assertion que Ben-Ascher et Ben-Neftali 
étaient des Caraïtes se rattache à cette opinion de Pinsker que le 
Niqqnd, la Massora et le Diqduq sont encore des Caraïtes. Aujour- 
d'hui ces théories sont généralement repoussées (Sappir, El) en 
Sappir, I, p. 16-18; II, p. 185 sqq.; Oppenheim, Magid, 1870, 
p. 365 ; et Jûd. Zschr.,Xl, p. 79-90). Les nouveaux arguments ap- 
portés par M. Grsetz (Monatssch., 1881, p. 366) ne paraissent pas 
concluants. En effet, l'inscription de Yabeç b. Schelomo n'est pas 
delà main de Ben-Ascher [Eben Sappir, II, p. 186), et l'usage de 
montrer en public les saints livres aux trois fêtes et de les faire 
voir aux communautés existe encore aujourd'hui chez les Rabba- 
nites de l'Orient (ibid., I, p. 18). Jusqu'à présent rien ne prouve 
que les Caraïtes aient eu des académies à Jérusalem, et cependant 
nous lisons dans la suscription les mots : « Aux communautés et 
aux académies de la ville sainte ». Les expressions Moreh, Me- 
lammed, Masliil sont employées souvent par les Rabbanites pour 
désigner des instituteurs et d'autres savants. Ainsi Kirkissani 
dit explicitement : « Les Rabbanites croient que leurs traditions 
leur viennent des prophètes, qu'ils connaissent seuls la langue et 
qu'ils sont les Maskilim et Morim. » Le mot arwbiBN ne signi- 
fie pas « supplément », mais « tradition » (Meassef Niddahim, 
I, p. 191; Luzzatto, Isaïe, XLII, 19, et Lettres). Quant à cette 
histoire de missionnaires de Jérusalem qui auraient propagé 
les doctrines rabbanites, elle a pour origine une inscription 
apocryphe, comme je l'ai démontré au long (Altjlld. Denlim , 
p. 71-91). 

P. 310.— Scherira ne dit pas que R. Nehémia soit arrivé au 
gaonat par des manœuvres et des intrigues ; il n'a mis en œuvre 
ni ruse ni intrigue, bien que Scherira avec une partie des élèves 
de l'Académie lui aient fait opposition. J'ai déjà fait remarquer 
(Stad. u. Mittheil., III, p. 10) que le plus souvent le fils hé- 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ritait de l'autorité paternelle dans les écoles babyloniennes, comme 
le montre encore l'anathème lancé par David b. Zaccaï contre 
Saadia : « Le Naçi l'a fait destituer pour mettre à sa place Joseph 
gaon, fils de gaonim (f. 2 b )... Et moi je choisis un des savants 
et je nomme gaon quelqu'un qui est de bonne famille et d'illustre 
origine et non pas ce vil intrigant de naissance obscure (f. 5 a ). » Le 
deuxième fils de Kohen-Çédek, R. Hofni, a été nommé également 
chef ou membre du tribunal (Stud. u. Mitth., p. 48). Je crois que, 
pour concilier les choses et unir les deux familles rivales, R.Haïa a 
épousé la fille de R. Samuel b. Hofni, et que ce dernier a été nommé 
chef d'école à Sora. 

P. 315, 493. — R. Haïa, en disant que « les savants qui viennent 
de Rome vous induisent en erreur», n'a eu nullement l'intention 
de railler les rabbins italiens ; il est connu que les Babyloniens, à 
cette époque, étaient les meilleurs talmudistes. De plus, par « sa- 
vants de Rome, habitants de Rome » on entendait les habitants de 
l'Europe tout entière ; les Arabes donnent la même signification au 
mot Roumi. Nous voyons du reste ( Taam Zeqénim, 54 b , 56 a ) que 
l'expression « savants du pays d'Edom », employée par R. Joseph 
b. Berakhia, est remplacée dans une Réponse de R. Haïa par « ha- 
bitants de Rome ». 

P. 316. — Nous pouvons compléter ce que dit M. Grsetz sur 
Sabbataï Donnolo par l'article de M. Steinschneider (Virchow, 
Archiv f. paili. Anat., XXXVIII, p. 42) et les extraits qu'il a 
publiés du livre nnp'ntt de Donnolo (Berlin, 1867). Voir aussi As- 
coli, Iscrizioni inédite, p. 35-37, et le Commentaire de Donnolo 
sur le Sêfer Yeçira, édité par M. Gastelli. 

P. 318. — Nous ne pouvons pas nous prononcer sur le pays qu'a 
habité l'auteur du Tanna dibèEliahou.Zunz et Rapoportfen dehors 
de la note 43 de la biographie de R.Natan, voir encore Yeschurun 
de Kobak, II, 1857, p. 49-51 ; Ben-Jacob, Oçar Hasefarim, p. 656, 
et Horowitz, append. au Beth Talmud, I, p. 9, 10) croient cet 
auteur originaire de la Babylonie. Telle paraît être aussi l'opi- 
nion de M. Bâcher (Monatsschr., 1874, p. 267), et cela semble 
encore démontré par ses discussions avec les Caraïtes qui vivaient 
seulement en Orient. Mais M. J. Derenbourg (Rev. des Et. juives, 
II, p. 134) admet avec M. Graatz qu'il est de l'Italie. 

P. 324. — Rien ne prouve que c'est de l'école de Babylone que 
Ilasdaï a tenu son titre de Rosch Kala. Dunasch, dans ses poésies, 
n'avait pas besoin de demander à cette école l'autorisation de 
qualifier Hasdaï de ce titre, et, en général, nous retrouvons en 
plusieurs endroits ce qualificatif et le qualificatif analogue de 
Alluf, par exemple, pour R. Joseph, père de Saadia en Egypte 



ADDITIONS A L'HISTOIRE DES JUIFS, DE GR^TZ 203 

(Meassef Niddalnm, I, p. 35), pour Jacob bar Nissim à Cairouan 
et pour Yehuda b. Joseph (Réponse des gaonim, ms. de Saint- 
Pétersbourg). 

P. 328, 490.— Le nom du chef slave Hounou est encore douteux ; 
Gayangos croit qu'il faut lire aipTr, duc, et M. Dozy {Zscli. 
D.M. G. y XX, p. 286 ; Gescli. d. Mauren, II, p. 37, 38) corrige ce 
mot en «imfi (Othon I er , empereur). Cette dernière hypothèse est 
combattue par moi dans une note que j'ai donnée à la Z . D. M. G., 
XXI, p. 285-286. 

A. Harkayy. 

(A suivre.) 



LE RABBINAT DE METZ 

PENDANT LA PÉRIODE FRANÇAISE (1567-1871) 

(suite * ) 



IV 



Le pouvoir des élus ayant été ainsi renouvelé et confirmé, et, 
par cela même, leur conduite et leurs actes approuvés, les oppo- 
sants ne formèrent plus qu'une faible minorité qui devait s'incliner 
devant les décisions de la majorité. Cette réélection du conseil ad- 
ministratif fut la confirmation de la nomination du grand-rabbin, 
qui y trouva un point d'appui fort solide. En maintenant à leur 
tête les anciens membres du conseil, les Juifs de Metz élargirent, 
pour ainsi dire, le pouvoir qu'ils déléguèrent à leurs administra- 
teurs et donnèrent leur adhésion au droit que leur conférait la 
dernière ordonnance du duc de La Valette. 

Ce renouvellement des pouvoirs qui avaient été accordés aux 
syndics de la communauté avait été surtout occasionné par la 
réclamation suivante, adressée au gouverneur de la ville par 
quelques israélites qui croyaient avoir à se plaindre des élus de 
la communauté et de la manière dont ils rendaient la justice : 

A Monseigneur Monseigneur le Duc de la Vallette, pair et Colonnel 
général de France, Gouverneur et Lieutenant général pour le 
Roy en ses villes, citadelle de Metz, pays, evescbé et gouver- 
nement dudit Metz, Toul et Verdun. 

Très humblement remonstrent Joseph Lévy, presbitre des Juifz 
et ses consors, comme ainsi soit que de tout temps et depuis l'es- 

1 Voir plus haut, p. 103. 



LE RABBINAT DE METZ DE 1S67 A 1871 203 

tablissement des Juifs en ceste ville, ils ont la faculté de faire juger 
et terminer de tous leurs différens touchant leur religion et police 
particulière en fait civils par leurs juges ou arbitres doctes et 
scavans es droits de leur loy,non suspects ; et en cas de suspection, 
ils en peuvent faire venir de dehors, comme au réciprocqs ceux 
d'ailleurs en font venir de ce lieu pour terminer de leurs différens. 
Néantmoins depuis peu aucuns de ceux de ce lieu qui sont employés 
à soliciter leurs affaires publiques à cause de la cognoissance qu'ils 
ont de la langue françoise ou autrement, s'appuyant sur la multi- 
tude de leur famille qui les advouent, ne veullent permettre qu'autre 
qu'eux et consors soient juges des différents qui se rencontrent aux 
parties litigantes, sans vouloir considérer que, -par les droits et 
privilèges de leur loy, les parties peuvent déclarer leurs causes de 
suspection contre celuy ou ceux qui vouldroient juger de leur fait, 
affin d'avoir des juges neuttres et non suspects, qui ne sont jamais 
refusés en quelque jurisdiction que ce soit. Si qu'estant nécessaire 
d'estre pourveu au retranchement de tels abus, ils sont contraincts, 
pour la conservation de leur loy, qui seroit enfraincte, de recourir 
à Votre Excellence, suppliant très humblement qu'il vous plaise, 
Monseigneur, en considérant qu'il n'est raisonnable que tels solici- 
teurs supects aux remonstrans comme ceux qui sont incapables 
soient juges, d'ordonner et commander ausd. soliciteurs et consors 
de subir aux juges neuttres et non suspects qui seront choisis par 
les parties pour juger de leurs différents, et que ce pendant deffences 
soient faictes ausd. soliciteurs et consors de rien entreprendre 
contre lesd. remonstrans ny user envers eux d'aucune force, violence 
ny ignominie, soit en leur sinagogue ou ailleurs, aux vifs ny aux 
morts, et ce sur telle peine qu'il vous plaira, Monseigneur, et ils 
prieront Dieu assiduellement pour l'heureuse prospérité de Votre 
Grandeur. 

Nous avons ordonné et ordonnons que la présente sera commu- 
niquée aux parties dans trois jours et ce pendant deffaut sur les 
personnes des supplians. Faict à Metz le xuir jour de décembre 1627. 
Signé : le Duc de la Vallette ; et plus bas : Par mondit Seigneur, 
Thérouenne, avec paraphe. 

La présente requête a esté baillée pour coppie et par commu- 
nication aux parties adverses, à Alexandre Lévy et Maren Zey, deux 
d'entre eux pour tous les autres, ce xvi° jour de décembre mil six 
cents vingt sept. Thérouenne. 

(En marge des dernières lignes ci-dessus se trouve la mention :) 

Pour coppie concordant à l'original rendu le xv e décembre 4 627. 
Grandjambe, notaire. 

Mais les syndics ayant vu leur mandat renouvelé et leur autorité 
reconnue par une majorité importante de la communauté, se sen- 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tirent forts de cet appui et en prirent occasion pour faire recon- 
naître leurs droits et leur pouvoir par le gouverneur, auquel ils 
adressèrent la supplique suivante comme réponse à la plainte ci- 
dessus. Le duc de La Valette fit suivre leur demande de l'ordon- 
nance qui renforçait encore l'autorité et le pouvoir des élus de la 
communauté : 

Monseigneur le Duc de la Yallette, Pair et Golonnel général de 
France, Lieutenant général du Roy des ville et citadelle de 
Metz, pays messin, Evechez dud. Metz, Toul et Verdun. 

Suplient humblement Lazare l'ainé, Isaac médecin, Alexandre Lévy 
et Marem Zaye, disant qu'ayant plu à S. E. donner permission aux 
Juifs qui sont résidantz en cette ville d'élire quelqu'uns d'entre eux 
ainsi qu'ils ont de tout temps accoutumé et qui se pratique en 
toutes les villes d'Allemagne et autres lieux où ils font leur rési- 
dance, pour juger, décider et terminer tous les différents qui 
pouroient naistre entr'eux touchant leur religion et police parti- 
culière en cas civil, ils auroient eleus à ce subjet Isaac fils de 
Lazare Lévy, Joseph Lévy, Salomon Zaye, le gros Mayer, Jacob 
Lévy, et Lazare l'ainé, il y a trente deux ans et demy ; desquels 
trois eleus décédés ils auroient éleu en leurs places scavoir, en 
celle d'IsaacLévy, Alexandre Lévy, son fils; en celle du gros Mayer, 
Isaac médecin; de Salomon Zaye aussy, son fils Marem Zaye, avec 
l'approbation et consentement de tous, excepté de six ou sept, qui 
fâchez de n'avoir esté appeliez auxd. charges, ont fait tout ce qu'ils 
ont pu pour les troubler en icelles, ayant estes portés de si grande 
animosité qu'ils oublient tout ce qui est porté par leurs coutumes 
auxquelles les Juifz sont plus étroitement liez et obligés que touttes 
autres nations. Ils ont entrepris de divulguer et donner à connoistre 
ce qui est de plus caché entr'eux, qui sont leurs coutumes et céré- 
monies, en quoi ils encourent de grandes amandes et mesme l'ex- 
communication, et l'action qu'ils ont fait a esté si mal receue de 
tous les autres que, sans l'obéissance qu'ils rendent à leurs éleus 
au fait de la police, les femmes et les enfants se fussent jettes sur 
eux comme ayant commis une faute dont il n'y a pas d'exemple 
qu'il en soit arrivé de semblable en cette ville depuis que les Juifs 
y sont establis par la grâce du Roy et la vôtre, mais mesme en 
quelqu'autre lieu que ce soit, estant l'ordre entr'eux que quand 
quelqu'un dit avoir sujet de se plaindre sur le sujet de la police ou 
pour le fait de la religion, de s'adresser à ceux qui sont éleus à cet 
effet et ce sur de très grandes peines, car autrement il arriveroit 
que quelques muttins d'entr'eux, pour traverser les autres, leur 
iroient susciter des procès et difïérens dont personne ne peut con- 
noistre que ceux qui entendent les loix et cérémonies de leur reli- 
gion, et en voudroient, par ce moyen, en donner connoissance aux 
juges des lieux où ils demeurent, lesquels peu'estre ne s'en vou- 



LE RABBÏNAT DE METZ DE 1567 A 1871 207 

droient pas mesler, ou s'ils s'en mêloient, il se pourroit faire que, 
pour ne les pas entendre et pour quelqu'autres considérations que 
lesd. eleus taisent par respect à V. E., qu'ils seroient grandement 
troublez et molestez, ce qui vous auroit porté à leur accorder, 
conformément à ce qui a esté de tous temps pratiqué en cette Tille 
depuis leur établissement, qu'ils jugeroient des procès et différents 
qui naistront entr'eux sur le fait de la police et religion en cas civil 
seulement, nonobstant laquelle concession ayant pratiqué Joseph 
Lévy, i'undesd. éleus, qui est aveugle en tel estât qui les peut aisé- 
ment juger qu'il n'a pas les fonctions de son esprit libre, ils ont 
présenté requeste à V. E. le 14 dud. mois, par laquelle ils donnent 
aux suplians la qualité de solliciteurs, encor qu'ils soient éleus, 
ainsy qu'il paroist par les pièces cy attachées, et l'auront importuné 
contre la forme et la coutume pratiquée entr'eux, qui leur deffend 
expressément de s'adresser à personne du monde qu'aux Juifs pour 
les deffendre, sur de très grandes peines; exposant, contre vérité, 
sauf votre respect, que l'on a accoutumé de faire tenir les Juifs de 
dehors pour les juger quand il y a quelque cause (de) suspection 
contre eux à cause des parents, car, cela ne s'est jamais pratiqué, 
et quant cela se voit, tant s'en faut ils ayent raison de se plaindre 
des suplians, qui sont aussy de diverses familles, tellement qu'ils 
n'ont aucun fondement que leur mauvaise humeur, dont Lyon de 
Bonne, l'un d'eux, s'est efforcé, il y a 24 ou 25 ans, de faire la même 
chose, pour raison de quoy il fut condamné en l'amande, et cela 
estant toléré seroit capable de ruiner non seulement les suplians, 
mais toute la communauté, s'il ne plaisoit à V. E. de les maintenir 
et leur conserver les privilèges qu'il luy a plu leur accorder ; 

Ce considéré, Monseigneur, ils vous suplient très humblement, 
suivant et conformément à leurs privilèges et coutumes, de vouloir 
approuver lad. élection des suplians, dont il y en a trois qui y sont 
depuis trente-deux ans et plus ; deux, sçavoir Isaac et Alexandre, 
depuis sept ans ; et Marem Zaye, depuis six semaines ou environ, 
et de leur permettre de faire la fonction et exercice de leurs charges 
des éleus avec la mesme autorité qu'ils ont de tout temps et qu'il 
se pratique entre les Juifs en quelque lieu de l'Allemagne, mesme 
de l'Europe, que ce soit ; faisant deffense aud. Joseph Lévy et 
consors de les y troubler, renvoyant à cette fin les différents des 
parties pardevant eux pour estre jugez à l'ordinaire et selon leur 
coutume, veu qu'il ne peut avoir que l'élection dud. Marem Zay 
qui les ayent pu. soulever, celles des autres ayant esté approuvées 
par sy longtemps, et outre vous ferés justice, maintenant les su- 
plians dans leurs privilèges qu'il vous a plu leur accorder et 
confirmer. Ils prieront Dieu pour la santé et prospérité de Votre 
Excellence. 

Veu la présente requeste ensemble les privilèges par nous 
accordez aux, suplians et autres pièces y mentionnées, nous avons 
approuvé et approuvons l'élection qu'ils ont faite de la personne de 



20S REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Marem Zaye,fils de feu Salomon Zaye pour tenir et occuper la charge 
(Tesleu au lieu de sond. feu père; ordonnans que tous les procez 
et différents qui pouront arriver entre les Juifs résidens en cette 
ville pour le fait de leur religion et police particulière et cas civil 
seulement seront jugés et terminés par ceux qui sont éleus entr'eux 
et non autres, ainsy qu'il est de tout temps accoutumé ; faisant très 
expresses inhibitions et deffenses à qui que ce soit d'entr'eux de 
contrevenir en quelque sorte et manière que ce soit à ce qui est 
porté par lesd. privilèges et par la présente ordonnance, sur peine 
de cent pistolles d'amande applicables ainsy qu'ils aviseront bon 
estre, et en ce faisant avons renvoyé et renvoyons Joseph Lôvy et 
ses consors pardevant lesd. éleus pour estre jugez selon leurs loix 
et cérémonies ; lequel jugement ils seront tenus de suivre et exé- 
cuter ainsy qu'il est accoutumé entr'eux, et sans appel, sur les peines 
cy dessus portées, et d'estre privés de la protection du Roy et de la 
nostre. Fait à Metz le. vingt deuxième jour de décembre mil six cent 
vingt sept. Signé : Le duc de La Vallette; et plus bas : Par mond. 
Seigneur, Thérouenne. 

Malgré toutes ces ordonnances, le Conseil de la Communauté 
sentait qu'il avait à lutter contre forte partie et qu'il devait être 
armé en quelque sorte o"un pouvoir illimité pour faire respecter 
ses décisions et ses sentences, et il demanda au duc de La Valette 
une ordonnance d'expulsion contre quiconque ne se soumettrait 
point aux arrêts rendus par le Conseil. Celui-ci ne fit aucune diffi- 
culté et contresigna l'ordonnance suivante : 

Le duc de la Vallette, Pair et Colonnel général de France, Gouver- 
neur et lieutenant général pour le Roy en ses ville et citadelle 
de Metz, pays, éveschez et gouvernement dud. Metz, Toul et 
Verdun. 

Sur les remonstrances qui nous ont esté faictes par les esleuz des 
Juifz que quelques ungs d'entr'eux, qui ont esté mulctez d'amandes 
pour fautes par eux commises au faict de leur police et religion, 
et quelques uns de leurs adhérans se jactoient de les travailler et 
traverser aux pouvoir et auctoritez que nous leur avons accordées 
en ladite qualité d'esleuz, nous priant de les maintenir et de leur 
prester main forte pour l'exécution de leurs jugemens; 

Nous ordonnons au cappitaine Sérigos, sergent major de ceste 
ville, de mettre hors d'icelle ceux d'entre lesditz Juifz qui ne vou- 
dront obéyr et exécuter les jugemens qui seront rendus par lesd. 
esleus. Faict à Metz ce xxini janvier mil six cens vingt huict. 
Ainsi signé : Le Duc de la Vallette; et plus bas : Par Monseigneur : 
Thérouenne, et scellé du cachet ces armes dudict Seigneur sur cire 
rouge. 

Pour coppie collationnée à l'original en papier sain et entier. 



LE RABBINAT DE METZ DE 15G7 A 1871 209 

signe et scellé comme dessus par moi soubsigné greffier de 
Monsieur le Prévôt provincial de Metz, Toul et Verdun, ce douzième 
jour de juillet mil six cens vingt huict. Ce faict, ledit original 
rendu. Jourdain. 

Le conseil était donc armé du consentement de ses administrés 
contre ceux qui voudraient dorénavant contester son autorité : non 
seulement il pourrait les faire incarcérer, mais encore expulser de 
la ville et leur défendre tout retour ou tout séjour dans le pays 
messin. 

Bientôt, cependant, un grave conflit surgit de nouveau dans la 
communauté. Le rabbin rendit une décision qui ne fut pas accep- 
tée par certains opposants. Ceux-ci demandèrent, sur le point en 
litige, des consultations aux plus hautes autorités religieuses de 
l'Allemagne. Lorsque les réponses arrivèrent à Metz, les opposants 
eurent soin de mettre de côté celles qui étaient conformes à la déci- 
sion du grand-rabbin de Metz et ne communiquèrent à leurs amis 
que celles qui étaient contraires à la thèse de R. Moïse Cohen. 
Bientôt, par des indiscrétions pins ou moins calculées, la rumeur 
publique en colporta la teneur. Les bruits contradictoires qui cir- 
culèrent à ce sujet arrivèrent aux oreilles des administrateurs et 
causèrent au sein du Conseil une vive irritation. On sentit aussitôt 
que, pour sauvegarder l'autorité du grand-rabbin et des élus, il 
fallait frapper les coupables avec sévérité. Une enquête fut ou- 
verte qui dévoila que Joseph Cahen, un des principaux meneurs 
du parti opposant, avait été le correspondant des rabbins alle- 
mands. On fit alors sommation à Joseph Cahen d'avoir à se rendre 
dans la Chambre du Conseil et d'apporter avec lui toutes les lettres 
qu'il avait reçues d'Allemagne. Celui-ci, ayant refusé d'obtempérer 
aux injonctions du Conseil, se vit bientôt consigné dans sa propre 
maison, sans qu'il pût en sortir, et qu'on pût se rendre chez lui. 
Joseph Cahen, croyant que l'absence du duc de La Valette, si favo- 
rable à l'administration juive, pourrait lui faciliter la lutte, adressa 
la plainte suivante à M. Fromigère, grand-prieur de Toulouse, 
faisant fonction de gouverneur pendant l'absence du titulaire. 

A Monsieur Monsieur le Grand-Prieur de Thoulouze, Fromigières, 
Conseiller du Roy en ses conseils d'estat et privé, et Comman- 
dant pour le service de Sa Majesté au gouvernement messin en 
l'absence de Monseigneur le Duc de la Vallette. 

Vous remonstre très humblemt Joseph Cahen, juif, habitant de 
ceste ville de Metz, disant que le septiesme jour du présent mois de 
may mil six cens vingt huict il auroit esté arresté en sa maison, la- 
T. VII, n° 14. u 



210 REVUE DES ETUDES JUIVES 

quelle luy auro-it esté baillée pour prison, à l'instance des esleuz des 
Juifz de ceste ditte ville, et commandement à luy faict de représen- 
ter l'original de certaine lettre qu'ils disent ledit remonstrant avoir 
receu des Rabbi de Francfort et autres villes d'Allemange contre 
ceux de Metz, et ce] dans quatre jours ; et parceque lesditz Rabbi et 
esleuz des Juifz dudit Metz sont les parties formelles dudit re- 
monstrant et qu'il ne seroit raisonnable qu'iceluy responde par de- 
vant eux en ceste qualité ; mesme qu'il a représenté en conscience 
tout ce qu'il avoit en main concernant l'affaire dont ils l'accusent et 
est prest à s'en purger par serment toutes fois et quanles qu'il en 
sera requis moyennant juges compétans et non suspectz; 

A ces causes, Monsieur, attendu ce que dessus, il vous plaize de 
vostre authorité ordonner qu'il aura main levée pure et simple de 
l'arrest faict sur sa personne, offrant de se représenter soubs sa cau- 
tion juratoire ou soubs autre caution bonne et solvable lorsqu'il vous 
plaira l'ordonner, offrant mesme de subir et respondre pardevant 
tels juges qu'il vous plaira déléguer, si mieux n'ayment lesdictz 
esleuz des Juifs de ceste ville luy donner juges neutres et non sus- 
pectz ; ce qu'espérant de votre équitable justice, il priera Dieu pour 
votre prospérité ! 

{Signé :) gp-n. 

Mais le gouverneur par intérim ne voulut point répondre à cette 
plainte sans s'être fait rendre un compte exact de toute l'affaire. 
L'enquête à laquelle fit procéder le grand-prieur de Toulouse eut 
pour résultat de faire débouter de sa demande Joseph Cahen, qui 
reçut l'avertissement officieux d'avoir à se soumettre aux décisions 
de la communauté et à se tenir dorénavant tranquille, s'il ne vou- 
lait pas s'exposer à de plus grands désagréments. Sur la demande 
même des syndics, il rendit l'ordonnance suivante : 

A Monsieur Monsieur le Grand prieur de Thoulouze, de ce comandant 
pour le service de S. M. au gouvernement messain, soubs mes 
Seigneurs les ducs d'Espernon et de la Vallette. 

Suppliantz humblement les très suiect et très obéyssants esleus 
d'entre la comminauté des Juifz habitants de ceste ville de Metz, 
soubs les bening et favvorable protection de S. M. et K. 

Disantz que par la favveur de Monseigneur le duc de la Vallette 
luy a plu les maintenir en leur charge et fonction de esleus, de avoir 
pou\oir de terminer les différentz que peuvent naistre entre les Juifs 
thouchant les cas civils seulement, selon leur loix, pour tenir police 
entre eulx, comme aussy leur est permis de réclamer que, après leur 
termination rendu par les esleus, de avoir mainforte aux exécutions 
d'iceulx ordonnans y contraindre la partye sur charge de tenir et 
effcctier de poinctz en poinctz, et sy quelque mutin ou séditieux y 



LE RABBINAT DE METZ DE 1567 A 1871 211 

vodroy contrevenir, les mettre hors de leur compagnie, tellement 
que iceux contervenantz demeurront desprivvé du protection de S. M. 
et de S. E. Et d'autant, Monsieur, que lesd. esleus entendent dere- 
cheufz quelque récmution contre eulx deserant contervenir aud t de 
S. E, ils s'adressent à votre noble Grandeur pour recevoir favveur et 
miséricord, ;en considérant que il est raisonnable, Monsieur, de se 
gouverneur et régleur, de tenir police selon les coustimne ancienne et 
cermonie, comme de tout temps du passé se ait pratuicqué, il vous 
plaira leur donner la mesme dit previlige, conformément aux ordon- 
nances de S. E., soit du jugement soit du excution cy dit, sil vous 
plaist, Monsieur, et tant plus lesd. suppliantz seront obligés de 
contenir leur prière a Dieu tout puissant pour votre propérité et gran- 
deur, que vos jour soyant prolongé en santé et trihomphe: 

Yeuune requeste présentée à Monseigneur le duc de la Vallette par 
les esleuz de la communaulté des Juifz de ceste ville, avec le décret 
apposé au bas d'icelle et datte du X e décembre 1627, par lequel il est 
ordonné que les jugementz rendus entre les Juifz par leurs Rabby 
ou esleus, ou par la pluspartdesdictz Rabby et esleus, seront exécutez 
avec deffences d'y contrevenir; Vue aussy une ordonnance de 
mond. Seigneur des xxmr janvier année présente, contenant les 
plaintes qu'il a receues desd. esleus remonstrantz contre quelques 
particuliers juifz qui ont dessein de les traverser en leurs fonctions 
et jugementz, par laquelle ordonnance mondit Seigneur maintient 
les remonstrans ne leur pouvoir d'esleus et ordonne que les Juifz 
qui ne vouldront subir et obéir à leurs jugementz vuidront la ville ; 

A ces causes, et recognoissant par le narré de la présente requeste 
que, nonobstant tous les décretz et ordonnances de mondit Seigneur, 
aucuns d'entre les Juifz recommencent à se mouvoir pour troubler 
par ce moien le repos de la communaulté, en quoy ilz se rendent non 
seulement indignes de la protection du Roy, mais encore de la bien- 
veillance de mondit Seigneur ; 

Nous enjoignons ausdictz esleuz remonstrans de nous tenir 
soigneusement advertis de ceux qui résisteront et désobéiront aus~ 
dictes ordonnances, affin que nous leur facions ressentir la rigueur 
d'icelles en donnant mainforte telle qu'il appartiendra ausdilz esleuz 
contre les rebelles et infracteurs desdictes ordonnances. Faict à Metz 
ce cinquiesme jour du moys de may 1628. 

(Cachet) Par Monseigneur, 

Vernier. 

Les élus de la Communauté triomphèrent ainsi de nouveau par 
la satisfaction que leur avait donnée le gouverneur de la ville. 
Mais, sentant que le conflit n'était pas pour cela terminé, et per- 
suadés que les perturbateurs n'en continueraient pas moins leurs 
menées, ils rirent de nouvelles et plus actives démarches auprès 
de M. de Fromigère, gouverneur de la ville par intérim, pour 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

obtenir de lui une sanction efficace à leur décision : ils voulaient 
être soutenus au besoin par l'autorité civile et par les agents de la 
police locale. Il ne leur refusa pas cette faveur et consentit à 
rendre, sur la requête du Conseil de la Communauté, l'ordonnance 
suivante qui enjoignait même aux chefs des archers de faire exécu- 
ter les sentences du rabbin et des élus. 

Monsieur Monsieur le Grand-Prieur de Thoulouze, conseiller du 
Roy en son conseils d'estatet privé, commandant pour le service 
de Sa Maiesté de la ville, citadelle, evesché de Metz et pays 
Metz, en l'absence de Messeigneurs les ducs d'Espernon et de la 
Vallette. 

' Remonstrent très humblement à mondict sieur le corps et les 
esleux des Juifs habitans de ceste ville combien qu'ils ayent les 
lettres patentes des defïuncts Roys d'heureuse mémoire avec les at- 
taches de mesdicts Seigneurs duc et la Vostre, contenant non seule- 
ment la confirmation de leurs privilèges pour l'observation de leurs 
cérémonies, la police, les cas civils, mais peine contre les réfractaires, 
si est-ce que quelques mutins et factieux d'entr'eux, ayant estémul- 
tés pour leur rébellion et désobéissance, ont présenté requeste à 
Monsieur le Président et du depuis à Monsieur de Marillat, qui a re- 
mis le faict à vostre prudence ; mais comme il est important, et que 
lesdictz mutins ne tendent qu'à se redimer de la peine ordonnée 
contre eux, mesme qu'il s'agit de chose jugée pour faict de leur reli- 
gion, ils vous supplient trez humblement, Monsieur, qu'il vous plaise 
leur vouloir prester main forte tant pour les faire jouir du bénéfice 
desdicts privilèges que l'exécution de ce qui a esté décrété et ordonné 
contre eux, et outre que ce sera chose conforme à l'intérêt du Roy, 
des de Metz, de mesdicts Seigneurs et la vostre précédemment, ils 
prieront Dieu pour vostre santé et prospérité. 

Veu la présente requeste ensemble les pièces y mentionnées et 
particulièrement une ordonnance de Monseigneur le Duc de la Val- 
lette du xxiiii janvier six cents vingt huict, par laquelle il ordonne 
au sieur de Serigos, sergent major, de mettre hors la ville ceulx 
d'entre les Juifs qui ne vouldront obéyr et exécuter les jugementz 
rcnduz par les remonstrantz en qualité d'esleuz de la communauté 
desdictz Juifs, et aiant sur ce oy aucuns de ceulx dont est plainte 
et remarqué, par le discours des partyes, que le faict de question 
semble vouioir prendre une mauvaise suitte, attendu principale- 
ment que lesd. dont est plaincte font profession de s'adresser aux 
Rabby des Juifs habituez dans les terres de l'Empire dont ils sont 
originaires, en quoi ils font bresche à la bénigne et favorable protec- 
tion du Roy dont ils se sont rendus indignes et privables ; A ces 
causes, et pour coupper chemin aux désordres et inconvénients que 
ces choses -là peuvent produire, et qu'il n'est juste de souffrir telz 
perturbateurs du repos des communaultéz qui sont en spéciale sau- 



LE RABBINAT DE METZ DE 1567 A 1871 213 

vegarde de Sa Majesté, Nous avons de nouveau, et en tant que be- 
soin seroit, permis et permettons ausditz esleuz remonstrantz d'uzer 
du pouvoir qui leur est concédé tant par leur establissement, élec- 
tions faictes de leurs persones, que des décretz et ordonnances de 
mond. Seigneur de la Valtette, et en ce faisant faire exécuter les ju- 
gementz qu'ils auront renduz contre qui que se puisse estre d'entre 
eulx. Et en cas que pour cest effect ilz eussent besoin de l'assistance 
de l'auctorité du Roy et de main forte, nous ordonnons au S r de Se- 
rigos que, conformément aux décretz et ordonnances de mond. Sei- 
gneur, il ait à bailler instamment ausditz remonstrantz toute la 
main forte qu'il jugera leur estre nécessaire pour l'exécution de leurs 
ditz jugementz, le tout comme pour chose qui touche l'auctorité du 
Roy et de sa protection. Et parce que nous ne pouvons signer, à 
cause de la goutte dont nous sommes présentement incommodez, 
nous avons faict appozer au bas du présent décret le petit cachet de 
noz armes et faict contresigner un secrétaire. A Metz ce xxvji 
avril 1629. 

Par mondit Sieur, 

(Cachet) Vernier. 

La crainte salutaire que cette nouvelle ordonnance devait inspi- 
rer aux opposants n'eut pas toute l'efficacité qu'on en attendait. 
Si pendant quelques mois les manifestations hostiles se relâ- 
chèrent, le mécontentement n'en grandissait pas moins et com- 
mençait même à se propager au milieu de la population qui, 
jusque-là, n'avait pris aucun parti dans l'affaire. L'approche des 
fêtes d'automne de l'an 5390 (septembre-octobre 1629) fut l'occa- 
sion d'un incident grave, où le Conseil de la Communauté se vit 
obligé de faire acte de sévérité et de montrer la réalité des pou- 
voirs qui lui avaient été conférés par le gouverneur de la ville. 

Un nommé Oury Cahen, assez proche parent de Joseph Cahen, 
profita de l'approche des fêtes pour susciter quelques ennuis au 
grand-rabbin et aux élus de la Communauté, et venger ainsi son 
parent. Il chercha par la promesse d'une large hospitalité et 
de fructueuses aumônes à attirer à Metz un de ces rabbins no- 
mades qui allaient de ville en ville faire entendre leur éloquence. 
Celui-ci avait la réputation de manier fort habilement l'épi- 
gramme, et Oury Cahen espérait le mettre aux prises avec le 
grand-rabbin. L'opinion publique commençait à se détacher d une 
administration trop disposée à user et à abuser de l'appui qu'elle 
trouvait auprès des autorités locales, et elle reprochait au grand- 
rabbin, qui ne prenait aucune part à l'administration temporelle 
de la Communauté, de n'avoir pu empêcher les membres du Con- 
seil de recourir à ces autorités. Sa patience et sa mansuétude des 



21 i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

premiers jours étaient oubliées. On se prépara donc à écouter et à 
souligner les critiques dissimulées que sans doute le prédicateur 
étranger n'épargnerait pas au grand-rabbin ou à l'administration. 
Mais les élus n'entendaient point servir de cible aux quolibets du 
public et aux malices d'un rabbin ambulant. Quand celui-ci eut 
prononcé quelques homélies dans différentes maisons, le Conseil 
de la Communauté se réunit et intima à Oury Cahen l'ordre de le 
renvoyer immédiatement. Comme il refusait de se soumettre à 
cette décision, le Conseil demanda au duc de la Valette l'expulsion 
d'Oury Cahen. Le gouverneur de Metz accéda à cette demande et 
rendit l'ordonnance suivante, qui déclarait Oury Cahen déchu de 
la protection de Sa Majesté et forcé de quitter la ville, sans pou- 
voir jamais y revenir. 

Le Duc de la Vallette, Pair et colonel général de France, gouverneur 
et lieutenant-général pour le Roy en ses pays et gouvernemens 
de Metz, Toul et Verdun. 

Sur les plaintes qui nous ont esté faites par les éleus des Juifs ré- 
sidens en cette ville des troubles et désobéissances que Ory Caen, 
juif, a fait à leurs jugemens, s'esforçantpar des voyes extraordinaires 
de ruiner l'ordre qui a de tout temps esté observé entr'eux en suites 
des ordonnances du Roy et de nos règlements pour la décision de 
leurs différents, affectant des nouveautés préjudiciables à leur repos, 
ayant mesme introduit un Raby étranger qu'il a fait venir en cette 
ville sans nostre permission pour faire rumeur et sédition en leur 
sinagogue, et qui, non content de ce, sans considérer leur qualité 
d'éleus, use de menaces et injures attroces contr'eux ; après qu'il nous 
est apparu de mauvais déportemens et humeur séditieuse dud. Ory 
Caen, nous avons déclaré et déclarons iceluy Ory Caen privé et dé- 
cheu de la protection de Sa Majesté et la nostre; ordonnons qu'il 
sera rayé et osté des registres et enrollement des Juifs qui ont per- 
mission de faire leur demeure en cette ville, et qu'il sera mis et jesté 
hors avec sa fille dans trois jours, leur faisant très expresses inhibi- 
tions et defïenses d'y retourner ny de faire leur demeure dans le 
pays francaleud de la protection du Roy ni dans aucuns lieux de 
notre gouvernement, sur peine de la vie; enjoignons au sergent 
major de la ville de tenir la main à l'exécution de la présente ordon- 
nance, laquelle nous voulons estre nottifiée audit Ory Caen. Fait à 
Metz le treizième jour de décembre 1629. Signé, le Duc de la Vallette, 
et plus bas, par mondit Seigneur, Thérouenne. 

Force resta donc à l'administration. Mais la désaffection des 
administrés pour leurs chefs fut si grande et si évidente, à cause de 
la rigueur extrême de cette mesure, que, peu de temps après, le 



LE RABBINAT DE METZ DE 1567 A 1871 215 

Conseil ne trouva plus de collaborateurs pour les différentes 
œuvres de la Communauté et se vit dans l'obligation de se retirer. 
Le grand-rabbin aussi était à bout de patience, et il aurait sans 
doute quitté immédiatement la communauté de Metz, sans une 
maladie grave de sa femme, qui la conduisit au tombeau dans le 
courant du mois de juillet 1632, comme nous l'indique la mention 
suivante, relevée par M. Morhange sur le registre de la confrérie, 
à la date clu 19 Ab 5392 : T-nîi» nto» 'in niwin îmspa n"£"tti sa tt"i 
ïi"n"£'Yn y^n p"p*i i"n"N y'" 2 W3- Abreuvé d'ennuis et de dé- 
boires, douloureusement frappé par la mort de sa femme, Moïse 
Cohen résigna ses fonctions et retourna à Prague, où ses compa- 
triotes l'accueillirent avec déférence et le nommèrent premier 
assesseur du grand-rabbin. Il passa ses derniers jours à méditer 
les livres saints et à les interpréter suivant le système mystique. 
11. mourut à Prague avec une réputation de sainteté, le mardi 
4 heswan 5403 (octobre-novembre 1642). L'inscription de sa tombe 
se trouve relevée dans le recueil des inscriptions du cimetière de 
Prague *. 

Avant de continuer la biographie des rabbins de Metz, disons 
encore un mot du pouvoir judiciaire des élus et du chef religieux 
de la communauté. Nous aurons d'ailleurs à en parler quand il 
faudra raconter les luttes que le Conseil de la Communauté eut 
à soutenir contre les prétentions des tribunaux ordinaires. Déjà 
eu 1634, quelque temps après l'établissement du Parlement à Metz, 
il y eut, sur la demande des Juifs et sur les réquisitions conformes 
du Procureur général, un Arrêt rendu portant règlement entre 
les marchands bourgeois de la dite ville, d'une part, et les Juifs 
résidant au dit lieu, d'autre part-, qui porte notamment que 
« les Juifs pourront juger entr'eux pour chose de religion ou police 
» particulière ». Cet arrêt mit un terme à toute velléité de s'affran- 
chir des règlements de la Communauté et maintint tacitement le 
rabbin et les élus dans la coutume de juger tous les différends de 
Juif à Juif. Lorsque, en 1645, une attaque fut dirigée contre le 
pouvoir judiciaire du rabbin et des élus et que quelques personnes 
voulurent méconnaître leur droit de juger les affaires des Juifs 
entre eux, on dut s'adresser au maréchal de Schomberg, alors 
gouverneur du pays. Celui-ci, par une ordonnance du 2 avril 1645, 
statua « que tous les procès et différends qui naistraient entre les 
» Juifs residans à Metz pour leur loi et police particulière en ma- 

1 TJP b3i P ar Kalmann Lieben ; Prague, 1837, p. 74, n° 145 ; cf. ihuh, p. 65, n° 54. 

2 Petit in-4° de 8 pages, s. 1. n. d., mais probablement imprimé à Metz dans le 
courant de l'année 1634, date de l'arrêt. 



216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

» titre civile soient jugés par eux suivant la coutume et les privi- 
» lèges qui leur ont été accordés, sans qu'aucun cTiceulx Juifs y 
» contrevint, a peine de mille livres d'amendes ». Cinquante ans 
après (1094), une nouvelle tentative devait être faite pour contester 
au tribunal rabbinique son droit et son pouvoir, ainsi que nous le 
verrons plus loin. 



Le successeur de R. Moïse Calien fut un rabbin du nom de Lob 
ou Loeïb, qui avait été grand rabbin à Mayence, puis assesseur à 
Francfort. David Ganz dit, en effet, à la date de ww 5393 = 1633 :* 
fw!-n tamspi'na p"-pi m^ lawrîa smrn N^wfc p"p*7 53"m Vn"8 n^b 'n 
y*n p"pb »"n Y'n"!sb bnpnai ï-mn û'iftebiv Cette date de 1633 cor- 
respond très bien avec la vacance de la place de Metz; car nous 
avons vu que Moïse Cohen avait quitté cette ville à la fin de 5392 
ou au commencement de 5393, c'est-à-dire dans le courant de 
l'année 1632. Nous ne connaissons aucun autre détail biographique 
sur R. Lob ni sur la durée de ses fonctions. Tout nous autorise à 
supposer qu'il quitta bientôt Metz pour aller exercer ailleurs ses 
fonctions rabbiniques. A la fin de 1643, la Communauté faisait 
l'élection d'un nouveau rabbin et en demandait la ratification à 
l'autorité souveraine, comme nous le voyons par l'ordonnance du 
4 août 1644 ainsi conçue : 

4644, 4 août. 

A Monseigneur Monseigneur le Mareschal de Schomberg, duc de 
Haluin, pair de France, gouverneur des villes et citadelles de 
Metz, pays messin, des Eveschés de Metz et Verdun, et Lieute- 
nant général pour le Roy en Languedoc. 

Supplient très humblement les Juifs habitans de nostre ville de 
Metz, disants qu'ils ont tousiours obtenu de Nosseigneurs les Gou- 
verneurs dudit Metz d'avoir un Raby pour les instruire et enseigner 
leurs lois et cérémonies, ainsy qu'appert de la dernière permission 
que leur a esté accordée à ce subiect par Monseigneur le duc de la 
Vallette, en l'année 1627, et qu'ils espèrent obtenir de votre Excel- 
lence ; 

Ce considéré, Monseigneur, il vous plaise leur permettre d'appe- 

Çémah David ; à la table il est porté par erreur à la date de D^n, 412 = 1652. 



LE RABBLNAT DE METZ DE 1367 A 1871 217 

1er près d'eux Raby Nathan de Francfort, pour résider en ceste ville 
et s'y habituer et faire ladite charge et fonction de Raby, comme il 
s'est praticqué de tous temps entre eulx, et ils seront de tant plus 
obligés de se rendre très obéissants à vos commandements. 

Veu la présente Requête et la permission accordée par M. le duc 
de la Vallette au Raby Moyse Gahen de Prague, nous permettons au 
Raby Nathayn de Francfort de résider en cette ville et s'y habiter, 
pour y faire la charge et fonction de Raby, comme il s'est pratiqué de 
tout temps entre les Juifs, à la charge de vivre et se conformer aux 
édictz de Sa Maiesté et aux ordonnances de Messieurs les Gouver- 
neurs qui nous ont p'récédé. Faict à Metz ce vingt quatriesme jour 
d'aoust M. VI e quarante [et quatre. [Signé :) Schonberg. [Et plus bas :) 
Par Monseigneur : De Charmoys. 

A côté des cinq rabbins Isaac Lévy, Joseph Lévy, Moyse Cahen 
de Prague, Lob ou Leïb, Nathan de Francfort dont nous venons 
d'établir d'une manière certaine la succession de 1595 à 1650, 
nous devons constater que, pour cette période, nous avons encore 
trouvé clans le mémorial de la synagogue de Metz la mention de 
quelques personnages, qui, sans avoir exercé les fonctions de 
grand-rabbin, avaient cependant enseigné et exercé certaines 
fonctions religieuses, puisqu'ils portent le titre de irra Morênou, 
notre maître. Ce sont : 

1° Alexandre Lévy : pmti 'n n"n;-fà p aoT-iï&sba 'n mn mià 
}"£"*£ rwan n"-n '2 dT y^baip tm napsi naso 'nbîi (5393 = Juin- 
Juillet 1633). Dans rénumération des mérites qui lui donnent des 
droits à son inscription dans le Memorbuch se trouve la phrase : 
ttTïi bnpln nN imam. 

2° Senior ou Schnéor Lévy : 'n iarirs p "mwû '1 ann iïtie 
't *iûsa yv2 'py iiDT ba-nara ï-mn y^niTO n^a b"T ïïbft nm î-nûe 
ttfctt )vo (5395= Mai- Juin 1635). 

3° Mardoché Israël, plus connu sous le nom de Ziskind l'an- 
cien-: •Y'hî-tfp ba ^sa Nnp3!i n\N^ na b&miî'i wm 'n anrr misa 
n'V'n nad t"a a dn iib^ttbia na^a ^pana ipîri i^'pD^T (5400 = 
Janvier 1640). Il est aussi mentionné à cette date dans les registres 
de la Confrérie dans ces termes : "pstpn fn^tùi ibôti nabab a^ cpbNrr 
baniûi nmpo^? Yn'n?:. 

4° Nathan Cohen : nasa lnaï-7 apan tp-p na ap^ "jna 'n anïi wiia 
!-!ttan i-raaa ma an a na bans ana toi b&niB^a mm y^ann p"D"b is'n p^a 
d^aœ (401 = Avril 1641). Il ne faut pas confondre ce rabbin avec 
R. Nathan de Francfort dont nous avons donné ci-dessus l'acte 
de nomination qui remonte à 1644. 

5° Jacob Yehouda : N"a bfcompi ^ mii-p ipy^ 'n anri lam^a 



218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

wn ^rj nshwn stïtî tratt ttoa p"p ïid mwïa jmïi s"n -p\n 
i-nsat waw bipovti (402 = Mai 1642). 

6° Phôbus Lêvy : b*Yo »w*b ^"nî-na, dont le décès est inscrit 
dans le registre de la Confrérie seulement à la date de ïi^tt, pre- 
mier jour de Schebouot (5395 = Juin 1635). 



VI 



A partir de 1650, la communauté est formée et solidement assise, 
son organisation est sinon complète, du moins établie sur des 
bases durables ; sa réputation est devenue excellente ; elle brille et 
passe pour une des communautés les plus belles et les plus impor- 
tantes, et on a oublié les ennuis des premiers temps. Les membres 
qui la composent jouissent de l'estime générale et ont un accès 
faciie auprès des hautes autorités et auprès des personnages les 
plus marquants du pays. 

Le rabbmat gagne aussi en grandeur et en importance. Les 
hommes les plus versés dans la science théologique et dans la ca- 
suistique, soit de Pologne, soit d'Allemagne, seront dorénavant 
disposés à accepter le poste de grand-rabbin de Metz, et même 
à solliciter les suffrages de ceux qui sont chargés d'élire le chef 
religieux. C'est que Metz devenait de plus en plus un centre 
d'études sérieuses et fortes, grâce à l'initiative que prenait cette 
communauté et à l'hospitalité qu'elle offrait généreusement aux 
étudiants. Le nombre toujours croissant de ceux-ci était encore 
un attrait de plus qui rendait la place de grand-rabbin de Metz 
désirable entre toutes. 

Voici quel était le mode de nomination du rabbin de Metz. 
Lorsque la place de grand-rabbin venait à être vacante par suite 
de décès ou de départ, les membres du Conseil de la-Communauté 
prenaient individuellement des informations sur les candidats dis- 
posés à solliciter la place, sur ceux qu'on pourrait décider à accep- 
ter ces fonctions en cas de nomination. Une correspondance fort 
active s'ensuivait, et le travail préparatoire était assez long pour 
exiger quatre ou six mois et quelquefois un an. Les démarches 
faites par les membres du Conseil ne restaient pas assez secrètes 
pour qu'on ne sût pas à l'avance les noms des principaux candi- 
dats. Le public discutait chaudement leurs titres et se passionnait 
pour l'un ou pour l'autre d'entre eux. Bientôt le Conseil arrêtait 
la liste des candidats sur l'acceptation desquels on pouvait comp- 



LE RABBINAT DE METZ DE 1567 A 1871 219 

ter, et l'administration faisait publier le samedi, dans la synagogue 
et dans le quartier juif, quel était le jour fixé pour l'élection. On 
ne pouvait savoir que le jour même de l'élection quelles étaient 
les personnes qui concourraient à la nomination du grand-rabbin. 
Le tirage au sort désignait au dernier moment les électeurs qui 
devaient prendre part au vote. Le système électoral était celui-ci : 
Tous les membres de la communauté étaient divisés en trois caté- 
gories selon leur fortune et, par suite, selon leur part contribu- 
tive aux frais de la communauté : Classe riche, classe moyenne et 
classe pauvre. La première contenait tous ceux dont la fortune 
dépassait dix mille florins; la deuxième, ceux dont la fortune étaU 
de mille à dix mille florins, et la troisième, tous ceux qui ne 
possédaient pas mille florins, mais qui n'étaient pas secourus par 
la caisse de la communauté. Les noms des personnes de chaque 
classe étaient mis dans des urnes différentes, et toutes les fois 
qu'une élection devait se faire soit pour l'administration, soit pour 
le rabbinat, on tirait au sort, de c -lacune des boîtes un nombre 
égal de noms, trois, cinq, dix ou quinze. Les élus étaient immé- 
diatement convoqués, et devaient sur l'heure se rendre dans la 
salle du Conseil pour prendre part au vote. Nul ne pouvait s'af- 
franchir de ce devoir. L'absence de la ville ou le cas de maladie 
grave étaient seuls admis comme excuses. Les amendes encourues 
étaient fortes et rigoureusement perçues. Souvent les personnes 
convoquées ne connaissaient point ce qui devait faire l'objet de 
leur vote. Une fois les électeurs réunis, on fermait la salle du Con- 
seil, et ils ne pouvaient se séparer avant d'avoir terminé les no- 
minations qui avaient motivé leur convocation. 

Pour la nomination du grand-rabbin, le corps électoral était 
composé : 1° des syndics ou membres du Conseil au nombre de 
six; 2° des rabbins composant le tribunal rabbinique, c'est-à-dire, 
tous ceux qui étaient inscrits sur une liste spéciale qui servait 
chaque année à la nomination des assesseurs du grand-rabbin. 
Les électeurs de cette deuxième catégorie n'étaient pas toujours 
en nombre égal; ils étaient tantôt plus ou moins nombreux, mais 
ils ne dépassaient jamais le chiffre de dix-huit à vingt ; enfin, 3° de 
dix personnes de chaque classe de -la population dont les noms 
étaient tirés au sort; soit trente pour ies trois classes. C'était un 
total d'environ cinquante électeurs dont les trois cinquièmes ne 
pouvaient être connus à l'avance ni, par conséquent, circonvenus 
par les partisans des candidats. Il y avait une commission spéciale 
chargée de tirer les noms au sort : elle était composée de six 
syndics et de six membres (deux de chaque classe) qu'on lui ad- 
joignait : ses fonctions duraient chaque fois un an. Cette commis- 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sion, chargée de former la liste électorale par le tirage au sort, se 
réunissait, sur la convocation des syndics, dans une salle spéciale 
et faisait appeler par les employés de la communauté, au fur et à 
mesure de leur désignation par le sort, les personnes qui devaient 
prendre part au vote. Celles-ci devaient se rendre, toutes affaires 
cessantes, dans la salle du Conseil où elles étaient enfermées avec 
les syndics et les rabbins jusqu'à ce que l'élection du grand-rabbin 
fût terminée. Toute personne désignée par le sort, pour être 
électeur, qui ne se rendait pas dans la salle du Conseil immédia- 
tement après avoir été convoquée, était condamnée à cinq cents 
livres d'amende. Les employés de la communauté avaient une demi- 
heure pour faire connaître aux électeurs qu'ils avaient été désignés 
par le sort. 

Pour la désignation des assesseurs du grand-rabbin, la com- 
mission électorale ne se composait que de neuf membres, outre les 
syndics et le grand-rabbin (trois de chaque classe). A cet effet, 
il y avait trois boîtes particulières dans lesquelles on mettait, tous 
les cinq ans, quinze noms, et jamais on ne les ouvrait avant l'époque 
fixée par le règlement, à moins d'un cas de décès. La commission 
du tirage au sort était convoquée le premier jour de Selihot pour 
procéder à la désignation des neuf membres qui, immédiatement 
appelés, se réunissaient avec les autres membres dans la chambre 
du Conseil et dressaient une liste de huit rabbins. De ces asses- 
seurs, les quatre premiers siégeaient pendant les premiers six 
mois, et les quatre derniers pendant le deuxième semestre. Dans 
chacune de ces séries, il devait y avoir deux hommes brevetés 
rabbins depuis longtemps et ayant déjà siégé comme assesseurs; 
la commission pouvait choisir les deux autres parmi les personnes 
instruites, capables et dignes de rendre la justice. 

Le premier rabbin qui fut en fonctions dans cette nouvelle pé- 
riode s'appelait R. Moïse Cohen Nerol ou Narol : ce nom lui venait 
d'une petite localité de la Pologne, où il avait vu le jour. Sa famille 
était originaire de la Palestine et vivait à Safed. Mais le père de 
notre rabbin quitta son pays natal pour se rendre en Pologne et y 
surveiller l'impression du livre ritt^n rpiran, ouvrage très répandu 
de morale populaire, composé par Eliahou Vidas, l'un de ses aïeux. 
Moïse était le plus jeune de ses enfants. Il fit de très bonnes 
études religieuses, et, bien jeune encore, fut nommé rabbin et oc- 
cupa successivement différents postes en Pologne, où il acquit une 
certaine célébrité. A la suite du soulèvement excité par Chmiel- 
nicki, et de la persécution qui atteignit tout particulièrement les 
Juifs (1648), Moïse Cohen quitta sa patrie, où sa science et son 



LE RABB1NAT DE METZ DE 1567 A 1871 221 

érudition étaient fort appréciées. A son arrivée en Allemagne, il 
n'eut pas longtemps à attendre pour occuper une place digne de 
sa renommée, car il fut presque aussitôt choisi comme grand-rab- 
bin par la communauté de Metz (1649). 

Son nom est resté populaire à Metz et en Pologne, non seulement 
à cause de son érudition et de sa science talmudique, mais sur- 
tout à cause d'une élégie qu'il a composée sur les événements de 
cette terrible persécution de 1648, dont il fut le témoin oculaire. 
Cette élégie a été publiée, avec un commentaire de l'auteur lui- 
même, dans une brochure contenant différentes pièces rituéliques 
et portant le titre de ï-;tf:pn '. 11 laissa après lui un ouvrage plus 
important qui a été imprimé cinquante ans après sa mort, sous le 
titre de ma rùin 2 . Cet ouvrage, divisé en deux parties, contient 
des explications exégétiques et herméneutiques sur un grand nom- 
bre de versets bibliques ; différents travaux de son père, Eliézer 
ben Schalom, y ont été joints ; son gendre Moïse ben Schalom y a 
ajouté des extraits et des tables; enfin, son fils Tobia, y a mis la 
dernière main et l'a complété par des notes. Constatons en passant 
que cet ouvrage n'est pas mentionné dans la Bibliolheca jadaica 
de Fùrst. 

Nous avons recueilli la plus grande partie de ces renseigne- 
ments biographiques dans la préface du livre îtmû !nit5?53, ou- 
vrage de médecine composé par son fils Tobia. Celui-ci était né à 
Metz en 1653. Il quitta sa ville natale après la mort de son père et 
fit d'excellentes études religieuses et médicales en Allemagne. Il 
embrassa cette dernière carrière et devint médecin du sultan 
Ahmet. Son ouvrage de médecine eut, en son temps, une très 
grande réputation. 

Pour en revenir au rabbin Moïse Cohen Narol, nous devons faire 
remarquer que, contrairement à l'usage et pour des motifs que 
nous n'avons pu découvrir, le Conseil de la Communauté n'avait 
pas demandé au gouvernement la confirmation de sa nomination. 
Volontaire ou non, cet oubli donna lieu à un incident qui émut 
profondément la communauté tout entière et particulièrement le 
rabbin. Cet incident, qui eut lieu lors du séjour de Louis XIV à 
Metz, en 1657, a été raconté par R. Moïse Cohen lui-même dans 
une note marginale, écrite sur un exemplaire du Yalkont, et le 
texte en est rapporté dans la Monatssclirift 3 de G-rsetz. En voici 
la traduction : 



1 Amsterdam, 1699, in-4° ; Metz, 1768, in-4°. 

2 Venise, 1711, in-folio. 

3 Monatsschrifi, 1872, p. 44-47. 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Pour faire connaître les miracles que l'Éternel fait en faveur de 
ceux qui l'adorent et le révèrent, je veux écrire en toute véracité la 
relation de ce qui est arrivé en ma présence, depuis que je suis rab- 
bin à Metz. Le lendemain 1 delà fête de Kippour de l'an 418 2 est venu 
dans la ville le souverain du pays, Louis, roi de France et de 
Navarre, avec la reine sa mère et son frère, le duc d'Anjou. Le samedi 
suivant, premier jour de Souccot, le roi vint à la synagogue avec 
pompe et éclat, accompagné de son frère et d'un grand nombre de 
ducs et de nobles. 

A ce moment, la communauté israélite ne savait à qui s'adresser 
pour obtenir de la munificence royale la confirmation de ses privi- 
lèges. Le lendemain, deuxième jour de Souccot, vint à la synagogue 
le secrétaire du noble comte de Brienne, grand chevalier, et il dit en 
toute sincérité aux Israélites : « Le roi a témoigné toute sa satisfaction, 
à V égard des Juifs et il a donné ordre au chancelier de préparer les 
lettres confirmatives de leur s privilèges. » Quand ces paroles furent rap- 
portées aux membres du Conseil de la communauté, ils déléguèrent 
deux notables auprès de ce même secrétaire pour entendre de nou- 
veau de sa bouche les paroles bonnes et rassurantes qu'il avait pro- 
noncées. Le secrétaire leur dit alors : Je sors à l'instant de chez le 
comte de Brienne, qui m*a donné l'ordre de prévenir les Israélites 
qu'il recevrait le lendemain le rabbin avec deux au ires membres de 
la communauté des plus notables et des plus instruits. 

Le lendemain, premier jour de Hol hamoëd, nous nous présen- 
tâmes devant lui ; il m'accueillit avec beaucoup d'affabilité ainsi que les 
deux administrateurs qui m'accompagnaient et qui étaient le vénérable 
R. Jacob et l'honorable R. Séligmann. Il me fit demander par l'inter- 
prète comment j'avais pu me résoudre à venir dans cette ville 
exercer les fonctions de rabbin sans autorisation royale : or, les pri- 
vilèges des Juifs ne souffrent pas d'interprétation, car il est dit for- 
mellement qu'ils pourraient choisir un rabbin parmi eux, mais non 
en appeler un de l'étranger (sans l'autorisation royale). 

A ces mots dits au nom du roi, nous fûmes saisis de frayeur 
et mon visage devint tout blême (je compris en vérité de quelles 
mains partait ce coup, à qui j'étais redevable de ces reproches, 
quelles étaient les personnes qui avaient fait cette dénonciation. 
Mais je ne veux pas écrire ma pensée intime). 

Quand le comte vit que la terreur s'était emparée de moi à la suite 



1 La notice allemande qui accompagne le texte se trompe en disant que c'était le 
jour de Kippour : le texte dit le lendemain ce qui concorde parfaitement avec la date 
chrétienne; c'est le 18 septembre que Louis XIV fit son entrée à Metz. 

2 Dans le chronogramme rapporté, le copiste a oublié de mettre un point sur le 3, 
première lettre du mot b^b : la première lettre de chacun des trois mots suivants 
ne donne que 16 (416) et non 18 (418) comme cela est nécessaire pour correspondre 
avec l'année 1657 (septembre). Il faut constater avec regret que le texte publié par la 
Monatsschrif't est plein de fautes de copiste ; un peu d'attention les aurait l'ait éviter 
très facilement. 



LE RABBINAT DE METZ DE 1567 A 1871 223 

des paroles qu'il venait de prononcer, il dit, le visage souriant, aux 
administrateurs qui m'accompagnaient : Faites comprendre à M. le 
rabbin qu'il ne doit point s'affecter de cela ; car le roi est très bien- 
veillant, et, malgré un léger mécontentement, il ne veut rien changer 
à la situation. 

Il est certain que, si le fait avait été dénoncé au roi et avait été 
relevé par lui, comme l'a dit le secrétaire d'État, le roi n'avait pas 
songé un seul instant à s'en formaliser, car il signa ce jour même 
les Lettres patentes confirmant les privilèges des Juifs de Metz. 
En effet, ces lettres sont datées du 25 septembre 1657, qui corres- 
pond au premier jour de Hol hamoëcl, où le rabbin et ses compa- 
gnons s'étaient rendus chez le comte de Brienne. Ces lettres por- 
tent cependant la preuve que le fait iravait pas passé inaperçu, 
car elles disent : « qu'ils (les Juifs) ne pourraient à l'advenir choî- 
» sir un rabbin et l'appeler des familles des Juifs establis hors 
» notre roiaume sans au préalable s'estre retirés par devers nous 
» pour obtenir la permission ». C'était la première fois que 
pareille condition était mise dans les lettres patentes des Juifs de 
Metz. 

Le roi donna encore un autre témoignage, beaucoup plus 
évident, de sa bienveillance pour le rabbiu et l'administration, en 
signant, le 4 octobre suivant, un ordre par lequel il était permis 
au rabbin et à sept Juifs chargés clés affaires de la Communauté 
de porter des chapeaux noirs dans la ville et à tous indistinctemeat 
d'en porter à la campagne, tandis que jusque là tous devaient 
porter des chapeaux jaunes à la ville comme à la campagne l . 

Le rabbin Moïse Cohen Narol mourut à Metz le samedi soir, 
33 e jour de l'Orner [= 19 Yar 5419 = Mai 1659) et fut enterré le 
lendemain avec une pompe extraordinaire. Cette date nous csi: 
fournie à la fois par le registre de la confrérie Uébrah et par le 
mémorial de la communauté. Ce dernier rappelle le souvenir de 
notre rabbin dans les termes suivants : mstoîl b^a TDfiïi "pN^ii 

wba -niritt p îiw ™*3 "iiiî-Has Y'n"aïi bmpttn trrrbtf ta^a 

banu^n tisnïi ù^Pttbn twïti b&wn ïrnn yn-iïT^ -fi^s "jrD'n 

rtfw w w ^"m V ,ta n"N !-p'n y^ p"-p îis ûji mna tabroa ^bns hï^tta 
û r 'ï"n -^n^n V'b ,d^m abïï bai m^pi mmbo. 

Ajoutons enfin, pour terminer tout ce qui concerne R. Moïse 
Cohed Narol, que sa veuve quitta Metz avec son fils Tobia encore 
en bas âge et qu'elle épousa (5424 = 1664) en secondes noces le 
rabbin Moïse Simson Bacharach 2 . 

1 Voir Michel Einm., Histoire du Parlement de Metz, Paris, 1845, p. 513. 

2 Voy. -pfco mn, P. 258 b. 



224 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La communauté de Metz fit alors choix d'un homme d'une haute 
science et d'une grande réputation, R. Jona Théomim Fraenkel. A 
peine âgé de dix-huit ans, il fit ses débuts dans la communauté de 
Grodno. Il occupa successivement différents sièges rabbiniques en 
Pologne, notamment à Nicolsbourg, jusqu'au moment où la persé- 
cution de Chmel le força de quitter le pays, comme elle avait 
été la cause du départ de R. Moïse Cohen et de tant d'autres. 
R. Jona se retira en Bohême, à Prague, sa ville natale, où la com- 
munauté de Metz alla le chercher. 

Pour la nomination de ce nouveau titulaire, l'administration 
juive de Metz ne s'exposa pas à encourir les reproches qu'elle 
avait mérités en 1657. Elle soumit le choix qu'elle avait fait à la 
sanction royale, et le 16 avril 1660 le roi expédia les lettres pa- 
tentes suivantes qui confirmaient la nomination de R. Iona 
Théomim Fraenkel et que nous reproduisons d'après une copie 
authentique. 

1660. 16 avril. 

Louis, parla grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, à nos 
amés et féaux conseillers les gens tenant nostre cour de Parlement 
de Metz,' salut. Par nos lettres patentes du vingt cinquième sep- 
tembre M. VI e cinquante sept, portant confirmation des privilèges 
aux Juifs résidans en nostre ville de Metz, nous avons, entre autres 
choses, ordonné qu'ils ne pourront à l'avenir choisir un raby et l'ap- 
peller des familles des Juifs establys hors notre Royaume sans au 
préalable s'est re retiré par devers nous pour en obtenir la permis- 
sion. En conséquence de quoy, nous ayant fait remonstrer que, par 
la mort de leur raby, ils ont choisy la personne du nommé Jonas, 
poulonois de nation, pour leur servir de raby, mais comme il ne 
peut en faire les fonctions sans en avoir au préalable notre consen- 
tement, ils nous ont très humblement fait supplier leur en accorder 
nos lettres nécessaires. A ces causes, nous avons permis et accordé, 
et par ces présentes, signées de nostre main, permettons et accor- 
dons aux Juifs habitans de nostre ville de Metz de pouvoir se ser- 
vir dudit Jonas poulonois pour leur Raby, et qu'il puisse à cest ef- 
fet s'establir en notre ditte ville pour y faire les fonctions telles que 
faisoit le dernier déceddé et ses prédécesseurs. Si nous mandons que 
les présentes ayiés à registrer et du contenu en icelles jouir et user 
ledit Raby Jonas poulonois, sans permettre qu'il soit troublé en ses 
fonctions par qui que ce soit. Car tel est notre plaisir. Donné à Car- 
cassonne le seiziesme d'avril M. VI e soixante et de notre règne le 
dix-septiesme. Signé : Louis. Et plus bas, Par le roi : De Loménye, 
avec paraphe, avec le grand sceau en cire jaune sur queue pendante 
et parchemin, et à costé est escrit : Registre au greffe des expédi- 
tions de la chancellerie de France par moi conseiller du Roy, gref- 



LK RABBINAT DK MKTZ DE 1507 A 1871 225 

fier des expéditions à Paris, le dixiesme jour de may M. Vie soi- 
xante, signé : Pinson, avec paraphe. Gollationné à l'original escrit en 
parchemin sain et entier et se conforme apparu, puix rendu par les 
notaires royaux à Metz soussignés le dix-huitiesme may M. Vie 
soixante neuf. 

Mais au commencement de l'année 1666, la communauté de 
Posen voulut enlever à Metz R. Jona, en l'appelant à occuper le 
siège rahbinique de cette ville, beaucoup plus important que celui 
de Metz. R. Jona avait probablement accepté le poste qui lui était 
offert, comme il semble ressortir d'une lettre d'approbation qu'il 
donna pour le livre vibrt ïT 3 nDS de R. Ieschaïa Hourvitz ', lettre 
datée du 10 Adar I e * (Mars) de l'année bipiâ (426 = 1666), où on 
lui donne le titre de grand-rabbin de Posen dans les termes 
suivants : ri'nb bipnutt y>E p"^ !-s3"p Tïiîma bTOU 'pÉttïi nttSDlrs 
wiwîti fittriD ^"-pn i"n"^bi. La signature de cette lettre porte ces 
mots : Kaanan û^ttiNn bî îtwd^ Tiîra p mv. Il faut cependant 
admettre que R. Jona, sur les instances des Juifs de Metz, con- 
sentit à rester dans cette ville. Il y mourut le premier jour de 
Pàque de l'an 5429 (avril 1669), comme nous l'indiquent et le mé- 
morial et le registre de la Ilebrah. Ce dernier porte la mention 
suivante : ^pnni b"T i-iïT nnmto fittnm miïz bTi^n ,\iittïi a"s"n 
nDssr» n-oft n^r^ nnab nos b^ ymsn a'^n iib^E bra na^is^a. La 
date du 29 Schebat 430 (février 1670), donnée par M. Garmoly 
pour la mort de R. Jona, est donc erronée. 

R. Jona eut une école très suivie et très célèbre, comme le dit 
David Gans 2 . Son livre, ïiaTI l^p^p, qui est un commentaire sur 
différentes parties du Talmud, répandit sa réputation dans le 
monde rahbinique : les talmudistes modernes aiment encore à le 
consulter. Il laissa un grand nombre de gloses et de notes sur le 
Talmud et le Schoidhan Aroacli qui furent publiées après sa 
mort, notamment un commentaire sur le traité de Scliebouot et 
des notes sur le Hoschen-hamischpat . 

Le rabbin Jona, malgré sa haute science et l'attachement qu'on 
lui témoignait, n'eut pas une influence assez grande pour empêcher 
sa communauté de s'associer au mouvement que produisit l'appa- 
rition du fameux Sabbataï-Sevi comme Messie (1066). Si les 
Israélites de Metz n'allèrent pas jusqu'à supprimer les jours de 
jeûne et à les remplacer par des fêtes, comme on le lit en Algérie, 

1 Cet ouvrage imprimé à Venise en 1P>6G comme l'indique suffisamment la date de 
la lettre de R. Jona Téomim. Dans ^a Bibliotheca judaica, Furst donne par erreur lu 
date de 16C3. (Voy. ait. Fiàukel.) 

2 Voy. Çêmah David, à la date de 423 (= 1G63). 

T. VIL n° 14. 15 



226 REVUE DES ETUDES JUIVES 

au Maroc et dans beaucoup d'autres communautés, on n'y eut 
pas moins une forte tendance à croire au faux prophète. De 
grandes sommes d'argent, dit-on, furent données par les Juifs de 
Metz pour participer aux présents importants que ceux de Prague 
voulaient envoyer au prétendu Messie. C'est du moins ce que nous 
affirme M. Ancillon : « Sabbathaï-Sévi, dit-il 1 , passoit pour le 
» Messie et trompa tous les Juifs d'Orient et d'Occident. Les Juifs 
» d'Allemagne et de France députèrent un fameux Juif de Prague 
» pour lui porter de grands présents : ceux de Metz fournirent 
» pour cet effet de grandes sommes d'argent. Je me souviens d'en 
» avoir fort raillé Salomon, riche Juif de Metz, surtout depuis que 
» Sabbathaï-Sevi se fût fait mahométan .» Bossuet, qui avait 
fait plusieurs séjours à Metz et y avait conservé de nombreuses 
relations, mentionne également Metz comme ayant été un foyer de 
partisans de Sabbataï-Sevi. Dans son Discours sur V histoire 
universelle, il dit 2 : « L'esprit de séduction règne tellement parmi 
» les Juifs qu'ils sont prêts encore, à chaque moment, à s'y laisser 
» emporter. Il n'y a point d'imposteur si grossier qui ne les séduise. 
» De nos jours un imposteur s'est dit le Christ en Orient : tous 
» les Juifs commençoient à s'attrouper autour de lui. Nous les 
» avons vus en Italie, en Hollande, en Allemagne et à Metz se pré- 
» parer à tout vendre et à tout quitter pour le suivre. Ils s'imagi- 
» noient déjà qu'ils alloient devenir les maîtres du monde quand 
» ils apprirent que leur Christ s'étoit fait Turc et avoit abandonné 
» la foi de Moïse. » 

Ab. Cahen. 

(A suivre.) 



1 Mélanges critiques de littérature recueillis des conversations de feu M. Ancillon 
avec un discours sur sa vie et sur ses dernières heures. Bulc, 1G98, t. I, p. 188. 

2 Bossuet, Discours sur l'Histoire universelle, chap. xn, ad finem. 



LES JUIFS 

DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 



AU MOYEN AGE 



Dans une série d'articles publiés, en 1879, par le Bulletin his- 
torique et archéologique de Vaucluse, qu'ont fondé et que diri- 
gent MM. Seguin, d'Avignon, nous avons résumé et fait connaître 
ce que l'on peut savoir de la situation des Israélites clans les États 
français du Saint-Siège, au moyen âge. M. Bardinet, depuis lors, 
a creusé encore plusieurs des mêmes questions dans une suite de 
savants mémoires, insérés soit ici même, soit dans la Revue 
historique, auxquels nous ne pouvons qu'engager le lecteur à 
se reporter. Ses conclusions, du reste, confirment les nôtres. 

Les documents que nous publions aujourd'hui, les uns d'après 
les copies authentiques du Musée Galvet et de la bibliothèque du 
Vatican, les autres d'après les originaux déposés aux Archives 
municipales d'Avignon et aux Archives départementales de Vau- 
cluse, fixent et résument la situation faite aux Israélites clans cette 
partie du pays. 

L'établissement des synagogues sur les bords de la Durance et 
du Rhône paraît avoir une origine des plus anciennes. Lorsque, 
au commencement du xrv e siècle, les papes occupèrent la contrée, 
ils y trouvèrent déjà des communautés juives florissantes et im- 
portantes. La conduite du gouvernement pontifical à l'égard de ces 
dissidents a été sujette à plus d'une fluctuation, mais, en général, 
les papes d'Avignon et le gouvernement pontifical du xv c siècle 
montrèrent une bienveillance, bien rare alors, pour les institutions 
juives, dépassant largement, en pratique, les limites que leur tra- 



228 REVUE DES ETUDES JUIVES 

çaient lés théories des jurisconsultes et surtout les vœux de la 
population indigène, constamment hostile ou envieuse à l'égard 
des Israélites. 

Ces bons traitements eurent pour effet non seulement de main- 
tenir la population juive du Gomtat dans un état assez prospère, 
mais même de l'augmenter dans de fortes proportions. De toutes 
parts on vit affluer des Israélites dans un pays si bienfaisant : 
on en vit arriver surtout à la fin du xv e siècle quand Ferdinand 
et Isabelle chassèrent les Juifs d'Espagne; cette affluence d'étran- 
gers finit même par inquiéter les Juifs d'Avignon qui durent 
prendre contre cette invasion du dehors des mesures restrictives ! . 

C'est seulement au milieu du xvr 3 siècle, lorsque des papes 
militants montèrent sur le trône romain, lorsque les guerres reli- 
gieuses embrasèrent l'Europe entière, que les Juifs fixés dans les 
états du Saint-Siège ressentirent un contre-coup des passions 
véhémentes de l'époque; l'esprit de la législation changea brus- 
quement de face et devint des plus durs à leur égard. 

Leur existence, toutefois, ne fut pas atteinte dans ses parties es- 
sentielles, et la communauté d'Avignon continua, malgré tout, à 
prospérer jusqu'en 1790, époque où, cessant d'être confinée à 
Avignon, elle se dispersa par toute la surface de la France. 

A Avignon, comme partout, les Juifs étaient soumis à l'obliga- 
tion de porter sur leurs vêtements un insigne spécial. Ils vivaient 
séparés des Chrétiens, dans un quartier à part, ils s'administraient 
eux-mêmes en toute liberté, sous le contrôle du viguier, formant 
une véritable ville et une administration à part dans la ville et 
dans l'administration chrétiennes. 

Bien qu'en principe ils fussent juridiquement considérés comme 
étrangers, les papes les adoptèrent et lès assimilèrent aux citoyens 
(ianqitam veri cives*). Les Juifs eurent donc à se soumettre aux 
lois du pays, aux lois politiques, aux lois civiles 3 , et d'autre part 
les papes les déclarèrent justiciables du droit commun et des 
tribunaux ordinaires 4 . Les Juifs eurent le droit d'acquérir tous 
biens, meubles ou immeubles 5 , d'agir en justice, là où ils se 
trouvaient, comme les citoyens", de changer de résidence à 
leur gré ' . 



1 Statuts, art. LXXX1. (Il en fut de infime à Rome.) 

2 Bulle de Sixte IV, ci-après. 

3 Statuts, article I. 

« Bulle de Sixte IV. — Statuts, art. LXXXII. 

' Statuts, articles divers. 

r - Bulle de Sixte IV. 

7 Statuts, article II %n fine, et autres. 



LES JUIFS DAi\S LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 229 

Du reste, ils parlaient la langue provençale, et la connaissance 
de l'hébreu était chez eux assez rare '. 

Ainsi, en principe, les Juifs d'Avignon jouissaient du même 
régime que le reste de la population ; mais pour tout ce qui tou- 
chait à ses intérêts particuliers, à la religion, à l'instruction 
publique, la communauté juive d'Avignon était libre : de tout 
temps elle s'administra elle-même, sous l'égide du gouvernement 
et des lois générales. 

Voilà pourquoi elle dut se faire en ces matières un petit code 
administratif spécial, des « statuts», de même que la ville chré- 
tienne, de son côté, rédigeait elle-même aussi ses propres statuts 
municipaux. 

Nous possédons, depuis une date ancienne, les statuts de 
la ville d'Avignon, ou, du moins, plusieurs rédactions successives 
de ces statuts, qui, en principe, étaient votés chaque année par 
l'assemblée du peuple et qui, par conséquent, pouvaient présenter 
l'inconvénient de quelques variations. Fantoni a publié les statuts 
de la ville d'Avignon, au xn° siècle 2 . J'ai publié la rédaction, 
beaucoup plus développée, qui fut arrêtée en 1243 et en 1245 3 . 
A partir de cette époque on s'est attaché, en fait, à ne plus mo- 
difier les lois dans leur rédaction et à leur ajouter simplement des 
amendements ou des statuts supplémentaires : il en résulta qu'elles 
s'immobilisèrent, et un commentaire français des statuts en vi- 
gueur au xv° siècle, rédigé en 1441 par le notaire Vascon 4 , nous 
montre qu'ils n'avaient plus changé. 

Au xvi e siècle, l'imprimerie vulgarisa les éléments de ces lois 
locales. 

En ce qui concerne les statuts de la communauté juive, nous 
sommes beaucoup moins avancés, car les statuts de la commune 
juive n'ont été publiés qu'en 1779. M. Isidore Loeb a donné dans 
Y Annuaire de ta Société des Études Juives* une réimpression 
de cette dernière rédaction. Si l'on remonte plus loin, les archives 
de la communauté israélite d'Avignon ayant été incendiées en 
1827, de la législation intérieure que les Juifs d'Avignon s'étaient 
donnée à eux-mêmes il ne nous reste qu'un seul monument, un 

1 Statuts, article LU et Protestation. 

2 Fantoni Castrucci, Istoria délia città cl' Avirpione 

3 Coutumes et règlements de la république d'Avignon au xm° siècle /Paris, Larose, 
1879. 

i Manuscrit original in -4°, aux Archives du Musée Calvet, à Avignon, commen- 
çant par ces mots : « S'icy s'ensuivent les status refermés de la cité d'Avignon et 
translatez de latin en françois, par moy, H'igue Vascon, notaire publique et secrétaire 
de ladicte cité. » 

5 Première année. 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

exemplaire original de la rédaction des statuts on 1558, officielle- 
ment traduite d'hébreu en langue vulgaire : c'est ce texte, encore 
inédit, que nous publions. 

L'original appartient au Musée Galvet, à Avignon, où M. Deloye, 
le savant conservateur de ce beau dépôt, a bien voulu me le com- 
muniquer avec cette inépuisable obligeance que connaissent tous 
les visiteurs studieux du Musée. 

Malgré les précautions prises par les rédacteurs des statuts pour 
empêcher des modifications trop fréquentes 1 , la comparaison des 
statuts de 1558 avec ceux de 1779 nous montre que l'ancienne 
législation a subi dans les temps tout à fait modernes de fortes 
retouches. Nous sommes, au contraire, bien portés à croire que 
la rédaction de 1558 n'a pas beaucoup innové sur la législation 
précédente . La nouvelle rédaction comporte certainement des mo- 
difications sur l'ancienne, car, autrement, on ne s'expliquerait pas 
les observations fréquentes du viguier sur ses prescriptions. Autre 
indice : le préambule des Statuts renvoie à un article LXXXIIL Or, 
cet article LXXXIII est en réalité l'article LXXXV. Il y a donc là ou 
une erreur de copiste, ou une omission des rédacteurs eux-mêmes 
des statuts qui, après avoir ajouté deux nouveaux articles et 
changé ainsi la numération, auraient oublié de mettre le renvoi du 
préambule en harmonie avec la nouvelle distribution. On peut en 
dire autant de l'absence d'un article (l'article XXXIX) dans notre 
texte. Peut-être cet article a-t- il été supprimé et non remplacé. 
D'un autre côté, nous ferons remarquer clans une note (page 244, 
note 1) que les douze commissaires chargés de la rédaction nou- 
velle des Statuts ne paraissent pas avoir vaqué très régulièrement 
à leur tâche, car la plupart du temps le nouveau texte n'est signé 
que par neuf d'entre eux, parfois moins, et les signataires ne 
sont pas toujours les mêmes. Un des commissaires (Vidal de 
Viviers), probablement éloigné d'Avignon, n'a même jamais 
comparu. Cela ne semblerait pas indiquer que le travail de révi- 
sion auquel on se livrait parût avoir une importance bien capi- 
tale, l'importance qu'aurait eue une refonte complète de la 
législation. D'autre part, encore, le mémoire de 1417 que nous 
avons extrait d'un registre de la Bibliothèque du Vatican, et que 
nous publions, nous représente la mise en pratique exacte des 
articles 48, 49, 50, 55 et 56 des statuts de 1558. Une bulle de 1479, 
de Sixte IV 2 , punissait les Juifs qui cherchaient à se soustraire 
aux exigences des statuts et à obtenir indûment une remise de 



1 Statuts, art, LXXXV. 

- Rapportée dans le procès-verbal ci-après de Jean llosa, en 1480. 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 231 

leurs taxes. L'article 29. des statuts de 1558 retrace la seule 
marche à suivre pour obtenir cette remise. La même bulle sti- 
pulait l'inviolabilité des bailons pendant la durée de leur office 
statutaire. 

Nous retrouvons donc au xv° siècle les traits saillants de l'or- 
ganisation du xvi e , et il n'est pas probable que jusqu'au xv e siècle 
lui-même les statuts de la commune juive aient beaucoup plus 
varié que les statuts de la commune chrétienne. 

Les statuts de la commune juive ne s'inspirent pas, du reste, 
d'un esprit tout à fait analogue à ceux de la ville chrétienne. Au 
lieu de la vaste organisation administrative d'Avignon et de ses 
diverses assemblées, la ville juive n'a pour la gérer qu'un conseil 
de quinze membres, lesquels, à l'expiration de leurs pouvoirs, 
nomment eux-mêmes leurs successeurs. Il résulte, d'ailleurs, 
des explications fournies par les statuts 1 que les fonctions de 
membres du conseil étaient peu recherchées. On verra* en effet que 
l'administration pontificale était assez portée à rendre les dations 
responsables des faits délictueux dont ils n'auraient pas su décou- 
vrir les auteurs dans l'intérieur de la commune juive. Les conseil- 
lers remplissent à tour de rôle les fonctions de 'ballons ou directeurs 
de la communauté. Chaque service a, du reste, reçu des bailons 
distincts, dans le but évident d'alléger les charges de l'office. 

Quant à la population elle-même, au lieu de se distinguer, comme 
la population chrétienne, en milites, ou nobles, chargés de la 
défense militaire, en legistœ, ou jurisconsultes, classe moins nom- 
breuse, mais fort brillante à Avignon, fort privilégiée et constante 
pépinière des charges publiques, en probi homines, ou négociants 
honorablement connus, et en clientes ou menu peuple, elle se 
divise en trois classes ou mains, simplement distinguées les unes 
des autres par la fortune, par le chiffre des impôts. 

Pour toutes les matières d'ordre général, les statuts se réfèrent 
aux lois du pays : ils n'ont à réglementer que les intérêts spéciaux 
à la communauté israélite, c'est-à-dire les points suivants : l'ad- 
ministration des finances de la communauté, l'administration du 
culte israélite, l'administration des services charitables (aumônes, 
malades, orphelins, etc.), l'administration de l'instruction. 

L'étude est dirigée et contrôlée par des bailons spéciaux, dans 
un sens moral et religieux. L'école n'est pas obligatoire, mais un 
impôt spécial frappe les membres des deux premières mains qui 
ne donnent pas à leurs enfants une instruction théorique, ou au 
moins commerciale, suffisante. 

1 Art. i. 



232 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Les services charitables sont établis d'une manière remarquable. 

Quant au service financier, la base de l'impôt est un impôt di- 
rect sur le revenu, et la valeur imposable s'établit tantôt par une 
déclaration de la personne imposée, tantôt par une vérification 
{manifeste, général ou taxé). A cette base capitale de l'impôt se 
joignent certains impôts indirects d'enregistrement (successions, 
translata etc.) et quelques taxes spéciales appliquées à des besoins 
correspondants. La comptabilité est réglée d'une manière com- 
pliquée, mais fort précise. 

Ces services se complètent par le service des archives, confié à 
des archivistes ou gardadors de dalles. 

Les statuts établissent même, au point de vue judiciaire, un tri- 
bunal spécial pour les affaires où des Juifs seuls sont en cause : 
ce tribunal, composé de quatre juges juifs, se prononce en premier 
et en dernier ressort sur les affaires d'une valeur moindre de 20 
florins, en premier ressort sur les autres. Dans ce dernier cas, 
l'appel est porté au tribunal ordinaire d'Avignon. 

Les statuts ne respirent aucun sentiment de haine contre les 
Chrétiens; bien au contraire, ils protestent en termes énergiques, 
du dévouement et du respect de la commune juive pour le 
gouvernement pontifical ; détail plus significatif, parce qu'il n'a 
rien d'officiel, en cas de difficultés pour des questions de pure 
gestion judaïque ou intérieure, ils admettent expressément l'ap- 
pel à des experts chrétiens pour apprécier et régler le litige. 
— Au point de vue politique, les prescriptions relatives aux 
rapports avec les Chrétiens sont des prescriptions dictées par la 
prudence et la convenance, dans le but d'empêcher les froisse- 
ments entre deux populations, toutes deux douées de caractères 
ardents, toutes deux animées', enflammées de très vives convic- 
tions religieuses '. Les statuts prononcent les peines les plus 
sévères contre tout dénonciateur ou accusateur 2 , on le comprend. 
Us défendent, par égard pour les Chrétiens et par prudence, de se 
livrera des manifestations bruyantes pendant les jours qui pré- 
cèdent Pâques; d'un autre côté ils interdisent l'élection à une 
charge quelconque dans la communauté d'une personne tenant à 
la cour pontificale 3 . 

Avant de donner son approbation, le viguier s'est borné à faire 
vérifier par deux jurisconsultes si les statuts contiennent quelques 
clauses contraires à la législation générale du pays. 

1 Le texte des statuts d'Avignon et celui des statuts de- la communauté juive 
en l'ont loi, chacun de leur côté. 
1 Statuts, art. LXXIX. 
3 Statuts, art. LWIV. 



LES JUIFS DANS LKS ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 233 

Le manuscrit que nous avons retrouvé au Musée Galvet est celui 
qui a précisément servi à faire ce travail. Il porte en marge les 
annotations autographes des deux jurisconsultes. Nous n'avons 
pas besoin de dire que nous reproduisons ces annotations avec un 
soin scrupuleux. Elles montrent — et on le verra aussi par la 
Consultation de 1417 — que les autorités administratives du 
Comtat ne se sont pas inspirées, dans leurs rapports avec la 
communauté juive, d'un esprit aussi arbitraire qu'on a cru pou- 
voir le dire, mais qu'au contraire, dans les circonstances impor- 
tantes, les autorités administratives ont toujours pris pour guides 
les conseils des jurisconsultes, faisant ainsi marcher de pair le 
respect des lois et le respect pratique des libertés. 

On y verra aussi l'esprit avant tout fiscal qui présidait aux 
rapports du gouvernement pontifical avec les Juifs. Les juriscon- 
sultes sont émus cte la hardiesse de certaines dispositions des 
statuts, notamment de celle qui crée un tribunal juif indépendant 
pour les affaires juives, et, sans s'opposer absolument à cette ins- 
titution, ils émettent pourtant de fortes réserves au nom des droits 
régaliens du souverain et au nom du droit commun de la cité. 

Ajoutons que, par suite de l'approbation du viguier, les statuts 
ont force de loi pleine et entière et que l'autorité judiciaire 
chrétienne prête la main à la communauté juive pour en assurer 
l'exécution. 

Quant aux pénalités stipulées par les statuts de la commune 
juive contre ceux de ses membres qui contreviendraient aux 
règlements, elles consistent en amendes, — la moitié de l'émo- 
lument de ces amendes est attribuée à la justice chrétienne (qui 
en réclame le tiers), l'autre moitié à la caisse de la communauté 
israélite — et en bannissement (hérem). Au premier abord, on est 
étonné de la fréquence de cette seconde peine, qui frappe des con- 
traventions de minime importance. On s'en étonne moins lorsqu'on 
y réfléchit et que l'on compare entre eux les articles 81, 75 et 77 
des statuts, desquels il résulte clairement que les Juifs d'Avignon 
étaient débordés par les étrangers, que la place manquait pour se 
loger, et qu'enfin, dans le Comtat, on pouvait librement changer 
de domicile, se transporter d'une ville dans une autre sans se 
heurter aux obstacles et aux barrières que dans d'autres pays on 
avait accumulés autour des Israélites. 

Enfin c'était le moyen le plus pratique , peut-être un 
moyen nécessaire, d'éviter des amendes trop multipliées qui 
pouvaient retomber sur la commune entière : or la commune 
juive, les jurisconsultes le reconnaissent dans une de leurs notes, 
était bien pauvre. 



234 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Tels sonl les traits principaux du texte important que nous pu- 
blions et qui sera, nous l'espérons, une utile contribution à l'his- 
toire générale des Juifs. M. Isidore Loeb, qui a déjà publié les 
statuts de 1779, a bien voulu se charger d'expliquer ceux-ci au 
point de vue hébraïque. Je le prie d'agréer ici tous mes remercie- 
ments cordiaux pour cette savante et si utile collaboration, dont 
on trouvera le fruit dans les notes qu'il a jointes au texte. 

Aux statuts de 1558 j'ai réuni les documents suivants, qui m'ont 
paru les compléter : 

I. 19 mars 1510. Dispositif du règlement concédé à la commu- 
nauté Israélite d'Avignon, par Ange Léoni, archevêque de Torre, 
légat du pape Jules II, à Avignon. 

II. 1532. Procès-verbal des réclamations des États du Comtat- 
Venaissin contre les privilèges accordés aux Juifs par les papes. 

III. 1558. Statuts de la communauté juive d'Avignon. 

IV. 1417. Consultation d'un jurisconsulte, sur les irrégularités 
signalées par les auditeurs des comptes dans la gestion des bal- 
lons de la commune juive d'Avignon, pendant l'exercice qui venait 
de prendre fin. 

V. 1482. Procès-verbal de Jean Rosa, lieutenant du légat Jules 
de la Rovère, en exécution d'un bref de Sixte IV. 

VI. 1592. Bref de Clément VIII, sur les Juifs, rappelant les 
bulles de 1555 et de 1566. 

VII. 1243-1441. Extraits des statuts municipaux d'Avignon, 
relatifs aux rapports des Chrétiens avec les Juifs. 

R. de Maulde. 



19 mars 1510 

DISPOSITIF DU RÈGLEMENT concédé à la communauté 
Israélite d'Avignon par Ange Léoni, archevêque de Torre, 
légat du pape Jules II à Avignon. 

1. Confirmation des privilèges précédemment accordés, en géné- 

1 Ces importants documents, I et II, nous retracent la situation des Juifs d'Avi- 
gnon au moment ou lurent rédigés les statuts de 15S8. Nous nous bornons néanmoins 



LES JUIFS J)ANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 235 

rai. — 2. Les ballons de la communauté ne pourront être arrêtés 
pour dettes pendant la durée de leur charge, ni la salle d'école et 
la synagogue mises sous les scellés ; droit de refuge concédé dans 
cette salle aux Juifs poursuivis pour dettes civiles. — 3. Adoucis- 
sements relativement au port obligatoire d'un certain costume : 
les Juifs ne seront pas inquiétés si on les rencontre sans que, par 
hasard, la roue de leurs vêtements soit visible. — 4. Les Israé- 
lites présumés receleurs d'une chose volée ne pourront être pour- 
suivis que s'il y a preuve de mauvaise foi. — 5. Ils ne sont tenus 
à entendre qu'un sermon, le jour de la Sainte-Trinité l . — G. Dans 
le cas d'épidémie, il n'est pas permis de fermer les portes de leur 
quartier. — 7. Règlement pour le commerce du drap, et inter- 
prétation des Statuts municipaux d'Avignon à cet égard. 



II 

1532 

CAHIER des Etais du Comtat-Venaissin sur les privilèges 
concédés aux Israélites par les Papes en haine des Chrétiens 
et sur les réclamations formulées par les députés contre ces 
privilèges. 

Les Étais du Comtat-Venaissin récapitulent, article par arti- 
cle, les libertés abusives, selon eux, et préjudiciables aux chré- 
tiens que le gouvernement pontifical a accordées aux Juifs : ils 
formulent sur chaque point de vives réclamations et des vœux 
contraires. Les privilèges accordés aux Juifs d'une manière exces- 
sive seraient les suivants : 1° liberté d'habitation ; — 2° d'exercer 
toute industrie ; — 3° liberté de faire tout commerce ; — 4° de 
contracter, et d'exercer des poursuites contre les chrétiens ; - 
5° de prêter civilement à 16 0/0 ; — 6° commercialement à 25 0/0 ; 

— 7° cet intérêt constituant une dette exigible par les voies 
légales ; — 8° de contracter avec les étrangers ; — 9° que la pres- 
cription décennale de droit commun ne leur est pas opposable ; 

— 10° qu'ils peuvent user contre les chrétiens de tous moyens de 
coercition, même de ceux qui dépendent de la juridiction ecclé- 
siastique ; — 11° sur les délais de paiement; — 12° sur les cessions 
de biens des chrétiens ; — 13° sur l'égalité des Juifs devant la 

à en donner ici le sommaire, en ayant déjà publié le texte dans le Bulletin historique 
de Vaucluse. 

1 Les conciles les obligeaient à en entendre plusieurs. 



236 REVUE DES ETUDES JUIVES 

justice, et la défense de leur opposer l'exception d'usure, oppo- 
sable aux chrétiens ; — 14° que les Juifs peuvent traduire les 
chrétiens devant la justice ecclésiastique ; — 15° droit des Juifs de 
disposer des gages après un délai de dix-huit mois ; — 16° à pro- 
pos de la détérioration du gage ; — 11° faculté pour les Juifs de 
travailler les jours de fêtes chrétiennes ; — 18° que les Juifs ne 
sont pas soumis à la contrainte par corps ; — 19° exemption 
dans certains cas du costume spécial imposé aux Juifs; — 20° ir- 
responsabilité des baîlons quant aux dettes de la Communauté 
juive; — 21° que les Juifs ne peuvent pas être obligés à entendre 
des sermons ; — 22° ni à travailler ou à comparaître en justice 
le jour du sabbat 1 ; — 23° les Juifs ne peuvent être actionnés en 
justice que dans certaines conditions 2 ; — 24° il est défendu à tout 
fonctionnaire de prendre des mesures contraires à leurs privi- 
lèges 3 ; — 25° et, de plus, les Juifs participent aux privilèges 
des chrétiens 4 ; — 26° ils sont placés sous la protection et la sau- 
vegarde du Pape ; — 27° l'infraction aux privilèges des Juifs est 
punie de l'excommunication latœ sententiœ et d'une amende de 
mille ducats. 

Suivent les signatures suivantes : « Regemundus, vicarius Car- 
pentoractensis et deputatus. — Veleron, depputé. — De Brain- 
toux, depputé, — B. Choyselet, consoul et depputé. — A. de 
Constantia, consul Insulse 5 et deputatus. — Frances Voiel, con- 
soulz de Valreas et élu. — Stephani Pieroti, consul Cavallicensis G , 
depputatus . — Jacobus de Sancta Maria, sindicus de Pernes et 
élu. — Antoine Fauchier, élu de Bollène. » 

Et cette mention : « Extracta fuit presens copia a suo proprio 
originali jussu et mandata dominorum electorum, ad Urbem 
missa per me, Romanum Filioli, notariumet negociatorem, Trium 
Statuum secretarium, subsignatum. FILIOLI, notarius. » 

1 Item quod Judei, dicbus sabbatibus et eorum festivis, non possint criminaliter 
vel civiliter conveniri neque cogeri ad aliquid operandum neque de loco ad locum 
transeunti contraria sint precepta nulla 

2 Item quod non possit procedere contra eos ad instantiam lisci nisi parte privata 
accusante, et non possint carcerari neque arrestari nisi precedentibus legitimis infor- 
mationibus, et non possint condempnari nisi probata accusatione pcr très testes con- 
formes et fide dignos habentes in bonis immobilibus, pro quolibet, centum scutos, 
aliter acla sint nulla 

3 Item quod aliqui superiores Comitatus, officiales, inquisitores fidei aut alia quevis 
pcrsona non possint facere aliquas ordinationes vel constitutiones in prejndicium pri- 
\ilegiorum eorumdem Judeorum 

4 Item quod Judei gaudeant privilegiis et imunitatibus Christianorum et tam locis 
jatriaj Comitatus quam locorum particularium ejusdem ad instar Christianorum 

5 Lislc-sur-Sorgue. 
( lavaillon. 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 2 57 

III 

STATUTS DE LA COMMUNE JUIVE D'AVIGNON 

1558 » 



CE SONT LES DROICTZ OU STATUS que sont faiciz et 
ordonnés par les juifs de la présente, cité d'Avignon — iSÔS. 



Nous, six du conseilh 2 , assavoir est : Lyon Alphanderic, Bonjues 
Allamaud, Abraham Astruc, Mossé de Montelz, Ferrussol de Pam- 
pellonc, Gresques Mossé, de Carcassone, du conseilh; et nous, six 
hors du conseilh, c'est assavoyr : Aron de Milhaud, Vidal Vides, 
Gresques de Lunel, Gresques Nacquet, Lyon Roget et Davyn Aptar 3 , 
avecques et moyenant la licence susdicte 4 , sommes entrés de rénover 
articles et status, ou yceulx croistre ou diminuer, pour dix ans 
suyvantz, accomansantz l'an cincq mille troys cens et dix neuf, au 
compte de nous aultres Hebrieux :i , et du moys de septembre mille 

1 D'après le manuscrit original du Musée Calvet, à Avignon, coté actuellement : 
Histoire, in-4°, E 445 ; ms. in-4°, de papier, de 116 IL dont 105 seulement utilisés, 
d'une belle écriture ronde de scribe, corrigée en certains endroits, et notamment 
pour les mots hébreux, par une écriture contemporaine ; chaque article est numéroté 
et commence par une initiale. Le texte est régulièrement encadré de traits qui laissent 
de larges marges : le titre est encadré de dessins à la plume, de couleur ocre, qui 
imitent le volume imprimé. Ce titre porte la suscription que nous avons conservée 
au texte ; une main moderne a ajouté : « Il appartient à la bibliothèque Saint-Martial, 
d'Avignon, maison de l'ordre de Cluny. — 1735.» — Pour plus de clarté, nous avons 
cru pouvoir ajouter des accents aux participes passés et aux voyelles finales du texte 
que nous donnons. 

2 Le conseil qui dirige l'administration de la communauté juive. 

3 Ce Davyn Aptar signe tantôt « Actar » et tantôt « Aptar ». 

4 Ou plutôt dessous dite. 

5 L'ère juive est celle de la création. Le commencement de l'année juive concorde 
ordinairement avec le mois de septembre ou d'octobre. Pour l'intelligence de nombreux 
passages qui vont suivre, il est bon de donner dès à présent un extrait du calendrier 
de l'année juive auquel nous renverrons le lecteur chaque l'ois qu'il sera nécessaire. 
Les noms des mois sont : 1. Tisri ; 2. Hesvan ; 3. Kislev ; 4. Tébet ; 5. Sevat; 6. Adar ; 
7. Nissan; 8. Iyyar ; 9. Sivan ; 10. Tammuz; 11. Ab ; 12. Ellul. Les fêtes sont : 
Dans le premier mois, Ros-hasana, fête du commencement de l'année, 1 er et 2 tisri; 
Kippur ou grand jeûne, 10 tisri; Succot ou Cabanes, 15 et 16 tisri, suivis de 
cinq jours de demi-iête, dont le dernier, Hosana-rabba, a une importance particu- 
lière ; Acérct, 22 et 23 tisri. — Dans le mois d'adar, i'ête d'Esther ou Purim, 
le 14 adar. — Du 15 au 22 nisan. la tète de Pàque, avec ses quatre jours demi- 



238 REVUE DES ETUDES JUIVES 

cinq cens cincquante huyct selon le compte de messieurs les cres- 
tiens 1 . 



Déclaration que les juifs sont soumis aux lois. 

Et avant toute aultre chose et principe de nostre cogitation, et au 
commancement de nostre parlement, et pour desclarer nostre vou- 
loyr et intencion, nous faisons proteslacion, par façon sufficiente, 
que james n'a esté ny est nostre intencion, en ces presens articles, 
en aulcune manière, de prandre pour nous aultres aulcune jurisdic- 
tion, domination ou seignorie, oultre celle que nous a estée actri- 
buée et concédée par licence par nostredict seigneur le viguier, 
aussi que la vertu dudict article LXXXIII nous concède et ordonne 2 , 
comme il appert par les articles passez. 

Ils sont dévoués au gouvernement de N.-S. Père le Pape et à la ville. 

Plus révélions et declairons, nous surnommés depputés, que james 
n'est venu a nostre entendement de fonder, en aulcune sorte que 
ce soyt, aulcun article ou règle des presens articles, aulcune chose 
qui soyt contre l'aucthorité et seignorie de nostre Sainct Père le 
Pape. Ja, a Dieu ne plaise que veuillons y contrevenyr, ne contre la 
saincte foy catholicque crestienne, ne contre la court temporelle de 
ladite cité d'Avignon, ne contre les status, privilèges, conven- 
cions et franchises de ladite ville, ne séparer ou extraire nostreditc 
commune d'icelle ville, en aulcun lieu ou nous soyons conjoinetz a 
icelle. 

Tout article des statuts qui serait contraire aux lois est annulé d'avance. 

Et, si cas estoyt, ce que Dieu ne plaise, qu'yl aparoyssoyt ou qu'il 
fust avis et se trouvât aulx presens articles aulcune chose par 
laquelle l'on peult entendre quelque chose qui feust au préjudice 
des articles, status, franchises, privilèges, convencions et libertés de 
ladicte cité d'Avignon ou court temporelle, ou que en iceulxsoyt au- 

fériés, du 17 au 20; cette fête concorde avec avril-mai, — Les 6 et 7 sivan, fête de 
Pentecôte. (Note de M. Isidore Loeb, ainsi que les notes qui suivent et qui sont expli- 
catives de la partie hébraïque religieuse des Statuts et de quelques autres parties 
du texte.) 

1 D'après la protestation insérée à la (in, les statuts furent officiellement rédigés en 
hébreu : le texte que nous publions est une traduction authentique et officielle éga- 
lement du texte primitif, en roman, en nostre vulgar langage, faite à l'usage des 
Juifs d'Avignon qui, pour la plupart, ne comprenaient pas l'hébreu (Voy. art. XII, 
XX et LU) et spécialement pour la révision des Statuts par le viguier pontifical, aidé 
de doux jurisconsultes. 

2 II est probable qu'il s'agit ici d'un ancien article LXXXIII des Statuts de la 
communauté juive, article qui serait devenu dans la rédaction nouvelle l'art. LXXXV 
ci-dessous. 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 239 

cune chose qui s'entendit, ou ne fust possible de la faire entendre 
contre la foy catholicque crestienne, ou contre la seignorie, ou cause 
que n'est entre noz mainz et pouvoir de faire par ladicte licence, 
dont Dieu nous veulhe préserver, des a ceste heure, et de maintenent 
comme pour lors, renuncions a toutes ces choses et a toute poincte 
d'icelles en les mettant an néant, et icelle anullons comme si elle n'a- 
voyt jamays estée au monde. Car de cela faire n'a jamays estée nostre 
intencion. 

Et, semblablement,desclarons nostre vouloyr et intencion que n'est 
nostre vouloyr qu'il s'entende que en aulcune sorte ou manière, en 
aulcune chose, par raison de ladicte protestation; que en aulcun 
chef ou lieu soyt mys aulcun distorbi, empêchement ou contraven- 
cion. Car, des maintenent, par le temps présent, ny oncques pour 
l'avenir, par aulcun privilège, ou lettres, bulles , ou vidimus, 
données et concédées a ladite commune, du temps passé jusques 
au présent jour, par aucthorité de toutz les Sainctz Pères Papes, 
Messieurs reverendissimes les Cardinaulx, Camberlans, Legatz, 
Evesques, abbés et gouverneurs ; car nostre intencion est qu'ilz de- 
meurent toutz en leurs forces, fermetés, valeur, vertu et vigueur, 
puyssance, affermés et éternels, sans aulcun disturbe ou diminu- 
tion, en tout ou en partie, james, en aulcune sorte ou manière (a). 

(a) Les protestations susdites sont admises comme de 
droict. — Gabriel Girard, viguier. Laùeo, acesseur. Syssoigne, 
coassesseur ». 



Les présents statuts seront soumis à V approbation de N.-S. Père 
le Pape, du révérendissime Légat et du Viguier. 

Et après que seront confirmés et aprovés les presens articles par 
nostredict Magnifficque seigneur le viguier, avecques l'assistence 
et conseilh des spectables et eminentz seigneurs Messieurs Labeo 
Berard et André Syzoyne, docteurs es loix, et assesseurs prins et 
eslus en ceste partie par ledict seigneur viguier, et qu'ilz seront 
agréables a Nostre Très Sainct Père le Pape, seigneur immédiate de 
ladite cité d'Avignon, duquel soyt exaulcée la gloire et aucthorité, et 
aussi du Révérendissime et Illustrissime seigneur monseigneur le 
Légat et Vice légat, avecques les protestations susdictes, nous les 
affirmons et confirmons, et nous chargons a iceulx observer et 
garder, tant a nostre nom que aussi de toute la comune. 

1 La présente note et les suivantes, que nous intercalons ainsi dans le corps du 
texte, sont les notes originales écrites en marge de notre manuscrit et suivies des si- 
gnatures autographes du viguier et de ses deux assesseurs, signatures que nous 
croyons inutile de reproduire à chaque note. 



240 REVUE DES ETUDES JUIVES 



PREMIER ARTICLE. 

Malédiction, bannissement et amende prononcés contre tout juif qui 
enfreindra les statuts. 

Et tout premièrement, nous sommes d'acord de maintenyr la cous- 
tume ancienne, que les présents articles soyent escriptz en par- 
chemin et soyent soubssignés des propres mains et lettres de ceulx 
qui les hont faictz. Et ne pourra aulcun home ou famé de nostrc 
comuD, ne aussi celuy qui pour Pavenyr viendra habiter avecques 
nous, les passer ou infringer aulcunement. Et toutz ceulx qui con- 
treviendront aux presens articles ou contre aulcun d'iceulx volun- 
tairement, directement ou indirectement, en quelque manière que 
ce soyt, pour iceulx infranger, toutz ou en partie, aulx cours de la 
présente cité d'Avignon ou ailheurs, pour son utilité ou pour faire 
daumaige a aultrui, nostre vouloyr est que toutz ceulx qui contre- 
viendront contre la teneur des presens articles ou l'ung d'iceulx, 
nous protestons contre celuy, soyt homme ou famé, qu'il soyt en 
malédiction et en 1 lurem* et egregué et séparé de nous, et qu'il 
soyt donnée et oultroyée liberté a nostre conseilh 3 de le faire banyr 1 
en donnant les bayllons dix florins au fisc de Nostre Sainct Père le 
Pape, sans aulcune contradiction (a). Et cela oullre la peyne que sera 
ordonnée par nostredit Seigneur le viguier et ses accesseurs contre 
telz contredisantz. 

Aron de Milhaud. 

Lyon Roget. 

Gresques Naquet. 

Davyn Actar. 

Ferrussol de Pampallone. 

Lyon Alphanderic, pour luy et pour Vidau de Viviers. 

Bonjues Allemand. 

Abraham Astruc. 



1 Nous indiquons en italique, pour la facilité de la lecture, les mots hébreux, mais 
dans le texte original rien ne les distingue. 

1 Hércm est un mot hébreu qui signifie excommunication. Sur le caractère du 
hérem à Avignon, voir Statuts des Juifs d'Avignon, 1779, par Isidore Loeb. dans 
Annuaire de la Société des Et. j., l'° année, p. 185-180. Il reste à savoir si le mot 
banyr signifie simplement excommunier, mettre en hérem, ou s'il indique la peine de 
l'expulsion matérielle de la ville. Une pareille expulsion eût été bien grave. Où serait 
allé s'établir le juif expulsé? aurait-il pu établir domicile dans la carrière des juifs 
d'une autre ville appartenant au pape, ou n'aurait-il pas été obligé d'acquérir en 
Provence ou en Italie un droit de domicile que les juifs n'obtenaient qu'à prix 
d'argent ? 

3 D'obtenir qu'il soit banni de la ville, par l'autorité judiciaire chrétienne. 

/( Les baîlons sont des membres du conseil investis de plus d'autorité et charges 
d'une responsabilité plus grande que leurs collègues, des sortes d' 'administrateurs 
déléguai . Voir l'article 11. 



LES JUTFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 241 

Cresques Mossé, de Carcassonne. 
Cresques de Lunel. 
Mossé de Montelz. 

(a) A la poene de vingt cinq livres, toutes applicables au 
fisc ; et seront tenus les bayions de révéler a la court dedans 
troys jours, a compter du jour de Tan, sur semblable poene, 
applicable ladite poene pour les deux tiers au fisc et l'aultre a 
l'aumorne de l'hecdes. Gabriel Girard, viguier. Labeo, acesseur. 
André Syzoigne, coassesseur. 



SECOND [ARTICLE]. 
Organisation du Conseil de la communauté. 

Nous sommes d'acord que le nombre des gentz du conseilh, du- 
rant le temps des presens articles, seront quinze, ne plus ne moins. 

Assavoyr est six qui s'apelleront bayllons 1 , troys pour une ches- 
cune année de chascun tour, et troys qui se nommeront bayllons 
des manifestz \ Et les six qui demeureront seront conseilhiers. Et 
les bayllons qui serviront pour bayllons de carrière 3 au premier an 
serviront pour conseilhers au segond an. Et ceux qui seront bayllons 
en la segonde année serviront en l'office de conseilhiers en la pre- 
mière année. Et anssins sera en ung chascun tour, durant le temps 
des presens articles. 

Aussi est nostre vouloyr que toutz ceulx qui auront servi en 
l'office de conseilh, tant en l'office de bayllon de l'aumorne 4 que 
aussi de bayllon de l'alluminaire 5 , quatre années résolues, sera en la 
libereté de renuncer ou reffuser d'acepter ledict office quant seroyt 
esleu, sans incourir aulcune peyne. Toutefïoys celuy ou ceulx qui 
seront esleus aulxditz offices et n'auront servi quatre années réso- 
lues ne pourront aulcunement récuser d'accepter ledict office aulquel 



1 Baîlon, halle ; en latin, dans les actes provençaux, bajulus. On appelait ainsi, 
de très ancienne date, en Provence, les percepteurs de deniers, de péages, etc., 
tandis que dans le Nord ce mot, de basse latinité, avait pris une acceptioa plus haute 
[bailli). Les Israélites, dans le Comtat-Venaissin, avaient fréquemment assumé 
les fonctions pénibles de baîles. On leur reprochait, paraît-il, de percevoir trop 
ponctuellement les contributions. En 1215, un certain nombre de propriétaires de 
péages durent s'engager à ne plus employer de juifs comme baîles : c Et quod 
domini, nullo unquam tempore, judeum pro bajulo teneant, in predictis usaticis 
percipiendis. » (R. de Maulde, Coutumes et règlements de la république d'Avignon, 
p. 232, acte de 1215.) 

2 Sur les manifestes, voir l'article VIII. 

3 La carrière est la rue des juifs ou la Communauté des juifs, le contenant pour 
le contenu. En principe, les juifs ne pouvaient habiter hors du quartier qui leur était 
attribué (Voy. Statuts municipaux d'Avignon de 1243, art. GXXV, R. de Maulde, 
ibid., p. 195). Il y a eu toutefois des exceptions de fait à cette règle. 

4 La caisse de bienfaisance. 

5 Ou plutôt la « luminaire », l'éclairage de la synagogue. 

T. VII, n° 14. 16 



242 , REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sera esleu. Et celui qui sera esleu en l'office de bayllon, et aura servi 
audict office l'espace d'ung an, ne porra estre esleu audict office de 
deux ans après. 

Et, avenant le cas que auleun home, ayant office du comun, vint a 
mort ou qu'il y heust auleun qui voulsit translater son habitation 
ailheurs hors de la présente cité d'Avignon, seront tenus les geutz 
de nostre conseilh d'en eslire ung aultre a son lieu (Mêmes signa- 
tures que ci-dessus) [a). 

[a) Jureront lesdits hailons et conseilliez, avant exercer 
leurs officez, de bien et deulement exercer, et ce a la poene 
de dix livres, et en soyent trouvés avoir malversé, a eulx 
aproprié aulcuns biens de la comune, encorront la poene de 
vingt cinq livres, applicablez au fisc : et les officiers ne pren- 
dront auleun salaire pour ledit jurement fors leurs actes accos- 
tumez. {Mêmes signatures que ci-dessus.) 



III. 
Elections par les gens du conseil. 

Nous sommes d'acord que, ung chascun tour des presens articles, 
le premier sabat du moys eullul \ après souper, eviron demy heure 
avant la nuyt, seront tenus tous les gens du conseilh, qui seront 
dans la présente cité, de se congreger en l'escolle 2 et en Vazara* et 
en les maisons prochaines de la, comme quant la mayson du masel 4 , 
la gissinal* et au fourt', et pour faire leurs nécessaires, en la com- 
paignie du messagier 7 , ou avecques ung de la compaignie du con- 



1 Ellul. Voir la note sur le calendrier juif. 

8 L'école est la synagogue, ainsi appelée parce qu'elle servait à la fois de lieu de 
prière et de salle d'étude pour les rabbins. Quelquefois on y donnait l'enseignement 
aux enfants. 

3 Azara, mot hébreu qui signifie parvis, vestibule ; ici, vestibule de la synagogue. 

4 Masel, mazel, boucherie (ital. macello). Les juifs, tuant les animaux suivant un 
rite particulier, ont, de tout temps, possédé à Avignon des boucheries distinctes. 
Les statuts municipaux de la république d'Avignon en 1243, portent : « Item sta- 
tuimus. . . quod carnes a judeis interfecte vel macellate infra juzatariam (le quartier 
juif) vendantur : et qui contra hoc fecerit, vel aliquod istorum, in X sol. et in amis- 
sione carnium puniatur... » (R. de Maulde, ibid., p. 173, statut LXXXIV). Pour 
les autres denrées alimentaires, les juifs s'adressaient aux mêmes marchés que le 
reste de la population, mais ils étaient soumis, à cet égard, à un règlement étrange : 
« Item statuimus quod judei vel meretrices non audeant tangere manu panem vel 
fructus qui exponuntur vénales ; quod si fecerint, tune emere illud quod tetigerint 
teneantur » [Ibid,, p. 200, statut CXXXVII). 

5 Fesiba (hébreu), séance, réunion ayant pour objet l'étude de la Loi. On s'y rendait 
pour entendre des homélies, des instructions : par extension, comme ici, le lieu où se 
tenaient ces réunions. 

c Peut-être le four aux pains azymes. Voir Statuts de 1779, p. 177. 
1 Employé de la communauté, samass. 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 243 

seilh, pour faire les élections des gens du conseilh, corne est dessus 
dict, de quelque main ■ que ce soy t. 

Aussi feront les ellections les bayllons de raumorne et de la lu- 
mynaire et auditeurs des querelles 2 , chambres (sic) et parladours 
de largissiva* et netiems k des mordz 8 , visitadours de la chair du ma- 
sel, bayllons de la confrérie des malades 6 , et gardadours de bulles et 
aultres escriptures de la comune. 

Toutesfoys ce sera avecques condition que ceulx qui seront esleus 
du conseilh ne seront point prochains parens les ungs des aultres, 
corne est père et filz, deux frères, suogre 7 et gendre. Toutesfoys a les 
aultres ellections, a cotté d'un office seul, pourront estre de ceste 
proximité surdicte. 

Et semblablement nostre vouloyr est que les gens du conseilh, qui 
se treuveront pour lors, ne sortiront de ladicte escolle ny des maisons 
susdictezny seulx, ny accompaignés, jusques a ce que seront faictes 
les ellections surdictes de tous heux ou de deux parties et signées de 
leurs mains, sinon qu'eulx heussent excuse légitime. Et ceulx qui 
ne ce vouldront treuvé en ladicte congrégation au temps susdict, ou 
celuy ou ceulx qui sortiront de ladicte congrégation pour excuse 
légitime, et n'auront point de voix a fair^. les susdictes ellections, 
mais ce feront par la voix de ceulx qui demeureront, ou par les deux 
parties d'heux : et ne pourront toutz ceulx qui sortiront, ni aulcung 
de nostre rue, de contradire au faict des ellections directement ou 
indirectement, ny moienera point pour faveur d'aulcun cortisain ny 
seigneur, ny prince pour contredire et venir contre les ellections qui 
seront faictes, et ce sur peyne de cincquante escus, aplicables la 
moytiéau fisc et Faultre moytié à Faumorne appelle Vhecdes 8 ; aussi 
qu'i sera deloingné de Dieu, et séparé et segregé de nous et de nostre 
commune. 

Aussi nostre vouloyr est que les ellections qui se feront au 
moys de elull prochain se feront selon la teneur des presens ar- 
ticles et serviront pour le premier tourt, combien que le temps soyt 
anticipé. Et si ledict moys & elull estoyt ung samedy 9 , combien qu'il 



1 On se rappelle que la communauté juive était divisée en classes, appelées mains. 
* Personnes chargées de juger certains procès de peu d'importance entre juifs. 

3 Comme gissinal, quelques lignes plus haut. 

4 Nettoyeurs. 

5 Personnes chargées de laver et de nettoyer le corps avant l'enterrement. 

6 Confrérie chargée de prendre soin des malades et probablement d'enterrer les 
morts. Voir Annuaire, I, p. 179, 218, 219. 

7 Sozer, sogre, sicègre, beau-père. 

8 Hecdes, mot hébreu signifiant ici tronc ou caisse de bienfaisance. 

9 C'est-à-dire si le premier jour du mois d'ellul était un samedi. Cela paraît signi- 
fier que, si la fête de la néoménie d'ellul tombe un samedi, quoique cette fête 
soit de deux jours (dans ce cas, samedi et dimanche, jamais vendredi et samedi), 
l'élection se fera néanmoins le samedi et non la veille vendredi, sans doute parce que 
le premier jour de la fête de la néoménie ne fait pas partie, en réalité, du mois 
d'ellul, mais du mois précédent. 



244 REVUE DES ETUDES JUIVES 

feut de deux jours, seront lesdictes ellections ledict samedy pre- 
mier jour du moys. 

Et nostre vouloyr est que les ellections seront scriptes par les 
mains de l'escriteur de la commune, si est a la ville, et soubsignées 
de tout le conseilh ou des deux parties d'iceluy, comme est desus 
dict. Et nostre vouloyr est que tous ceulx qui seront esluz d'estre 
du conseilh ne pourront estre esluz en l'office de l'aumorne ou de 
la lumynaire. Aussi nostre vouloyr est que ne pourra aucuDg 
de nostre comuûe de moiyener ny de faire prier de la part d'aulcun 
cortisain, ny seigneur, ny de faire commander, ny de prier le con- 
seilh de non estre eslu ou de l'eslire, sur peyne de dix florins a 
toutz ceulx qui feront cela, appliquâmes la moytié au fisc de ladite 
court, temporelle, et l'aultre moytié a l'aumorne appelle Vhecdes. 
[Suivent les signatures précédentes l ) {a). 

[a) Le contenu du présent article sera observé sur les poenes 
y contenues, applicables pour les deux tiers au fisc, et pour 
l'autre a ladite aumosne. Et seront tenuz les bailons, dedans 
troys jours du jour de leur notice, notifier les contrevenants 
a la peine de dix florins, applicables comme dessuz. 



IV. 

De V office de bàylon. 

Nous sommes d'acord que ne pourra aulcun bayllon, durant le 
temps de office, de demeurer hors de ladicte ville plus que de quinze 
jours, sinon qu'il heut excuse légitime. Aussi ne pourra aulcun 
bayllon de manifestz demeuré hors de ladicte ville au temps que se 
comptent le manifestz plus de huict jours sequtivement (#), sinon 
qu'il heut quelque excuse légitime. Toutesfois, après estre passé 
le temps de compter les manifestz, pourront demeurer hors de 
ladicte ville deux moys et non plus, sinon qu'il heut excuse légi- 
time. Et si cas advenoyt qui fust temps de peste au temps qu'i 
se doyvent faire lesdictes ellections, ledict conseilh, qui sera pour 
lors, pourra dislaierle temps de faire les susdictes ellections jusques 
a ce qu'on soyt de retour en la présente cité ou dorront licence a 
ceulx du conseil, qui seront pour lors presentz en ladicte cité, de 
pouvoir faire les susdictes ellections, lesquelles auront tant de value 
et efficace corne si tout le conseilh les heut faictes. Aussi nostre vou- 
loyr est que le conseilh, avant fuyr de la présente cité, dorront 
hordre d'eslire troys homes ou du conseih ou de ceulx qui sont de- 



1 Chaque article est suivi des signatures que nous avons transcrites après l'article I. 
Il est à remarquer seulement que le nombre des signatures varie. D'ordinaire il n'y 
en a que neuf, au lieu de douze, et ces signatures sont tantôt de certains conseillers, 
tantôt de certains autres. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 245 

hors. Et ce, pour régir et gouverner ladicte rue, sive comune, de 
tout ce qui sera de besoing. Et ladicte comune sera gouvernée pour 
heux jusques a ce qu'on sera de retourd. Et ne pourront emprunter 
aulcun argent qui n'aient ung propos signé de la plus grand part 
du conseilh. 

(a) A la poene de cinq livres tournoys, et applicablez au fisc. 



V. 

La communauté administre les biens des mineurs. 

Nous sommes d'acord que toutz de nostre commune, tant homes 
que famés , qu'iront de vie a trespas et lerront enfans et filhes 
mineurs de dix a vint ans, et auront aulcuns biens corne maisons *, 
debtes et gaiges, nostre vouloyr est que la comune prandra tout le 
ménage (#), meubles et debtes, exceptée la mayson. Et devra fàdicte 
comune aux orphelins pour chascun cent qui ce recouvrera desdictz 
biens, la somme de cept pour cent \ Et, oultre ce, ledict bien qui se 
recepvra ne paiera aulcune charge ny tailhe, a celle fin que les- 
dictes biens ne se vienent a consumer ny ruyner. Et ledict argent 
demeurera aulx mains de ladicte comune jusques a ce que les 
masles auront vint ans et les filhes seront de âge a se marier. 
Toutesfoys les maisons ne sont point en ces conclusions. Et si la 
vefve ou aulcune parsonne des parens du defeund ne vouloint 
donner ny exhiber lesdicts biens et mettre entre les mains de ladicte 
commune le tout ou en partie, nostre vouloir est que le conseilh, qui 
sera pour lors, aict aulcun esgard de soulager lesdictz mineurs des 
tailhes ou impos ; et la comune prendra la marchandise et le mey- 
nage, et joyaulx, et debtes, et ne luy dorront point cept pour cent 
ny acquit de tailhes de ce que recouvreront, exepté ce qui viendra 
aulx mains de la comune, n'est a excepté la maison. Et si les orphe- 
lins sont povres et ne pouvoint donner aulcune chose entre les 
mains de la comune, sera donnée liberté au conseilh, qui sera 
pour lors, d'avoir esgard du solagement des tailhes selon leur 
discrétion. 

[a) Estre pourveu au préalable de tuteurs ou curateurs aus- 
dits mineurs, les parens ou, en leur denault, les voysins 
appeliez, et y sont consententz : aussi après que l'estime, par 
auctorité de justice, sera faicte desdits meublez, cessent toute 

1 On voit par là que les anciennes prescriptions, qui interdisaient aux juifs la 
possession d'immeubles, n'étaient aucunement observées à Avignon. Plus loin, nous 
trouverons la mention de vignes et d'immeubles ruraux possédés par eux (art. XVIII 
et autres). Les statuts de 1243 disaient simplement : « Item statuimus quod nullus 
judeus in futurum possit emere in civitate ista vel districtu censum in aliquo honore 
quem possideant christiani (stat. CXXV, p. 195), 

2 C'est un intérêt assez élevé. 



246 REVUE DES ETUDES JUIVES 

fraude, est permy a ladite comune prendre yceulx meubles 
et marchandises, suyvant la forme de l'article, et du pris des- 
dits biens, ensemble de la pension, ladite commune s'en obli- 
gera en bonne forme. 



VI. 

Collecte pour assurer l'instruction des enfants pauvres, pour les vêtir 

et les chausser. 

Nous sommes d'acord que, pour ce que l'estude de la loy 1 est 
du commandement que Dieu nous a donné, nostre vouloyr est que, 
au temps que ce feront les ellections, le conseih ellira deux qui 
seront bayllons de la confrérie de l'estude, et ceulx adviseront les 
enfans povres pour et aulx fins de les faire estudier, et ce a ung 
maistre ou deux, si besoing en est, aussi vestir et chauser. 

Et seront attenus lesdictz bayllons de culhir, ung chaseun moys, 
soulx de chaseun, soy t home ou famé, de la grand main, et seze deniers 
de chaseun home ou famé, de la main moienne, et huyct deniers de 
la main mineur, et c'est pour ung chaseun moys. 

Et lesdictz bayllons aviseront si ledict maistre faict bien son deb- 
voyr d'apprendre lesdictz enfans. 

Aussi tiendront compte de l'argent que dorront audict maistre 
desdietz enfants : aussi de les chauser et abilher, si l'on a argent 
a la caise. Aussi cuilliront les oufertes des estrangiers 2 ou bien des 
autres qui vourront donner en dévotion, pour faire apprendre lesdictz 
enfants. 

Et nostre vouloyr est que lesdictz bayllons de ladicte confrérie 
recepvront d'ung chaseun matrimoyne, sive quesuàac 3 , troys soulx 
pour chascung cent. Et cuilliront chaseun moys la somme sus- 
dicte (a) et dorront compte et reliqua aux recepveurs de comptes 
dans ung an. Et ne pourront contraindre ung chaseun des particu- 
liers a donner la somme susdite. 

(a) Et ce à la poene de cinquante soulx, applicablez au fisc. 

VII. 
Durée des statuts. 

Nous sommes d'acord que les presens articles dureront douze 

1 Le mot loi désigne, dans un sens élroit, le Pentatcuque; cependant il s'applique 
aussi, d'une manière générale, à toute la science juive ou aux prescriptions de la 
religion juive. 

* Juifs du dehors, de passage à Avignon. 

1 C'est le mot Lébrcu Ketuba, contrat do mariage. Ou le trouvera encore plus loin 
sous la forme de quzssuba (articles 62 et 74). 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 247 

ans revolux et acommanceront l'an cincq mille troys cens et dix 
et neuf a la création du munde, que sont en l'an mille cincq cens 
et cincquante et Imict ou compte de messieurs les crestiens, et 
finiront Tan cincq mille troys cens et trente, ou compte des juifz, 
finiront tout le moys d'elull, qu'est l'an mille cincq cens et septante, 
vel circa , le moys de septembre S ou compte de messieurs les 
crestiens. 

Nous sommes d'acord que le tour sera appelle de deux ans revo- 
luz, que viendra six tours en douze ans. 

VIII. 
Sur le tour du manifeste général des Mens de chacun. 

Nous sommes d'acord que, avecques la licence et bon vouloyr de 
Nostre Sainct Père le Pape ou de Monseigneur le reverendissime 
Légat ou Vice légat, nostre vouloyr est que, durant le temps de ses 
presens articles, seront tenus de faire en six tours presens, c'est 
assavoir troys tours manifestz gênerai (#), et troys tours taxés. 

Et le tour qui vient prochain de ces presens articles, ce feront 
manifestz gênerai, et le tour suyvant taxés. Et ainsin continueront 
tour par tour jusques au complimant de ses presens articles. 

Et aulcung home ou famé de nostre comune, qu'il que ce soyt, non 
pourra aller contre ledit article ny icelluy ny aultres pour luy, soyt 
juif ou chrestien, ny persécuter d'aller contre ledict article, en quelle 
manière que ce soyt, directement ou indirectement [b). 

Et, si le cas entrevenoyt que ce voulsissent promettre par 
aulcun seigneur ou cortisain de se sollager et priver ou par vie, 
de grâce ou aultrement, aulcun juif ou juifve de nostre comune, par 
mode qu'i ce voulsissent exempter de faire leur manifestz gênerai en 
leur tour qu'i ce devra faire le manifestz gênerai, ou verement ce 
vouldra exempter de non tenir sa taxe au tour qu'i se feront les 
tauxes : nostre vouloyr est que ladicte grâce ne luy servira de rien, 
mais sera tenu de faire son manifestz bien et duement, selon la 
teneur des presens articles, sans faire aulcun frault, et ce sur poyne 
de cent escus (c), la moytié a l'aumorne appelée ecdes : et néanmoins 
sera deslogné de Dieu et des gens, selon nostre loy, et ne pourra 
contredire de recepvoir ledict loignement, car ainsin nous sommes 
d'acord de le faire. 

Et si ne permettoyt a Nostre Sainct Père Pape ou bien a Mon- 
seigneur le reverendissime monseigneur le Légat ou Vice légat de 
otroier le tour de les tauxes sudictes, des lors et de maintenant, 
nous accordons au manifestz gênerai, comme estoyt par le temps 
passé, de chascun tour de noz presens articles. 

1 Nous avons déjà dit que le commencement de l'année juive tombe en septembre- 
octobre. Voir la note sur le calendrier juif, 



248 REVUE DES ETUDES JUIVES 

[a) Sauf que, si aulcuu ne voloyt faire son manifest, sera tenu 
observer le contenu au septiesme des derniers articles faietz 
estant viguier monsieur le baron de Perrussiz. 

(Jb) Ledit seigneur viguier ou son lieutenant, [après] avoir 
ouyes les partyes en leurs raisons; pour ce que les facultés 
des particuliers ne se peuvent scavoir que en faisant leurs 
manifestz, aussi que plusieurs desdits particuliers, y a ja long- 
temps, n'ont faict aulcun manifest, a ordonné que, nonobstant 
l'addition précédente, que le premier et le tiers tours au moins 
se feront manifestz, et au reste des aultres tours ne volantz faire 
manifestz seront tenus observer ce qu'est contenu a ladite addi- 
tion. 

(c) Applicable ladite poene au fisc, déclarant ledit seigneur 
viguier qu'il n'entend présumer aulcune chose contre l'auto- 
rité du seigneur. 



IX. 

Sur la confection des taxes. 

Nous sommes d'acord que, au tour qu'i se feront les taxes, qui sera 
le segond tour de ces presens articles, et le quatriesme tour et le 
sixiesme, seront tenus toutz les gens du conseilh ou la pluspart, le 
segont jour de la sepmaine après estre faicte l'élection du conseilh, 
d'eslire neuf juifz, quelz qu'i soient, ou du conseilh ou dehors du con- 
seilh. 

Et les troys premiers qui seront elluz seront enserrés en une carce 
ou bien chambre de la comune, au playsir de ceulx du conseilh. Et 
depuis en après elliront aultres trois, et seront enfermés corne les 
aultres troys, desseparés des troys premiers en une aultre chambre. 
Et aussi les aultres troys seront elluz après deseparés des susditz 
aultres en une aultre chambre. 

Et les troys premiers feront la taxe de tous les gens de nostre 
comune, homes et famés, sellon leurs consciences, en faysant tout 
premièrement bon serement, en embrasant le rosle de Moyses *, de 
faire ladicte taxe sans faire aulcun frault, mais bien et duement, ex- 
ceptés a ceulx qui sont prohibés a eux de faire ladicte taxe, corne est 
de père et filz, et du frère, suegre et gendre. Et les troys suy vans feront 
ainsin lesdictes taxes avec le serement, comme les troys premiers, et 
ainsin pareillement feront les aultres troys corne les premiers, et les 
segonds avecques serement. Et les bayllons du manifestz adviseront 
en toutes les troys taxes susdictes et prandront la moienne taxe 



1 Le Rôle de Moïse ou simplement le Rôle, tel est dans les textes le nom de l'exem- 
plaire du Pentateuque dont on se sert pour les lectures. publiques dans la synagogue, 
exemplaire roulé comme l'étaient les livres [volumina] dans l'antiquité. 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 249 

qu'auront tauxés ces neuf juifs, que sera celle que sera moindre a 
chascum, tant homme que famé. 

Et si, par cas fortuyt, aulxdictes taxes feussent d'accord deux com- 
paignies des taxateurs, qui sont six parsonnes, sera aussi pareilhe- 
ment celle taxe que sera moindre, soyt bien a home ou femme de 
nostre comune. 

Et après estre faicte ladicte taxe et estre donnée aux mains 
de l'escripteur ou aulx mains des hayllons du manifestz, seront 
relaxés lesdictz taxateurs de leur prison et de leur chambre, qu'es- 
toint enserrés. Et alors le conseilh ellira six taxateurs aultres, 
pour taxer lesdictz taxateurs et leurs parentz prochains corne desus 
est dict : deux demeureront en une chambre et feront serment 
comme les premiers de faire la taxe bien et duement, sans aulcum 
frault, des neuf taxateurs premiers et de leurs prochains parens. Et 
pareillement feront les deux taxateurs segond, enserrés comme les 
aultres, la taxe des neuf premiers. Et aussi pareillement les aultres 
deux forens. 

Et le paiement des premiers taxateurs et taxateurs des taxateurs, 
pour ung chascun jour, quatre soulx tournoys pour home pour leur 
vivre, et ne mangeront rien aulx despens du comun. Et ce sera tant 
qu'i seront enserrés. 

Et les bayllons du manifestz manderont tillez de la somme moienne 
de ce qu'auront tauxé les taxateurs et de leurs parens, corne a esté 
faict par les taxateurs premiers. Et tous ceulx de nostre carrière qui 
ne vouldront tenyr la taxe seront tenus et cogis d'ouyr Vkerem et le 
serement d'embraser le rosle *, de faire son manifestz aulx temps 
designés aux presentz articles. Et tous ceulx de nostre comune que 
ce permettront d'aller aulcunement contre lesdictes taxes, ou bien 
moienera les rompre, teumbera en la peyne de cincquante escus, et 
sera séparé de Dieu et de nous, comme porte la teneur de nostre 
loy [a). 

{a) Se observera le contenu au présent article avec la licence 
dudit seigneur viguier. — Applicable au fisc. 



X. 

Suite. 

Nous sommes d'acord que, huyct jours avant que ce facent les- 
dictes taxes, ce fera une crié (a) en la rue de la comune de la juefrie, 
admonestant a toutz ceulx, tant hommes que famés, qui auront 



1 Un hérem préventif était prononcé en présence des personnes qui étaient appelées 
à faire leurs manifestes, afin de les avertir de ne pas frauder la commune. Ce hérem 
était écouté par le contribuable, qui prêtait ensuite serment sur le rôle de la Loi. 
Voir Statuts de 1779, p. 268-269. 



2bO REVUE DES ETUDES JUIVES 

recouvert et receu aulcune doyre * ou verement donné aulcune 
doyre, soyt de ladicte ville d'Avignon ou de hors d'Avignon, sera 
attenu de venir et de porter, par tillet escript de sa main ou de 
main d'aultruy, aulx bayllons du manifestz tout ce qu'auront re- 
couvert des doyres, soyt d'ysi ou hors d'ysi, et aussi pareilhement 
tout ce qu'auront donné des doyres. 

Et les bayllons du manifestz manderont a tous les taxadours, aussi 
a tous les taxatours des taxatours, la copie des tillez de les doyres 
qu'auront receu des particuliers de nostre comune. Et toutz qui 
occulteront et selleront de non reveller aulxdits bayllons du mani- 
festz tout ce qu'auront receu, tant icy comme dehors d'yci, nostre 
vouloir est que les taxatours leur aumenteront aulx particuliers tout 
ce qu'auront receu desditz doyres, oultre la taxe qu'auront faict sur 
leurs biens ; et aussi qui passera la peyne que sera faicte et imposée 
de par Mgr le viguier, par la crié que sera faicte (b) contre toutz 
ceulx qu'occulteront en non revellant ce qu'auront receu. Et ceste 
crié se continuera de faire durant le temps des tours que ce feront 
les tauxes. 

Et tous ceulx qu'auront donné doyre et n'auront point revellé 
aulx bayllons du manifestz, avant l'imprisonement ou aultrement, 
en serement des taxatours, ne leurs sera rien rebatu de tout ce 
qu'aura donné. 

Et si icelluy qu'aura donné doyre de nostre comune a ung aultre 
de nostre commune et aura dénoncé aux bayllons du manifestz 
tout ce qu'aura donné, les taxatours pourront aulmenter a icelluy 
qu'aura receu ladicte doyre tout ce qu'aura receu, sellon l'escript 
qu'aura donné icelluy qu'aura donné ladicte doyre, combien que 
icelluy qu'aura receu ne soyt point venu denoncié a la comune. 

Aussi seront attenus les bayllons du manifestz de mander par 
escript toutes les livres passées de chascun de nostre comune (<?). 

(a) Par autorité dudit seigneur viguier, et ce a la poene de 
vingt cinq liv. t. applicables au fisc. 

(b) Par autorité dudit seigneur viguier. 

(c) Et ce a la poene de six livres t., applicablez au fisc. 



XL 

Recouvrement des taxes. 

Nous sommes d'acord que, en l'entour que ce feront les taxes, 
seront tenus tout home et famé de nostre comune venir recepvoir 
le tillet de sa taxe dedans troys jours après estre sortis les taxatours 
et les taxatours des taxatours de l'enserrement. Et icelluy, tant home 
que famé, de nostre comune qui ne vouldra {a) tenir sa taxe, qu'i 

1 Douaire. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 251 

soyt cogit de faire son manifestz fidellement celon la teneur de nos 
presens articles. Et sera cogi d'escouter Yherem et de prandre le 
serement, sive le premier serement ou le segond. Car nous voulons 
que ce face deux serement avant que vienne le premier jour de 
l'an l . Et icelluy ne jurera point avecques pache de tenir sa taxe 
ou de faire son manifestz. 

Car nostre vouloyr est que, despuis qu'il aura escouté Yherem 
et aura prins serement, ne pourra tenir sa taxe, mais fera son ma- 
nifestz. 

Et nostre vouloyr est aussi que le messagier de nostre comune 
ira crier troys nuyctz a tous ceulx la qui n'auront recouvert leur 
tillet de sa taxe, qui le viennent recepvoir pour ce que après ne se 
excuse qui n'a point receu de tillet de sa taxe [b). Car ne voulions 
point qu'i soyt donné foy aulcun personnage qui nyera sa taxe, 
mais bien que le messagier soyt creu, ou verement le bayllon du 
manifestz. 

{a) Sur la poene contenue au huictiesme article, contre les 
fraudateurs des manifestz. 

(à) A la poene de vingt cinq soûls t., applicables les deux 
tiers au fisc et l'aultre a l'ausmone. 



(A suivre). 

1 C'est peut-être le premier tisri, car, à l'article suivant, il est dit que le hérem 
préventif, pour le manifeste général, se fera après l'élection du conseil, et, d'après 
l'article 3, cette élection a lieu le premier samedi d'ellul, c'est-à-dire au commence- 
ment du mois qui précède le mois de tisri. Il se peut aussi et il paraît même plus 
probable que le premier jour de l'an soit le 1 er janvier; voir Annuaire, I, p. 261 et 
269, deux hérem avec serment qui se font en décembre. Voir article XVI. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 

SOUS L'ANCIEN RÉGIME 

(suite ! ) 



III 



SERMENTS DES JUIFS 



On sait combien les formules de serments more judaico ren- 
ferment de malédictions et d'imprécations horribles contre les par- 
jures ; on sait aussi de quelles cérémonies ridicules, extravagantes, 
parfois même obscènes, certaines législations accompagnaient la 
prestation du serment faite par un juif. Dans un capitulaire de 
Charlemagne et de Louis le Débonnaire 2 et dans un rescrit de 
l'empereur byzantin Constantin VIII 3 , sont déjà contenues des dis- 
positions que l'on voit dans le droit saxon et dans le droit souabe 
du moyen âge 4 , et que l'on retrouve dans des ordonnances plus 
récentes édictées en divers pays. Ces dispositions et ces formules, 
qui n'ont leur origine ni dans la loi écrite, ni dans la loi orale des 
israélites, contrairement à ce qu'a cru plus d'un jurisconsulte, ne 
tendaient qu'à dégoûter le juif du serment et à attirer en même 
temps sur lui la défiance et le mépris. 

Les serments more judaico, qui nous paraissent avoir été en 
usage dans les pays belgiques, bien que présentant des formules 
analogues à celles usitées autrefois en Allemagne , formules 

1 Voir plus haut, p. 117. 

* Monumcnta Germaniae historien, t. III (Legum t. I), Hannoverac, 1835, in-fol., 
p. 194. 

3 Lcunclavius, Jus graeco-romanum, Francofurti, 1596, t. I, p. 118-120. 

4 Voir le Sachsenspief/el et le SchrvabensjMgel, 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 2o3 

dans lesquelles on n'épargnait point au parjure les malédictions, 
n'étaient cependant accompagnés ni de cérémonie grotesque ni 
d'appareil odieux. 

Ainsi, d'après une ancienne formule en allemand, qui se trouve 
en tête du registre A des archives de la ville de Luxembourg 1 et 
qui nous paraît y avoir été inscrite au xvii siècle, le juif se bor- 
nait en jurant à poser la main sur sa poitrine. Voici, au surplus, 
le texte de cette formule : 

JURAMENTUM lUDAEI. 

Ponendo manum supra pectus. 

Ich N. Jude schwehre bey dem lebendigen Gott der himmel vundt 
erde geschaffen hatt, dasz ich die warheit, so vieil mir wissendt, in 
dieszer gantzer sachen sagen will, vndt keinerley falsch, betrugs 
oder vnwarheit darin gebrauchen oder inmischen, vundt wo ich 
vnrecht schwehre, dasz ich ewiglichen vermaladeyet vundt verflucht 
seye, vundt soll mich verzehren dasz feuer, dasz Sodoma vndt Go- 
morra vbergings, vundt aile fluch die in Tkora, im gesetz geschrie- 
ben, vundt mich die erde verschluck, wie Datan vndt Abiron, dasz 
auch meine frauw eine wittfrauw, vundt meine kinder weyssen 
werden, alszo helff mir das ailes vundt jedes, der wahre Gott 
Adonai, 

Traduction : Moi, N., juif, je jure par le Dieu vivant, qui a créé 
le ciel et la terre, que je dirai la vérité, autant que je la connais, 
dans toute cette cause, et que je n'y emploierai ou n'y mêlerai au- 
cune fausseté, tromperie ou mensonge; et si je me parjure, que je 
sois éternellement maudit et réprouvé, et que me dévore le feu qui 
tomba sur Sodome et Gomorrhe, ainsi que toutes les malédictions 
écrites dans la Thora, dans la loi, et que la terre m'engloutisse 
comme Dathan et Abiron ; qu'en outre ma femme devienne veuve 
et mes enfants orphelins. Ainsi m'aide en tout cela le vrai Dieu 
Adonai. 

Ce serment a-t-il jamais été en usage à Luxembourg? C'est ce 
qu'aucune indication ne nous fait connaître. 

Le même doute existe pour la formule suivante, qu'un ancien 
arrêtiste, Pierre-Jacques Brillon, conseiller au conseil souverain 
de Dombes, appelait « la formule du serment juif de la ville 
d'Anvers ». 

Brillon disait en parlant de ce serment : « Il est journellement 

1 Ce registre renferme des copies de documents de toute espèce, faites au xvn e et 
au xvm e siècle, jusqu'en 1735. 



254 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en usage et observe* à Amsterdam, Vienne, Francfort, et autres 
lieux, où les juifs ont leurs synagogues et résidences l . » 

C'est là une erreur : Anvers n'avait pas de formule de serment 
more judaico qui lui fût propre. Ce serment prétendu d'Anvers 
n'est autre qu'une des deux formules prescrites par une ordon- 
nance de la chambre impériale, rapportées en traduction flamande 
par le jurisconsulte Anselmo dans son Tribonianns belgicus*-, 
d'après le texte allemand publié par Noë Meurer dans sa Kammer- 
gericlitsordnwig 3 . 

Nous ne connaissons aucune ordonnance prescrivant l'usage à 
Anvers de l'une ou de l'autre de ces formules ; toutefois le même 
Anselmo rapporte que, dans un procès en 1657, le défendeur, Lopo 
Ramirez, juif d'Amsterdam, résidant alors momentanément à 
Anvers à cause de ses affaires, invité par le demandeur à prêter 
serment suivant l'une de ces formules, se déclara disposé à jurer 
selon la manière accoutumée chez les juifs et selon une formule 
à proposer par le juge, « séparation praestare juramentum more 
inter Iudaeos solito, et juxta formulare a judice proponen- 
dum»*. Anselmo ne nous fait point connaître la suite de cette 
affaire, mais il est probable que l'une des deux formules en ques- 
tion fut alors employée. 

La formule prétendue d'Anvers fut sans doute encore plus tard 
en usage dans cette ville, car nous la retrouvons transcrite dans 
YEedboek ou livre des serments, conservé dans ses archives. Ce 
registre, qui avait été fait spécialement pour la joyeuse entrée à 
Anvers de l'archiduc Charles, depuis l'empereur Charles-Quint, 
comme marquis du Saint-Empire, le 12 février 1514 (1515, nou- 
veau style), contient la formule du serment du souverain et celles 
des divers officiers 5 . Il renferme en outre des formules des siècles 
suivants; et c'est ainsi que celle du serment des juifs y fut insérée 
au xvm e siècle, à en juger d'après l'écriture. C'est, à quelques 



1 Brillon, Dictionnaire des arrêts^ nouv. édit., Paris, 1727, t. III, p. 978. Brillon 
rapporte d'après des « notes de M. Maillard » tout ce qu'il dit de ce serment. 
s Bruxellis, 1663, p. 138 ; — editio nova, Antverpiœ, 1692, p. 138. 

3 Voici le titre de cet ouvrage, que nous n'avons pu malheureusement consulter : 
Kammergerichtsordnung und Procesz neben al'lerley desselben Formen und Exempterez 
Frankfurt, 1567, in- fol. Une autre édition fut imprimée chez Gaspar Béhem à Mayence 
en 1584, in-fol.; c'est de cette dernière qu'a fait usage Anselmo. 

4 Anselmo, L c. 

5 Génard, Joyeuse entrée et inauguration de Varchiduc Charles à Anvers, en 1515; 
dans les Bull, de la commission royale d'histoire, 4 e série, t. I, Bruxelles, 1873, 
p. 394-395. Nous devons à l'obligeance de l'auteur même de cette notice, M. Génard, 
archiviste de la ville d'Anvers, les renseignements que nous donnons sur cet Eedbock 
et la copie de la formule que nous transcrivons. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 255 

légers changements près, l'une des deux rapportées par Anselmo. 
En voici la transcription : 

FORMULIER VANDEN EEDT DER JODEN. 

Soo eenen jode eedt doen wilt *, soo moet hy den boeck Moyses 
by hem hebben, daer inné de thien geboden geschreven staen 2 ; 
als dan sal men den jode al eer hy den eedt doet, met de naervol- 
gende woorden belasten ende besweiren 3 : Ick besweire u jode, by 
het verbondt dat Godt schreeff ende gaff Moyses * op den bergh 
Sinai, dat gy u wilt bedencken ende seggen oft desen boeck 5 is daer 
op eenen jode tegens eenen christenen oft jode sweiren sal ende 
mach. Spreekt dan den jode, dat het den selven boeck is, soo sal men 
hem besweiren by het selfde verbondt dat hy sal soecken het woort 
Lanissa 6 in de thien geboden, ende soo wanneer hy dat gesoght ende 
gevonden heeft, soo sal hy syne rechte handt tôt aen syn kneuckels 7 
op het selve woort in den boeck leggen, ende dese naervolgende 
woorden naerseggen 8 : 

In de saecke daer inné ick gevraeght worde, wil ick de waerheyt 
seggen ; alsoo sweire ick, dat my helpe Godt, die hemel ende aerde, 
bergen ende daelen 9 , looff ende gras geschapen heeft, daer het niet 
en was 10 ; ende in gevalle ick onrecht sweire, dat Godt peck ende sol- 
fer op my laet regenen 11 gelyck het geregent heeft op Soddoma ende 
Gomora ; ende soo ick onrecht sweire, dat ick versincke in de aerde 
als dede Datam ende Habiron 12 ; ende soo ick onrecht sweire, dat ick 
in eenen soutsteen verandere gelyck de huysvrouwe van Loth als 
sy omsagh 13 ; ende soo ick onrecht sweire, dat my de laesernye 
ende melaetsheyt u bevange, gelyck Ananaa ende Sanaa, Moyses sus- 
ters 1S ; ende soo ick onrecht sweire, dat myn saet noyt tôt ander saet 

1 Le texte d'Anselmo porte : « Item soo eenen jode eenen eedt sweiren wil ». 
Nous nous bornons à indiquer les variantes principales d'Anselmo. 

2 Ans.-. « gheschreven zyn ». 

3 Ans.: « al eer hy den eedt sweire, met de hier naer ghescreven woorden beladen, 
ende besweiren » . 

4 Ans.: t Moysi ». 

5 Ans.: « desen den boeck ». 

6 Ans.: « Lasissa ». Ce n'est ni Lasissa ni Lanissa qu'il faut ici, mais bien évi- 
demment lau ssisso ou lo thissa, premiers mots du troisième commandement 
{Exode, xx, 7) : lo thissa eth schem. . ., tu ne prendras point le nom de l'Éternel ton 
Dieu en vain. Lau ssisso est la prononciation des juifs allemands, lo thissa celle des 
juifs portugais. 

7 Ans.: « aen de kneukels ». 

8 Ans.: « dese naebeschrevene woorden nae-spreken ». 

9 Ans.: « bergh ende dal », 



10 Ans, 



met was 



" Ans.: 
1* Ans.: 

13 Ans.: 
sy omsach 

14 Ans.: « lazarye ende melaetsheydt ». 

i5 Ans.: « gelyck Naaman ende Ianna Moyses suster ». Ananaa, Sanaa et Ianna 



dat het peck ende solfer op my reghene ». 

dat ick versincken moet inder aerden, als dede Dathan, ende Abyron ». 

dat ick in eenen sout-steen verandere, als de huysvrouwe van Loth doen 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

come ; ende soo ick onreeht sweire, dat my bevange de gichte ende 
vallende sichte, ende het bloet door my gaet ; ende soo ick onreeht 
sweire, dat myn lyff vervloecht sy ende noyt en come in Abrahams 
schoot. 

La traduction qui se trouve dans Brillon 1 étant peu exacte, et 
le préambule d'ailleurs y étant omis, nous croyons utile d'en don- 
ner ici une nouvelle : 

Formulaire du serment des juifs. 

Si un juif veut prêter serment, il doit apporter le livre de Moïse, 
où sont écrits les dix commandements ; alors, avant qu'il prononce 
le serment, on lui fera entendre les paroles suivantes et on l'adju- 
rera en ces termes : Je t'adjure, juif, par l'alliance que Dieu écrivit 
et donna à Moïse sur le mont Sinaï, que tu veuilles te recueillir et 
dire si ce livre est celui sur lequel un juif doit et peut jurer à l'égard 
d'un chrétien ou d'un juif. Si le juif dit alors que c'est ce livre 
même, on l'adjurera par la même alliance de chercher le mot La- 
nissa* dans les dix commandements; et lorsqu'il l'aura cherché et 
trouvé, il posera la main droite jusqu'aux articulations sur ce même 
mot dans le livre, et prononcera les paroles suivantes : 

Dans la cause où je suis interpellé, je veux dire la vérité : Ainsi 
je jure que m'aide Dieu, qui a créé ciel et terre, montagnes et val- 
lées, feuillage et herbage, où était le néant ; et en cas que je me par- 
jure, que Dieu fasse pleuvoir sur moi de la poix et du soufre, comme 
il en a fait pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe; et si je me parjure, que 
je sois englouti dans la terre comme Dathan et Abiron ; et si je me 
parjure, que je sois changé en une pierre de sel, comme la femme de 
Lot quand elle regarda derrière elle ; et si je me parjure, que la la- 
drerie et la lèpre me saisissent, comme Naaman et Marie sœur de 
Moïse 3 ; et si je me parjure, que ma semence ne produise jamais 
d'autre semence ; et si je me parjure, que la goutte et le mal caduc 
me saisissent et que mon sang s'échappe ; et si je me parjure, que 
mon corps soit maudit et n'entre jamais dans le sein d'Abraham. 

A Gand, dans l'assemblée du magistrat du 23 septembre 1724, 
on avait mis en délibération la question de savoir si un juif, de- 

sont des transcriptions erronées. Il s'agit certainement ici de Naaman, le général 
syrien qui fut guéri de la lèpre par Josué (voir II Bois, ch. v), et de Marie (Miriam) 
sœur de Moïse, qui fut frappée de lèpre pour avoir murmuré contre ce dernier (voir 
Nombres, ch. xn). 

1 Dict. des arrêts, t. III, p. 978-979, Cette traduction a été reproduite d'après 
Jirillon par Martin, de Strasbourg, avocat à la cour de cassation de France, dans le 
Mémoire ampliatif pour le sieur Lazare Cerf, propriétaire, domicilié à Saveme (Bas- 
Rhin), demandeur en cassation, etc., Paris, s. d. (vers 1844], in-8 e , p, 61, en note. 

1 Voir la note 6 de la page précédente. 

3 Voir la note 15 de la page précédente. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 257 

vant se justifier sous serment, pouvait se borner à jurer en cette 
forme : Ainsi doit m" 1 aider Dieu tout-puissant l , ou s'il devait 
prêter serment à la manière juive 2 . Il fut résolu et décidé qu'il 
était tenu de prêter serment sur le Pentateuque, la main droite 
posée jusqu'aux articulations sur le mot Lossissa z , dans les dix 
commandements, et de prononcer la formule suivante : 

Inder saecken daer in ick ghevraeght worde, wil ick de waerheyt 
seggen ; alsoo sweere ick dat my helpe Godt, die hemel ende aerde, 
bergh ende dal, loof ende gras gheschaepen heeft, daer net niet was, 
ende in ghevalle ick onrecht sweere, dat net peck ende solfer op my 
reghene 4 . 

Traduction : Dans la cause où je suis interpellé, je veux dire la 
vérité ; ainsi je jure que m'aide Dieu, qui a créé ciel et terre, mon- 
tagne et vallée, feuillage et herbage, où était le néant ; et en cas que 
je me parjure, qu'il pleuve sur moi de la poix et du soufre. 

C'est, comme on le voit, presque identiquement, le commence- 
ment de la formule prétendue d'Anvers, avec le même cérémonial. 

Enfin, dans les réformes introduites par Joseph II pour l'admi- 
nistration de la justice aux Pays-Bas, nous trouvons encore des 
prescriptions spéciales sur la manière de faire prêter serment à 
un juif. Les Instructions générales pour les tribunaux de justice 
établis aux Pays-Bas autrichiens 3 donnent tout au long le cé- 
rémonial de la prestation du serment. Carmoly ayant publié 
textuellement les paragraphes relatifs à ce cérémonial 6 , nous 
jugeons inutile de les reproduire à notre tour, d'autant plus que 
les formules y sont d'une prolixité qui n'a jamais, pensons-nous, 
été dépassée. Il est probable, d'ailleurs, qu'on n'eut jamais l'occa- 
sion de le mettre en pratique; on sait que les tentatives de 
réforme législative de Joseph II ne furent pas couronnées de succès, 
et que la révolution brabançonne vint bientôt opposer aux desseins 
de l'empereur des obstacles qui les firent avorter. 



1 « Zoo moet my Godt almachtigh helpen ». 

2 « Op de jotsche manière ». 

3 « 'T woordt Zossissa » , c'est-à-dire lau ssisso ou lo (hissa, comme plus haut. 

* Archives de la ville de Gand : Resolutie boeck, 1720-1726, fol. 94. Nous avons 
tiré ces renseignements du document CGXXXVII, que l'on nous a communiqué en 
épreuve, du tome II, actuellement sous presse, de la Coutume de la ville de Gand, 
éditée par les soins de la commission pour la publication des anciennes coutumes de 
la Belgique. 

5 A Bruxelles, chez B. Le Francq, imprimeur-libraire, rue de la Magdelaine, 
1787, vol. de 140 pages in-8° et six tableaux. Ce qui se rapporte au serment des 
juifs y est contenu dans les §§ 129-134. 

6 Rev. orientale, t. I, p. 261-264. 

T. VII, N° 14. 17 



2,kS revue des études juives 

L'histoire du serment more jadaico ne finit pas avec l'ancien 
régime. On pourrait la continuer jusque dans notre siècle, puisque 
des procès, assez récents même, ont remis en Belgique et surtout 
en France, ce curieux sujet sur le tapis. Dans ce dernier pays, 
qui a avec la Belgique tant d'affinités de jurisprudence, on tenta 
même encore à diverses reprises de ressusciter un cérémonial 
suranné. Mais nous devons nous borner et renvoyer le lecteur, 
désireux de franchir les limites que nous nous sommes tracées, 
aux arrêts des différentes cours qui furent appelées à se prononcer 
sur la question du serment des juifs *. 



IV. 



TENTATIVES FAITES PAR DES JUIFS POUR S'ÉTABLIR AUX PAYS-BAS 

CATHOLIQUES. 



Les juifs avaient été bannis en 1370 duBrabant, du Limbourg, 
et très probablement aussi du Luxembourg, c'est-à-dire des États 
de la duchesse Jeanne et du duc Wenceslas. La triste condition 
à laquelle ils furent réduits sous la domination des ducs de Bour- 
gogne fit disparaître peu à peu des autres parties des Pays- 
Bas, sans qu'ils en aient jamais été formellement bannis, les juifs 
français et allemands qui s'y étaient fixés. Il n'en restait presque 
plus de traces lorsque, à la findu xv e siècle, leurs coreligionnaires 
espagnols et portugais, chassés de la Péninsule, pénétrèrent dans 
nos contrées. 

Vers le milieu du xvi e siècle, de sévères édits de Charles-Quint, 
visant surtout les nouveaux chrétiens ou juifs baptisés qui, sous 
profession apparente du christianisme, pratiquaient en secret 
le culte mosaïque, bannirent de nouveau les juifs de cette partie 
des États impériaux. 

1 Voir aussi les deux mémoires suivants, où le sujet est savamment développé : 
1° Consultation délibérée sur la question de savoir : si les Israélites belges peuvent être 
soumis à prêter le serment conformément au rite de la religion juive? Par H. Lavallée, 
avocat à la cour d'appel de Bruxelles; avril 1836. (Bruxelles), imprimerie de C.-J. De 
Mat, 43 pages in-8°. — 2° Cour de cassation. Chambre des requêtes. Mémoire am- 
pliatifpour le sieur Lazare Cerf, propriétaire, domicilié à Saverne (Bas-Rhin), deman-~ 
deur en cassation ; contre le sieur Isaïe Gougenheim, propriétaire, demeurant à Hague- 
nau, défendeur éventuel. Question. Les israélites français peuvent-ils, en matière civile, 
être assujétis à un serment spécial, différent du serment imposé aux autres citoyens?... 
i^Par Martin, de Strasbourg, avocat à la cour de cassation de France.) Paris, impri- 
merie de Wittersheim, sans date (vers 1844), 95 pages in-8°. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE m 

Au commencement du siècle suivant, bien que par l'article 4 de 
la trêve de douze ans, conclue le 9 avril 1609 entre les États- 
Généraux des Provinces-Unies et Albert et Isabelle, souverains 
des Pays-Bas catholiques, il eût été permis aux sujets et aux ha- 
bitants de part et d'autre d'aller et de venir d'un pays à l'autre, 
d'y séjourner et d'y exercer leur trafic et leur commerce en toute 
sûreté 1 , Albert et Isabelle, par une décision de 1617, refusèrent 
cette faculté à un juif d'Amsterdam, parce que les juifs n'avaient 
pas été bannis pour cause de guerre civile ou de religion, mais 
à raison du sacrilège de 1370 *. 

Cependant, malgré cette exclusion formelle, quelques juifs es- 
pagnols et portugais, venus de Hollande, osèrent enfreindre la 
rigueur des édits de proscription. A partir surtout de la paix de 
Westphalie, on en vit arriver un assez grand nombre dans les 
Pays-Bas catholiques. S'appuyant en effet sur les termes de 
l'article 4 du traité de Munster, conclu le 30 janvier 1648 entre 
Philippe IV, roi d'Espagne, et les États-Généraux des Provinces- 
Unies 3 , article analogue à celui dont nous venons de parler, et 
pendant que des négociations diplomatiques étaient engagées 
pour leur permettre de commercer en Espagne 4 , ils se crurent 
autorisés à faire le trafic avec une certaine liberté dans les Pays- 
Bas catholiques, cette autre partie des États de Philippe IV. 

Se confiant dans la protection qu'on leur devait en ces pays 
comme sujets des États-Généraux 3 , ils allaient et venaient pour 
les affaires de leur commerce, et il y en eut môme qui tentèrent 
de s'y établir d'une manière fixe et permanente. Ainsi, sous l'admi- 
nistration de l'archiduc Léopold-Guillaume °, à une époque que 

1 Voir le texte de celte trêve dans Du Mont, Corps universel diplomatique, t. V, 
partie n, Amsterdam et La Haye, 1728, p. 99-101. 

2 Zypaeus, Iuris pontifiai novi analytica enarratio, editio denuo auctior, Coloniae 
Agrippinae, 1641, p. 331; — Zypaeus, Notifia iuris belgici, editio nova, Antverpiae, 
1665, p. 269; — Anselmo, Tribonianus belgicm, Bruxellis, 1663, p. 136-137 ; — 
editio nova, Antverpiae, 1692, p. 136-137 ; — Remarquées et raisons... de l'évêque 
d'Anvers, Ambroise Capello, datées du 19 novembre 1672, publiées par le baron de 
Reiffenberg dans les Nouv. archives hist. des Pays-Bas, t. V, p. 325-332. — Voir 
encore les Rationum moment a. . . de l/archidiacre de Malines, Coriache, en date du 
25 décembre 1672, publiés par Foppens dans le t. IV des Opéra diplomatica de 
Miraeus, Bruxellis, 1748, p. 699-701. 

3 Voir le texte de ce traité dans Du Mont, ouvrage cité, t. VI, partie i, 1728, 
p. 429-435. 

4 Voir le résumé de ces négociations, qui paraissent avoir été interrompues, dans 
Koenen, Greschiedenis der Joden in Nederland, p. 151-156. 

5 A la vérité, ils ne furent déclarés sujets des Etats-Généraux que par une réso- 
lution du 13 juillet 1657 ; voir Koenen, ibid., p. 154. 

6 L'archiduc Léopold-Guillaume d'Autriche, fils de l'empereur Ferdinand II et 
frère puîné de l'empereur Ferdinand III, fut gouverneur général des Pays-Bas 
catholiques de 1647 jusqu'en 1656. 



260 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nous ne pouvons préciser, quelques juifs de Hollande firent au 
gouvernement, alors dans une extrême pénurie, des offres consi- 
dérables d'argent afin de pouvoir demeurer librement dans la 
petite ville de Vilvorde, à deux lieues de Bruxelles 1 , et sans doute 
aussi à Anvers. 

C'est, selon toute apparence, afin de prendre une résolution à 
cet égard, que l'archiduc Léopold-Guillaume ordonna à une 
commission spéciale d'examiner la demande qui lui était soumise 
et de préparer une décision. Cette commission fut composée pour 
la circonstance de trois conseillers d'État, Jacques Boonen, ar- 
chevêque de Malines, Jacques Dennetières, trésorier général des 
domaines et finances, et Charles de Hoviues; auxquels l'archiduc 
adjoignit Philippe-Guillaume de Steenhuys, conseiller au conseil 
privé, Robert Asseliers, chancelier de Brabant, et François 
Ricard, conseiller au conseil de Brabant 2 . Le résultat de la 
délibération de ces personnages nous est connu par la consulte 
suivante, en espagnol, qu'ils adressèrent à l'archiduc : 

+ 

Ser mo Senor, 

Haviendonos juntado en conformidad de la orden de V. A. dirigida 
al cons ro Hovines, que nos ha declarado la materia sobre que V. A. 
ha mandado le consultasemos, y para satisfacer mas particular, y 
distinctarM- se ha divido la deliberacion en cinco puntos. 

1 Nous trouvons ce renseignement dans un exemplaire de VHistoria sacra et pro- 
fana archiepiscopatns Mechliniensis de Van Gestel (Hagae Comitum, 1725, in-fol., 
2 tomes reliés en un vol.), annoté en 1748 par le prêtre Jacques Goyers, et conservé 
parmi les manuscrits de la bibliothèque royale de Bruxelles, sous le n° 16,523. 
Goyers y a écrit la note suivante à la page 130 du tome I : « Tempore Serenis. 
Archiducis Leopoldi Austriaci, Belgii noslri gubernatoris, ac rursum anno 1674. ten- 
târunt judaei quidam apud Hollandos commorantes, sedem suam fîgere in oppido 
Vilvordiensi, offerenles eum [sic) in finem, et pro libero suae religionis ac commercii 
exercitio, praeter ingens tributum annue praestandum, honurarium circiter quinque 
millionum, pro hocce privilegio obtinendo. Sed obstilêre totis viribus archiepiscopus 
Mechliniensis, aliique Belgii episcopi, ipsique primarii aulae ministri et senatores ; 
ne gens haec perûda et inimica Crucis Christi, unquam in Belgio catholico pedem 
figat. » Sur la seconde demande d'établissement à Vilvorde, et sans doute aussi à 
Anvers, faite sous le gouvernement du comte de Monterey, rapportée par Goyers 
à Tan 1674 et par d'autres à 1672 ou à 1670, cf. Foppens, Chronique abrégée de la 
ville de Bruxelles, manuscrit autographe à la bibliothèque royale, n° 10,281, p. 157 ; 
les Rationum momenta de Coriache, cités plus haut ; le baron de Reiffenberg, 
Nouv. archives hist. des Pays-Bas, t. V, p. 325-332; et Carmoly, Bev. orient., t. I, 
p. 1 73-176. 

2 La note suivante griffonnée en marge, à la première page de la minute de la 
consulte, nous a permis de rétablir les noms et les qualités des six commissaires : 
« El arçobispo de Malinas. El consejero Hovines. Asseliers canciller de Brabante. 
Dennetiers thes° gnl, del cons° de estado. Stenuisse del cons privado. Ricouard del 
de Brabante. » 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 261 

El primero si segun derecho divino, o humano, canonico, o civil es 
permitido a los principes christianos el admitir, sufrir, o tolerar en 
su pais juntas, y colonias de judios, sus sinagogas, y exercicio de 
su religion. 

El segundo si hay constitucion particular, privilegio, o costumbre 
en la provincia de Brabante, o en otras de la obediencia de S. M. que 
lo impida. 

El tercero, si havria gran inconveniente, escandalo, o indecencia 
publica de admitirlos, y recivirlos en estas partes en cierto lugar 
que les séria senalado sea en villa cerrada, y murada, o sobre el plat 
pais. 

El quarto si suponiendo que se podria hacer una muy notable 
renta real, y aprovechar una grande suma de dineros bastante para 
relevar y sacar el estado fuera del dano, y del peligro a que se halla 
reducido por falta de medios, esta utilidad en terminos de policia, 
y de razon de estado devria prevalecer, y balanzar los inconve- 
nientes, y indecencia que se podria temer, y aprehender de su 
admision. 

El quinto debaxo de quales leyes, condiciones y reglamentos esta 
admision se devria concéder, y en que lugar. 

Respondiendo a cada uno de los referidos puntos, nos parece sobre 
el primero que ni el derecho divino, ni el humano, canonico, o civil 
prohiben semexante admision, o tollerancia, aunque esta dispuesto 
y ordenado diferentem te en quanto a los hereges : Judaeis licitum est 
habere loca ad congregandum ut ibi tractetur de lege judaica, haere- 
ticis vero non, Glos. in verbo obstinatiores 1. 2 a cod. de sum. Trinit. 
Imo ab Ecclesia tolerari iubentur, sed cautissima moderatione ne 
invalescant homines atroci in nos odio animati, Augustin, de civitat. 
Dei lib. 18. cap. 46. et Cuiac. observât. 30. lib. 3 (?). 

Esto es indubitable, y fuera de toda controversia por los exemplos 
de lo que se platica en la corte de Roma, en el estado de Milan, y 
otros de Italia, y por toda Alemania. 

Sobre el segundo punto ninguno de nosotros sabe que haya alguna 
constitucion, privilegio, o costumbre particular del pais que impida a 
S. M. el usar en esto de su real autoridad, y libre disposicion. 

Pero hallamos que en el ano 1550. y 1559. fueron publicados en este 
pais dos edictos sobre la salida de los marranos judios, o nuevos 
christianos que echados de Portugal, y Espana havian venido a este 
pais, mas esto se hizo entonces de autoridad del Rey, y no por obli- 
gacion de algun previlegio, o costumbre particular del pais, al 
contrario de lo quai por los mismos edictos parece que algunos anos 
antes ellos havian impetrado de S. M. salvaguardias, y indultos para 
poder habitar en el pais, los quales entonces, y por la publicacion de 
los mismos placartes fueron revocados. 

Al tercer punto no podemos sino concéder que esta novedad en su 
principio ofendera los oxos, y oidos de los mas delicados, y escru- 
pulosos en resguardo de la religion, y que tambien sera imposible de 



262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

poner freno a la libertad,y variedad de los discursos que se tendron, 
cada uno hablando segun su aficion, inclinacion, o pasion, o debilidad 
de su juicio. 

Mas en realidad, y en efecto, y segun la verdad en si, el escandalo, 
y indecencia, o ofensa publica sera menor admitiendoles abiertamente 
separados de los christianos debaxo de las leyes, condiciones, y 
reglam tos ciertos, que no tolerandolos ocultamente de la manera que 
se hace el dia de hoy, pues que nadie duda que en la villa de Am- 
beres bay gran numéro dellos, que por medio de una grande 
bipocrecia imitan a los cbristianos y catbolicos, confesando y 
comulgando publicam tc , casandose, y mezclandose con los catbolicos, 
y entretanto en secreto, y en sus casas exercen obstinadam te su 
judaismo, y en que no pueden contenerse sin que dexen alguna 
vez escapar senales exteriores a la dérision, menosprecio y ofensa 
publica de la s ta fe catbolica, y asi el mal corre riesgo de aumen- 
tarse cada dia por los casamientos, y sus acciones indiferentes como 
queda dicho. 

Y en quanto a los otros inconvenientes que se podrian temer y 
aprebender que miran al hecbo de la policia, a saber que atraheran 
todo el comercio a si, que cometeran mil fraudes y enganos, y que 
por sus usuras comeran la sustancia de los buenos subditos y catho- 
licos, nos parece lo contrario, que del comercio que ellos introduciran 
mayor de lo, que es al présente, el beneficio sera comun a todo el 
pais, y que el oro, y plata se hallara en mayor abundancia para las 
ocurrencias de las necesidades inescusables del estado, y que para 
las usuras, y trafico del dinero a interes, y cambio no podra baver 
mayor exceso del que boy hay en tdda la villa de Amberes, y 
particularm te entre los Portugueses que exceden y sobrepujan toda 
légal medida, y a lo quai en todo caso se podra proveer por los 
reglamentos debaxo de que seran recividos. 

Al quarto punto nos remitimos mas a proposito al arbitrio de V. A. 
como siendo materia dependiente del conocim to preciso de la necesidad 
del estado, que V. A. tiene mas particular que nosotros, y si ella no 
es tal o, en el grado que todas las consideraciones de una indecencia, 
o reputacion, o escandalo deven postponerse a los medios, de donde 
dépende la salud del estado, y sin la platica dellos correria gran 
riesgo de perderse, y que el athaismo (en lugar del judaismo acan- 
tonado, y restrincto) séria plantado, y dilatado por la entrada, y 
invasion de los Franceses, entre los quales esta peste se ba avanzado, 
demas de que vemos que no se bace escrupulo de recivir y llamar 
al servicio militar toda suerte de naciones por contrarias que sean a 
nuestra religion, juntam te los exemplos del estado del Papa, y de otros 
principes de Italia, sin que se haya reparado en que esta seCta de 
judios baga esfuerzos, o saïga con el intento de dilatarse siendo todo 
su unico fin el interes, y el lucro temporal ; todavia uno de nosotros 
ba aîiadido a su opinion que séria muy conveniente que no se pro- 
céda en este negocio sino con mas madurez, y circunspeccion oyendo 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 263 

algunos otros obispos, y el magistrado de Amberes, o algunos del, y 
nosotros todos hemos sido de opinion que no es menester abrazar, o 
pasar a este negocio si V. A. no esta primeram te asegurado en todas 
maneras de una notable cantidad de hacienda que se podra sacar 
con la anticipacion prompta de una grande partida, y que en esto 
V. A. hara bien de no fiar el tratado a uno solo, an tes por el em- 
pleo de diversas personas sondar que cantidad se podra sacar al 
extremo. 

Sobre el quinto punto concerniente las leyes, condiciones, y regla- 
mentos de su admision, nos ha parecido que se podra conformar a 
los modelos de los que se platican en Italia, y Alemania, y que han 
sido concebidos por S. Carlos Borromeo para el estado de Milan» 
donde Adam Contzen en su tratado de relus pohticis lib. 8. cap. 47. 
hace relation de lo que podra inducir a acetarlos. 

Sobretodo que queden acantonados y separados en un cierto lugar, 
al quai el acceso sera defendido a los catholicos ; que veniendo en 
juntas de catholicos para sus negocios devran traheralguna senal en 
sus vestidos. 

Que no podran servirse de algunos catholicos para sus criados, o 
criadas, que no podran casarse con algunos catholicos, que seran 
sujetos a los magistrados en todo lo que concierne la policia, y jus- 
ticia ordin*, y que por las reglas del estado se devran contener como 
subditos de S. M. sin poder corresponderse, ni entretener algunas 
inteligencias con sus enemigos, o con los estados vecinos, que 
seran prejudiciales so pena de ser castigados como todos los otros 
subditos. 

Y finalmente que en los emprestidos de dinero no podran excéder 
el pie de los intereses que hasta aora se ha platicado en Amberes y 
otras villas mercantiles. 

Asi ha parecido en el consexo de estado con intervencion de los que 
Y. A. ha sido servido de nombrar. 41 dex re 1653 *. 

Traduction. 

+ 
Sérénissime Seigneur, 

Nous étant assemblés en conformité de l'ordre de V. A. adressé au 
conseiller Hovines, qui nous a déclaré la matière sur laquelle V. A. 
nous a ordonné de lui présenter une consulte, pour y satisfaire plus 
particulièrement et plus distinctement, on a divisé la délibération 
en cinq points. 

Le premier, si, selon le droit divin ou le droit humain, le droit 
canonique ou le droit civil, il est permis aux princes chrétiens d'ad- 
mettre, de souffrir ou de tolérer en leurs pays des assemblées et des 

1 Minute aux archives du royaume : Secrétairerie d'État, Correspondance de Varchi- 
duc Léopold avec Philippe IV, XX, janvier-décembre 1654, fol. 134 r°-137 v°. 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

établissements de juifs, leurs synagogues et l'exercice de leur 
religion. 

Le second, s'il y a une constitution particulière, un privilège ou 
une coutume, dans la province de Brabant ou en d'autres de l'obéis- 
sance de S. M., qui empêche de le faire. 

Le troisième, s'il y aurait grand inconvénient, scandale ou incon- 
venance publique à les admettre et à les recevoir en ces pays dans 
un certain lieu qui leur serait assigné, soit dans une ville close et 
murée, soit au plat pays. 

Le quatrième, si, en supposant que l'on pût en obtenir un très 
notable revenu pour la couronne et profiter d'une grande somme de 
deniers, suffisante pour relever l'État et le tirer du détriment et du 
danger où il se trouve réduit faute de ressources, cette nécessité, dans 
un but de politique et de raison d'État, devrait prévaloir et devrait 
contre-balancer les inconvénients et l'inconvenance que l'on pourrait 
craindre et appréhender de leur admission. 

Le cinquième, sous quels lois, conditions et règlements cette 
admission pourrait être concédée, et en quel lieu. 

Pour répondre à chacun des points rapportés, il nous paraît sur le 
premier que ni le droit divin, ni le droit humain, ni le droit cano- 
nique, ni le droit civil ne défendent une admission ou une tolérance 
de ce genre, bien qu'il en soit disposé et ordonné différemment à 
l'égard des hérétiques : Judaeis licitum est habere loca ad congre- 
gandum ut ibi tractetur de lege judaica, haereticis vero non, Glos. in 
verbo obstinatiores 1. 2 a cod. de sum. Trinit. Imo ab Ecclesia tolerari 
iubentur, sed cautissima moderatione ne invalescant homines atroci 
in nos odio animati, Augustin, de civitat. Dei lib. 18. cap. 46. et Guiac. 
observât. 30. lib. 3 (?). 

Gela est indubitable et hors de toute controverse par les exemples 
de ce qui se pratique en la cour de Rome, dans l'État de Milan, dans 
d'autres Etats d'Italie et par toute l'Allemagne. 

Sur le second point, aucun de nous ne connaît l'existence d'au- 
cune constitution, privilège ou coutume particulière du pays qui 
empêche S. M. d'user en cela de son autorité royale et de sa libre 
disposition. 

Mais nous trouvons qu'en l'an 1550 et en l'an 1559 furent publiés 
dans ce pays deux édits pour l'expulsion des juifs marranes, ou 
nouveaux chrétiens, qui y étaient venus chassés de Portugal et 
d'Espagne 1 ; mais cela se fit pour lors de l'autorité du Roi, et non en 
vertu de quelque privilège ou coutume particulière du pays, contrai- 
rement à ce qu'il résulte des mêmes édits que, quelques années aupa- 
ravant, ils avaient obtenu de S. M. des sauvegardes et des dispenses 

1 L'édit de 1559 nous est inconnu ; il y a peut-être ici une erreur de date pour 
1549. Il existe en effet un placard du 17 juillet 1549 et un autre du 30 mai 1550, 
rapportant les privilèges accordés autrefois aux nouveaux chrétiens. On en trouve le 
texte flamand dans les Ordonnantien, statuten, edicten ende placcaerten van Vlaen- 
deren, eerste deel, tweeden druck vermeedert, Antwerpen, 1662, p. 201-204. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 265 

pour pouvoir habiter en ce pays, lesquelles furent alors révoquées 
par la publication des placards de bannissement. 

Pour le troisième point, nous ne pouvons nons empêcher de recon- 
naître qu'au commencement cette nouveauté offensera les yeux et les 
oreilles des plus délicats et des plus scrupuleux au regard de la reli- 
gion, et qu'en outre, il sera impossible de mettre un frein à la liberté 
et à la diversité des propos qui se tiendront, chacun parlant selon 
son sentiment, son inclination, sa passion, ou selon la faiblesse de 
sonjugement. 

Mais réellement, effectivement et véritablement, le scandale et l'in- 
convenance, ou l'offense publique, seront moindres si on les admet 
ouvertement, mais séparés des chrétiens, sous des lois, des condi- 
tions et des règlements précis, que si on tolère leur existence occulte, 
comme cela a lieu aujourd'hui. En effet, il n'est douteux pour per- 
sonne qu'en la ville d'Anvers il n'y ait un grand nombre de juifs qui, 
par une grande hypocrisie, imitent les chrétiens et les catholiques, 
se confessant et communiant publiquement, se mariant et se mêlant 
avec les catholiques, et qui cependant, en secret et dans leurs maisons, 
pratiquent obstinément leur judaïsme, bien qu'ils ne puissent s'empê- 
cher de laisser parfois échapper des marques extérieures à la dérision, 
au mépris et à l'offense publique de la sainte foi catholique, et 
qu'ainsi le mal court risque d'augmenter chaque jour par les ma- 
riages et même par les actions les plus indifférentes de ces juifs, 
comme il a été dit. 

Et quant aux autres inconvénients que l'on pourrait craindre et 
appréhender au regard de l'intérêt public, à savoir qu'ils attireront à 
eux tout le commerce, qu'ils commettront mille fraudes et tromperies, 
et que, par leur usure, ils mangeront la substance des bons sujets et 
des catholiques, il nous semble au contraire que, par le commerce 
qu'ils rendront plus grand qu'il n'est à présent, le bénéfice sera 
commun à tout le pays, et que l'or et l'argent se trouveront en plus 
grande abondance pour les besoins indispensables de l'État. Et pour 
ce qui est de l'usure, du prêt à intérêt et du change, il ne pourra y 
avoir de plus grand abus qu'il n'y en a aujourd'hui en toute la ville 
d'Anvers, et particulièrement parmi les Portugais, qui excèdent et 
outre-passent toute tolérance légale ; à quoi en tout cas l'on pourra 
pourvoir par les règlements sous lesquels les juifs seront reçus. 

Pour le quatrième point, nous croyons plus à propos de nous en rap- 
porter à la sagesse de V. A., comme étant matière dépendant de la con- 
naissance précise des besoins de l'État, connaissance que V. A. 
possède beaucoup mieux que nous. Il appartient à V. A. déjuger, s'il 
n'en est pas ainsi, ou bien si les nécessités ne sont pas à un point où 
toutes les considérations d'inconvenance, de préjudice au renom ou de 
scandale, doivent être des raisons secondaires à côté des moyens d'où 
dépend le salut de l'État, et sans l'emploi desquels celui-ci courrait 
grand risque de se perdre. D'ailleurs l'athéisme (au lieu du judaïsme 
confiné et contenu) pourrait s'implanter et se répandre par l'entrée 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et l'invasion des Français, parmi lesquels cette peste s'est avancée. 
Nous voyons aussi que l'on ne se fait pas scrupule de recevoir et 
d'appeler au service militaire toute sorte de nations, quelque con- 
traires qu'elles soient à notre religion. Que V. A. considère en outre 
ce qui se fait dans l'État du Pape et dans ceux des autres princes 
d'Italie, sans que l'on ait observé que cette secte de juifs fasse des 
efforts pour se répandre ou en manifeste l'intention, l'intérêt et le 
lucre temporel étant son seul et unique but. Toutefois, l'un de nous 
a ajouté à son opinion qu'il serait plus convenable de ne procéder en 
cette affaire qu'avec la plus grande prudence et la plus grande 
circonspection, en prenant l'avis de quelques autres évoques et du 
magistrat d'Anvers, ou de quelques-uns de ses membres ; et tous, 
nous avons été d'opinion qu'il n'est pas nécessaire de prendre une 
détermination à ce sujet ou de s'en occuper, avant que V. A. ne se 
soit d'abord assurée en toutes manières de pouvoir tirer des juifs une 
notable quantité de ressources pécuniaires, avec payement anticipé 
et immédiat d'une bonne partie. En cela, V. A. fera bien de ne pas 
confier l'affaire à une seule personne, mais d'en employer plu- 
sieurs pour tâcher de découvrir quelle quantité l'on pourra tirer au 
maximum. 

Sur le cinquième point concernant les lois, les conditions et les 
règlements de l'admission des juifs, il nous a paru que l'on se pourra 
conformer à ce qui se pratique en Italie et en Allemagne, d'après 
les constitutions établies pour l'État de Milan par S. Charles Bor- 
romée et rapportées par Adam Contzen dans son traité de rébus 
politicis lib. 8. cap. 17, où ce dernier fait connaître les motifs qui 
peuvent engager les gouvernements à accepter les dites consti- 
tutions *. 

Surtout qu'ils restent confinés et séparés dans un certain lieu, 
dont l'accès sera interdit aux catholiques ; que venant pour leurs 
affaires dans des réunions de catholiques, ils soient obligés de porter 
quelque signe distinctif sur leurs vêtements. 

Qu'ils ne puissent employer aucuns catholiques pour leurs servi- 
teurs ou leurs servantes, qu'ils ne puissent se marier avec des 



1 II s'agit ici des constitutions de Judaeis décrétées par S. Charles Borromée, à la 
suite du premier concile provincial de Milan tenu en 1565, et des constitutions addi- 
tionnelles décrétées aussi par le même saint à la suite du cinquième concile provincial 
de Milan, qui eut lieu en 1579. Les unes et les autres sont rapportées dans les Acta 
Ecclesiae Mediolanensis a Carolo cardinali S. Praxcdis archiepiscopo condita, Medio- 
lani, 1599, in-fol. Les premières s'y trouvent p. 53-54, les secondes, p. 207-208. 
D'autres décisions contre les juifs furent aussi ordonnées incidemment sous l'archiépis- 
copat de S. Charles. On les trouve dans les mêmes Acta> p. 40, 219, 220, 300, 401, 
496 et 560 ; cf. aussi p. 526. Le P. Adam Contzen, S. J., dans ses Politicorum libri 
decem, Moguntiae, (1621), in-fol., auch.xvn (intitulé Modi inique congerendi pecunias, 
p. 593-601} du livre VIII, rapporte un grand nombre de décisions prises contre les 
juifs, entre autres des canons de plusieurs conciles. Les constitutions de Judaeis 
décrétées en 1565 par S. Charles s'y trouvent à la p. 601, vers la fin du chapitre, 
mais le P. Contzen n'y donne pas les constitutions additionnelles de 1579. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 267 

catholiques, qu'ils soient soumis aux magistrats en tout ce qui 
concerne la police et la justice ordinaire, et que, pour les règles de 
TÉtat, ils se comportent comme sujets de S. M., sans pouvoir corres- 
pondre avec ses ennemis, ni entretenir avec ceux-ci ou avec les États 
voisins des intelligences qui lui seraient préjudiciables, sous peine 
d'être châtiés comme tous les autres sujets. 

Et finalement, que, dans les prêts d'argent, ils ne puissent excéder 
le taux des intérêts qui, jusqu'à cette heure, s'est pratiqué à Anvers 
et dans d'autres villes de commerce. 

Ainsi il a été décidé dans le conseil d'État, avec l'intervention de 
ceux que V. A. a daigné désigner. 41 décembre 1653. 

Le commerce des juifs les attirant surtout à Anvers, il paraî- 
trait que, vers le même temps, des négociations auraient aussi été 
entamées pour leur permettre d'ouvrir une synagogue à Bor- 
gerhout, village voisin de la grande cité commerciale, compris 
aujourd'hui dans l'enceinte de la forteresse. 

Le pape Innocent X fut informé par son internonce en Flandre ! 
des pourparlers qui eurent lieu à cette occasion. Innocent X, 
si jaloux des privilèges de l'Église, et qui ayait protesté 
avec tant d'énergie contre les droits accordés aux protestants 
d'Allemagne par la paix de Westphalie, ne pouvait rester indiffé- 
rent aux tentatives faites par des juifs pour établir leur culte dans 
un pays où le catholicisme régnait alors sans partage. Il avisa son 
envoyé près la cour d'Espagne de faire part à Philippe IV 
de ce qui se passait, et le nonce présenta au roi la note suivante : 



Sacra Catholica Real Mag d , 

Hase havisado a su Santidad por el internunçio de Flandes que se 
haya començado alli un tratado de abrirse una sinagoga de Hebreos, 
en un lugar llamado Burguero (sic) pocas millas lexos de Anveres; y 
si bien la summa catholica y experimentada piedad de V. Mag d y los 
religiosos sentires del Senor Archiduque aseguran, que no se tendra 
fin alguno en esto, con todo eso el nuncio de su Santidad, recurre 
reverentemente a V. Mag d , suplicandole se sirva ordenar, que no solo 
deva prohivirse qualquier resoluzion sobre esto sino que se aranque 
y quite de hecho todo tratado en esta materia como lo espéra de la 
retictud (sic) y christiano çelo de Y. Mag d 2 . 

1 L'internonce en Flandre, c'est-à-dire aux Pays-Bas catholiques, était alors André 
Mangelli,de Forli,abbé de Saint-Ange, mort à Bruxelles le 31 octobre 1655. Voir Jour- 
nal hist. etlitt., Liège, chez P. Kersten, t. II, 13 e livraison, 1 er mai 1835, p. 24. 

2 Copie aux archives du royaume : Secrétairerie d'État, Correspondance de V archi- 
duc Léopold avec Philippe IV, XX, janvier- décembre 1654, fol. 71. Cette copie n'est 
pas datée. 



268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Traduction. 

+ 
Sacrée Royale Majesté Catholique, 

Il a été porté à la connaissance de Sa Sainteté par l'internonce de 
Flandre qu'on était entré en pourparlers en ce pays pour ouvrir une 
synagogue de juifs dans un endroit appelé Burguero [sic), à quelques 
milles d'Anvers; et bien que la grande piété éprouvée de Votre Ma- 
jesté pour la foi catholique, et les sentiments religieux du Seigneur 
Archiduc, soient des garanties qu'on n'y donnera aucune suite, ce- 
pendant le nonce de Sa Sainteté s'adresse respectueusement à Votre 
Majesté, la priant de daigner ordonner que non seulement toute 
résolution à cet égard soit défendue, mais que l'on annule et considère 
comme non avenu tout arrangement en cette matière, comme il 
l'espère de la rectitude et du zèle chrétien de Votre Majesté. 

Philippe IV transmit à l'archiduc Léopold-Guillaume une copie 
de la note passablement impérative du nonce, en l'accompagnant 
de la dépêche qui suit : 

+ 

Ser mo Sefior Archiduque Leopoldo Guillelmo mi Primo mi Govern or 
y Capp a General de mis Paises Vajos de Flandes. El nuncio de su 
Santidad résidente en esta corte me represento en un papel (de que 
aqui va la copia) haver tenido noticia su Veatitud de que se havia 
comènzado a tratar en essos estados el abrir una sinagoga de Hebreos 
en un lugarllmado Bungeno (sic) pocas millas de Amberes. Instando 
el nuncio en que se prohiba qualquiera resolucion que sobre esto se 
huviere tomado y que se arranque de hecho todo tratado en esta 
materia, y si bien estoy creyendo que V. A. no habra permitido 
semejante novedad en los limites y jurisdicion de los lugares obe- 
dientes por su particular atencion mayormente en cosas deste 
genero, me ha parecido con todo dar à V. A. noticia de lo referido y 
encargarle (como lo hago) que caso que aya algo que remediar en esta 
materia lo haga V. A. (como es justo) luego por ser en cosa en que 
tanto va y de que podrian seguirse tan grandes y perjudiciales 
inconvinientes avisandome de haverse hecho asi. Nuestro Senor 
guarde â V. A. como deseo. Madrid a 19 de Hebrero 1654. 

Buen Primo de V. A., 
Yo EL Rey. 

GER m0 DELA TORRE '. 
1 Original aux archives du royaume, ibid. y fol. 70. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 269 

Au dos il y a l'adresse : 

Al Ser m0 S or Archiduque Leopoldo Guillelmo mi Primo, mi Gov or y 
Gap n Gen 1 de mis Paises bajos de Flandes. 

Traduction. 

+ 

Sérénissime Seigneur Archiduc Léopold Guillaume, mon cousin, 
mon gouverneur et capitaine général de mes Pays-Bas de Flandre. Le 
nonce de Sa Sainteté résidant en cette cour m'a exposé dans une note 
(dont ci-jointe la copie) qu'il a été donné avis à Sa Sainteté qu'on était 
entré en pourparlers dans ces États pour ouvrir une synagogue de 
juifs dans un endroit appelé Bungeno [sic], à quelques milles d'Anvers. 
Le nonce demande avec instance que l'on défende quelque résolution 
que ce soit qui pourrait être prise à cet égard et que l'on empêche 
effectivement tout arrangement en cette matière. Et bien que je croie 
que V. A. n'a pas permis une telle nouveauté dans les limites et la 
juridiction des lieux de notre obéissance, à cause de son attention 
particulière, surtout en des choses de ce genre, néanmoins il m'a 
paru bon de faire part à V. A. de ce qui se passe et de la charger 
(comme je le fais), au cas qu'il y ait à remédier en cette matière, 
d'agir sur-le-champ (comme il convient), à cause de l'importance de 
cette affaire et des grands et préjudiciables inconvénients qui pour- 
raient s'ensuivre, lui recommandant de me faire connaître qu'on se 
sera conformé à mon ordre. Notre Seigneur garde V. A. comme je le 
désire. Madrid, ce 19 février 4654. 

Le bon cousin de V. A., 

Moi le Roi. 

GER mo DELA TORRE. 

Au dos : 

Au Sérénissime Seigneur Archiduc Léopold Guillaume, mon 
cousin, mon gouverneur et capitaine général de mes Pays-Bas de 
Flandre. 

Aucun historien Jusqu'à présent, n'a fait usage de cette dépêche, 
bien qu'elle ait été publiée, traduite en italien, dans le recueil des 
lettres de l'abbé Giustiniani 1 ; mais nous reconnaissons que le 
hasard pouvait seul, en quelque sorte, l'y faire découvrir parmi 
les lettres de tout genre rassemblées par le compilateur italien. 

1 Lettere memombili dell' abbate Michèle Gmstiniani, patritio genovese, de' signorî 
di Scio, ed'altri, parte n, Roma, 1669, p. 22. On y a imprimé par erreur « 9. Fe- 
braro » au lieu de t 19. Febraro ». 



-TU REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Fait singulier, l'abbé Giustiniani avait eu connaissance de cette 
dépêche par le nonce même qui l'avait provoquée, Francesco 
Gaetano, archevêque de Rhodes ' ; mais les difficultés de ce prélat 
avec Innocent X d'abord, ensuite avec Alexandre Vil, expliquent 
jusqu'à un certain point cette indiscrétion diplomatique 2 . 

L'archiduc répondit au roi en ces termes, et lui adressa en même 
temps une copie de la consulte dont nous avons donné le texte 
plus haut : 

S, A. 
a Su M d . 

El fundam t0 que huvo aqui para tratar de la recepcion de los judios 
segun el nuncio de su Sant d représente* a V. M. en el mémorial que 
V. M. se sirve de remitirme en carta de 19 de março passado, fueuna 
propuesta que le hizieron en Holanda al emb or Ant° Bruno ofrecien- 
dole una summa considérable para el intento. Y como el estado de 
las cossas en que nos hallamos da ocassion a que se examinen todos 
los medios de hazienda que se presentaren, ordene a algunos minis- 
tros me dixessen lo que se les ofrecia en la materia como le hizieron 
entonces en la consulta de que ira aqui la copia sin haver tomado en 
ella resolucion ninguna hasta aora. V. M. haviendola mandado veer 
ordenara lo que fuere servido. D 1 q 1 :î . 

Au dos de la minute de cette lettre on lit : 

Bruss as . 17 de Abril 1654. 

Su A. Respondiendo a la carta en que 

a Su M d . abla de los judios. 

Traduction. 

Son Altesse 
à Sa Majesté. 

Le motif que j'ai eu ici pour traiter de l'admission des juifs, ainsi que 
le nonce de Sa Sainteté l'a rapporté à V. M. dans la note que V. M. 
a daigné me remettre avec sa dépêche du 19 mars dernier 4 , fut une 

1 A la suite de la traduction italienne de cette dépêche, l'abbé Giustiniani ajoute : 
« Havuta da Mons. Fran. Caet. Arc. di Rodi. e Nuntio Apost. E tradotta dalla 
lingua Spagnuola nelP Ital. dal Sig. Cav. Giacomo Bonamici. - 

2 Le cardinal St'orza Paliavicino a donné le récit de ces difficultés dans la Vita di 
AUssandro VII, au ch. vu du livre III (p. 303-308 du vol. I de ledit, de Milan, 1843). 
Giuseppe de Xovaes, dans ses Elementi délia sioria de' summi ponte/ici, t. X, Roma, 
1822, p. 92-94, a résumé le récit du cardinal Paliavicino; cf. aussi ibid., p. 212. 

3 Minute aux archives du royaume : Secrétairerie d'État, Correspondance de l'archi- 
duc Léopold avec Philippe IV, XX, janvier-décembre 1654, fol. 133. 

4 Erreur de date : la dépêche du roi est du 19 février. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 271 

proposition qu'ils firent en Hollande à l'ambassadeur Antonio Bruno, 
lui offrant à cette fin une somme considérable. Comme l'état des 
choses où nous nous trouvons donne lieu d'examiner toutes les 
ressources financières qui se présenteraient, j'ai ordonné à quelques 
commissaires de me donner leur opinion en la matière; ce qu'ils 
firent alors dans la consulte dont la copie est ci-jointe; mais il n'a été 
pris jusqu'à présent aucune résolution à cet égard. V. M., après 
l'avoir fait examiner, voudra bien ordonner ce qu'il lui plaira. 

Au dos : 

Bruxelles. M avriH654. 

Son Altesse Répondant, à la dépêche où 

à Sa Majesté. l'on parle des juifs. 

Ici se sont arrêtées nos investigations : l'examen forcément 
superficiel que nous avons fait de la correspondance de l'archiduc 
Léopold-Guillaume avec Philippe IV n'a pu nous y faire découvrir 
d'autres documents au sujet des tentatives faites par des juifs de 
Hollande, sous le gouvernement de l'archiduc, en vue de s'établir 
dans les Pays-Bas catholiques. 

Emile Ouverleàux. 
(A suivre.) 



NOTES ET MÉLANGES 



SABBAT ou SÉBET? 



Dans la première des deux intéressantes notes qui ont paru 
dans le dernier numéro de la Revue (voir plus haut, p. 149), 
M. Jastrow attribue au Talmud de Babylone (Beça, 13 &) une bien 
singulière méprise. Aucun commentateur, dit-il avec étonnement, 
ne s'est aperçu que le Talmud confond nmi), nom d'une plante, 
avec nnia, le saint jour du Sabbat. D'après lui, l'auteur babylonien 
qui, dans Beça, rapporte la mischna de Maaserot aurait tronqué 
cette mischna, y aurait remplacé les mots nnuib *pi 'n 'n *ittN par 
ceux de nmûtt ibin wba '-), et enfin aurait rattaché à tort ces 
derniers mots au début de la mischna, quoiqu'ils ne se rapportent 
en réalité qu'à la fin. 

Sans croire à l'infaillibilité du rédacteur anonyme de ce passage 
dans Beça, on a le droit de se montrer surpris qu'il ait montré 
tant de légèreté et d'inexactitude et, tranchons le mot, commis 
une pareille balourdise. 

En réalité il n'y a dans ce passage de Beça ni transposition, ni 
confusion. Les mots nntab pi '$> 'n ien ne sont pas du tout la 
citation des mots naiûii n?3i^ '« 'n de la mischna de Maaserot, ils 
sont tout simplement une glose sur cette mischna ajoutée par un 
Amora du nom de R. Eléazar. Ce R. Eléazar n'est pas le même 
que le docteur de Maaserot, celui-ci s'appelle R. Eliézer et est un 
Tanna, probablement R. Eliézer b. Schamoua. Le M. Eléazar de 
Beça est un Amora, R. Eléazar b. Pedat. C'est à quoi M. Jastrow 
n'a pas pensé. La glose de R. Eléazar b. Pedat ne peut se rapporter 
qu'à l'un des deux cas formant le commencement de la mischna 
de Maaserot que le Talmud vient de citer. Cet Amora croit que 



NOTES ET MÉLANGES 273 

ce qui constitue l'achèvement du travail (rûfifcbE 1»a) pour la dime 
(~,iarto) constitue aussi l'achèvement du travail pour le sabbat. 
Mais le Talmud objecte que l'assimilation n'est pas exacte si elle 
se rapporte au début de la mischna, qui parle de l'action de mon- 
der des orges (amsna t|bipn), puisque la propre femme de Rab, 
comme celle de R. Hiya, mondaient l'orge le jour du sabbat. Il 
faut donc rattacher l'observation de R. Eléazar b. Pedat à la suite 
de la mischna, qui parle de l'action de triturer (bia mbib» bbittïi 
■pan). Cette objection du Talmud est sérieuse si elle est faite à un 
Amora, surtout au disciple des deux docteurs dont l'exemple est 
invoqué. Adressée à un Tanna, elle est de nulle portée, puisqu'un 
Tanna n'a pas à se préoccuper de l'opinion de Rab et de R. Hiya. 
La formule ...b pi ...nfctt n'est d'ailleurs pas rare : elle se 
trouve, par exemple, dans Hidlin, 42 & : bNlM im» ïYTiîr 'n ntta 
iisriuib pi, mots qui se rattachent à une mischna de Oholot, n, 3. 
M. Jastrow remarque avec raison qu'il y a dans Beça 'n 'n -wn, 
et dans la mischna, *i»in 'N 'n ; cette différence aurait dû le mettre 
sur la voie. L'expression *ittn« iatt ittnN 15 avertit également 
qu'il s'agit de l'assertion d'un Amora. S'il fallait absolument 
faire une correction, il suffirait d'ajouter un simple waio et 
de lire ... ^aai. 

Cette note était déjà rédigée quand nous avons reçu de M. Z. Wolff, directeur de 
l'école rabbinique de Colmar, une lettre sur le même sujet dont nous extrayons les 
observations suivantes : 

La formule ... b pi est employée pour des additions d'un 
Amora à la Mischna dans les passages suivants : 

Hullin, 42 b : îiô^tàb pi baiM *i»n hiW 'n *i£a . . . 'pion ïrop 
Ibid., bl a : Ep:s>a pi nb* sn -ien'i fmn m7m bîaaia pi 
Succa, la : narçb pi Nil *i»n pabna ainia 
Gitan, 64 a : ■pïrab pi finm pw r^buî 

La preuve, du reste, qu'il est bien réellement question ici du 
travail de monder les grains le samedi, c'est qu'une disposition 
analogue se trouve dans Sabbat, 128 a, dans le passage aroam 
ttanïi rra bib»i ^bu) labai banai Tm*asfc« ttïana bbitt aiifciN 
bina toi? finîro "pna. La question est clone un thème traité par 
les talmudistes et nullement une fiction reposant sur une erreur. 



T. vu, n° 14. 1? 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVE 



AL-BATALY0US1 



Il est parfois curieux de suivre attentivement une faute d'impres- 
sion, tandis qu'elle fait son chemin dans la littérature, ou encore 
de rechercher comment une erreur, soit de date, soit de citation, 
que le premier coupable avait commise dans un moment d'inad- 
vertance, pour avoir été répétée, a fini par prendre rang parmi 
les hypothèses, que non seulement l'on n'a plus le droit de rejeter 
sans examen, mais que les savants les plus consciencieux sont 
exposés à accueillir comme des faits démontrés. L'exemple qui 
m'a inspiré ces réflexions est vraiment instructif et montre, une 
fois de plus, avec quelle circonspection l'on doit consulter les 
ouvrages de seconde main. 

Les lecteurs de la Revue connaissent la remarquable étude où 
M. le professeur David Kaufmann a constaté «les traces de Al- 
Batalyoûsî dans la philosophie religieuse des Juifs 1 ». La critique 
a été unanime pour reconnaître la saine érudition de l'auteur 2 ; 
et, en attendant l'édition promise du texte arabe, il a rendu ser- 
vice aux lettres orientales en publiant, dans la version hébraïque 
de Moïse ben Samuel Ibn Tibbôn, les Cercles intellectuels de Aboû 
Mohammad, Abd Allah ibn Mohammad Ibn As-Sîd 3 Al-Batalyoûsî. 

« Les historiens et les biographes arabes, dit M. D. Kaufmann 4 , 
savent nous renseigner en partie sur l'activité et la supériorité 
de Al-Batalyoûsî dans d'autres domaines de la science ; ils passent 
sous silence son ouvrage philosophique. Or, c'est précisément ce 
livre qui a préservé la mémoire de son auteur dans l'histoire 
littéraire du moyen âge. C'est à ce livre également, ainsi qu'aux 

1 Article de M. Loeb dans la Bévue des études juives, I, p. 315-317. Pourquoi 
M. David Kaufmann écrit-il Al-Batlayoûsî, alors que la vocalisation Al-Batalyoûsî est 
seule correcte? Cf. Yâkoût, Geographisches Wortcrbuch, I, p. 664; As-Soyoûtî, Loubb 
al-loubâb, p. 39. Encore aujourd'hui le nom de la ville espagnole de Badajoz atteste 
l'ancienne prononciation, Al-Butalyoûsî, on le sait, signifie « celui qui est originaire 
de Badajoz ». 

2 La liste des principales recensions a été dressée par M. H.-.L. Strack dans 
E. Kuhn und A. Mùller, Wissenschaftlicher Jahresbericht iïbeî' die Morgenlàndischen 
Studicn im Jahre 1880 (Leipzig, 1883), p. 134, note 70. 

3 As-Sîd {Le Cid) est la prononciation espagnole pour l'ancien As-Sayyid « le 
maître ». De là le féminin sitt « dame » abrégé de sayyida. C'est ce féminin irréguliè- 
rement orthographié que M. Bloch, grand-rabbin d'Alger, a eu raison de retrouver 
dans le nom de femme espagnole i[20 ; seulement ce n'est pas un diminutif, mais 
une forme vulgaire écourtée. Cf. Revue des Etudes Juives, VI, p. 119 et 317. 

4 Die Spuren Al-Batlayûsf s, p. 10. 



NOTES ET MELANGES 275 

dates où il a été pour la première fois mis à contribution, qu'on 
est en droit d'emprunter les arguments qui permettent, entre les 
opinions discordantes sur l'année où mourut Al-Batalyoûsî , 
d'adopter l'an 1030-1031 = 421 de l'Hégire. » 

Ces prémisses étant ainsi posées, la conclusion naturelle devait 
en être pour M. Kaufmann que le xi 9 siècle, juif et musulman, 
était susceptible d'avoir subi l'influence de Al-Batalyoûsî. Jusqu'à 
quel point et chez quels écrivains? Telle est la question qu'il a 
cherché à résoudre, en passant en revue les écrits de R. Hayyâ 
Gâôn, de Bahyâ Ibn Pâkoûdâ, de Salomon Ibn Gabirol, de 
Abraham ben Hiyyâ, de Moïse Ibn Ezra, etc. D'autre part, le 
premier chapitre des Cercles intellectuels se "retrouve à peu 
près textuellement dans la Balance des Pensées *, du célèbre 
philosophe Aboû Hâmid Mohammad Al-Gazâlî, surnommé le 
modèle de V Islam, né à Tous en 450 de l'Hégire (1058 de notre 
ère), mort à At-Tâbarân en 505 (1111 de notre ère). L'identité 
des deux passages étant constatée, quel est le plagiaire? Evidem- 
ment Al-Gazâlî, si vraiment Al-Batalyoûsî est mort à la fin de 1030 
ou au commencement de 1031. 

Voyons donc sur quelles autorités M. Kaufmann s'est appuyé 
pour fixer et pour affirmer cette date. Le maître de la biblio- 
graphie arabe est un écrivain turc du xvii siècle, que l'on 
désigne d'ordinaire par son surnom de Hâdjî Khalîfa. Son diction- 
naire est une admirable encyclopédie de la littérature arabe, 
ne comprenant pas moins de 14,501 articles, classés dans l'ordre 
alphabétique 2 . Les notices sont parfois étendues, et la date de la 
mort des auteurs est indiquée le plus souvent. J'aurais mauvaise 
grâce si je marchandais mes éloges à Hâdjî Khalîfa, car un 
éminent orientaliste m'a fait l'honneur de l'appeler publiquement 
mon « ami intime 3 ». 

Hâdjî Khalîfa ne cite pas moins de treize fois Ibn As-Sîd Al- 
Batalyoûsî 4 . Le premier ouvrage de lui qu'il rencontre, c'est son 
célèbre commentaire sur la Règle de V écrivain, d'Ibn Kotaiba ; il 
nomme le commentateur et ajoute : « mort en 421 de l'Hégire 5 ». 

1 Des versions hébraïques des deux ouvrages se suivent dans le manuscrit hébreu 
de la Bibliothèque nationale, n° 893, 8° et 9°; cf. Catalogue, p. 154. 

2 Galand, Discours pour servir de préface à la Biblothèque orientale, dans Herbelot, 
Bibliothèque orientale (La Haye, 1777-1779, 4 vol. gr. in-4°), I, p. 22 et 23; Silvestre 
de Sacy dans Notices et Extraits, VIII, p. 200 et suiv. M. Flùgel a publié une 
édition complète, avec traduction latine, de ce Lexicon bibliographicum et encyclo- 
padicutn (London, 1835-58, 7 vol. in-4°). Une édition orientale du texte arabo a paru à 
Boûlâk en 1857. 

3 M. G. Rieu dans VAcademy de 1882. 

4 Cf. la liste des passages dans l'édition de FlûgeL VII, p. 1166, n° 6259. 

5 Ibid., I, p. 222. 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce n'est pas une faute d'impression, comme l'a cru M. Flùgel, 
relisant et corrigeant son édition 1 . C'est un lapsus calami, que 
les bons manuscrits ont reproduit avec fidélité; c'est une erreur 
dans laquelle le bibliographe n'est tombé que cette seule fois, car 
dans tout le reste de son ouvrage, et déjà quelques pages plus 
loin 2 , il répète à satiété la vraie date, de cent années postérieure, 
521 de l'Hégire (1127 de notre ère). 

Tous les passages que l'on peut citer à l'appui de la date de 421 
ont pour unique source cette confusion de chiffres, échappée à la 
plume rarement inexacte de Hâdjî Khalîfa. Voici d'ailleurs la liste 
à peu près complète de ces passages : 1° Herbelot, Bibliothèque 
Orientale (Paris, 1697, et dans toutes les éditions suivantes), sub 
voce Bathalmiusi 3 ; 2° Gasiri, Bibliotheca Arabico - Hispana 
Escurialensis (Matriti, 1760), I, p. 53, col. 1, à propos préci- 
sément du commentaire sur Ibn Kotaiba 4 ; mais au contraire 
avec la vraie date, ibid., p. 146, col. 1; 3° Hammer, Literaturge- 
scJiichte der Araber, V (1854), p. 586, mais corrigé dans Yerrata 
à la fin du volume, et surtout dans le tome VI (1855), p. 643; 
4° M. David Kaufmann dans la monographie dont nous parlons 5 ; 
enfin 5° l'auteur de cette notice dans ses Manuscrits Arabes de 
VEscurial, I, p. 132, rectifiés ibid., p. 340 6 . La tache s'est ainsi 
étendue à travers deux siècles; mais, comme l'on peut aisément 
s'en convaincre, ces renseignements peuvent être ramenés à une 
même origine, et il est facile de corriger Hâdjî Khalifa par Hâdjî 
Khalîfa lui-même. 

Si, après ce premier examen, nous appliquons la même rigueur 
de critique aux auteurs divers qui ont placé la mort de Ibn As-Sîd 
Al-Batalyoûsî en 521 de l'Hégire (1127 de notre ère), nous arri- 
verons à des résultats diamétralement opposés. Cette date est 
non seulement plausible et probable, mais elle est absolument 
certaine. 

Tout d'abord le vizir de Séville, Aboû Nasr Al-Fath ibn 'Isa ibn 

1 Lexicon libliographicum, VII, p. 577. 

3 Ibid., I, p. 266; cf. p. 458. 

s II me paraît inutile de mentionner à part l'article Batalmiyusi dans Beale, The 
Oriental biographical Dictionary (Calcutta, 1881, in-4°), p. 70. Il est simplement 
traduit et abrégé de Herbelot. 

4 On pourrait à juste titre s'étonner de cet emprunt fait par Casiri à Hâdjî Khalifa, 
dont le dictionnaire n'existe pas à la Bibliothèque de l'Escurial, si la Bibliothèque na- 
tionale <le Madrid ne possédait pas un exemplaire de Hâdjî Khalîfa, qui est conservé 
sous la marque Gg, n° 52 et qui a été légué par Casiri en 1771. 

5 Je laisse M. David Kaufmann seul responsable de la date que ses critiques ont 
reproduite d<e «conJûance. 

6 Le vohame m'a pas encore paru, mais la feuille était déjà tirée, lorsque j'ai 
reconnu que je m'étais trompé, en bonne et nombreuse compagnie comme Ton voit 
J'ai déjà la date exacte dans le même volume, p. 21. 



NOTES ET MÉLANGES 277 

Khâkân Al-Kaisî, mort vers 535 de l'Hégire (1140 de notre ère), 
a consacré une notice spéciale à Ibn As-Sid Al-Batalyoûsî dans 
son ouvrage intitulé : Les colliers d'or natif, et les beaux 
traits des hommes illustres l . Bien plus, il écrivit un volume 
entier sur Al-Batalyoûsî 2 , qu'il appelle volontiers « le maître 3 », 
comme s'il se rappelait avec gratitude d'avoir été son disciple. Et, 
en effet, l'enseignement de Ibn As-Sid à Valence paraît avoir été 
très suivi et fort goûté par ses nombreux auditeurs 4 . Ibn Khâ- 
kân, sans donner aucune date précise pour la mort de son 
« maître », nous le montre en relation avec les princes qui 
dominaient en Espagne dans la seconde moitié du xi e siècle. 

IbnBaschkouwâl, qui termine en 534 de l'Hégire (1140 de notre 
ère) son dictionnaire biographique, intitulé As-Sila «l'appendice», 
, comme supplément à l'histoire d'Espagne de Ibn Al-Fardî 5 , parle 
de la correspondance et des relations personnelles qu'il avait 
entretenues avec Al-Batalyoûsî, puis il termine son court' article 
par ces mots : « Sa mort eut lieu le 15 de l'unique radjah, en l'an 
521, il était né en 444 G ». Né en 1052, Ibn As-Sîd mourut donc en 
juillet 1127. 

Voilà un témoignage que l'on ne saurait récuser et après 
lequel nous ne citons que pour mémoire une note de Yâkoût 
dans son Dictionnaire géographique 1 , l'article consacré par Ibn 
Khallikân à Al-Batalyoûsî s et où sont répétés les renseignements 
donnés par Ibn Baschkouwâl. Enfin Al-Makkarî, qui mourut en 
1041 de l'Hégire (1631 de notre ère), mais qui s'occupa de mettre 
en œuvre et de grouper les travaux de ses devanciers sur l'Es- 
pagne, donne de nombreuses anecdoctes sur Ibn As-Sîd Al- 

1 Dans l'édition de Boûlâk de 1866, cette notice occupe les pages 193-202. 

2 Cet ouvrage existe à la Bibliothèque de l'Escurial sous le numéro 488, 1° (Casiri, 
486, 1°) ; voir mes Manuscrits Arabes de l'Escurial, 1, p. 327. Il est cité par 
Al-Makkarî, Analcctes sur V histoire et la littérature des Arabes d'Espagne, I, p. 425 
et 426. 

3 Ibn Khâkân, Biographie de Ibn As-Sîd, dans plusieurs passages; Colliers d'or 
natif, p. 193. La Bibliothèque de l'Escurial possède sous le numéro 538, 7» une 
« séance que composa Al-Fath Ibn Khâkân au sujet du maître Aboû Mohammad 
Al-Batalyoûsî ». Voir mes Manuscrits Arabes de l'Escurial, I, p. 368. 

4 Ibn Khallikân, Biographical Dictionary, II, p. 61. 

5 Id., ibid., I,'p. 491. 

6 Aben-Pascualis Assila [Dictionarium biographicum). . . edidit... Franciscus 
Codera. Vol. I (Matriti, 1883, in-8), p. 277. Je saisis volontiers l'occasion qui m'est 
offerte de faire connaître et de recommander l'entreprise de M. Codera. Si elle est 
suffisamment soutenue, nous avons chance de posséder au bout de peu d'années, 
dans un format commode, une véritable Bibliotheca Arabico-Hispana. 

7 Yâkoût, Geographischcs Worterbuch (éd. Wûstenfeld), I, p. 664. Yâkoût vécut 
de 1179 à 1229; cf. Wûstenfeld, dans le Zeitschrift der deutschen morgeiilàndischen 
Gcselhchaft, XVIII (1864), p. 397-493. 

8 Ibn Khallikân, Biographical Dictionary. II, p. 61-63. 



H8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Batalyoûst, et aussi une sorte d'anthologie de ses lettres et de ses 
poésies 1 . Les noms propres, qui y sont cités, comme lesprinces de 
Tolède Al-Ma f moûn Ebn Dhi Noûn et Al-Kàdir Billâh Ibn DM Noûn, 
le prince de Saragosse Al-Mou'taman, et bien d'autres nous re- 
portent également aux dates que nous ont fournies Ibn Khâkân, 
Ibn Baschkouwâl et Ibn Khallikân. 

De tous ces auteurs, il n'y en a pas un seul qui cite les Cercles 
intellectuels, tandis que tous ils énumèrent avec complaisance 
les œuvres philologiques et juridiques de Ibn As-Sîd Al-Batalyoûsî. 
En effet, « la philosophie était alors en Espagne une science 
détestée, que l'on n'osait pas étaler, et dont les productions durent 
se cacher 2 >i. 

Quoi qu'il en soit, il faut rayer Ibn Gabirol et Aboû Hâmid Al- 
Gazàli delà liste de ceux qui sont accusés d'avoir copié Al-Batal- 
yoûsî. Le premier est un esprit d'une trop puissante originalité 3 
pour se traîner à la remorque d'un vulgarisateur tel que Al-Batal- 
yoûsî. M. David Rosin, sans connaître les arguments historiques 
décisifs que je viens de présenter, a eu le sentiment juste qu'il 
fallait au moins réserver son opinion sur les traces que Al-Batal- 
yoûsî avait imprimées sur la philosophie de Ibn Gabirol 4 . Quant à 
Al-Gazâlî, auquel on a même attribué la rédaction des Cercles 
intellectuels 6 , il me parait en avoir été non pas l'imitateur, mais 
l'inventeur. C'est sa Balance des pensées qui a été reproduite 
presque sans changement dans le premier chapitre des Cercles 
intellectuels 6 . L'influence de Al-Batalyoûsî sur la pensée juive ne 
commence à s'exercer que du jour où son ouvrage inconnu, perdu" 
dans l'oubli, retrouvé par hasard, fut traduit en hébreu par le 

1 Al-Makkarî, Analectes, I, p. 113, 425 et suiv., 565 ; II, p, 124, 125, 130, 153, 195, 
310, 316,384, 469. 

2 Ibid., II, p. 125. 

3 Munk, Mélanges de philosophie juive et arabe, où a été publié le Fons vitœ de 
Ibn Gabirol dans la traduction hébraïque de Schém Tôb ibn Palaquera. 

4 Monatsschrift fur Geschichte und Wissenschaft des Judenthums (1880), p. 566-573. 

5 Steinscbneider, Âl-Farabi, p. 115 ; D.Kaufmann, Die SpurenAl-Batlayûsïs. p. 9. 

6 II serait important, pour trancher la question, de savoir à quelle époque précise 
Al-Gazâlî a écrit *sa Balance des pensées. M. Gosche, Uber Ghazzâlîs Leben und 
Werke, dans les Abhandlungen der hônigl. Akadcmie der Wissenscfyaften zu Berlin 
1858 (in-4°), p. 261, place la Balance parmi les écrits composés par Al-Gazâlî lorsqu'il 
n'avait pas encore secoué l'influence d'Avicenne (Ibn Sînâ) et de Al-Fârâbi. Le ma- 
nuscrit 1130 de l'Escurial (Gasiri, 1125), écrit au commencement du vn e siècle de 
l'Hégire, contient, comme huitième élément, au feuillet 88 r°, le Kitâb al-mîzân 
« Livre intitulé : La balance », de Al-Gazâlî. Ce précieux manuscrit, qui se compose 
presque exclusivement d'oeuvres de Al-Gazâlî, a été écrit avec beaucoup de soin et 
vocalisé très correctement, d'après deux exemplaires, dont l'un était de la main de 
Aboû Mohammad Ibn As-Sîd Al-Batalyoûsî (voir feuillet 81 r°J. Il y a là, je pense, 
un élément d'information dont il faut tenir grand compte pour discerner les causes 
de l'ideûtité entre lei passages semblables de Al-Gazâlî et de Al-Batalyoûsî, Je 



NOTES ET MÉLANGES 279 

dernier des Tibbônîdes, le moins Lien inspiré dans le choix des 
ouvrages qu'il fit connaître au monde juif, par Moïse Ibn Tibbôn 1 . 

Nous voici bien loin, non seulement de R. Hayyâ Gâôn, de Ibn 
Gabirol et de Al-Gazâlî, mais encore des Ibn Ezra et du xir 3 siècle 
tout entier. C'est dans la première moitié du xm e siècle que la 
traduction de Moïse Ibn Tibbôn conquiert à l'œuvre de Al-Bafcal- 
yoûsî un rang et une influence que l'original n'avait jamais 
eus. A partir du moment où la science juive prend possession 
des Cercles intellectuels comme de son bien, où ils commencent à 
faire école et à inspirer des imitateurs, les « traces » en sont 
visibles et incontestables dans la philosophie religieuse du ju- 
daïsme. M. Kaufmann se meut alors en maître sur un terrain 
solide, et l'évidence des emprunts réels faits à Al-Batalyoûsî qu'il 
énumère, prouve qu'il soutient une bonne thèse. 

Jusqu'à preuve du contraire, je suis peu disposé à croire que 
Ibn As-Sîd Al-Batalyoûsî, le commentateur des grammairiens 2 
et des poètes 3 , le glossateur du droit mâlikite 4 , ait jamais plus 
innové en philosophie qu'il n'a rien créé d'original et de personnel 
ni en philologie, ni en poésie, ni en jurisprudence. 

Hartwig Derenbourg. 



LOTHAIR OU LORRAINE? 

Le nom de "-pmb Lothair se trouve assez souvent dans la litté- 
rature rabbinique du moyen âge, et il est, pour ainsi dire, convenu 

connais un second exemplaire du Kitâb al-mîzân, dans le texte arabe qui passait jus- 
qu'ici pour perdu. 11 est à la Bibliothèque nationale de Madrid, où il porte la marque 
Gg, n° 63, 1°. On sait que M. Goldenthal a publié, sous le titre de Compendium 
Doctrinae Ethicae (Leipzig, 1839, in-8°) la version hébraïque du Kitâb al-mîzân, com- 
posée à la fin du xn e siècle par R. Abraham bar Schemoû'êl Hal-Léwî Bar Hisdâ'î de 
Barcelone, et dénommée par lui p^\£ i3ïNfà. 

1 M. Steinschneider [Hebrâische Bibliographie, XXI, 1881, p. 33) a bien montré 
que M. Kaufmann a avait entrepris un travail ingrat en recherchant les possibilités 
et les probabilités d'une initiation de certains auteurs juifs à l'œuvre de Al-Batalyoûsî 
avant la traduction de Moïse Ibn Tibbôn » . 

2 Ibn As-Sid copia de sa main le Redressement de la prononciation, de Ibn As- 
Sikkit. Voir mes Manuscrits Arabes de VBscuriaX, I, p. 21. 

3 Socin dans le Zeilschrift der deutschen morgenlândischen Gesellschaft, XXXI, 
(1877), p. 669; cf. Ibn Khallikân, Biographical Dictionary, II, p. 62 et mes Ma- 
nuscrits Arabes de VEscurial, I, p. 169 et 170. 

« Ibn Khallikân, Biographical Dictionary, loc. cit.; Hâdji Khalifa, Lexicon biblio- 
graphicum, VI, p. 265. 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'il désigne toujours l'ancienne Lorraine ou Lotharingie. Sans 
contester qu'il ait le plus souvent cette signification et que l'ex- 
pression courante de *pmb ^5fi désigne ordinairement les savants 
rabbins de la Lorraine, nous voudrions cependant proposer d'iden- 
tifier dans certains cas ce mot avec un autre nom géographique, 
et voici quelques arguments en faveur de cette hypothèse l . Le 
célèbre Raschbam compte, parmi ses maîtres, les savants de 
Lothair- et nous ne sachions pas qu'il ait jamais été en Lorraine. 
Il n'est pas probable non plus que R. Tam y ait été, et cependant « il 
a entendu des explications de la bouche des anciens de Lothair 3 ». 
Dans la préface de son Se fer hayyaschar, il parle d'un Sêfer 
Lothair \ ce qui peut sans doute désigner « un livre venu de Lor- 
raine », mais s'expliquera encore mieux, comme on le verra, dans 
notre hypothèse. Enfin les noms de R. Méir de Lothair 4 et de 
Menahem de Lothair 5 semblent indiquer qu'ici Lothair est plutôt 
un nom de ville que le nom d'une province. Si l'on se rappelle que 
R. Tam et Raschbam ont demeuré en Champagne, à Ramerupt, 
on sera tenté de chercher une ville de -pmb dans le voisinage de 
cette localité. Nous croyons que cette ville pourrait bien être 
Lhuistre ou Lhuître, située à côté des trois villes de Ramerupt, 
Dampierre, Plancy, où il y a eu des écoles et des rabbins remar- 
quables 6 . Nous ne savons où M. Glément-Mùllet, dans sa notice 
sur Raschi 7 , a pris qu'il y eut une école juive (ou au moins une 
synagogue) à Lhuistre; mais il y en avait un peu partout dans la 
Champagne, et il est fort naturel qu'il y ait eu des Juifs et des 
rabbins dans cette ville de Lhuistre, si rapprochée de Ramerupt, 
de Dampierre et de Plancy 8 . Le R. Méir et le R. Menahem que 
nous avons nommés plus haut seraient donc de Lhuistre, les 
les savants de Tmb qui ont été les maîtres de Raschbam, les 
anciens de "pmb consultés par R. Tam seraient des savants et des 
anciens de Lhuistre. Cette localité s'appelait, au xn° siècle, Lus- 

1 Déjà Zunz, dans sa Zeitschrift, p. 281 et 283, a l'ait, l'identification que nous 
proposons. Dans ses Gottesd. Vortraegc, p. xv, note, il se rétracte comme s'il avait 
commis une grosse erreur. 

2 Voir son Commentaire sur le Pentateuque, édition Rosio, p. ix. 

3 Tosafot de Baba Batra, f° 74. 

* Millier, Teschubot hakhmé Ç are fat me Lothair (Vienne, 1881), p. xxn. 

5 Landshut, Amudé Aboda, article Menahem; Zunz, Zur Gesch., p. 114 ; Mùller, 
p. XXII. 

6 H. Yom Tob de Plancy, Zunz, Zur Gcsch., p. 52. Le Ri (R. Isaac) de Dam- 
pierre est célèbre. 

7 Page 12 (Troyes, 1855). 

8 Rappelons encore Bosnay, dans le mSme département. R. Simson de Bosnay 
""fiCHtt, exégète, voy„ Zunz, Zur Gesch., p. 82. Sous Thibaut IV, qui accorda 
des facilités commerciales aux marchands, Uar-sur-Aube et Arcis-sur-Aube étaient, 
en 1231, hab;Jtées par de nombreux israélites. 



NOTES ET MELANGES 281 

trum, Lhuistria, Lustria «, et si l'on suppose que Ys ne se pronon- 
çait pas toujours dans ce nom (comme aujourd'hui on dit Luitre, 
non Luistre), on aura une forme très voisine de notre *vmb. Il ne 
serait même pas impossible que l'expression de « savants de *pmb » 
désignât quelquefois non les savants de Lorraine, mais les savants 
de Lhuistre. Nous serions ainsi sur la trace d'une grande école 
rabbinique méconnue jusqu'à ce jour et dont nous serions heureux 
d'avoir ressuscité le nom. 

Dijon, mai 1883. 

M. Gerson. 



CHARTES RELATIVES AUX JUIFS DE DIJON 



M. Ulysse Robert veut bien nous communiquer les deux chartes 
suivantes, qui peuvent présenter quelque intérêt pour l'histoire 
des Juifs de Dijon. 

Février 1243, v. st. 

Nos Johannes, decanus capelle ducis, et magister Guillelmus, de- 
canus christianitatis Dy vionensis, notum facimus omnibus présentes 
litteras inspecturis, quod constituti in presentia nostra Petrus 
Roussellus Olearius et Alaysons, uxor ejus, pro utilitate et necces- 
sitate eorum, sicut confessi sunt, vendiderunt et concesserunt in 
hereditatem perpetuam Roberto Oleario et ejus heredibus domum 
quamdam cum manso ipsius sitam ante domum defuncti Mathei 
Bayverii juxta domum Buxerie ex una parte, et juxta domum Ju- 
deorum ex altéra,- et sicut mansus predictus se comportât usque ad 
mansum Judeorum. De qua domo predicta et de quo manso ipsius 
dicti Petrus et ejus uxor se coram nobis devestientes omnino pre- 
dictum Robertum corporaliter investierunt. Et super se et omnia 
bona eorum, juramentoque corporaliter prestito, promiserunt dic- 
tam domum cum manso ipsius predicto Roberto et ejus heredibus 
contra omnes defendere et in perpetuum garantire et nunquam de 
cetero per se vel per alios contraire. Et de precio dicte venditionis 

1 Boutiot et Socard, Dut. topog. du départ, de l'Aube, Paris, 1874, 



2S2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

se tenuerunt coram nobis in numerata pecunia plenarie et intègre 
pre pagatis. In cujus rei testimonium ad peticionem dictorum Pétri 
et Alayson uxoris sue presentibus litteris sigilla nostra apposuimus. 
Actum anno Domini M. CG° quadragesimo tercio, mense februario. 

Fragment de sceau : . . . ANI GAPELLE DVCIS. 

Sceau: S. GVILL DEGANI XPIANIT DIVION. 

(Collection Jotirsanvault-Laubespin, dossier Dijon.) 

Septembre 1264. 

Innomine Domini. Amen. Anno incarnationis ejusdem M GG°. 
sexagesimo quarto, mense septembris, ego Bonus amicus li ton- 
nelex de Divione et ego Maria, uxor ejus, notum facimus omnibus 
présentes litteras inspecturis quod nos sponte, provide, sine qua- 
libet circonventione, pro utilitate nostra retinuimus et accepimus 
pro nobis et lieredibus nostris de nostris propriis corporibus ad 
censam perpetuam a viro religioso domno Auberto priore et mo- 
nialibus de Laireio domum eorum cum manso et pertinentiis ejus 
sitam Divione ante cimiterium Judeorum, juxta caméras Odonis 
de Saumaise ex una parte, et juxta domum Agnelotte la Challote 
ex altéra, videlicet pro quindecim solidis monete viennensis, quos 
nos et heredes nostri de propriis corporibus debemus eis apud Lai- 
reium in domo eorum reddere censualiter annuatim in festo sancti 
Remigii, et pro duodecim denariis quos annuatim capelle ducis 
divionensi tenemur reddere pro domo predicta et dictam domum 
in bono statu tenere, et propter hoc de dicta domo et de manso et 
pertinentiis ejus nobis et nostris lieredibus de nostris propriis 
corporibus contra omnes garantire. Et nisi dicta die sancti Remigii 
annuatim dicti quindecim solidi soluti fuerint in crastino illius diei 
nos heredes nostri predicti tenebimur dictis priori et monialibus 
ad emendam duorum solidorum monete predicte. Et prêter ea ipsi 
auctoritate eorum propria et sine clamore et ostensione curie in 
dicta domo poterunt gagiareet ad ipsam domum- recurrere et eam 
tenere ex eaque facere fructus modis omnibus suos, quousque dicti 
quindecim solidi cum emenda predicta pro quolibet anno quo soluti 
non fuerint, intègre persolvantur. Si vero sine herede propriorum 
corporum nostrorum decesserimus , dicta domus cum manso et 
pertinentiis ejus et cum omnibus meliorationibus et edificiis que in 
predictis fient intérim, ad dictos priorem et moniales pacifice et 
sine contradictione cujuslibet et sine debitorum et alterius obliga- 
tions onere revertetur, nec alii quam nos et heredes nostri de 
nostris propriis corporibus dictam domum tenere poterunt nec 



NOTES ET MELANGES 283 

habere. In cujus rei testimonium presentibus litteris sigilla virorum 
venerabilium domini Pétri decani capelle ducis et magistris Albe- 
rici decani christianitatis Divionensis rogavimus et fecimus ap- 
poni. Et nos Petrus decanus capelle ducis et magister Albericus 
decanus christianitatis divionensis ad preces dicti Boni amici 
presentibus litteris sigilla nostra apposuimus et in testimonium 
veritatis. Actum anno et mense predictis. 

[Collection Joursanvault-Lauàespin, dossier Dijon.) 



LÉON L'AFRICAIN ET JACOB MANTINO 



Avant les explorateurs modernes, Léon l'Africain, comme on 
l'appelle d'ordinaire, faisait autorité pour la géographie de toute 
une partie du monde avec son Historiette description de 

V Afrique escrite premièrement en langue arabesque, 

puis en toscane, et mise en françois d . Né à Grenade à la 

fin du xv e siècle, il se nommait, avant sa conversion au christia- 
nisme Al-Hasan ibn Mohammad. Élevé à Fez, il y travailla d'abord 
dans les bureaux d'un asile pour les étrangers 2 , puis y devint con- 
trôleur du poids public. Mais la vie sédentaire ne convenait pas à 
une nature dont la mobilité paraît avoir été le trait distinctif. Il 
partit en 1513 pour courir le monde, jusqu'à ce qu'en 1517 ses 
voyages furent brusquement interrompus par des pirates qui le 
capturèrent et l'offrirent en présent au pape Léon X. 

Baptisé sous les noms de Jean Léon, les deux prénoms du pape, 
son protecteur, qui sans doute lui servit de parrain, le nouveau 
chrétien fut chargé d'enseigner l'arabe à Rome. Dès lors, il ne 
retourna plus ni en Asie, ni en Afrique, mais il donna satisfac- 
tion à son goût des voyages en ne s'enchaînant pas à sa rési- 
dence officielle. C'est ainsi que nous le voyons en janvier 1524 
à Bologne, où il achève la composition d'un vocabulaire arabe- 
espagnol. 

L'exemplaire autographe de ce vocabulaire est conservé à la 



1 Lyon, 1556 ; Anvers, 1556; Paris, 1830. Une traduction latine, par J. Florian, a 
été d'abord imprimée à Anvers en 1556, puis réimprimée à Zurich en 1559, à Leyde 
en 1632. 

8 Ioannis Leonis Africani Africae descriptio JX. lia. absoluta (éd. de Leyde j, 
p. 288, 



284 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Bibliothèque de l'Escurial, où il porte le numéro 598 du fonds 
arabe 1 . L'auteur a bien des tâtonnements avant d'adopter une 
marche régulière ; c'est ainsi que le commencement est un diction- 
naire trilingue arabe, hébreu et latin ; au milieu du feuillet 5 recto, 
l'hébreu disparaît; au milieu du feuillet 12 recto, l'espagnol est 
substitué au latin et persiste jusqu'au bout, à l'exception des mots 
assez nombreux, où l'arabe est donné seul sans équivalent. Le dic- 
tionnaire ne comprend que les noms, à l'exclusion des verbes, 
ainsi qu'en avait fait la remarque un lecteur espagnol qui a écrit 
sur le premier feuillet : Jacob hijo de Isac de la declaracion de 
nombres aravigos. Au-dessous un critique, plus sévère pour les 
opinions de son devancier que pour sa propre latinité, a tracé la 
note suivante : Diccionarins annonimus alpliçibeticus et sic dé- 
lirât ascriptio superior. 

Les deux lecteurs sont également mal renseignés, et ils ont 
négligé, sans doute pour un motif qu'on devinera aisément, de 
consulter une note arabe, placée à la fin du volume, et dont voici 
la traduction 2 : « La transcription de ce livre a été terminée par 
l'humble serviteur qui l'a composé, Jean Léon, de Grenade, au- 
trefois nommé Al-Hasan, fils de Mohammad, le peseur public de 
Fez, à la fin de janvier en l'an 24 3 de l'ère chrétienne, année qui 
correspond à l'an 930 de l'ère musulmane. Et cela, dans la ville de 
Bologne en Italie, pour l'usage du savant professeur, de l'illustre 
médecin Jacob, fils de Siméon, mon ami 4 israélite ». 

Quel a pu être ce Jacob, fils de Siméon, qui, en 1524, exerçait 
avec tant d'éclat la médecine à Bologne? M. Eugène Mùntz, qui 
connaît à fond l'histoire littéraire et artistique de l'Italie, m'a 
suggéré l'idée que Jacob, fils de Siméon, n'était autre que « le 
juif Jacob Mantino, né à Tortose, en Espagne, et médecin de 
Paul III 5 ». Et en effet, avant de s'établir à Rome, Jacob Mantino 
avait vécu à Bologne, où il fit imprimer en 1526 une traduction 
latine de l'introduction de Maïmonide au fameux traité misch- 
nique intitulé : Les principes des pères 6 . "Voici le titre de cet 
ouvrage : Prœfatio Rabbi Moysis Maimonidis in editionem mo- 
ralem seniorum Massechet Avoth, apud Eebrœos nuncupata, 

1 N° DXCV dans le classement de Casiri ; cf. Bibhotheca Arabico-Htspana Escu- 
rialensis (Matriti, 1760-1770, 2 vol. in-l'ol.), I, p. 172 et suiv. 

2 Le texte rectifié a été inséré dans mes Manuscrits Arabes de l'Escurial, I, p. 410. 
» C'est-à-dire 1524. 

4 L'arabe porte aloûfî, une transcription sans doute de l'hébreu ^DI^N, qu'on ren- 
contre dans le Psaume xlv, 14. 

5 E. Renan, Averroès et VAvcrroïsme> 2 e éd., p. 379. 

6 C'est l'introduction de Maïmonide au n"DN ^"ID. 



NOTES ET MELANGES 285 

octoque ampleciens capita, eximio arlium et medicinœ doclore 
M. Jacobo Mantino Medico Uébrœo interprète. En tête se trouve 
une épître dédicatoire adressée à Guidone Rangoni, et que le tra- 
ducteur lui adressa de Bologne ' . 

Il était impossible que deux hommes tels que Léon l'Africain et 
Jacob Mantino, voués l'un à l'enseignement, l'autre à l'étude de la 
langue arabe, ne se sentissent pas attirés l'un vers l'autre. Aussi 
ne sommes-nous pas surpris d'apprendre que Léon l'Africain avait 
composé une grammaire arabe, qui est restée manuscrite, et qu'il 
avait laissée entre les mains de Jacob Mantino 2 . Le vocabulaire 
arabe-espagnol devait sans doute compléter l'outillage dont Léon 
l'Africain avait entrepris de munir son « ami israélite ». 

Si l'un des maîtres de la bibliographie juive parvenait à prouver 
que le père de Jacob Mantino se nommait Siméon, l'identité de 
notre Jacob, fils de Siméon. cesserait d'être une hypothèse très 
plausible pour devenir une certitude, et la question serait ré- 
solue. 

ITartwig Derenbourg. 



ÎTItWP 



M. Ouverleaux, dans son travail sur les Juifs de Belgique 
signale, en passant, une inscription hébraïque gravée sur une 
maison de Louvain construite en 1567, et ainsi conçue 3 : 

Notre savant collaborateur suppose que le second mot est formé 
par l'intercalation du © de iw dans le tétragramme, et qu'il 
semble devoir signifier 1*7125 ïtïît». Pour moi, il est certain que 
ce mot a été forgé par un clerc chrétien, parce qu'il contient 

1 Cf. Marini, Degli archiatri pontificj (Roma, 1784, 2 vol. in-4»), I, p. 368. L'ou- 
vrage de Mantino, imprimé à Bologne en 1526, est signalé dans Furst, Bibliotheca 
judaica (Leipzig, 1850-63, 3 vol. in-8»), I, p. 322 ; Steinschneider, Catalogus 
librorum hebrœorum in Bibliotheca Bodleiana (Berolini, 1850-60, in-4°j, colonne 1236. 

s Nicolaus Antonius, Bibliotheca Hisvana nova, (Matriti, 1783-1788, 2 vol. in-fol.), 
I. p. 718. 

3 Voir plus haut, p. 1 36, note. 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à la fois le nom de l'Eternel et celui de Jésus (Yéschouh). Libre 
aux amateurs de subtilités d'ajouter que cette lettre intercalée est 
la troisième du mot, soit qu'on lise de droite à gauche ou de 
gauche à droite et qu'elle est la première du terme iiibir> « trois », 
toutes coïncidences dont les clercs, au moyen âge, tiraient des 
conséquences étonnantes pour la démonstration de la trinité. 

Mais le graveur de l'inscription n'en est pas l'inventeur, car elle 
existe déjà au commencement du xvi 9 siècle. Qu'on se reporte, en 
effet, aux marques de typographie insérées dans cette Revue 
(t. III, p. 86-8^) par M. Schwab, et qui datent l'une de 1514 et 
l'autre de 1518. La première porte le mot î-n ï-p coupé en deux et, 
plus bas, juste au-dessous du blanc, un ©. L'auteur a voulu faire 
lire à la fois mrr et tniaî-n 1 . La seconde est plus claire encore, car 
en face de ïiWrr se trouve msors. Plus de doute possible sur le 
sens du mot. M. Schwab a donc tort de dire « que le graveur a 
cru devoir donner aux cinq lettres hébraïques le sens de Jésus, 
ignorant que ce nom exigerait un y. » Ce n'est pas une marque 
d'ignorance, mais simple jeu d'esprit 2 . 

On ne saurait croire le rôle joué par ces termes cabalistiques, 
dénués de sens. M. Ouverleaux, avec une obligeance rare, a bien 
voulu demander à Louvain même s'il n'y a pas de traditions 
sur cette inscription. Voici la légende curieuse qui lui a été rap- 
portée par l'archiviste de la ville, M. van Even : 

« Le docteur Faust était un savant professeur de l'Université de 
Louvain qui faisait des cures merveilleuses parce qu'il avait 
vendu son âme au diable. Pour marquer cette transaction, le 
démon plaça cette pierre dans la façade de la maison occupée par 
Faust, où se réunissaient les diables pendant la nuit pour faire des 
niches (sic) aux braves Louvanistes. » 

On raconte aussi, nous dit encore M. Ouverleaux, que « celui 
qui essaiera de déplacer cette pierre sera écrasé par sa chute et 
que le jour où l'inscription sera déchiffrée un épouvantable cata- 
clysme ou un incendie détruira Louvain ». 



Israël Lévi. 



1 Qu'on remarque, en outre, la croix placée au mi 
* Il doit y avoir des églises où se trouve ce mot i 



lieu du mot ! 
mystérieux. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

3 e ET 4 e TRIMESTRES 1883. 



DS115721 nttN 'o Jùdische Lelire und jûdisclies Leben . . . von Joseph Rittcr 
von Wertheimer, hebrâisch ùbersetzt von A. -H. Zupnik. Drohobicz, 
impr. Zupnik et Knoller, in-8° de 40 p. 

Nous avons analysé cet ouvrage de M. de W. lorsqu'il a paru en 
langue allemande. 

bftft*M yfâia 'D Description de l'ancienne Jérusalem, du Temple et de l'orga- 
nisation des prêtres par Josué Josef de la famille "inblD (Kolbe). Wien, 
libr, Knôpflmacher, in-8° de 156 p. 

Rédaction hébraïque de l'ouvrage dont on trouvera le titre plus loin, 
sous le nom de J. F. Kolbe. Cette version hébraïque est cependant meil- 
leure que la version allemande. L'auteur y cite au moins les autorités bi- 
bliques, talmudiques et rabbiniques qu'il a consultées et, quoiqu'il opère 
sans critique, il montre quelques dispositions pour la recherche scientifique 
sérieuse. 

"PTÛ'Wl 1Y7 Ttt Zur Geschichte der jûdiscben Tradition, von J.-H. Weiss. 
III. Theil : Vom Abschluss der Mischna bis zur Vollendung des babilo- 
nischen Talmuds. Wien, libr. D. Lœwy, in-8° de (2}-327 p. 

Tout le monde connaît les excellentes études de M. Weiss sur l'Histoire 
de la tradition (on pourrait dire plutôt : de la littérature) juive. Elles sont 
pleines de recherches consciencieuses et constituent une espèce d'encyclo- 
pédie, où Ton trouve réunis un grand nombre de faits, recueillis avec soin. 
Ce sont, avant tout, d'excellents matériaux pour les historiens, et un guide 
sûr pour les travaux d'érudition. Le 3 e volume de cette Histoire se divise 
en 4 livres, contenant, comme le titre l'indique, l'histoire rabbinique depuis 
la rédaction de la Mischna jusqu'à la rédaction du Talmud de Baby- 
lone. 

Ù^TDn lîb^" 1 '0 par Eliézer Papo. Jérusalem, imp. Aron Rokéah et Elhanan 
Tennenbaum, in-4°de 124 ff. 

Impossible de dire au juste ce que l'auteur a voulu faire. On voit bien 



288 REVUE DES ETUDES JUIVES 

que ce livre est un livre de morale, on y trouve toutes sortes de bons con- 
seils et de contes pieux, mais sans ombre de plan ni de méthode. C'est une 
sorte de litanie dévote et intarissable où le vide de la pensée est racheté 
par la naïveté du sentiment et l'intention pieuse. 

ï"îb2Eîl "JD" 1 Relation d'un voyage fait récemment par l'auteur en Palestine 
en compagnie de onze émigrants russes qui voulaient fonder une colonie- 
agricole dans ce pays, et considérations sur la fondation de colonies agri- 
coles israélites en Palestine, par Jehiel Bril. l re partie, Mayence, impr. 
Bril, in-8° de 236 p. 

M. Bril aurait pu rendre service aux personnes qui s'occupent de la colo- 
nisation des israélites, en jugeant avec plus de sang-froid et avec un esprit 
moins prévenu les hommes et les choses de la Palestine, en montrant plus 
clairement les difficultés que rencontrent les colons, les obstacles sans nom- 
bre qu'ils ont à vaincre. M. Br. n'a pas voulu s'élever au-dessus de cer- 
taines questions de personnes, qui n'ont aucune importance en cette matière, 
et où il montre plus de passion que d'impartialité. Une grande partie des 
lettres qu'il publie et qui ont été échangées entre lui et ses amis au début 
de son voyage, repose sur une hypothèse dont il reconnaît la fausseté, et 
ce n'est pas assez de la modifier quelque part dans une note, quand le texte 
la maintient et la développe à satiété. Nous regrettons profondément, sur- 
tout, que M. Hirsch, directeur de l'école agricole de Jaffa, qui a rendu, 
avec un désintéressement absolu, des services éminents aux israélites 
russes venus en Palestine, se voie récompensé de son dévouement par des 
attaques absolument imméritées et qui n'ont pas le moindre fondement. Les 
documents que publie M. Br. montrent que c'est en France que les colons 
qu'il a accompagnés ont reçu les ressources nécessaires pour leur voyage, ce 
qui ne l'empêche pas de lancer perpétuellement des traits contre les Israélites 
français. Nous voulons croire que M. Br. n'y met pas de méchanceté au fond, 
qu'il a voulu surtout faire de l'esprit, mais ces procédés d'écrire et ces ar- 
tifices de style ne sont pas à leur place dans un pareil sujet et donnent le 
change aux personnes qui ne sont pas familiarisées avec la manière de 
l'auteur. 

•TO3N UWttfa Û^Blpb Les passages du Midrasch Abkir recueillis dans le 
Yalkut, par S. Buber. Wien, impr. G. Breg, in-8° de 24 p. Tirage à part 
du Schachar. 

M. Buber, qui a rendu de si grands services aux études sur la littérature 
midraschique par ses diverses publications, a eu raison de penser que le 
recueil de tous les passages du Midrasch Abkir qu'il a pu trouver dans le 
Yalkut serait une œuvre utile. Ce midrasch, comme on le sait depuis long- 
temps et comme il le dit dans la préface, est un des Midraschim les plus 
récents. Les plus anciennes mentions ou citations que M. Buber en a ren- 
contrées se trouvent chez R. Tobia, de Worms (fin du xi° siècle et commen- 
cement du xn e siècle), et chez Rabbi Eliézer de Worms, auteur du Rokéah, 
qui a vécu au commencement du xm° siècle. Le midrasch s'étendait seule- 
ment sur la Genèse et l'Exode, car le Yalkut n'en cite aucun passage qui se 
rapporte aux autres livres du Pentateuque. Le titre de l'ouvrage semble être 
formé des initiales des mots 'pitl iftl *p1 lU^tt^S 'P3N-I1 est assez curieux 
que ce soit justement chez deux rabbins de Worms que l'on trouve les pre- 



■VDJÎ1 Tio Notes sur le calendrier juif, par B. Goldberg. Paris, sans impr., 
in-8° de 16 p. 

On sait que le calendrier juif admet que l'année solaire est de 365 jours 
6 heures, et que le mois lunaire a 29 jours 12 heures 793/I080 d'heure. Il en 
résulte que le cycle de 19 ans solaires, qui ett la ba?e de ce calendrier, 



liIBLIOC.RAPIIIL 280 

contient 235 mois lunaires plus 1 heure et 485/1080 d'heure. M. GolJberg 
part de cette donnée que les calendriers assyriens, tout en ayant la môme 
mesure pour la longueur de l'année, admettaient, pour excédant de 19 ans 
solaires sur 235 lunaisons, 1 l/2 heure, et l'objet principal de sa brochure 
est d'expliquer comment le calendrier juif, au lieu de ce même excédant do 
1 l/2 heure, a un excédant de 1 heure 485/1080. Reste seulement à savoir s'il 
est vrai que les Assyriens avaient cet excédant de 1 1/2 heure. M. G. a 
négligé de nous dire où il a pris ce renseignement. 

M. G. a joint à cette note des tables pour calculer les néoménies du mois 
de Nissan dans la l rc année de chaque cycle et une formule pour calculer 
les ttkufot. 

li"^!3Wn '0 Sefer Rawia (ers te Auflage aus dem Manuscript) von dem hoch- 
bcrùnmten Rabbi Eliezer, Sohn des R. Joël Ilalewy, Oberrabiner und 
Vorgesetzter der talmudischen Sckulen in der Rheinprovinz und Lchrer 
des Rabbi Jizchak Or Zerya, Oberrabiner zu Wien, herausgg. und 
verseben mit Zusâtzen nebst krilischen Anmerkungen Namens Liwjas 
Ghein, par Chaim Nathan Dembitzer. Cracovie, impr. Fischer et Deut- 
scher, 1882; in-4° de (l)-69-(4) ff. 

Il existe deux manuscrits de cet ouvrage, l'un dans la bibliothèque Op- 
penheim, l'autre dans la bibliothèque Michael (voir le Ozar de Benjacob, 
au mot Tlt^ïl "ON)- L'éditeur actuel s'est servi d'un manuscrit appar- 
tenant à M. Halberstam, de Bielitz, sans le collationner avec les deux ma- 
nuscrits ci-dessus, quoiqu'il soit, d'après son propre aveu, passablement 
défectueux. Ce 1 er volume contient les gloses de Joël Hallévi sur le traité 
talmudique de Berakhot, et, à la fin, des consultations talmudiques sur 
divers sujets. Nous avons remarqué quelques noms propres (Efraïm Hal- 
lévi, Abraham b. Natan, Elazar b. Jehuda), dans les Consultations, nous 
n'avons pas pu lire avec assez de soin cet ouvrage pour juger des rensei- 
gnements historiques qu'il contient. Le commentaire de l'éditeur est beau- 
coup trop prolixe, il contient jusqu'à des homélies prononcées par lui dans 
son pays. 

3p2"> n*nNu3 '0 par Jacob Arié b. Hayyim Mordekhaï, suivi de Ù3>*|5 "vifatf 
du père de l'auteur, nommé Arié Leib. Jérusalem, impr. Ilirschensohn, 
in-8° de (4)-58 p. 

Le Schéerit Jacob contient, sur le Talmud et le Pentaleuque, des no- 
velles qui ne sont pas trop sottes. Le hnré Noam est une sorLe de tes- 
tament moral et d'autobiographie du père de l'auteur. 

mfa^n y>*2'ti 'O Trésor de tous les renseignements qui se trouvent dans la 
Mischna, la Tosefta, les deux Talmud, le Sifra, le Sifré, la Mekhilta, les 
Pesiktot, les Midraschim, le Zoliar, les Targumim, sur les sept sciences 
de l'univers, par Yeliicl Cebi Ilirschensohn. Lemberg, impr. Pessel 
Balaban, in-8° de 6-240 p. 

Les sept sciences sont (page 4 de la préface) la géographie, l'histoire 
universelle, l'histoire naturelle et la physique, la médecine et la chirurgie, 
les mathématiques, l'astronomie et l'astrologie, la métaphysique. Le pré- 
sent volume est le premier de la collection et il est uniquement consacré à 
la géographie. L'auteur dispose alphabétiquement les noms géographiques 
et les fait suivre des passages relatifs à ces noms qu'il a trouvés dans les 
ouvrages énumérés ci-dessus. Nous remarquons avec plaisir qu'il est assez 
sobre de notes et de commentaires personnels. S'il suit la même méthode 
dans les autres volumes de cette encyclopédie, ils seront tous très utiles 
pour les travaux d'érudition. Il faudra comparer l'ouvrage avec la Géogra- 
phie du Talmud, de notre ami M. Ad. Neubauer, que l'auteur ne paraît pas 
connaître. Il y aurait trouvé un aide précieux. En revanche, sur certains 
points, son ouvrage complétera le savant travail de M. Neubauer. 
T. VII, n° l/i. 19 



290 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mbnn i^ttMa ^HÛKIM "iDD'n The first Book of tlic Psalms, according to 
thc text of the Cambridge ms. Bible, Add. 465, with the longer commen- 
ta ry of R. David Qimhi, critically editcd from nineteen manuscripts and 
the early éditions, by S. M. Schiller-Szinessy. Cambridge, Deighton, 
Belle et C ie ; Leipzig, Brockhaus, in-8° de xvm-130 p. 

Le premier livre des Psaumes avee le grand commentaire de David 
Kimhi édité (de nouveau) d'après dix-neuf manuscrits. L'éditeur, M. Schil- 
ler-Szinessy, que l'on connaît par son savant catalogue des manuscrits hé- 
breux de la bibliothèque de l'Université de Cambridge, et par d'autres 
travaux, après avoir constaté, par l'examen des manuscrits, l'état défec- 
tueux des versions imprimées du commentaire de Kimhi, a cédé à la solli- 
citation de ses amis en commençant la publication d'une édition nouvelle 
de ce commentaire. A la suite de sa préface se trouvent des notes dont 
quelques-unes contiennent des renseignements utiles. Nous croyons que 
c'est à tort que M. S. S. (note l) conteste la prononciation Kamhi (au lieu 
de Kimhi) que M. Ad. Neubauer a parfaitement raison de proposer, sur 
la foi des manuscrits. Dans la note 14, se trouve la reproduction de deux 
feuillets manuscrits trouvés par M. Szi.n. dans une édition (du commen- 
taire de Kimhi ?) ayant appartenu à un israélite nommé Salomon b. Abra- 
ham, de la famille du célèbre David de Portaleone. Le propriétaire (et 
quelquefois une autre personne) a marqué ou fait marquer sur ces feuillets 
la naissance de ses enfants (1542 à 1559), et la date d'un décès. Cette liste 
contient quelques noms de personnes en italien : Bellarossa (une fille), 
Méir Borrolano, un nom de femme qui paraît être Benvenuta. 

"OTS Ùlinn d2 Û^bïin '0 (Psaumes avec targum persan), publié par 
Benjamin Cohen Boukhari. Wien, impr. Schlossberg, in-8° de 152 ff. 
plus p. 153 à 156. 

•pbn*n m*3 Dr6wi DWM V £3N n-nbin Biographie des hommes re- 
marquables de la communauté israélite de Berlin de 1671 à 1871. Pre- 
mière partie : chefs du tribunal rabbinique depuis 1671 à 1800 ; par 
Eliézer Landshut. Berlin, libr. Pappelauer, 5644 [1883-84] ; in-8° de 
iv-123 p. 

Il va sans dire que ces biographies contiennent de nombreux renseigne- 
ments historiques. Nous remarquons avec plaisir que l'auteur indique ordi- 
nairement les sources auxquelles il a puisé, et qu'il a utilisé des documents 
inédits qui se trouvent aux archives de la communauté, tels que la délibé- 
ration pour la nomination de David Frenkel, de l'an 1743 (p. 37), et autres 
pièces relatives au môme fait (p. 38 et suivantes), ou des pièces comme celles 
qui se trouvent p. 79-80, concernant un fait analogue. L'auteur a aussi pu- 
blié des pièces de correspondance inédites, des décisions comme celles qui 
concernent un livre de Raphaël Sùsskind (p. 81 et suivantes). Enfin, il a 
réédité un certain nombre de pièces curieuses, telles que des prières pour le 
roi et pour le succès de ses armes en 1757 (p. 51-56), pour l'heureuse déli- 
vrance de la princesse de Prusse en 1707 (p. 65,. Si l'espace ne nous man- 
quait pas, nous serions heureux d'examiner en détail tous ces docu- 
ments. 

bÊn^"* "^VW m^îbin 'O Biographien berùhmter jûdischer Gelehrten des 
Mitlelalters. Drittes Ileft : Rabbi Jakob ben Méir genannt Rabbenu Tarn, 
par J.-Il. Weiss. Wicn, libr. D. Lôwy, in-8° de 50 p 

Cette étude sur le ccièbre rabbin français Rabbénou Tam a d'abord été 
publiée dans le journal Bêt Talmud. On sait que les travaux de M. "W. 
sont faits d'après les sources et qu'ils sont dignes de toute l'attention des 
savants. C'est la première fois qu'on fait une vraie biographie de Rabbé- 
nou Tam, et nous nous félicitons de posséder enfin une étude sérieuse sur 
ce sujet intéressant. 



BIBLIOGRAPHIE 291 

Abrahams (Joseph). The sources of the Midrash Echah Rabbah, a critical 
investigation. Berlin, libr. J. Gorzelanczyk, in 8° de G2 p. 

L'auteur de ce travail intéressant soutient la thèse suivante : Le Mi- 
drasch Ekha Rabba, dans sa forme actuelle, est une compilation composée 
au moins de deux recensions différentes, l'une palestinienne, l'autre baby- 
• Ionienne. Ce qui le prouve, c'est que la langue est tantôt (et le plus sou- 

vent) l'araméen palestinien, tantôt l'araméen de l'est et celui du Talmud 
de Babylone. Le rédacteur combine souvent la version du Talmud de 
Palestine avec celle du Talmud de Babylone, et complète l'une par l'au- 
tre. Souvent des morceaux qu'on trouve dans le Talmud de Jérusalem sont 
pour ainsi dire traduits en langage babylonien, preuve que ce remaniement 
a été fait en Babylonie. Il en résulte que, s'il est certain que la première 
rédaction de notre Midrasch, est palestinienne, comme tout le monde en 
convient, il n'est pas moins certain que la rédaction définitive a utilisé une 
version babylonienne du texte. Il y a plus, beaucoup de morceaux palesti- 
niens du Midrasch ne se retrouvent pas dans le Taimud de Jérusalem, et 
tous ceux qu'on y retrouve paraissent ne pas faire partie de la rédaction 
primitive du Midrasch, et être indépendants du Talmud de Jérusalem. 
M. Abr. en conclut que la rédaction primitive (palestinienne) de notre Mi- 
drasch est antérieure au Talmud de Jérusalem. M. Abr. montre, en outre, 
qu'il n'est pas certain que le Midrasch Ekha soit postérieur à la Pesikta, 
comme on l'admet généralement, mais que l'hypothèse contraire pourrait 
fort bien se soutenir. 

Anuar pentru Israeliti eu un supliment calendaristic pe anul 5641 (1883- 
1884). Bucharest, libr. Stefan Mihalescu, in-8° de vni-119 p. 

Sixième année de l'intéressant Annuaire israélite roumain publié par 
M. Schwarzfeld. Ce volume contient, entre autres, une biographie de 
Hillel, par M. Beck ; une étude historique sur l'origine et le développe- 
ment de la Cabbale, par M. Gaster ; la traduction du Coup d'œil, de M. Ja- 
mes Darmesteter ; Celibi Behor Carmona, une page d'histoire des israélites 
turcs (Carmona, favori du sultan, mis à mort et ses biens confisqués en 
juillet 1822; voir notre Albert Cohn, p. 8?,), par S. I. Rosanis; un conte 
talmudique dans la littérature roumaine (voir Kiddusch.,61 b, Abod. Zar., 
23 b, 24 a), par M. Gaster; recensions, par M. Gaster; notices sur divers 
faits contemporains intéressant les_isra élites roumains. 

Apion. Ein Culturbild aus dem ersten christlichen Jahrliundert. Wien, libr. 
Alfr. Holder, in-8° de 161 p. 

Roman historique sur le fameux antisémite égyptien au I er siècle, et où 
figurent la plupart des personnages juifs connus par l'histoire politique 
et littéraire des Juifs d'Alexandrie. Nous recommandons au public la lecture 
de ce roman, qui instruit en amusant, et qui est écrit avec talent. 

Astruc (Aristide). Le Judaïsme et le Christianisme d'après M. Renan. (In 
fine :) Bruxelles, impr. Weissenbruck, in-8° de 31 p. Extrait de la Revue 
de Belgique du 15 juillet 1883. 

M. Astruc analyse la belle conférence de M. Renan sur l'identité origi- 
ginelle du Judaïsme et du Christianisme et leur séparation graduelle, et il 
y trouve matière à nombre d'observations intéressantes. Celle qui nous a le 
plus frappé, c'est qu'une des principales causes de l'échec de Jésus ou du 
christianisme parmi les Juifs a été le démenti que les faits ont infligé à 
l'annonce de l'avènement prochain du royaume de Dieu. La victoire des 
Romains sur les Juifs et la destruction de Jérusalem par Titus ont ruiné 
le crédit que Jésus aurait pu trouver parmi les Juifs. « Le messianisme de 
Jésus s'écroule dans la ruine d'Israël. » M. Astruc montre ensuite com- 
ment et pour quelles raisons le Christianisme s'est séparé du Judaïsme et 
il entre, à ce sujet, dans plus de détails que n'a pu le faire M. Renan. Il 



232 REVUE DES ETUDES JUIVES 

fait voir particulièrement l'influence exercée par la philosophie d'Alexandrie, 
et même par la philosophie de Philon le juif, sur la formation de la théo- 
logie chrétienne, et comment les nouveautés de cette théologie ont contribué 
à séparer profondément 19 Christianisme du Judaïsme. 

1>a.er\vald (IL). Der alte Friedhof der israelitisclieu Gcmcinde zu Frankfurt- 
am-Main, mit urkundlischen Beilagen. Francfort-sur-le-Main, libr. *Lu- 
dolph St-Goar, in-4° de 23 p. 

M. le D r Bœrwald, l'éminent directeur de l'école réelle de la commu- 
nauté Israélite de Fraucfort-sur-le-Main, a fait depuis longtemps ses preu- 
ves de savant paléographe et d'historien (voir, par exemple, sa belle étude 
sur le concile de Vienne en Autriche, de Tan 12G7, dans le Jahrbuch de 
Wertheimer, an 5620). 11 était tout désigné pour écrire l'histoire de ce ci- 
metière israélite de Francfort-sur-le-Main qui s'étend, à perle de vue, sous 
les fenêtres de l'école réelle. Cet immense champ de pierres à moitié en- 
terrées ne présente pas l'image désolée de la mort. Le sol est couvert d'une 
herbe touffue et longue, les tables de grès rouge, que le temps a inclinées 
dans toutes les directions, n'ont pas gardé l'immobilité de l'alignement 
géométrique. On dirait, à voir leurs mouvements violents, que la trompette 
de la résurrection a sonné et que les morts, subitement réveillés, soulèvent 
par milliers le couvercle de la tombe. L'histoire de ces pierres si vivantes 
méritait d'être écrite. Elles sont environ au nombre de 7,000. M. le rabbin 
D r Horowitz en a fait l'inventaire, a copié les inscriptions, et, grâce au 
concours pécuniaire de M. Seligman Goldschmidt, on peut espérer qu'elles 
seront bientôt publiées. Elles offriront des renseignements importants pour 
l'histoire des Juifs. La plus ancienne inscription date de 1272. M. le D 1 ' 
Bœrwald n'a voulu faire que l'histoire du terrain quf constitue le cime- 
tière. 11 suppose que la communauté juive de Francfort, dont on trouve 
déjà la mention en l'an 1241, et qui doit avoir existé avant cette époque, 
avait d'abord un autre cimetière, dont il reste quelques monuments con- 
servés aux archives de la ville. Le célèbre Simon Haddarschan, l'auteur 
du Yalkut, n'aurait pu écrire ce grand ouvrage à Francfort, au commen- 
cement du xm e siècle, s'il n'y avait pas eu, dans cette ville, une commu- 
nauté juive prospère et de fondation plus ancienne. Après le massacre et 
l'expulsion des Juifs de Francfort en 1241, il s'établit bientôt dans cette 
ville une nouvelle communauté juive, ce fut elle qui acquit le cimetière 
décrit par M. le D r B., et où ont été enterrés les israélites depuis celte 
époque jusqu'au 2G septembre 1878. M. le D r Bserwald raconte, à l'aide 
de renseignements recueillis dans de nombreux documents imprimés ou 
manuscrits, tous les faits relatifs à l'histoire de ce terrain, titres de pro- 
priété, droits payés, règlements delà municipalité, événements mémorables 
qui s'y sont passés. A la fin se trouvent six pièces reproduites d'après les 
originaux des archives de la ville de Francfort, la copie de la plus ancienne 
pierre du cimetière (juillet 1272), plus deux autres inscriptions tumulaires. 
celle de Kalmann, fils d'Anschel Rothschild (19 mai 1782), et celle de Jacob 
Sûsskind Stern, qui s'est acquis des titres spéciaux à la reconnaissance des 
israélites de Francfort, par l'intérêt qu'il a pris au développement des 
écoles israélites de cette ville. 

Barthélémy (le D r L.). Les médecins à Marseille • avant et pendant le 
moyen-âge. Discours de réception à l'Académie de Marseille prononcé 
en séance publique le 15 avril 1883. Marseille, impr. Barlaticr-Feissat, 
in-8° de 37 p. 

M. le D r Barthélémy, que nous connaissons depuis longtemps par un 
savant travail sur la maison Des Baux, n'a eu garde d'oublier, dans son Dis- 
cours, les médecins juifs de Marseille. Il en a recherché la trace dans les 
ouvrages imprimés, dans les archives du département et de la ville, et 
dans celles des notaires. M. le D 1 ' B. fait remarquer que l'instruction tech- 



BIBLIOGRAPHIE 21)3 

nique des médecins juifs de Marseille n'était pas bkn remarquable. Il est 
vrai que les consuls de la ville ne cessent pas non plus de déplorer l'in- 
capacité des médecins chrétiens (p. 12), et que le conseil, quand il nomme 
des médecins municipaux, choisit presque toujours, en second rang, un 
israélite (p. 15), peut-être parce que le préjugé religieux empêchait de lui 
donner le premier rang. On ne voit jamais que l'administration se soit 
repentie de ces choix (p. 15). Du reste, M. B. le remarque fort bien, les 
entraves apportées par les ordonnances des comtes de Provence à l'exercice 
de la médecine par les Juifs n'étaient pas pour encourager, chez ceux-ci, 
les études médicales. D'après nos idées modernes, un médecin qui ferait 
du commerce ne serait pas un médecin ; il n'eu était pas de même au 
moyen âge, et un médecin pouvait fort bien, sans se déconsidérer, se 
livrer aux affaires commerciales. C'est pour cela que M. B. a souvent 
rencontré .les noms de médecins juifs dans les archives des notaires. Pour 
le xni e siècle, il n'a trouvé qu'un nom de médecin juif, Samson, fils d'A- 
braham (p. 20) ; leur nombre s'accroît aux xiv° et xv e siècles. A l'aide 
de deux pièces justificatives (n os 1 et 2), insérées à la fin du discours, on 
peut se faire une idée de l'éducation médicale que recevaient quelques-uns 
des médecins juifs de Marseille, les médecins d'ordre inférieur, sans doute. 
Par un acte passé à Marseille le 28 août 1326, Salvet de Bourgneuf, fils de 
Davin de Bourgneuf, de Salon, convient avec Sarah de Saint-Gilles, 
femme d'Abraham de Saint-Gilles, que celle-ci lui enseignera la médecine 
et la physique pendant sept mois, le logera, le nourrira et le vêtira pendant 
ce temps, et qu'en revanche son élève (qui avait déjà au moins quelques no- 
tions de médecine, à ce qu'il semble) lui abandonnerait tous les honoraires 
qu'il recevrait des malades pendant le même temps. L'autre pièce est du 
13 septembre 1443. Elle contient une convention passée entre maître Vitalis 
Cohen, médecin, Ferrarius Marnani, Abraham Astrug et Vitalis Amelhuti, 
d'une part, et maître Salomon de Girone, médecin juif de Marseille, d'au- 
tre part, d'après laquelle ledit Salomon enseignera, pendant un an, la 
science juive et la médecine à Salomon et Léon, fils de maître Vitalis 
Cohen, pour 10 florins par élève ; à Samuel, fils d'Abraham Astrug, pour 
10 florins; à Gordet, fils de Ferrarius Marnani, pour 10 florins, et à Jacob 
Cohen, gendre de Vitalis" Amelhuti, pour 8 florins. Un acte semblable fut 
passé à Marseille le 7 mars 1431, à l'occasion du mariage de Mandine, fille 
de Mossé Bonsignour, sirurrji pkisici Tholoni (Toulon ?), avec Bonjuas 
Durand, de Beaucaire. 

Comme le discours de M. Barthélémy n'est sans doute pas dans le com- 
merce et que les savants qui s'occupent de l'histoire des Juifs auront de la 
peine à se le procurer, nous insérons ici sa liste des médecins juifs de Mar- 
seille du xiv° et du XV e siècle (p. 25 et p. 29). 

xiv° siècle. — Vitalis Abraham, 1320-1349. — Sarah de Saint-Gilles, 
132G. — Salvet de Courthéson, 132G-1379. Cela prouve qu'il y avait des 
Juifs à Courthéson, et vient à l'appui de la thèse soutenue par nous dans 
notre article sur la ville d'Hysope, Revue, n° 1. — Salomon de Palerme, 
1331-1347. — Salomon Petit et son neveu Sancol, 1369. — Mordacays As- 
truge, 1369-1372. — Bonizac, de Beaucaire, 1373 ; il est à Avignon en 
1397. — Salomon Gerondin, 1375. — Salomon d'Aix, 1381. — Bonjusas 
Bondavin, 1381-1389, gendre de Léon Passapeyre. En 1390, il alla demeurer 
à Alghero, en Sardaigne. Sa femme vendit, à cette occasion, à Vitalis Da- 
vin, d'Aix, pour 60 flor., 64 livres (manuscrits) hébreux, dont 22 sur par- 
chemin. — Dieu-lo-Crescas Roget, 1387-1397. — Mossé Bonjusas Cohen, 
13S7-1413. — Abraham Bondavin, d'Avignon, 1389-1400. Il épouse à Mar- 
seille, le 2 septembre 1397, Durante, fille de maître Marran Ferrier, chirur- 
gien de Marseille, et reçoit en dot. 376 florins d'or en monnaie, joyaux et 
hardes. — Runen (Ruben ?) Gerondin, 1395-1397. — Davin Gerondin, 
1397. D'après M. A. Fabre, il faudrait ajouter à cette liste Bonûl, Ferrier, 
Vitalis Cohen, Abraham de Lunel. 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

xv° siècle. — Abraham Bondavin, 1400. — Salomon Orgier, 1400-1414, 
engagé par la ville pour 50 florins par an. Les médecins chrétiens rece- 
vaient généralement de la ville le double des honoraires des médecins juifs. 
— Crescas Roget, 1403-1430. — Ruben Mossé Gérondin, 1404-1446. Est 
médecin de l'hôpital Saint-Esprit en 1416. — Abraham de Meyrargues, 
1405-1413. — Mossé Bonjues Cohen, 1405-1421. — Léon Davin de Lattes, 
1406-1428, fils aîné de Jean (?) Vidas de Lattes, habitant d'Aubagne, qui 
émancipa ses trois enfants le 24 mars 1428. Il donna à cette occasion au 
second de ses fils, nommé Bonnet, un livre (de prières) appelé Matinas ; 
à son troisième fils Astrng, un livre des Psaumes. — Salomon Dicu-lo- 
Sal Destella, alias de Rocha, 1409-1424. Il est à Avignon au commen- 
cement du xv° siècle. — Mossé Marnan, 1409-1457. — Mossé Salves, 
1422-1431. — Salomon Cassin, 1430. — Vitalis Mossé Cohen, fils de Mossé 
Bonjues Cohen, 1432-1444. — Maître Durand Mossé de Cavaillon, 1433- 
1453. — Abraham Avigdor, 1433-1448. — Mordacays Salomon de Carcas- 
sonne, 1453. — Bonjues Orgies, 1435-1480. — Salomon Gérondin, fils de 
Ruben Gérondin, 1443. — Bonjuas Isaac Cohen, 1438-1452. — Durand 
Salves, 1442-1443. — Crescas Nathan, 1449-1457. — Astrugue Abraham, 
1456. — Jacques de Lunel, 14G4-1460. — Salamias Nassi, 147G. — Mossé 
Runen (Ruben, Ruven ?), 1477. — Vidas Salves, 1478. — Salomon de 
Sestier, 1479. — Vitalis de Bari, 1480. — Bonjues Dallest, 1480. — 
Crescas Orgier, 1488-1492. — Comprat Mossé, beau-père de Bonnet de 
Lattes, médecin juif d'Aix, 1488-1492. — Durand Gart, d'Aix, 1488. — 
M c Zulan, 1493. 

Baum (J.). Moscs, sein Leben, Streben und Wirken und dessen kulturhis- 
torisebe Bedeutung. . . I. Band. Leobau, libr. Skrzeczek, in-8° de vi-444 p. 

Ce gros volume ne nous dit rien de bon. Ce sont des dissertations à 
perle de vue sur toutes les questions imaginables, et qui n'ont avec Moïse 
qu'un rapport très éloigné. L'auteur n'a pas eu assez de son texte, il l'a 
encore illustré d'une sorte de commentaire perpétuel non moins prolixe. Ce 
premier volume finit à la description de l'Egypte. Cela promet toute une 
bibliothèque. 

Bernays (Jacob). Ueber die unter Philo's Wcrken stebende Schrift « Ueber 
die Unzerstœrbarkeit des Weltalls ». Berlin, libr. de l'Acad. roy. des 
sciences, in-4° de 82 p. 

Ouvrage posthume (publié par M. Usener?) inséré dans les Abhand- 
lungen de l'Académie royale des sciences, de Prusse. Nous ne nous occu- 
perons pas de l'analyse critique à laquelle B. soumet l'ouvrage sur l'indes- 
tructibilité de l'univers, attribué à Philon. L'ouvrage n'est pas de Philon, 
car celui-ci est loin de reconnaître, comme l'auteur de l'ouvrage, qu'on ne 
peut rien créer de rien, il admet au contraire la création biblique ex 
nihilo (p. 16). L'auteur de l'opuscule connaissait assez bien la Bible, il 
cite le premier verset sur la création, le dernier verset du chap. i cr de la 
Genèse, il utilise d'une façon très ingénieuse en faveur de sa thèse un 
passage du récit du déluge (p. 32-33), il montre son respect pour la Bible, 
mais il n'admet pas la création ex nihilo, le ton qu'il a en parlant de 
Moïse et delà Bible n'est pas celui d'un Juif (p. 34), et il s'exprime souvent 
(par exemple, lorsqu'il dit que l'univers est le Dieu visible) comme il est 
impossible que l'ait jamais fait un Juif (p. 35). 

Bickell (Gustave). Dicbtungen der Ilebràer zum erstenmale nacb dem 
Versmasse des Urtextes ùbersetzt. III. Der Psalter. Innsbruck, libr. 
Wagner, in-«lG de viii-150 p. 

Traduction des Psaumes faite conformément au système particulier de 
M. Bickell sur la métrique hébraïque. Nous avons parlé de ce système 
dans un numéro antérieur de la Revue. 



BIBLIOGRAPHIE 295 

Brockmann (F.-J.). System der Chronologie unter besonderer Beriïck- 
sicktigung der jùdischen, romischen, ebristlicken und russiseken Zeit- 
recknung sowie der Osterrechnung. . . Stuttgart, libr. Ferd. Enke, iu-8° 
de vn-112 p. 

La partie consacrée à la « chronologie des Hébreux », et qui va de p. 1 à 
p. 24, est un simple exposé technique du calendrier juif actuel et n'appren- 
dra rien aux personnes qui sont au courant de ces questions de calendrier. 
L'auteur accepte un peu trop facilement toutes les idées courantes sur 
l'origine du calendrier juif moderne ou de différents détails de ce calen- 
drier. Dans la partie consacrée au calendrier chrétien, nous ne voyons pas 
mentionnés des travaux de savants français que nous connaissons (par 
exemple celui du P. Mémain), sans parler de tous ceux que nous ne con- 
naissons pas. 

Delitzsgh (Franz). The Ilebrew New Testament of the Britisb and Forcign 
Bible Society. Leipzig, libr. Dœrfling et Franke, in-8° de 37 p. 

Cette brochure contient le tableau des corrections de M. Fr. Del. dans 
la traduction hébraïque des Évangiles et autres écrits du Nouveau Testa- 
ment publiés, en cinquième édition, par la Société biblique de Londres. 
M. Del. a un sentiment si délicat de la langue hébraïque que ses obser- 
vations seront lues avec intérêt et profit par les hébraïsants. 

Delitzsgh (Franz). Schachmatt den Blutlùgnern Rohling und Justus. Erlan- 
gen, libr. Andréas Deicbert, in-8° de 43 p. 

Personne n'était plus autorisé que le savant professeur et hébraïsant 
F. Del. de repousser avec indignation, au nom de la science aussi bien 
qu'au nom du christianisme, les accusations du sang, appuyées sur des 
textes mal compris ou dénaturés de propos délibéré par les traducteurs 
antisémites. M. D. n'a pas de peine à réfuter ces calomnies si perfidement 
réveillées. Une page ignorée du Zohar, à qui personne n'avait fait attention. 
et que le D r Rohling avait interprétée dans le sens de ses passions, est le 
sujet de la présente brochure. M. D. montre que le sens de ce passage 
est à mille lieues du sens que lui attribue M. Rohling. Il peut donc s'écrier 
avec raison : « Echec et mat aux fieffés menteurs (Blullûgner) Rohling 
et Justus. » 

Duval (Rubens). Les dialectes néo-araméens de Salamâs. Textes sur l'état 
actuel de la Perse et contes populaires, publiés avec une traduction 
française. Paris, libr. Vieweg, in-8° de ix-(2)-144 p. lithograpkiées et 
89 p. typographiées. 

Le district de Salamâs est situé au nord-ouest du lac Ourmiah en Perse. 
Son ancien chef-lieu est réduit aujourd'hui à l'état d'un gros bourg habité, 
en partie, par des Juifs, au nombre de 00 familles environ, et par des 
Syriens chrétiens. Comme il résulte d'un travail publié par M. Albert 
Lœwy dans le tome VI des Transactions of the Society of Biblical Archéo- 
logie, p. 601, la tradition fait venir de Bardoug ou Bourdouk, dans le Kur- 
distan turc, les Juifs de Salamâs, comme ceux d'Ourmiah et de Baschkala. 
Les dialectes dont se servent les Juifs de ces trois localités se ressemblent 
beaucoup et diffèrent sensiblement du dialecte des Juifs de Zacho. Les 
textes que publie M. Duval dans le dialecte des Juifs de Salamâs sont des 
récits qui lui ont été faits de vive voix par un Juif de cette ville récemment 
de passage à Paris. Dans son introduction, M. Duval donne des rensei- 
gnements très intéressants sur la prononciation des voyelles et des con- 
sonnes de l'alphabet par les Juifs de Salamâs. Les deux contes reproduits 
par M. D., d'après le récit du Juif de Salamâs, ne sont pas des contes 
juifs proprement dits. C'est à peine si on y trouve quelques rares allusions 
à la littérature ou aux mœurs juives, et il est assurément curieux de voir 



296 REVUE DES ETUDES JUIVES 

que les contes populaires de celte région soient familiers aux israélites. 
Nous ne disons rien de la transcription des textes (en caractères latins, 
avec un système désignes conventionnels) par M. D. Elle est assurément 
ce qu'on peut attendre du savant auteur de la Grammaire syriaque ;Paris, 
1881), les remarques qui se trouvent dans son introduction prouvent qu'il a 
le sentiment délicat des sons et qu'il n'est pas moins bon phonographiste 
que grammairien. 

Eisler (Moritz). Vorlesuogen ûber dio jùdischen Philo-sophen des Mittelal- 
ters. III. Ablheilung, enthallcnd eine Darslellung der Système des 
Gersonides, Chasdai Crescas und Joseph Albo. Wien, libr. Wallis- 
liausscr, in-8° de (8)-234-7 pages. 

Comme le titre l'indique, celte troisième partie des Lectures de M. Eisler 
sur les philosophes juifs du moyen âge contient l'exposé des systèmes et 
idées philosophiques de Lévi ben Gerson, de Hasdai Crescas et de Joseph 
Albo. M. E. se borne, en général, à analyser les auteurs qu'il étudie et 
qu'il suit pour ainsi dire pas à pas. Son ouvrage sera donc surtout utile 
aux personnes qui ne peuvent pas lire les écrits originaux, mais le résumé 
qu'eu fait M. E. lui-môme est déjà une espèce de commentaire très timide, il 
est vrai, mais qu'on ne lira pas sans intérêt. 

Fita (R.-P. Fidel). Datos epigraficos è historicos de Talavera de la Rcina. 

Extractos del Boletin de la Real Academia, Abril y Mayo de 1883. 

Madrid, imp. Fcmtanet, in-8° de 91 p. 

Notre savant ami M, Fidel Fita, de Madrid, nous fournit de nouveau 
un beau travail où les Juifs d'Espagne tiennent leur place. Les pages 70 à 
91 des Datos epigraficos renferment des renseignements précieux sur les 
Juifs de Talavera et d'autres localités. A la p. 70, on trouve un relevé des 
conventions passées entre la municipalité de Talavera et divers Juifs ou la 
communauté des Juifs pendant les années 1450 à 1477. Ce tableau est fait 
d'après le livre des Acuerdos qui se trouve aux archives de l'Ayunta- 
miento à Talavera. Les principales questions traitées dans ces transactions 
sont la répartition de la alcavala du pain, la garde de la porte de la Miel, 
le recouvrement d'impôts royaux fait par des Juifs, le traitement de mé- 
decins juifs, le port de la rouelle. Après ce tableau, vient le rôle nomi- 
natif des Juifs de Talavera, avec la somme payée par chacun d'eux (à la 
municipalité), publié d'après un mémoire appartenant à Luis Jimenez. Ce 
rôle a été fait entre les années 1477 et 1487, il contient 177 noms, parmi les- 
quels un grand nombre de noms que nous voyons pour la première fois et 
dont l'origine ou le sens sont difficiles à expliquer. Nous y reviendrons une 
autre fois. M. F. F. n'a pas pu trouver trace de l'ancienne synagogue de 
Talavera, qui, en vertu d'une décision des Cortès de Tolède de l'an 1480, 
a dû. être vendue ou détruite. De la juiverie nouvelle, établie en 1482, il ne 
reste que la rue des Juifs. Les notices recueillies par M. F. F. (p. 82) sur le 
cimetière juif de Talavera permettent d'en fixer l'emplacement avec certi- 
tude et si on y faisait quelques fouilles, on pourrait sans doute y trouver 
des pierres tumulaires hébraïques. M. F. F. termine son travail par une 
table alphabétique des noms des Juifs qu'il a cités dans son travail et des 
indications intéressantes sur le sens de quelques-uns de ces noms ou sur 
les renseignements historiques qu'on peut en tirer concernant les professions 
exercées par les Juifs. 

Fixa (Fita). Escrituras ineditas [de los Siglos xi y xiv ; dans Boletin de la 
Real Academia de la Ilistoria (Madrid), sept. 1883, p. 207-208 : Venta de 
una csclava mora por un Judeo en 1313. 

Acte en espagnol, d'après une pièce des archives de la cathédrale de 
Tolède, constatant que Don Abrahcu, Gis de Don Mayr al Levi, Juif de 
Tolède, a vendu à un chrétien de Soto Mayor une femme more pour la 



BIULIOGRAPHIK 297 

somme de 600 rnaravédis de monnaie blanche de lu deniers le rnaravédis ; 
fait le 21 juin 1313. Ce qu'il y a de curieux dans cette pièce, dont M. F. F. 
donne un fac-similé, c'est qu'elle porte les signatures autographes de deux 
témoins juifs. Même avec la transcription latine qui accompagne ces deux 
noms, ils vîont en partie (vers la fin de chaque signature) difficiles à lire, 
car ils sont écrits encursive. Cette écriture rappelle la cursive encore usitée 
ajourd'hui en Turquie chez les Juifs d'origine espagnole. Nous ne nous 
rappelons pas qu'il existe ailleurs des exemples aussi anciens de ce 
genre d'écriture. Les témoins s'appellent Don Çag fijo de Don Todros al 
Levi, et Don Çag fijo de Don Mayr abenNahman. On lit assez facilement, 
dans les signatures hébraïques, les mots "Hbbfrî OTTriLÛ pî!^" 1 , et, dans 
l'autre, le mot pn^" 1 - Le reste des signatures est moins clair, et nous ne 
sommes pas bien sûr qu'il faille lire à la fin de la première 3>"5, à la fin de 
. la seconde, lû"D ; nous croirions plutôt reconnaître vaguement dans les 
sigles de la (in la formule bien connue '"7'ftn- 

Giavi (Vittorio). Etudes critiques de philosophie et de religion. Le Judaïsme 
au xx° siècle. Paris, irapr. centrale, in-8° de 69 p. 

Cette brochure traite de questions religieuses qui sont étrangères à la 
Revue, mais qui se recommandent à l'attention des personnes qui s'occu- 
pent des pratiques de la religion israélitc. La lecture de cette petite étude 
leur apportera plaisir et profit. 

Gradis (Henri). Jérusalem, drame en cinq actes et en vers. Paris, libr. 
Calmann Lévy, in-lG de 156 p. 

Le sujet de ce drame est la prise de Jérusalem par Titus. En pareille 
matière, il est permis au poète de prendre quelques licences et on ne refu- 
sera pas à M. Gradis le droit de faire paraître Titus avec le procurateur 
Florus à Jérusalem en l'an 05. Nous sommes d'autant plus disposé à 
passer sur ces détails que M. Gradis a étudié sérieusement l'histoire des 
Juifs de cette époque. Nous avons remarqué avec plaisir qu'il connaît 
bien les faits et les personnages qu'il met en scène, Jean de Giscala, 
Simon b. Gioras, Yohanan b. Zaccaï. Parmi tous les drames de l'histoire 
des Juifs, il n'jr en a pas un dont il était plus difficile d'égaler la grandeur. 
M. Gradis, en choisissant ce sujet, a montré que son talent aspire à deve- 
nir aussi puissant qu'il est déjà tendre et gracieux. 

Guaetz. Histoire des Juifs, traduite de l'allemand par M. Wogue. Tome II : 
De l'exode babylonien (538) à la destruction du second temple. Paris, 
libr. A. Lévy, 1881 ; in-8° de 416 p. 

Le second volume de l'Histoire des Juifs sera probablement accueilli 
avec plus de faveur encore que le premier. C'est ici que commencent à se 
montrer dans tout leur éclat les éminentes qualités d'historien qui ont 
rendu célèbre M. Graetz. Il est superflu de dire que la traduction de 
M. W. est excellente. 

Grœbler (F.). Das Blutopfer der talmudischcn Juden, eine Untersuchung 
der Frage ob dieselben Chris tenblut zu geheimen Zwecken gebrauchen 
und ob der Talmud den Christenmord gestattet oder sogar zur Pflicht 
macht. . . Munich, libr. C. Kramer, in-8° de 15 p. 

L'auteur, d'accord avec tous les savants, ne trouve rien, dans le Judaïsme, 
qui justifie l'accusation du sang. Sa brochure se rapporte spécialement à 
l'affaire de Tisza-Eszlar. 

Gutiie (Ilermann). Ausgrabungen bei Jérusalem im Auftrage des deulschen 
Vereins zur Erforschung Paliistinas, mit elf Tafeln. Leipzig, libr. Bac- 
decker, in-8° de 305 p. 



298 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous n'avons pas 1 intention d'analyser cet ouvrage, qui se recommande 
suffisamment par le nom de l'auteur. Les résultats des fouilles qu'il a faites, 
pour le compte de la Société allemande de Palestine, sont résumés par lui 
dans cinq chapitres, intitulés : 1° le mur méridional de l'ancienne Jérusa- 
lem ; 2° Sion et la Ville de David ; 3° constructions sur la colline du sud- 
est ; 4° les environs de la source de Siloah. 

Grunwald (M.) et Casnacigk (Anton). Didacco Pyrrho auch Flavius Ebo- 
rensis genannt. Francforl-s.-M., imp. Brônner, in-8° de 11 pages. Tirage 
à part des Popul. wiss. Monatsblàtter. 

Flavius Eborensis, né à Evora, en Portugal, le 4 avril 1517, de Juifs 
forcés d'embrasser le christianisme, quitta sa patrie en 1530. Il était, cette 
année, à Leyde; en 1552 on le trouve en Italie, il meurt ù Raguse en 1607. 
C'était un poète renommé. M. le D r Gr. donne la liste de ses écrits d après 
la Biblioteca di Fra Innocenco Cinlich in Ragusa, édité par Giov. Augusto 
Casnacick. Ce qu'il y a d'intéressant, pour nous, dans cette biographie, 
c'est que Didacco Pyrrho put, une l'ois hors du Portugal, redevenir Juif 
assez ouvertement et sans que, même en Italie et au milieu des cardinaux, 
il en résultât pour lui aucun inconvénient. 

Kurzgefasstes exegetisches Handbuch zum Alten Testament ; 7. Lieferung : 
Die Sprùche Salomo's, von E. Bertheau, und der Prediger Salomo's, von 
F. Hitzig, in 2. Auilage herausgg. von W. Nowack. Leipzig, libr. Hirzel, 
in-S° de xlvi-314 p. 

Heidingsfelder (B.). Allgemeines Lexicon sammtlicher jùdischen gemein- 
den Deutschlands nebst statistichen und kistorischen Angaben... Franc- 
forts. -M., libr. A.-J. Ilofmann, 1884 ; in- 16 de 180 p. 

Il y a longtemps que nous souhaitons d'avoir une liste des communautés 
juives de l'Allemagne. Le lexique de M. H. répond, en grande partie, à 
ce vœu. Il contient la liste alphabétique des communautés, avec le chiffre 
des habitants, celui des israélites, et des indications sommaires sur les 
institutions juives et les fonctionnaires israélites. Espérons que la tentative 
de M. H. sera accueillie avec faveur par le public et que l'auteur sera mis 
en état, dans les éditions suivantes de son lexique, de donner sur toutes les 
communautés des renseignements plus détaillés. Il pourrait prendre pour 
modèle les annuaires israélites publiés à Paris pour l'usage des israélites 
français. 

Horowitz (M.). Frankfurter Rabbiner, ein Beitrag zur Gescbichte der isr. 
Gemeindc in Frankfurt a. M. II. Von Joseph Habn bis R. Jakob bacoben 
Popers, 1614-1740. Francfort-s.-M., libr. Jaeger, in-8° de 106 p. 

Nous avons déjà rendu compte ici de la première partie de cette inté- 
ressante étude sur les rabbins de Francfort-s.-M. A côté de renseignements 
sur les rabbins, cette étude très consciencieuse renferme naturellement des 
communications historiques et littéraires. A la fin de l'ouvrage, se trouvent 
un certain nombre d'inscriptions recueillies dans le cimetière israélite de 
Francfort (voir plus haut, article Baerwald) et qui sont à la fois instruc- 
tives pour la chronologie, l'histoire et l'étude des noms propres. Nous 
espérons bien que M. le D r H. nous donnera plus tard la collection com- 
plète de ces inscriptions. Le volume finit par quelques extraits du mémo- 
rial (Memorbuch) de la communauté de Francfort, et qui touchent à la 
biographie d'un certain nombre de personnes, non à l'histoire des per- 
sécutions. 

Iliowigz (Henry). Sol, an epic Poem. Mineapolis, s. impr., in-8° de 
de vi-222 p. 



BIBLIOGRAPHIE 299 

Poème en vers anglais sur l'histoire de cette pauvre juive de Tanger, 
Sol Hacbuel ou Hatchwell, qui, au commencement de ce siècle (en 1834), 
préféra la mort à l'apostasie. Nous avons raconté cette histoire dans les 
Archives israélites, années 1879 et 1880. 

Immanuel b. Salomo Romano. Comento sopra i Salmi, trascritto e pubbli- 
cato da Pietro Perreau. Fascicule XXXVII. Parme, 1 er août 1882 ; suite, 
pages 57 à 70. 

Wissenschaftlicher Jahresberickt ùber die morgenlandiscken Studien im 
Jahre 1880, lierausgg. von Ernest Kuhn und August Mùlîer. Leipzig, 
libr. Brockhaus, in-8° de 222 p. 

Publié par la Société asiatique allemande à titre de supplément au 
34 e volume de son journal. Cette revue des publications relatives aux 
sciences orientales se lit toujours avec le plus grand profit; elle est, pour 
les savants, un instrument précieux. Nous faisons, en passant, quelques 
observations. M. Mûller n'a peut-être pas très bien compris (p. G4) le sens 
d'une de nos recensions [Revue, I, 307). S'il avait fait attention au ton de 
l'article, il eût été dispensé de nous prêter des intentions que nous n'avions 
pas. — P. 88, l'auteur de la Grammaire hébraïque en grec écrit son nom 
en caractères latins Pantazidès ; nous ne nous rappelons pas comment il 
s'écrit en grec; le livre est écrit en grec moderne, non en grec classique. 
— Nous remercions M. Kautzsch de ce qu'il veut bien dire (p. 92) de la 
Revue des études juives et de la sympathie précieuse qu'il témoigne pour nos 
efforts. — P. 135, notre appréciation sur une biographie deLévib. Gersonest 
parfaitement fondée, nous avons pourtant eu tort d'affirmer absolument que 
Lévi b. G. n'ait pas été médecin, tout rabbin l'était un peu chez les Juifs, 
au moyen âge, c'est ce qui fait une des grandes difficultés de l'histoire des 
médecins juifs, et il semble que véritablement Lévib. G. n'ait pas été tout 
à fait étranger à la science médicale ou au moins à la littérature médicale. 
On lui attribue, non pas avec une entière certitude, un ou deux opuscules 
qui touchent à cette science. Ce qui nous a rendu si affirmatif, c'est que 
les ouvrages connus de notre rabbin ne laissent guère soupçonner qu'il 
se soit occupé de médecine. 

Das Endinger Judenspiel, zum ersten Mal lierausgegeben von Karl von 
Amira. Halle, libr. Max Niemeyer, in-8° de 102 p. Forme le n° 41 de la 
collection Neudrucke deutsclier Litteraturwerke. 

Drame en vers allemands ayant pour sujet la condamnation à mort, en 
l'an 1470, de trois juifs d'Endingen en Brisgau, accusés d'avoir tué, huit ans 
auparavant (1462), une famille chrétienne composée de quatre personnes, 
mendiants ambulants qui avaient passé la nuit dans la grange d'un de ces 
Juifs. Comme il résulte d'une pièce déjà publiée dans le Urkundenbuch de 
la ville de Fribourg (n° 699) et reproduite plus correctement en appendice 
par M. K. von Amira, ces Juifs furent conduits devant le tribunal le 
samedi avant le dimanche Oculi, 1470, et trois d'entre eux furent brûlés le 
lundi après dimanche Judira. Les Juifs nommés dans cette pièce sont : 
Elion ou Elian, sa femme Serlin, son frère Eberly, Mennely, Mercklin, 
Leoman, Hesmann ou Hessmann, Mathis, tous d'Endingen, un Juif 
étranger nommé Schalaz, de passage à Endingen, et un Juif Léo, de Pfor- 
zheim. Les Juifs, interrogés sur l'usage qu'ils faisaient du sang chrétien, 
auraient répondu qu'ils s'en servaient pour la circoncision, ou, d'après un 
autre, pour avoir des enfants (si nous comprenons bien), ou enfin, d'après 
un troisième, dont on ne voulut pourtant pas admettre la raison, pour se 
débarrasser de la mauvaise odeur qui, suivant le préjugé du moyen âge, 
est le propre des Juifs. Dans le drame, les Juifs condamnés ne sont pas 
brûlés, mais lapidés, et les enfants de la ville font provision de pierres 
pour prendre part à la fête. A la suite de cet événement, les Juifs furent 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

expulsés de la marche d'Endingen, et ce fut seulement en 1785 que l'empe- 
reur Joseph II aholit l'édit de bannissement. Le drame fut représenté pour 
la première fois à Endingen le 24 avril 1C1C. Le souvenir de cet événement 
est resté vivant parmi la population de la ville. On montre encore aujour- 
d'hui le Jitdcnhaus (maison du Juif) où le crime aurait été commis, le 
Judenhrunnen (puits des Juifs) mentionné dans le drame, la colline [Juden- 
bucli) où les trois Juifs ont été brûlés. La « maison du Juif » avait été 
décorée d'une peinture divisée en huit compartiments et où étaient repré- 
sentés les différents épisodes de l'événement. Cette peinture fut restaurée 
en 1614, et c'est seulement en 1834 qu'elle a été éloignée. Les ossements 
des victimes sont conservés comme des reliques dans l'église Saint-Pierre 
et on dit qu'ils ont fait des miracles. Ce qui est plus curieux, c'est qu'il 
semble résulter des renseignements bibliographiques de M. K. von A mira 
qu'on se sert encore aujourd'hui dans les écoles primaires d'Endingen du 
texte du drame pour des exercices de calligraphie ou des études sur l'an- 
cien allemand. Une des copies que M. v. A. a entre les mains a été écrite 
en 1870 par un enfant de 14 ans ; une autre porte en tête ces mots : « écrit 
d'un enfant d'école en 1882. » M. K. v. Amira montre (p. 16) que les pièces 
du procès sont absolument insuffisantes pour prouver la culpabilité dés 
Juifs, quoique le procès-verbal donné dans l'appendice assure que les aveux 
des Juifs ont été obtenus sans torture ni supplice; mais « tout homme 
versé dans l'histoire sait quelles explications sophistiques a reçues cette 
clause dans l'administration dégénérée de la justice de cette époque et quels 
aveux absurdes on arrachait partout alors, et principalement dans le Rhin 
supérieur, aux Juifs par la torture ou la menace. » Dans les pièces du 
procès de Valréas dont nous parlons plus loin (M. Molinier n'a pas manqué 
de le faire remarquer), on voit que les Juifs ont été soumis à la torture, 
mais qu'on les a forcés de n'en point parler devant le tribunal. 

Les Juifs de Carpentras avant la Révolution, article dans la Provence artis- 
tique et pittoresque du 5 août 1883, p. 247. 

Cet article contient l'analyse de plusieurs pièces manuscrites qui se 
trouvent à Carpentras : 1° un mémoire contre les Juifs de la ville, écrit 
après que le Comtat-Venaissin fut réuni à la France, sous Louis XV. Les 
Juifs commettent toutes les abominations : ils portent le chapeau noir (au 
lieu du chapeau jaune), ont des nourrices et des servantes chrétiennes, se 
promènent dans les rues les jours de fête chrétienne, etc., contrairement à 
l'ancien règlement d'un gouvernement dont l'auteur vante la longanimité 
et la miséricorde envers les Juifs, et qui, en effet, tout en les soumettant à des 
lois affreuses, y mettait, dans la pratique, quelques adoucissements ; 2° un 
mémoire imprimé, adressé vers 1821 par les Juifs d'Avignon à la Chambre 
des députés, et où se trouvent quelques notices sur l'histoire des Juifs au 
Comtat. Nous serions très heureux d'avoir un exemplaire de cette pièce; 
3° diverses pièces qui se trouvent chez les notaires et qu'il faudrait étudier 
plus soigneusement, en les comparant avec des pièces analogues, pour jus- 
tifier les conclusions que l'auteur veut en tirer et qui nous paraissent au 
moins prématurées. 

Kamphausen (Adolf). Die Chronologie der hebraischen Kônige. Bonn, libr. 
Max Cohen, in-8° de 104 p. 

Cet ouvrage sera lu avec le plus grand intérêt par les personnes qui 
s'occupent de la chronologie de la Bible. L'auteur combat les idées qui ont. 
été émises par Krey et Wellhausen et par M. Robertson Smith sur la 
chronologie des rois de Juda et d'Israël, et sur le retour fréquent du 
nombre40 dans la chronologie des Juges, et principalement sur le nombre 480. 
qui mesure à la fois l'espace qui s'écoule depuis la sortie d'Egypte jusqu'à 
la construction du premier temple, et celui qui va de cette époque jusqu'au 
retour de l'exil. Il montre, par des exemples frappants, qu'on pourrait rc- 



BIBLIOGRAPHIE 301 

trouver de pareils jeux de nombres dans les dates historiques les mieux 
établies. Sans contester que certains chilTres aient été altérés dans la Bible, 
soit par erreur, soit avec intention et pour établir des synchronismes plus 
ou moins artificiels, M. K. pense que la chronologie des rois, dans la Bible, 
n'est pas aussi imaginaire qu'on le prétend, et il propose lui-même, pour 
la période des Rois, un tableau chronologique dont il ne dissimule point 
le caractère hypothétique.* Quelle que soit la valeur de ce tableau, les 
observations de M. K. sur les théories qu'il combat méritent d'être exa- 
minées avec soin. 

Kolbe (J.-S.). Arcliâologische Bescb.reibu.iDg Jerusalems, semer Oertlick- 
keiten und Pracht-Gebâude, mit besonderer Rùcksickt auf den Tempel 
und seine Einrichtungen, vom berùhmten Archâo-logen J.-S. Kolbe. 
Wien, impr. Knôpflmacker, in-8° de xvi-96 p. 

Nous ne connaissions pas, jusqu'à présent, M. Kolbe, que le titre de cet 
ouvrage qualifie de célèbre. L'ouvrage, qui veut être une description archéo- 
logique de Jérusalem, du Temple, des institutions juives, est une oeuvre 
populaire, mais non point scientifique. L'auteur ne se doute même pas de 
la signification ou de la difficulté des questions qu'il traite. On n'a qu'à 
jeter les yeux sur les prétendues restitutions de l'ancienne Jérusalem ou 
des antiquités de Jérusalem dont les dessins se trouvent pages 81 à 96, 
pour être immédiatement fixé sur la valeur de l'ouvrage. 

Kopelowitz (Jacob). Bibel und Talmud oder Ist der rituelle Mord môglicli. 
Wien, impr. Scklossberg, in-8° de 40 p. 

Répétition des preuves bien connues que l'accusation dite du sang est 
une pure invention qui ne repose absolument sur rien. 

Léger (Louis). Recueil de contes populaires slaves traduits sur les textes 
originaux. Paris, libr. E. Leroux, 1882, in-12 de xiv-266 p. 

Le premier de ces contes est intitulé : « Un drachme de langue, conte 
serbe. » C'est une des nombreuses variantes de la légende qui a donné nais- 
sance au Juif de Venise, de Shakespeare. Orner est un jeune paresseux 
qui passe sa vie à flâner dans les rues de Seraïevo. Sa conduite abrège la 
vie de ses parents, ils meurent. Orner devient sérieux et veut se marier, 
mais Meira, la plus jolie fille de Seraïevo, dont il recherche la main, 
n'épousera que celui qui pourra nourrir ses parents pauvres. Elle conseille 
à l'amoureux de se faire commerçant, mais pour faire le commerce, il faut 
de l'argent et qui voudrait à en -prêter à ce vaurien d'Orner? Il se sou- 
vient qu'il a pour grand ami un juif très riche. Issakar (c'est le nom du Juif) 
s'empresse de lui prêter trente bourses. « Ce me sera une grande joie, 
dit-il, de te voir marié à la belle Meira. » Mais quand Orner paiera-t-il? 
— Dans sept ans. — Et si dans sept ans il ne paie pas? — Je ne sais qui 
leur mit en tête la convention suivante : Si Orner, dans sept ans. n'a pas 
rendu les trente bourses, Issakar lui coupera devant le tribunal une drachme 
de sa langue, Orner se marie, il oublie sa dette, comme de juste, et n'est 
pas en état de payer à l'échéance. Mais Méira pourvoit à tout. Elle obtient 
du cadi d'occuper à sa place, sous un déguisement, le siège du juge ven- 
dredi prochain, quand l'affaire viendra devant le tribunal. On voit la scène. 
« Coupe, dit le juge au Juif, mais situ coupes plus ou moins que ne porte 
la convention, tu ne pourras pas te justifier. » Le Juif a beau offrir de couper 
moins que la drachme de chair, ou de faire remise des trente bourses 
prêtées, promettre de donner encore trente bourses au cadi, supplier qu'on 
le dispense de couper la langue à qui que ce soit et surtout à son bon ami 
Orner, le terrible juge ne veut entendre à rien. « Coupe-lui le cou », dit-il 
au bourreau. Ici Orner intervient, il intercède pour son ami, le juge consent 
à se laisser toucher. Issakar renonce à sa créance, verse au faux cadi les 
trente bourses promises et, par ordre du tribunal, embrasse Orner. La 



306 REVUE DES ETUDES JUIVES 

comédie est si bien jouée qu'Orner lui-même ne se doute de rien. Le vrai 
cadi, émerveillé de l'aplomb de la petite femme, au lieu de partager avec 
elle le butin, lui donne encore une bourse. C'était un Turc. A la vue des 
trente bourses gaguées par son « adroite épouse », Orner devine tout, il 
pleure de joie et embrasse sa femme, et ils s'amusent sans doute ensemble 
d'avoir « attrapé le juif ». On voit que, dans cette forme de la légende, ce 
n'est pas précisément le Juif qui a le vilain rôle. 

Lkvy (Raphaël). Un tanah, étude sur la vie et l'enseignement d'un docteur 
juif du 11 e siècle. Paris, libr. Maisoimeuve, in-8° de in-166 p. 

Le tanna à qui M. L. a consacré cette étude est Rabbi Méir, mais 
c'est avec raison que le nom du célèbre docteur ne figure pas sur le titre 
de l'ouvrage. M. Lévy l'explique fort bien dans sa préface : quoique la 
recherche scientifique ne soit pas absente de son livre, il n'a pas voulu 
faire précisément uue œuvre de science, mais une œuvre d'apologie, de vul- 
garisation et d'édification. Dans un travail de ce genre la personne de 
H. Méir devenait à peu près indifférente et M. L., en faisant la biographie 
du docteur, était autorisé à la traiter plutôt en poète qu'en historien. Il 
s'est, en revanche, appliqué à rechercher dans le Talmud les opinions et 
les doctrines de R. Méir, et ce n'est pas un mince mérite de dépouiller ce 
vaste ouvrage, même avec le secours des répertoires que l'on possède. Les 
matériaux recueillis par lui sont considérables, il reste à eu vérifier la qua- 
lité. En attendant, M. L. a mis à la portée des historiens qui ne peuvent 
lire le Talmud un certain nombre de renseignements sur les questions civiles 
et religieuses qui étaient débattues entre les docteurs juifs du 11 e siècle. Les 
personnes qui chercheront dans cet ouvrage une lecture pieuse, y trouve- 
ront, en outre, des considérations morales et historiques faites pour leur 
plaire. Si quelques paroles d'un ton agressif sont échappées à l'auteur, il 
faut les excuser tout eu les regrettant. Il a obéi, à son insu peut-être, à la 
loi du genre. L'apologie serait fade sans une pointe de polémique. 

Lévy-Bing (L.). La linguistique dévoilée. Paris, libr. Vieweg, 1880-1883, 
in-8° de 454 p. 

Quoiqu'il y ait un abîme entre nos idées et celles qui sont développées dans ce 
livre, rendons hommage à M. Lévy-Bing pour l'intérêt durable qu'il porte aux 
études et à l'histoire juives, et dont il a déjà donné, un témoignage lorsque, 
en 18D6, il a publié le Développement de l'idée religieuse, du D r Philippson. 

Maybaum (Siegmund). Die Entwickelung des israelitischen Propketcn- 
thums. Berlin, libr. Dùmmler, in-8° de viii-162 p. 

Histoire du développement du prophétisme chez les Hébreux. Le chapitre 
premier est consacré aux arts occultes dont on trouve la trace dans la 
Bible avant Samuel et qui, en réalité, n'ont presque rien de commun avec 
le prophétisme. Nous n'avons garde, néanmoins, de nous plaindre qu'ils 
aient trouvé place dans l'ouvrage de M. Maybaum, puisque l'auteur y 
trouve matière à des recherches intéressantes. Si l'on en croit les étymo- 
logies ou explications qu'il propose, les anciens Hébreux auraient eu des 
devins {Kosâ/n), des conjuratcurs de serpents (menakâsch), des astrologues 
(hober hffber), des gens qui évoquaient les morts {schoêl ob), etc. Le éfod^ 
devenu plus tard une des pièces du costume du grand prêtre, aurait été 
d'abord une sorte de représentation matérielle de Dieu, à laquelle s'atta- 
chaient des croyances superstitieuses. Des écoles de prophètes existaient 
sans doute déjà très anciennement en Palestine, dans tous les lieux où les 
Hébreux avaient l'habitude d'offrir des sacrifices et nous croyons très 
volontiers avec M. May. que l'on n'a aucune raison sérieuse d'attribuer a 
Samuel la création de ces écoles. Ce qui est vrai, c'est que Samuel a été le 
premier, à ce qu'il me semble, qui ait conçu l'idée élevée du prophétisme 
telle qu'elle se montre plus tard et qui ait vu dans le prophète tout autre 



BIBLIOGRAPHIE 303 

chose qu'un vulgaire thaumaturge, auprès duquel on vient chercher des 
conseils et des oracles. La défaite des Hébreux sous Elie et la perte de 
l'arche sainte a pu contribuer à détacher les Hébreux de toutes les pratiques 
de la divination et à faire naître la confiance en des hommes inspirés du 
véritable esprit prophétique. Les grands prophètes, après Samuel, naissent 
dans le royaume du Nord (royaume d'Israël), ils se donnent pour tâche de 
combattre le polythéisme et l'idolâtrie si florissants dans cette partie de la 
Palestine, ils sont étrangers aux écoles officielles des prophètes, dirigées 
par les prêtres, et leur avènement est le signe d'une véritable révolu- 
tion dans le prophétisme. Les grands prophètes, dans le royaume d'Israël 
comme dans celui de Juda, ne sont plus les prophètes de 1 école, mais des 
hommes étrangers à l'école, ayant une complète indépendance et qui sont 
le plus souvent en guerre avec les prêtres et les prophètes du gouvernement, 
sorte de fonctionnaires complaisants du pouvoir. La chute du royaume de 
Juda mit nécessairement fin au prophétisme officiel, mais elle donna une 
vie nouvelle au prophétisme indépendant. Il va sans dire que nous n'avons 
pas pu rendre, dans cette courte analyse, la pensée" de M. Mayb. avec 
toutes ses nuances et toutes les réserves qu'elle comporte, nous voulions 
seulement montrer l'intérêt et la portée de la thèse qu'il soutient. 

Ménard (Louis). Histoire des Israélites d'après l'exégèse biblique. Paris, 
Delegrave, in-12 de 252 p. 

Nous avons parcouru avec intérêt ce volume, extrait de la récente His- 
toire ancienne du même auteur. Les divisions sont bien entendues, l'exposé 
des faits généralement exact, l'allure du récit vive et dégagée. Le titre 
paraîtra peut-être un peu ambitieux, vu l'absence de tout appareil scien- 
tifique et même de tout renvoi aux sources, néanmoins il reste vrai que 
M. M. a fait un usage judicieux des travaux de Munk, Renan, Reuss, 
Lenormant et quelques autres savants français ; on lira notamment avec 
fruit le ch.vm la Bible où le traducteur de Y Hermès trismeffiste ne s'est pas 
interdit d'ingénieux rapprochements des récits bibliques avec les diverses 
mythologies orientales. 

Nous avons deux reproches principaux à faire à M. M. D*abord il 
oublie trop souvent que son livre ne s'adresse ni aux érudits, qui auraient 
peu de chose à y apprendre, ni aux gens du monde, qui ne lisent point de 
précis, mais aux écoliers. Ecrivant pour des lecteurs de cet âge, il eût 
fallu peut-être s'étendre un peu plus sur les belles légendes des premiers 
livres de la Bible, et un peu moins sur le détail des révolutions du royaume 
de Juda ou des guerres des Macchabées. 

En second lieu, si l'on ne peut exiger de l'auteur d'une histoire, mêma 
élémentaire, d'Israël, qu'il transcrive purement et simplement ses sources, 
du moins devrait-il éviter dans son commentaire les réflexions frivoles ou 
puériles, et les anachronismes d'expression qui, sous prétexte de rajeunir 
la physionomie de l'histoire, en réalité l'altèrent et la transforment en 
caricature. Nous devons à la vérité de dire que M. M. n'échappe pas 
toujours à ces vices ordinaires des commentateurs. Les prophètes sont 
pour lui des « journalistes », les fonctionnaires perses ou égyptiens des 
« vizirs » et des « pachas » ; il parle même quelque part, à propos du 
Temple, de la construction de la nouvelle Sorbonne ! Quant aux réflexions 
« morales » sur les faits historiques rapportés par la Bible, nous n'en citerons 
que ce seul échantillon, pris entre cent : « Que l'argenterie- volée aux 
Egyptiens se composât d'objets sacrés ou de vaisselle de table et d'usten- 
siles de cuisine, il est fâcheux de voir les Juifs mettre leur escroquerie sur 
le compte de Dieu. lahtveh aurait mieux fait de leur conseiller d'emprunter 
aux Egyptiens le dogme de la vie future. Cet emprunt n'eût fait de tort à 
personne et Pharaon n'aurait pas poursuivi les fugitifs comme des voleurs » 
(p. 18). Nous savons bien que le fond de cette plaisanterie est pris dans 
Voltaire, mais c'est un de ces nombreux passages auxquels s'applique 



304 REVUE DES ETUDES JUIVES 

le jugement de M. Renan, cité par M. M. lui-même : « L'anteur a raison 
fort souvent, mais le ton général est mauvais. » 

Espérons que des taches de ce genre disparaîtront de la seconde édition 
que mérite après tout le livre de M. M.; livre consciencieux, instructif et 
traversé d'un véritable soufile de sympathie pour le peuple juif aux époques 
sombres de son histoire. — T. R. 

Menasse ben Israël. Una leltcre di Menasse b. Israël, 1656-1883, libéra 
versione italiana con aggiunte e biographia, par le prof. Cesare M. Nah- 
mias. Florence, impr. Benedetto Sborgi, in-8° de 67 p. 

C'est l'Apologie du Judaïsme, ouvrage bien connu de Menasse b. Israël, 
et souvent traduit. 

Der Midrasch Ruth Rabba, das ist die haggadische Auslegung des Bûches 
Rutli zum ersten Maie ins deutsche ûbertragen, von Lie. D r Aug. 
Wûnsche. Leipzig, Otto Scliulze, in-8° de xni-98 p. 

M. Wûnsche consacre depuis quelques années ses excellents efforts à 
la traduction des Midraschim et il continue celte œuvre difficile avec la 
plus louable persévérance. Il est clair qu'un travail aussi étendu et aussi 
difficile doit être jugé d'après, son caractère général et dans ses grands 
traits, non d'après des imperfections de détail impossibles à éviter dans 
l'état actuel de la science. La traduction de M. W. est celle d'un savant 
qui sait lire les textes avec soin et les comprendre. Cette œuvre si remar- 
quable comprend, à présent, 24 livraisons, contenant le Midrach Bereschit 
Rabba en entier (6 livr.), Schemot (4 livr.), Wayikra (2 livr.), Bemidbar 
(2 livr.), Debarim R. (2 liv.), Schir Haschirim (2 livr.), Kohélet (2 livr.), 
Ruth(l liv.), Eslher (l livr.), Echa (2 livr.). 

Molinier (A.). Enquête sur un meurtre imputé aux Juifs de Valréas (1247) ; 
dans le Cabinet historique, numéro de mars-avril 1883, p. 120. 

Valréas est une petite ville du département actuel de Vauclusc. Le 20 
mars 1247, mardi delà semaine sainte, une enfant chrétienne âgée de deux 
ans disparut subitement et fut trouvée le lendemain, dans les fossés de la 
ville, morte et portant des traces de blessures. Trois Juifs, Bendig, Ba- 
rullas et Durand furent arrêtés par deux frères mineurs qui se trouvaient 
alors à Valréas, enfermés pendant plusieurs jours et mis à la torture. 
« Après sept jours de prison et de souffrances, ils se décidèrent à parler, » 
c'est-à-dire à faire les aveux qu'on leur demandait. La torture à laquelle 
ils furent soumis « dut être d'autant plus douloureuse qu'elle fut donnée 
en dehors des formes judiciaires, par des particuliers sans mandat. Qu'on 
lise les dispositions, on s'apercevra tout de suite que les prévenus ne par- 
lent (n'avouent) que pour éviter de nouveaux tourments. Leurs craintes 
sont telles qu'ils ne font que répéter les paroles des frères mineurs qui les 
interrogent et ceux-ci ne se déclarent satisfaits que lorsqu ils ont décrit 
avec tous les détails habituels le sacrifice dont on les accuse. La pression 
est si grande que le tribunal du Seigneur, saisi plus tard de l'affaire, la 
constate et reconnaît en même temps que les prévenus avaient promis 
aux frères mineurs de ne pas parler des tortures subies par eux ». M. Mo- 
linier, après avoir constaté qu'il n'y avait absolument aucune preuve 
que l'enfant eût été tuée par les Juifs, propose trois hypothèses pour 
expliquer la mort de l'enfant; il y en a une quatrième, qui serait la plus 
simple et la plus naturelle : c'est que l'enfant fût tombée dans le fossé et 
morte dans la chute. Il n'y a rien, dans les procès-verbaux, qui s'oppose à 
cette explication. On ne dit pas que le corps ait porté une blessure mor- 
telle, mais uniquement qu'elle était blessée au front, sur une des deux 
mains, aux doigts et qu'elle avait un petit trou (foramen) à chaque pied. 
Ces blessures pouvaient être superficielles et de peu d'importance. On y 
reconnaît d'ailleurs l'inlluence de la légende qui attribue toujours aux pré- 



BIBLIOGRAPHIE 305 

tendues victimes de ce genre les blessures de la crucification. On ne 
connaît pas la fin du procès. Les Juifs nommés dans la pièce sont, outre les 
trois précédents : Astrucus, Crescas, Lucius fils de Lucius Salves, gendre 
de la Juive Riqua (au génitif, Rique), Salves de Mirabeau, Maciponus 
fils de Salves et un Donnus Franciscus, Juif venu de France. La pièce 
publiée par M. Mol. se trouve à la Bibliothèque nationale, collection 
Baluze, vol. 87, p. 421-4-29. C'est une copie de l'original qui existait ou 
existe encore aux archives municipales de Narbonne. Nous ne savons ce 
que c'est que le mot isbea (p. 129) qui désigne la place qui était devant le 
Temple de Jérusalem et où le grand-prêtre était aspergé du sang d'un 
taureau pour être pardonné (causa venie). 

Montet (Edouard). Essai sur les origines des partis saducéen et pharisien 
et leur histoire jusqu'à la naissance de Jésus-Christ. Paris, libr. Fisch- 
bacher, in-8° de xvi-334 p. 

Cet ouvrage commence par une introduction sur les sources de l'histoire 
des Sadducéens et des Pharisiens et sur l'étymologie de leurs noms. 11 
est divisé en six chapitres où l'auteur étudie successivement l'histoire des 
deux partis depuis l'exil de Babylone jusqu'à Jésus. Tous les événements 
politiques et une grande partie des événements littéraires qui se rattachent 
à cette histoire sont étudiés en détail, et, sur un grand nombre de questions 
plus ou moins importantes, l'auteur expose des idées nouvelles ou des 
hypothèses qui méritent d'être examinées. Il ne nous semble pourtant pas 
(et nous serions heureux de nous tromper) que l'auteur ait renouvelé sensi- 
blement le sujet ou ajouté quelque trait frappant au portrait des Saddu- 
céens et des Pharisiens. Les parties les plus intéressantes de son livre sont, 
à notre avis, celles où sont étudiées les relations des rois asmonéens avec 
les Pharisiens et rectifiées quelques-unes des idées accréditées sur ce 
point. Nous croyons, avec lui, qu'on les a faits plus Pharisiens qu'ils 
n'étaient. M. M. est très réservé, et avec raison, sur les explications 
qu'on donne du nom des deux partis, sur la grande synagogue 
et autres questions obscures. Nous le serions plus que lui sur les 
Assidéens, dont divers écrivains savent beaucoup de choses que nous 
ne voudrions pas rejeter absolument, mais qui nous paraissent très 
douteuses. Il nous semble aussi que l'auteur n'a pas. saisi le trait 
le plus caractéristique des Pharisiens : l'esprit libre introduit dans l'inter- 
prétation de la Loi, la vie et le mouvement communiqués à la religion. 
En général, il y a quelque inconséquence dans la critique de M. M. On 
croit d'abord qu'il adopte tout entière la mauvaise opinion que les évan- 
giles lui ont donné des Pharisiens, et on s'aperçoit plus tard qu'il en est 
moins influencé qu'on ne supposait ; on dirait d'abord qu'il rejette toutes les 
théories de Geiger, en somme et en gros, il les accepte. L'introduction sur- 
tout trahit les inconséquences et l'incertitude de l'auteur. C'est, à ce point 
de vue, la partie la plus faible du livre. On y rencontre des jugements un 
peu violents, des notes crues et heurtées, des idées qui ne sont vraies 
qu'à un certain point de vue et avec toutes sortes de réserves et qui 
sont exprimées d'un ton tranchant et absolu. Le Talmud est traité d'oeuvre 
de parti, à laquelle les évangiles sont opposés comme une œuvre tout ob- 
jective; parce que le Talmud, œuvre pharisienne par excellence, parle de 
Pharisiens hypocrites, tous les Pharisiens sont donnés provisoirement 
pour des hypocrites ; des ouvrages de valeur très inégale et quelquefois 
surannés sont cités comme autorité (par exemple, des assertions superfi- 
cielles et irréfléchies de Jost), les renseignements scientifiques donnés 
par M. Derenbourg ou d'autres sur la littérature talmudique sont des 
aveux, des concessions, comme s'ils soutenaient un procès ou voulaient 
faire une apologie; l'ouvrage de vulgarisation de M. Cohen est à chaque 
instant cité, même dans le corps de l'ouvrage, pour le plaisir de le ré- 
futer. Tout cet échafaudage de citations et de jugements est à la fois arti- 
T. VII, N°14. 20 



300 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ticiel et partial, l'impression qui en ressort n'est pas celle que doit 
laisser une œuvre de science. Nous croirions volontiers que M. M., con- 
trairement à ce qui arrive d'ordinaire, a écrit son introduction avant d'écrire 
son livre, et qu'à mesure qu'il avançait dans son travail, il a corrigé et 
redressé, au contact de la vérité historique, les défauts que l'on remarque 
au commencement du livre et qui nous ont fait craindre, d'abord, que 
l'auteur ne fût entièrement dominé par l'esprit de secte. Nous serons heu- 
reux de lire l'histoire des deux partis sadducéen et pharisien depuis Jésus 
jusqu'à l'an 70, que M. M. se propose d'écrire. Il a déjà publié antérieure- 
ment (1877 et 1880), à Genève, deux études sur le prophète Joël. 

Muller (J.). Kriliscker Versuch ùber den Ursprung und die geschichtliche 
Entvvicklung des Pesach-und Mazzothfestes, nach den pentateuchischen 
Quellen. Bonn, libr. Ed. Weber, in-8° de vn-85 p. 

On sait que le texte biblique offre un certain nombre de difficultés pour 
l'explication de la fête de la Pâque, de l'agneau pascal et des pains azymes. 
D'après certains passages, la fête de Pâque est une fête agricole (la fête de 
la première moisson, et la fête de la naissance des animaux domestiques), 
d'après d'autres, elle est une fête historique (la sortie a Egypte et le mi- 
racle des premiers nés de la dixième plaie d'Egypte); tantôt le rite de 
l'agneau pascal est un rite domestique, tantôt il apparaît comme une 
grande cérémonie publique et nationale. M. M. a soumis à un examen 
attentif tous les .textes qui se rapportent à la fête de Pâque, il présente, 
dans le détail, plus d'une vue intéressante, mais en somme la conclusion à 
laquelle il aboutit ne présente rien qui ne soit connu et qu'on ne retrouve 
en gros chez les critiques, par exemple chez Wellhausen. La fête des 
azymes comme celle de l'agneau pascal sont des fêtes agricoles. Celle de 
l'agneau pascal, qui se rapporte à l'élève du bétail, est de l'époque où les 
Hébreux étaient encore nomades; celle des pains azymes, qui célèbre le 
commencement de la moisson, est plus jeune et de l'époque où les Hébreux, 
de pasteurs qu'ils avaient été d'abord, devinrent agriculteurs. La fête a 
ensuite perdu son caractère naturaliste, et est devenue, sans perdre abso- 
lument toute trace de son origine, la fête de la sortie d'Egypte. 

Oort (H.). Der Ursprung der Blutbeschuldigung gegen die Juden. Vortrag 
beim 6. Orientalcongress. Leyde, libr. S.- G. van Doesburgh ; Leipzig, 
Otto Ilarrassowitz, in-8° de 31 p. 

M. Oort, professeur de langue hébraïque et des antiquités juives à 
l'université de Leyde, dans cette lecture faite au dernier congrès des Orien- 
talistes à Leyde, cherche à son tour à expliquer l'origine de l'accusation 
d'après laquelle les Juifs emploieraient du sang chrétien à la fête de leur 
Pâque. M. Oort, qui est bien au courant des travaux qui ont été publiés 
sur la matière, constate, avec tant d'autres, contrairement aux affirmations 
« audacieuses » (p. 8) d'un écrivain contemporain, qu'il n'y a pas, dans la 
littérature juive, la moindre trace d'un pareil usage. Il pense que le préjugé 
est venu de l'espèce de vénération qu'avaient les chrétiens, dans les pre- 
miers siècles et jusqu'en plein moyen âge, pour les pains azymes que les 
Juifs mangent pendant la Pâque. Ce respect se changea en crainte lorsque 
les chrétiens virent les précautions infinies avec lesquelles les Juifs 
fabriquent les pains azymes, de peur que la pâte ne lève. A une époque 
où les pratiques absurdes de la magie étaient très répandues et où l'on 
considérait généralement les Juifs comme d'habiles magiciens (de là, en 
partie, la vogue des médecins juifs], on dut aisément s'imaginer qu'il y 
avait quelque diablerie dans la confection des azymes. De là peut-être naquit 
le préjugé si répandu et si difficile à extirper. M. Oort rappelle un passage 
curieux relatif à celte question et qui se trouve dans l'Altercatio Simonis 
Judœi. Nous l'avons nous-mêmes signalé dans un des derniers numéros 
de la Revue. Il n'y a qu'un point sur lequel nous nous permettons de faire 



BIBLIOGRAPHIE 3Ô7 

une observation à l'auteur. Il suppose (p. 35) qu'à l'époque de leur Pâque 
les Juifs étaient généralement très excités contre les payens ou les chrétiens 
et que le sentiment de leur nationalité se réveillait chez eux avec une 
grande violence. Nous croyons que cette proposition n'est pas tout à fait 
exacte. Il est certain que les Juifs u'ont conservé aucune rancune des souf- 
frances qu'ils ont subies et ceux qui voudront les observer seront étonnés 
du peu d'amertume que les persécutions ont laissée dans leurs cœurs. S'ils 
ont fait, à l'époque de la Pâque, un retour mélancolique vers leur passé (de 
notre temps, tout ce rituel dont nous parle M. Oort n'est qu'un souvenir 
pieux), il est incontestable que l'excitation des chrétiens, pendant la se- 
maine de la Passion, était bien autrement violente et l'est encore mainte- 
nant dans certains pays. Pendant la semaine Sainte, les Juifs étaient 
obligés de se cacher dans leurs maisons, on les attaquait à coups de pierres, 
c'est le Vendredi Saint qu'un Juif recevait officiellement, à Toulouse, un 
soufflet à la porte de l'église. On voit de quel côté étaient les plus grands 
torts. 

Porte (Wilhelm). Judas Ischariotk in der bildenden Kùnst. Berlin, libr. 
Calvary, in -8° de 118 p. 

Nous avons lu avec beaucoup d'intérêt cette étude sur l'histoire des re- 
présentations plastiques de Judas Iscariote. On y voit l'effort des peintres 
pour rendre et interpréter l'idée qu'on se faisait de lui au moyen âge. 
Ils lui prêtent des crimes dont on ne trouve aucune trace dans les 
Evangiles ; dans la représentation de la Cène, ils le séparent, comme 
indigne, de Jésus et des apôtres ; ils lui prêtent souvent, surtout en Alle- 
magne, des traits vulgaires -et quelquefois repoussants, ils font de lui la 
caricature des Juifs qu'ils avaient sous les yeux, ils lui donnent une barbe 
touffue terminée en deux pointes, comme la portaient, à ce qu'il semble, 
les Juifs allemands ; des cheveux roux (car on avait mauvaise opinion des 
gens à cheveux dé cette couleur), des vêtements jaunes, qui rappellent la 
couleur du chapeau ou de la rouelle des Juifs. Tout est mis en oeuvre pour 
le rendre haïssable. 

Renan (Ernest). Histoire des origines du christianisme, Index général avec 
une carte de l'extension du christianisme vers l'an 180. Paris, libr. 
Calmann Lévy, in-8° de iv-297 p. 

Cet index est fait avec le soin que M. R. met à toutes choses. Il est 
indispensable à toUs ceux qui veulent faire des recherches dans cette 
grande œuvre de l'Histoire des origines du christianisme, qui se compose 
de sept volumes. Il forme par lui même, et grâce aux indications très 
détaillées de la table, un ouvrage que l'on feuilleté avec intérêt et dont la 
lecture, à petites doses, n'est pas sans plaisir. Un Tableau chronologique 
de la première littérature chrétienne selon l'ordre adopté par M. R. est 
placé à la suite de l'index. C'est un petit répertoire probablement très 
complet où les écrits juifs, tels que ceux de Josèphe, le livre de Judith, 
les poèmes sibyllins, ne sont pas oubliés. 

Renan (Ernest). Judaismul ca rasa si ca religie, conferenta tinuta la cercul 
Saint-Simon din Paris la 27 Ianuarie 1883, traducere de D r E. S[chein}. 
Bucharest, libr. Stefan Mihalescu, in- 8° de 31 p. 

Renan (Ernest). Judenthum und Christenthum, ihre ursprùngliche Identi- 
tât und allmâlige Scheidung, Vortrag gehalten in der Gesellschaft fur das 
Studium des Judenthums am 6. Mai 1883. Bâle, libr. M. Bernheim, 
ïn-8° de 30 p. 

Renan (Ernest). Das Judenthum vom Gesichtspunkte der Rasse und der 
Religion. 4. Auflage. Bâle, libr. M. Bernheim. 



338 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Riant (le comte). Invention de la sépulture des patriarches Abraham, Isaac 
et Jacob à Hébron le 25 juin 1119. Gênes, impr. de l'Institut royal des 
sourds-muets, in-4° de 13 p. Extrait des archives de l'Orient latin, tiré 
à 200 exempl. 

M. le comte Riant a trouvé un manuscrit intitulé Tractatus de inventione 
patriarcharum Abraham, Isaac et Jacob, dont le texte était déjà connu et 
même reproduit, en partie par les Bollandistes. Ce récit de la découverte 
des corps des patriarches, dans un caveau de Hébron, a été rédigé par un 
témoin occulaire, chanoine du prieuré établi à Hébron dès les premiers 
temps de la conquête. C'est au mois de juin de la 20° année du royaume 
des Francs (c'est-à-dire 1119 ou 1120) qu'un religieux du couvent latin 
découvrit, dans ce couvent, un caveau, et le 25 juin il fut assez heureux 
pour découvrir les corps des patriarches. Des vases pleins d'ossements 
lurent trouvés dans le caveau. A quels signes reconnut-on les corps et sur 
quelles preuves s'établit l'identification ? Le documeut est muet à ce sujet. 
On ne sait pas ce que sont devenus plus tard les corps ainsi découverts. 

Ricordo délia inaugurazione del nuovo tempio israelitico in Firenze, XXIV 
ottobre 1882 (11 heswan 5643). Florence, impr. Le Monnier, in-8° 
de 67 p. 

Rodrigues (Hippolyte). Apologues du Talmud (Midraschim), mis en vers 
français, 2 e édit. revue et corrigée. Paris, libr. Calmann-Lévy, 1884, 
in-8° de vin-218 p. 

M. Rodrigues a revu les apologues qu'il a tirés du Talmud et mis en 
vers. Cette nouvelle édition, comme la précédente, se compose de deux 
parties, les apologues en vers, puis la traduction des sources auxquelles 
ces apologues sont empruntés. Parmi ces pièces justificatives, on lira tout 
spécialement avec intérêt celles qui se rapportent à la légende du pape 
juif et, entre autres, la traduction d'une version inédite delà légende qui 
se trouve dans les manuscrits de l'université de Cambridge. M. R. propose 
d'identifier avec Grégoire VI le pape d'origine juive qui paraît avoir 
réellement existé. A la page 174, il faut lire ben Hyrcanos (au lieu de 
Orcanaz) ; p. 179, Josué b. Halafta; p. 204, 1. 2, Menachem ou Menahem 
(non Menchem). 

Rodrigues (Hippolyte). Apologues du Talmud, paroles et musique. Paris, 
libr. Brandus, s. d. [1883 ?], in-8° de 30 + 83 p. 

Rohling (Aug.). Die Polemik und das Menschenopfer des Rabbinismus. 
Paderborn, libr. Bonifacius, in-8° de 65 -f- xn p. 

Roos (Fr.). Die Geschichtlichkeit des Pentateuchs, innsbesondere seiner 
Gesetzgebung, eine Prùfung der Wellhausen'schen Hypothèse. Stuttgart, 
libr. Steinkopf, in-8° de 166 p. 

SCHRA.M (Robert). Darlegung der in den « Hilfstafeln fur Chronologie » zur 
Tabulirung der jùdischen Zeitrechnung angewandten Méthode. Wien, 
impr. impér., in-8° de 43 p. Extrait du 88° vol. des comptes-rendus de 
l'académie des sciences (de Vienne), 2 e partie, livr. de juin 1883. 

M. Schram a publié des tableaux pour les calculs et les identifications 
des dates de divers calendriers, mais n'ayant pas pu indiquer, dans cette 
publication, les formules qu'il a établies et employées pour dresser les 
tableaux relatifs au calendrier juif, il consacre le présent travail à l'expo- 
sition et à la démonstration de ces formules, qui sont assez compliquées, 
non par la faute de l'auteur, mais à cause de la nature particulière du 
calendrier juif et de la délicatesse des règles qui y président. 



BIBLIOGRAPHIE 309 

Schwalb (M.)- Christus und das Judenthum, Vortrag gehalten in protes- 
tantischen Reform-Verein zu Berlin am 27. Februar 1883. Berlin, 
Walther et Apolant, in 8° de 15 p. 

Silberstein (M.). Blaetter zur Erinnerung an den Abschied von der Syna- 
goge in Wankheim sowie an die Einweihung der neuen Synagoge in 
Tùbingen, vier Predigten, nebst einer Geschichte der Gemeinde. Esslin- 
gen, libr. Harburg, in-8° de 51 p. 

Il existait des Juifs à Tubingue avant 1342 ; ils en furent tous chassés en 
1477 et ce n'est qu'en 1848 que la ville leur a été de nouveau ouverte. La 
communauté juive de Wankheim, qui forme le fond de la communauté 
juive actuelle de Tubingue, date d'environ 1776. En mai 1882 l'administra- 
tion supérieure, sur la demande des Israélites, réunit en une seule commu- 
nauté administrative les trois communautés israélites de Wankheim, Tu- 
bingue et Reutlingen et en fixa le siège à Tubingue. 

Spitzer (Samuel). Das Blutgespenst auf seine wahre Quelle zurûckgefûhrt. 
Essek, libr. J. Pfeifïer, in-8° de 20 p. 

L'origine de l'accusation du sang serait uniquement dans l'idée supers- 
titieuse que le sang a des vertus magiques. Ce travailne contient pas de 
recherches personnelles, il est une sorte de résumé des idées de MM. Joël, 
Cassel (voir la Revue bibliographique du n° 12) et autres sur la matière. 

Steinsghneider (M.). Abu's-Salt und seine Simplicia, ein Beitrag zur 
Heilmittellekre der Araber. Tirage à part de l'Archiv fur patholog. Ana- 
tomie und Physiologie, etc., de Virchov, 94 e vol., 1883, p. 28 à 65. 

Abu's-Salt Omeiyye b. Abd-il-Aziz est un médecin arabe né en Espagne, 
mort à Mehdia (en Tunisie) en 1134. JVL St., dans cette étude sur les ou- 
vrages de ce médecin, signale d'abord la traduction hébraïque d'un ouvrage 
d'Abu's-Salt sur la musique, traduction qui est en manuscrit à Paris 
(n° 1037), et qui est d'un Juda b. Isaac. Ce nom rappelle à M. St. celui de 
Juda b. Isaac Cardinal, traducteur du Khozari. Des traces d'un ouvrage 
de notre médecin se trouvent aussi chez Profiat Duran. L'ouvrage sur les 
médecines simples (Simplicia) d'Abu's-Salt a été traduit en hébreu. 
M. St. a retrouvé cette traduction dans un manuscrit italien. L'auteur de 
la traduction est le traducteur Juda b. Salomon Natan, juif provençal du 
xiv° siècle. M. St. tire de la préface de Juda un certain nombre de ren- 
seignements historiques sur Juda lui-même et sur d'autres savants is- 
raélites. Il serait bon de renoncer à la transcription Bongodas, nous avons 
montré, dans notre article sur les Juifs de Barcelone en 1392 (t. IV, p. 70), 
qu'il faut lire Bonjudas. 

Stern (J.). Licktstrahlen aus dem Talmud. Leipzig, libr. Philipp Reclam 
jun., s. d. [1883?], in-16 de 76 p. 

Extraits de sentences morales et de contes moraux du Talmud. Fait par- 
tie de la Universal-Bibliothek. 

StrAsghoun (D.-O.). Der Tractât Taanit des babylonischen Talmud zum 
ersten maie ins deutsche ùbertragen, mit steter Rucksicktnahme auf 
Talmud jeruschalmi, Midrasch rabbot, Tanckuma, Pesikta de Rab 
Kahana, Midrasch Tillim, Abot de R. Nathan, Pirke de R. Elieser, 
Scbeltot de Rab Achai gaon, Sifra und Mechilta. Halle, libr. Max 
Niemeyer, in-8° de ix-185 p. 

Le titre de cet ouvrage (Traduction du traité de Taanit du Talmud baby- 
lonien, avec comparaison avec le Talmud de Jérusalem, le Midrasch rab- 
ba, etc.) indique suffisamment quelle peut être, même pour les personnes 



310 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qui savent lire le texte, l'utilité de ce travail. Nous n'avons pas comparé 
la traduction avec l'original, nous avons tout sujet de croire qu'elle est 
exacte, nous remarquons seulement que M. Str. n'a pas eu recours, autant 
qu'il aurait pu, aux ressources nombreuses de la philologie, de l'archéologie, 
et de l'histoire, et que, tout en recherchant soigneusement, dans la littéra- 
ture talmudique, les textes parallèles, il ne semble pas avoir tiré de cette 
comparaison tout le parti qu'il aurait pu. 

Waldeck (Oscar). Grundgedanke der biblisch-talmudischen Ellrik. Franc- 
fort-s.-M., impr. Brœnncr, in-8° de 34 p. Tirage à part des Popul. vviss. 
Monatsblàtter. 

Exposition populaire et intéressante de la morale de la Bible et du Tal- 
mud. 

Waldeck (Oscar). Biblisches Lesebuch fur die israelitische Jugend. 2 e et 
3> parties, Wien, libr. Julius Klinkbardt, 2 vol. in-8° de 107 -f 276 p. 

Les livres de lectures bibliques de M. Waldeck sont excellents. L'auteur 
a rédigé en forme de leçons à l'usage des écoles les récits, la morale, les 
principes religieux de la Bible, il les a résumés dans un style simple et qui 
en fait valoir le sens et la beauté, il les met à la portée des enfants, sans 
tomber dans la niaiserie qui est l'écueil de ce genre d'ouvrages. 

Wolf (Gerson). Die Juden, mit einer Schlussbetrachtung von D r Wilhelm 
Goldbaum. Wien et Tesclien, libr. Karl Proschaska, in-8° de 177 p. 
Septième volume de la collection : Die Vôlker Oesterreich-Ungarns, 
ethnographische und culturliistorische Schilderungen. 

La collection dont cet ouvrage fait partie doit se composer de 12 volumes 
où seront étudiés et décrits les peuples ou races qui peuplent l'Autriche- 
Hongrie (Allemands, Magyars, Roumains, Juifs, Slaves, etc.). Ce volume 
est consacré aux Juifs. M. G. Wolf, qui a écrit tant d'ouvrages de valeur 
sur l'histoire des Juifs d'Autriche, était mieux préparé que tout autre pour 
faire cette histoire politique, civile et intellectuelle des Juifs de ce pays. 
Cet ouvrage est consacré à l'histoire des Juifs en Autriche dans les temps 
anciens (p. 3 à 36), dans les temps modernes (p. 37 à 69), à leur activité 
littéraire et intellectuelle (p. 70 à 112), à leurs mœurs, usages, caractère, 
fêtes, cérémonies religieuses (p. 113 à 158). On y retrouvera, sous une 
forme populaire, ce que les historiens savent des Juifs d'Autriche. A la fin 
(p. 159 et suivantes) se trouve une conclusion de M. Wilhem Goldbaum 
sur la situation actuelle des Juifs en Autriche et le mouvement antisémi- 
tique. 



Publications pouvant servir à Vhistoire du Judaïsme moderne. 



Central Comité zur Erleichterung der Auswanderung der Israeliten aus 
Rumânien. II. General-Versammlung einberufen am 4/16. und 5/17 sep- 
tember 1833 zu Galatz. Galatz, impr. J. Scbene, in-8° de 72 p. 

Tout est bien qui finit bien. Les Israélites de Roumanie ont certainement 
beaucoup de raisons de quitter ce pays. Un grand progrès, dont nous nous 
félicitons, s'est accompli dans le royaume : les persécutions violentes ont 
cessé, mais la persécution légale continue, elle réduit les Juifs à la misère. 
S'ils pouvaient acquérir des terres, il paraît certain que beaucoup d'entre 
eux se livreraient à l'agriculture, mais la loi leur interdit même le domicile 
dans les campagnes. Quel est le remède à cette situation ? Il n'y en a pas 
d'autre, évidemment, que l'abolition d'une loi injuste et funeste, mais on ne 



BIBLIOGRAPHIE 311 

saurait s'élonner que de pauvres gens, victimes de cette loi, mal éclairés 
sur les causes de leurs souffrances et sur les moyens de les soulager, aient 
voulu chercher le salut dans l'émigration et la fondation de colonies agri- 
coles. Cette entreprise, faite dans des proportions raisonnables et avec les 
moyens appropriés, pouvait se justifier à tous égards., et l'émigration de 
quelques centaines d'Israélites roumains n'est pas plus étonnante que celle 
des centaines de mille allemands que la misère pousse tous les ans en 
Amérique. Le grand tort du Comité de Galatz, qui a dirigé cette émigra- 
tion, ou des journaux qui l'ont soutenue, a été de grossir démesurément son 
entreprise et de donner, à grand renfort de publicité, les proportions d'un 
événement au départ de 200 colons pour la Palestine. Ces exagérations se 
paient et c'est pourquoi le Comité ds Galatz s'est aujourd'hui dissous, 
abandonnant à d'autres, plus circonspects et plus calmes, la conduite d'une 
œuvre mal engagée et plus mal poursuivie jusqu'à ce jour, et dont il sera 
bien difficile de réparer les brèches. 

Briefwechsel ciner englisclien Dame ùber Judenlkum und Semitismus. 
Stuttgart, libr. Levy et Mtiller, in-8° de 78 p. 

Lettres échangées entre deux correspondants fictifs, une dame anglaise 
nommée Edith et un juif nommé Caspi. Ces lettres s'occupent des attaques 
dont les Juifs sont l'objet en Allemagne et en d'autres pays. Elles con- 
tiennent des considérations intéressantes sur l'histoire des Juifs, les persé- 
cutions légales auxquelles ils ont été soumis au moyen âge, les mœurs 
et la moralité des Juifs, la beauté de la famille juive, à qui on rend partout 
hommage. Nous ne partageons pas toutes les vues de l'auteur, nous 
croyons qu'il accepte trop facilement certaines idées courantes sur les pré- 
tendues richesses des Juifs, lenr influence dans la presse, l'invention des 
lettres de cfédit qui leur est attribuée, et autres points de ce genre, mais il 
a sur toutes ces questions des vues ingénieuses et qu'on a plaisir de con- 
naître, lors même qu'on serait tenté de les discuter. 

Herzfeld (M.). Das Scheker Bilbul, Eszter und Haman ; intéressante 
Hirtenbriefe. Wien, libr. Herzfeld, in-8° de 15 p. 
Considérations sur l'affaire de Tisza-Eszlar. 

Protocole des séances du Comité temporaire touchant la fondation de la 
société de travail agricole et professionnel parmi les Israélites en 
Russie en mémoire du jubilé de la 25 e année du règne de l'empereur 
Alexandre II. Depuis le 4 novembre 1880 jusqu'au 1 er avril 1882. Saint- 
Pétersbourg, impr. Berman et Rabinowicz, 1882; in 8° de 88 p. (En 
russe ; titre traduit du russe.) 

Morel (MM.). Les Juifs de la Hongrie devant l'Europe. Affaire de Tisza- 
Eszlar. Paris, chez les auteurs, in-8° de 63 p. 

Der Prozess von Tisza-Eszlar, verhandelt in Nyiregyhaza im Jahre 1883, 
eine genane Darstellung der Anklage, der Zeugenverhôre, der Verthei- 
digung und des Urtheils, nacli autlientischen Berichten bearbeitet, mit 
20 illustrationen. 8. Auflage. Stuttgart, libr. Levy et Mùllcr, in-8° de 
96 p. 

Histoire du procès de Tisza-Eszlar, avec illustrations. 

Reuss (Rod.). L'affaire de Tisza-Eszlar, un épisode de l'histoire de l'anti- 
sémitisme au dix-neuvième siècle. Strasbourg, libr. Treuttel et Wûrtz, 
in-8° de 53 p. Extrait du Progrès religieux. 

Excellent historique de toute l'affaire de Tisza-Eszlar. M. Reuss aurait 
souhaité une protestation unanime contre les faits qui se sont passés en 



312 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Hongrie, mais le jugement des hommes éclairés comme lui, attachés à la 
religion et aux grands piincipes de justice et de charité, console du spec- 
tacle affligeant de la persécution religieuse et est fait pour inspirer confiance 
dans l'avenir. La vérité finira par triompher de l'ignorance, de l'erreur, du 
fanatisme et de la méchanceté. 

Valbert (G.). L'affaire de Tisza-Eszlar. Dans Revue des Deux-Mondes, 
tome LYIII, 3 e livr., n° du 1 er avril 1883, p. 681 à 692. 

On n'a rien écrit de meilleur, de plus émouvant à la fois et de plus lu- 
cide que ces pages de M. Cherbuliez sur la triste affaire de Tisza-Eszlar. 
On est heureux d'entendre un honnête homme venger la raison et la jus- 
tice si outrageusement méconnues. Le tribunal de Nyiregyhazaa fait son 
devoir, il a proclamé la vérité, en dépit des passions qui pouvaient agir sur 
sa liberté et sur la rectitudede son jugement. Mais un article comme celui de 
notre illustre académicien contribue au moins autant que la sentence des 
juges au triomphe de la vérité 

Deutscher Volks-Kalender insbesondere zum Gebrauch fur Israeliten auf 
das Schaltjahr [1883-J1884, herausgegeben von H. Liebermann. Brieg, 
libr. Liebermann, in-8° de 108 p. 

Cet annuaire contient, outre les indications et les tableaux qui forment le 
fond de la publication, quelques articles de science vulgarisée, entre autres 
un article de M. Duschak sur Ephraim Moses Kuh, né à Breslau en 1731. 
Un article sur l'accusation dite du sang n'est pas dépourvu d'intérêt. 



Revue des périodiques. 



Tlttbn ma Beth-Talmud (Wien, mensuel). 3 e année. = = N° 11. Weiss : 
Notes et remarques sur la Biographie de Rabbénu Tarn. — M. Fried- 
mann : Sur la division du Pentateuque en sections (suite). — Abr. 
Hochmuth : Sur le Sacrifice oléh veyored. — S. Friedmann : Notes talmu- 
diques. — Jacob Reifmann : Notes sur le Midrasch Tanhuma, M. Tillim, 
Aggadot Berêschit (suite). — Eliézer Hausdorf : Sur la prière du soir 
(obligatoire ou libre?). — Jacob n^llNIDNû: : Motifs de la lecture de la 
loi de l'office de Minba de Kippur. — M. Friedmann : Sur le gedi behalêb 
immo. = = N° 12. M. Friedmann : Divisions du Pentateuque (fin). — 
Jacob Brùll : Notes talmudiques. — Hayyim Oppenheim : Sur le crédit 
obtenu par les lois religieuses traditionnelles. — S. Buber : Remarque sur 
les notes midraschiques de J. Reifmann. — Eliéz. Hausdorf : La prière 
de Minha (suile\ — Efraïm Silber : Notes. — J. Reifmann : Notes. = = 
4 e année. N° 1. Jacob Brùll : Promulgation de la Loi et transcription de 
la Loi d'après les sources bibliques et rabbiniques. — M. Brùll : Notes 
(mort et mort par feu). — Samuel Mendelssohn : Chronologie talmudique 
sur Kidduschin, 72. — Jacob Reifmann : Notes sur le Talmud. — Joël 
Mùller : Consultations rabbiniques inédites (Haï gaon et anonymes). 

*\TW Haschachui- (Wien). 11 e année. == N° 7. Mardochée b. Hillel Hac- 
cohen : Histoire du journal israélite russe le Raszwiet (le Matin), qui a 
cessé de paraître. — S. Buber : Passages du Midrasch Abkhir. — En 
appendice, S. Rubin : Explication de la vision d Ezéchiel. == N° 8. 
S. Horwitz : R. Eliézer b. Hyrcanos et les femmes, avec notes de l'édi- 



BIBLIOGRAPHIE 313 

teur. — David Cahana : La vie du roi Salomon. — S. Buber, suite. — 
S. Rubin, suite. — Hollub : Histoire des médecins juifs (suite). = == 
N os 9 et 10. David Cahana, suite. — J. Rubin, suite. — Hollub, suite. 

Hebrœisclte Bibliographie TO'pûïl (Berlin, bimestriel). 21 e vol., année 

1881-82. = = N° 126. Jochanan Allemano, fin. — Varia (Calaph ou 
Galaf, médecin juif de Lérida. — Chajjim ibn Israël b. Isaac, 1359. — 
Israël Caslari, 1327. — Mss. caraïtes d'après Athenseum, 15 et 22 juillet 
et 5 août 1882. — Lévi b. Gerson, commentaire sur l'Organon. — La 
traduction de la lettre sur la résurrection de Maïmonide. — R. Moses, 
astronome du temps du roi Alphonse X. — Moïse b. Jacob Susen, auteur 
d'un commentaire de Séfer Yecira. — Nécrologie : Marco Osimo, Jacob 
Bernays, L. Silbermann, Abr. Pesaro, etc. — Itinéraire en Orient, ms. 
Cambridge). 

Comptes rendus de l'Aca lémie des Inscriptions et Belles-Lettres. 

4 e série, tome XI. = = Janvier à mars. Comte Riant : Invention de la 
sépulture des patriarches Abraham, Isaac et Jacob à Hébron le 25 juin 
1119. — J. Halévy : Les principes cosmogoniques phéniciens Pothos et 
Mot. — Oppert : Deux textes très anciens de la Chaldée. = = Avril à 
juin. Oppert : Deux cylindres phéniciens écrits en caractères cunéi- 
formes. 

Israelietische Letterbode (Amsterdam, périodicité non indiquée.) 8 e an- 
née. = = M. Steinschneider : Aus Handschriften (Moïse de Narbonne, 
Semtob b. Isaac). — Ad. Neubauer : Ueber ein halachisches Sammel- 
werk (ms. Bodl., espèce de Séf. ha-asufot). — Die Masora (suite). — 
Neubauer, suite. — Wagenaar : Juda Makkabi und die Hohenpriester- 
wùrde. — Die Masora (suite). — Steinschneider : suite (Juda Natan). — 
= 9 e année. Wijnkoop : Essay on the signification of the word Mn^. — 
Die Masora (suite). 

Magazin fur die Wissenschaft des Judenthums (Berlin, trimestriel). 
10 e année. = = N° 1. W. Feilchenfeld : Das stellvertretende Sùhne- 
Leiden und die Exégèse der Jesaianischen Weissagung. — M. Horowitz : 
Christliche Gutachten ùber die jùd. Liturgie und den Tractât Aboda 
Sara (années 1728 et 1760). — W. Bâcher : Eine sonderbare Censurân- 
derung in Ibn Esra's Pentateuch-Kommentar. — L. Landshut : Notiz 
(sur un ms. de la bibl. roy. de Berlin, catal. n° 1). — Recensions. — 
Partie hébraïque Ozar too. Consultations de Pan 1669 à Francfort-sur- 
Mein. — Halberstam : Notes sur le recueil de consultations de M. Mùller. 
— S. D. Luzzatto : Poètes liturgiques du Mahzor Romania. 

Populiir wissenschafdiche Monatsblatter (Francfort-sur-Mein, men- 
suel). 3 e année. = = N° 7. H. Friedlaender : Zur Geschichte der Blut- 
beschuldigungen gegen die Juden im Mittelalter und in der Neuzeit 
(suite). — Oskar Waldeck : Grundgedanke der biblisch talmudischen 
Ethik. ===== N° 8. Friedlaender, suite.— Waldeck, suite. = = N° 9. 
Adolf Rosenzweig : Das Babylonische Exil und das Jahrhundert nach 
demselben. — M. Grùnwald : Didacco Pyrrho. = — N° 10. Rosenzweig, 
suite. — Metz : Ueber Ackerbau und soziale Gesetzgeb'ung der alten 
Juden. — Grùnwald, suite. — Rothschild : Jùdische oder christliche 
Geschichtsfâlschung (concernant l'excommunication de Spinoza). == = 
N» 8 11 et 12. Metz, suite. 



314 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

.11 011:1 tsschrift fiip Gi s eh: cli te und Wissenschaft des Judciithums 

(Krotochin, mensuel). 32° année. == N° 7. Graetz : Exegelische Studien 
zum Propheten Jeremia (suite dans n 0s 8, 9 et 11). — W. Bâcher : Die 
Agada der Tannaiten (suite dans n 0s 8, 9, 10 et 11). — Horowilz : Ueber 
einige Namen der Rabbinen im Talmud und Midrasch. — S. Back : Die 
Fabel im Talmud und Midrasch (suite dans n° 11). === == N° 8. A. Ilar- 
kavy : Ueber eine handschriftliche Responsensammlung in der Kaiserl. 
ôffentl. Bibliothek in Petersburg. — J. Landsberger : Politische Bestre- 
bungen einiger Juden der Kurpfalz in der 2. Hâlfte des 16. Jahrhundert. 
■= = N° 9. Frankl : Karaische Studien (nouvelle suite). — Egers : Per 
Divan Abraham ibn Esra's. — David Kaufmann : Fi-ânkisch- und Hun- 
nischwein. = = N° 10. M. Steinschneider : Josef b. Schemtob's Com- 
mentar zu Averroes grôsserer Abhandlung ùber die Môglichkeit der 
Conjunction, avec Appendice. — Egers : Corrigenda. == = N° 11. Stein- 
schneider, suite des appendices (Narboni). 

Palestine Exploration Fund (Londres, trimestriel). = = Juillet 1883. 
G. R. Conder : 1° Curious Names in Galilée ; Hamath inscriptions ; The 
North Border of Zebulon. — A. G. Weld : The route of the Exodus. — 
W. T. Pilter : Cana of Galilée. — H. A. Sharper : The Holy sepulchrc. 

— Dunbar I. Heath : The Exodus. — W. F. Birsch : The tomb of David 
in the city of David; The intrance to the tomb of David. — II. B. S. W. 
The nameless city and Saul's journey to and from it. =■ = Oct. 1883. 
The geology of Palestine. — Capt. Conder : Hebrew inscriptions ; The 
fortress of Canaan; Notes on Bethany, Bethsaida, Arab tribe Marks, 
Aphek, Hazor, Diblalhaim, Ramoth Lehi, Juda and Jordan ; Saul's jour- 
ney ; supposed Nabathean texts ; The Hamathite inscriptions ; The city 
of David. — The Shapira manuscripts. — Sayce : The Siloam inscrip- 
tion; Prœexilic Jérusalem. — The route of Exodus. — Selah Merrill : 
The large Millstone on the Shittim plain. — The bitumen of Judea. — 
The holy anointing oil. — Pillar or garrison (Samuel, xm, 3 et 4) ? 

Revue de l'histoire des religions (Paris, bimestriel). 3° année, tome VI. 
= = N° 4. Kuenen : L'islamisme offre-t-il les caractères de l'universa- 
lisme religieux ? — Decourdemanche : La légende d'Alexandre chez les 
Musulmans. = = 4° année, tome VII. N° 1, manque. == = N° 2. Michel 
Nicolas : Etude sur Philon d'Alexandrie, suite du tome V, 1882, p. 318. 

— Kuenen : Judaïsme et christianisme. — Decourdemanche : Les lé- 
gendes évangéliques chez les Musulmans. — Bouchée-Leclercq : Les 
oracles sibyllins (avant-propos, livre I) traduits. 

Zcitschrift der deutschen morgenlandischcn Gesellschaft. (Leipzig, 
trimestriel). 37 e vol., 2° fascicule. David Kaufmann : Saadias Alfajjumi 
Einleitung zum Emunot vvedeot in Ibn Tibbon's Uebersetzung. 

Zeitschrift des deutschen Palâstina- Vercins (Leipzig, trimestriel). 
5e vol. = — Fascicule 4. II. Guthe : Ausgrabungen bei Jérusalem. = 
6 e vol., fasc. 1. J. Gildemeister : Beitrage zur Palâstinakunde aus ara- 
bischen Quellen. — Reinicke : Die evangelische Mission in Palâstina. 

— Chr. Paulus : Die Tempelkolonien in Palsestina. — C. Sandreczki : 
Die Namen der Plâtze, Strassen, Gassen, u. s. w. des jetzigen Jérusalem. 
= = Fasc. 2 et 3. Klein : Mittheilungen ueber Leben, Sitten und Ge- 
bràuche der Fellachen in Palâstina. — M. Hartmann : Die Ortschaften 



BIBLIOGRAPHIE 315 

des Liwa Jérusalem in dem tûrkischen Slaalskalender fur Syrien auf das 
Jahr 1288 der Flucht (1871). 

Zeitschrift fur die alttestamentliche Wissenscliaft (Giessen, se- 
mestriel). = = Année 1883, fascicule 9,. Kampliausen : Neuer Versuch 
einer Chronologie der hebr. Kônige. — Bâcher : Die Saadianische Ueber- 
setzung des Hohenliedes bei Abulwalid Merwân ibn Ganâh, nebst eini- 
gen Bemerkungen zu Merx' Ausgabe derselben. — Prsetorius : Ueber den 
Einfluss des Accentes auf die Vocalentfaltung nach Gutturalen. — 
Vollers : Das Dodekapropheton der Alexandriner. — Franz Delitzsch : 
Ueber den Jahve-Namen. — Budde : Ein althebràisches Klagelied (Je- 
rémie, 38, 14). 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



Tome VI, p. 317. — Dans l'inscription de la Corugna, le mot douteux ne 
serait-il pas "6)npbN> nom de famille encore usité parmi les Juifs du Maroc, 
et qui est synonyme de Lenoir ? — Isaac Bloch. 

Tome VII, p. 97. — Voir mon article, Revue, IV, 94, concernant un édit 
de Paul IV sur le chapeau jaune, et itid., p. 150, l'histoire du chapeau juif 
placé sur la tête de la statue de Paul IV. Comparez aussi Briill, Jahrbucher, 
V-VI, p. 118 et suiv. — P. 62, note 7. Le catalogue récemment publié par 
Rabinowitz (à Munich) mentionne un nouveau ms. du commentaire du 
Sifra de Hillel b. Elyakim. — David Kaufmann. 

P. 136, note. — Au lieu de Josué, XI, 20, lire Psaumes, CXVIII, 23. — 
Bâcher. 

P. 153. — Comparez, pour l'époque de notre Mattatya Yiçhari, auteur 
du commentaire sur Aboi, le Yuhasin, édit. Filipowski, p. 225. — David- 
Kaufmann. 



CHRONIQUE 

ET NOTES DIVERSES 



Un manuscrit du Pentateuque. — Il n'a été bruit dans le monde, aux 
mois d'août et septembre derniers, que du fameux manuscrit du 
Pentateuque apporté de Jérusalem à Londres par M. Shapira, juif 
converti au protestantisme. Ce manuscrit, écrit dans les mêmes ca- 
ractères que la fameuse stèle de Mésa, se présentait comme un docu- 
ment d'une valeur inappréciable et on comprend l'émotion qu'il a 
produite en Angleterre, lorsqu'on pouvait croire encore que M. Sha- 
pira avait découvert une version du Pentateuque plus ancienne que 
le texte actuel. M. Shapira en demandait la bagatelle d'un million de 
livres sterling : il ne vaut pas cinq centimes aujourd'hui. On sait, 
en effet, que cette fameuse découverte n'est qu'une colossale mysti- 
fication. Notre collaborateur M. Ad. Neubauer a été le premier à 
montrer, dans une lettre du 4 3 août insérée dans YAcademy du 
4 8 août, que le manuscrit était faux, et quoiqu'il n'eût pas les pièces 
sous les yeux, sa démonstration, fondée uniquement sur des argu- 
ments grammaticaux ou littéraires, était excellente. M. Glermont- 
Ganneau, à son tour (lettre du 18 août insérée dans le Times du 
21 août), montra comment le faussaire s'y était pris pour se procurer 
des morceaux de parchemin qui eussent un air de vétusté suffisant. 
Ces morceaux de parchemin avaient été coupés par lui sur la marge 
inférieure d'anciens rouleaux du Pentateuque, mais il avait oublié — 
on ne s'avise jamais de tout ! — que ces bandes portaient la trace de 
la règlure à la pointe sèche, qui est en usage chez les écrivains de 
ces rouleaux. Les savants anglais, du reste, étaient déjà convaincus 
de la fraude. Elle est aujourd'hui patente. Nous n'y insistons pas, 
M. Ginsburg doit publier bientôt le texte du faux manuscrit et alors 
un de nos collaborateurs fera probablement une étude sur cette 
histoire divertissante, et qui n'est pas sans intérêt pour la critique. 
On trouvera en attendant, dans le fascicule d'octobre du Palestine 
Exploration Fund des renseignements suffisants et les lettres de 



CHRONIQUE 317 

MM. Neubatier, Clermont-Ganneau, Sayce, Conder et Ginsburg. 
M. Guthe a publié une brochure sur la matière. On lira aussi avec 
intérêt l'article que M. Clermont-Ganneau a publié sur ce sujet dans 
la Revue politique et littéraire du 29 septembre 1883 (tome XXXII, 
n> 13). 

Sir Moses Montefiore. — Le grand philanthrope israélite sir Moses 
Montefîore a célébré le premier jour de sa centième année le 24 oc- 
tobre dernier et le public anglais tout entier s'est associé à cette fête 
avec la plus vive sympathie. Sir Moses Montefiore est populaire en 
Angleterre. Le Times, dans ses numéros des 22 et 23 octobre, a 
consacré plusieurs colonnes du journal à sa biographie. 

Journaux. — A hitkoség hivatalnok, Beamten Zeitung, Organ fur 
die Gesamtinteressen der israelitischen Kultusbeamten. Journal 
mensuel, publié par le Ungarisch isr. Kultusbeamten-Verein; ré- 
dacteur en chef, prof. Friedmann; in-4° de 4 pages à 2 col. le numéro, 
en allemand; 2 flor. par an. Le n° 3 de la 1 re année est de sep- 
tembre 1883. 

Nécrologie. — Nous avons appris avec douleur la mort de deux 
savants éminents, tous deux collaborateurs de la Revue : M. Fr. Le- 
normant, membre de l'Institut, et M. Lattes, de Milan. Nous leur 
consacrerons une notice dans le prochain numéro. 



LISTE DES NOUVEAUX MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 

DEPUIS LE 1 er OCTOBRE 1883 



Aghion (Victor), Alexandrie, Egypte. 

Dutau, boul. d'Enfer, 10. 

Dreyfus-Brisac (Edmond), directeur de la Revue de l'enseignement 

supérieur, rue de Berlin, 6. 
Finaly (Max), rue de Gramont, 16. 
Gubbay, boul. Malesherbes, 165. 
Klotz (Victor), rue du Quatre- Septembre, 12. 
Robert (Charles), rue des Dames, 12, Rennes. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 

ET DE L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SÉANCE DU CONSEIL DU 25 OCTOBRE 1883. 

Présidence de M. Arsène Darmesteter. 

Le Conseil adopte la proposition du Comité de publication fixant l'Assemblée 
générale à la date du 1 er décembre. 

Le Conseil discute la question de savoir s'il y aura une conférence à l'Assemblée 
générale. 

M. Reinach croit qu'il est difficile, dans une même séance, de donner place à une 
conférence et à la lecture du Rapport sur les publications de la Société. 



SÉANCE DU CONSEIL DU 29 NOVEMBRE 1883. 

Présidence de M. Zadoc Kahn. 

M. Loch explique que M. A. Darmesteter a décliné l'invitation de présider 
l'Assemblée générale ; M. Zadoc Kahn, en conséquence, présidera cette séance. 

Le Conseil fixe à trois le nombre des conférences qui seront faites cet hiver. 

Des conférences ont été promises par M. Astruc — sur les origines et les causes 
historiques de l'antisémitisme, et par M. Guillaume Guizot — sur la légende de Shylock. 



SÉANCE DE L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 1 er DÉCEMBRE. 

Présidence de M. Zadoc Kahn. 

M. le Président prononce une allocution qui sera insérée dans l'Annuaire. 
M. Erlanger, trésorier, lit le compte rendu financier de la Société. L'exercice 
1882-1883 se solde par un excédant de recettes. 

M. Th. Reinach, secrétaire, lit un rapport sur les publications de la Société. 
Le compte rendu du trésorier et le rapport du secrétaire seront reproduits 
in-extenso dans V Annuaire. 

Il est procédé à l'élection de huit membres du Conseil, conformément aux statuts. 
Sont élus à l'unanimité : 
MM. Darmesteter (J.), membre sortant. MM. Mater (Michel), membre sortant. 
Derenbourg 'Joseph), — Schwab (Moïse), — 

Halévy (Joseph), — Trénel (Isaac), - L - 

Leven (Louis), — Cerf (Léopold). 

L'Assemblée nomme ensuite, au scrutin secret, M. Joseph Derenbourg président 
de la Société pour l'année 1883-188-4. 

Les Secrétaires, Albert-Lévy et Th. Reinach. 



Le gérant responsable, 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIÈRES 



ARTICLES DE FOND 

Gahen (Àb.). Le rabbinat de Metz pendant la période française 

(1567-1871) ." 103, 204 

Gross (Henri). Etude sur Simson ben Abraham de Sens {fin)... 40 

Harkavy (A.). Additions et rectifications à l'Histoire des Juifs, 

de Greetz (suite) e 194 

Hirsghfeld (Hartwig). Essai sur l'histoire des Juifs de Médine. 167 

Lévi (Israël). La légende d'Alexandre dans le Talmud et le Mi- 

drasch 78 

Maulde (R. de). Les Juifs dans les Etats français du Pape au 

moyen âge 227 

Morey (J.). Les Juifs en Franche-Comté au xiv e siècle 1 

Ouverleaux (Emile). Notes et documents sur les Juifs de Bel- 
gique sous l'ancien régime 117, 252 

Reinagh (Salomon). Inscription grecque de Smyrne. La Juive 

Rufina 161 

Robert (Ulysse) . Étude historique et archéologique sur la roue 

des Juifs depuis le xnr 3 siècle [fin) 94 

NOTES ET MÉLANGES. 

Sabbat ou Sébet ? 272 

Bardinet (Léon). Documents relatifs à l'histoire des Juifs dans 

le Comtat-Venaissin 1 39 

Derenbourg (Hartwig). I. Al-Batalyoûsî 274 

II. Léon l'Africain et Jacob Mantino 283 

Derenbourg (Joseph). Encore quelques mots sur les sections 

du Pentateuque « 146 

Gerson. Lothair ou Lorraine ? 279 

Jastrow (M.). Traditions mal comprises par le Talmud de Ba- 

bylone 1 49 

Kaufmann (David). Le neveu de Maïmonide 152 

Lévi (Israël). î-nuîî-p 285 



320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Loeb (Isidore). R. Mattatya ha-Yiçhari 153 

Robert (Ulysse). Chartes relatives aux Juifs de Dijon 281 

BIBLIOGRAPHIE. 

Loeb (Isidore). Revue bibliographique, 3 e et 4 e trimestres 

1 883 1 26, 287 

Weil (Isidore). Jus primée noctis, par Karl Schmidt 156 

DIVERS. 

Chronique et notes diverses 1 55, 316 

Additions et rectifications 1 59, 315 

Liste des nouveaux membres de la Société des Études juives 

depuis le 1 er juillet 1883 158, 317 

Procès-verbaux des séances du Conseil et de l'Assemblée géné- 
rale 160,318 

Table des matières 319 



FIN. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 



D3 Revue des études juives; 
101 historia judaica 
E45 
t. 7 



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